XVII. — Le discours de Tatien. i
ù TAT1E> — LK DISCOURS AUX GRECS
d'essaver de déterminer la date probable de VOratio, d'en dire un
mot.
Tatien a été sophiste, avant d'être chrétien ; c'est lui-même qui nous l'apprend*. Or, la sophistique du ii*^ siècle est caractérisée tout d'abord par ce fait que les sophistes sont des orateurs, avant d'être des écrivains. Ceux-mèmes qui, comme Dion ou Aristide, ne voulant pas se contenter des succès passagers de l'éloquence, ont revu avec le plus de soin leurs œuvres en vue de la publication, les ont néanmoins composées pour la lecture publique, et elles le révèlent h chaque page. Il semble donc assez vraisemblable a priori (\u un ancien sophiste comme latien eût conservé rhabitude de propager ses idées par la parole plus encore que par la composition écrite. Regardons-y cependant de plus près. Tatien, soit à Rome, soit ensuite en Orient, est comme Justin un c'.zxr/.xkzz ] il tient un èicaa/.aXETcv, une école. Mais dans quelle mesure peut-on penser qu'une école de ce genre était ouverte au public non chrétien ? Que rinfluence en rayonnât hors de ce public, que les païens se préoccupassent de ce qu'enseignaient ces maîtres d'une doctrine nouvelle, de la doctrine barbare comme dit Tatien, ou de la véritable philosophie comme disait plutôt Justin, cela n'est pas contestable ; les controverses avec Crescens en sont la preuve plus que suffisante. Ces controverses ne se sont pas bornées sans cloute à une polémique par écrit; elles supposent que Justin et Crescens se sont trouvés en présence l'un de l'autre, dans des sortes de conférences contradictoires". Mais si l'on comprend très bien ce qu'ont pu être ces discussions entre deux chefs d'école, devant un public composé de disciples et d'amis de l'un et de l'autre, est-il aussi facile de concevoir, vers le milieu du ii^ siècle, un discours-programme, comme celui de Tatien, débité devant un auditoire d'adversaires? L'école de Justin, à Rome, comprenait évidemment surtout des chrétiens, bien qu'elle fût naturellement ouverte h ceux qui, tourmentés des mêmes inquiétudes qui avaient conduit Justin au christianisme, venaient voir s'ils ne trouveraient pas là cette certitude qu ils
1. Ch. XXXV. ^oc'.strj^a; -ol uasTcoa. Sur l'autre texte que l'on cite volontiers pour le prouver : xav v. -avj a£;xvoç t-; v^ ^'^ ^cjttj, au ch. i, cf. plus bas, p. i/» et 109.
2. Justin, Ap., II, 3. a', /ov/'ovia- -o>v Àoy^ov. Cf. sur ce passage, Harnack, Allch. Lut., II, p. 278, note i. — Tatien lui-même, à la fin de son discours, sofFre à des controverses de ce genre : Étoiulov saajTÔv Gaïv 7:cô; Tr,v àvâ/p'-criv twv ooYu.aTa>y rzapiaTr.uLi. »