‹ Recherches sur le droit public des CambodgiensChapitre 15 sur 63 · INTRODUCTION XXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIX

le roi des Chams, Préa-Bat-as-Chey-réach (1) voyageant avec sa famille, ses mandarins et ses serviteurs, au nombre d'environ cinq cents, fit naufrage au pied de la chaîne du phnom Dangrec, au sud de Korat, s'installa au bord de la mer, et s'imposa comme souverain aux habitants de cette contrée (2). Son fils Préa-Gravalla-réach (3) lui aurait succédé en 523 avant Jésus-Christ, puis la couronne aurait successivement passé au fils et aux petits-fils de celui-ci. Sous l'administration de ces rois, dit la chronique, le royaume augmenta rapidement en étendue et en puissance.

Les annales cambodgiennes des premiers âges, rédigées peut-être il y a quelques siècles seulement, toutes pleines de légendes et de récits merveilleux, n'ont aucune valeur historique, mais je suppose qu'on y a tenu compte des documents plus anciens aujourd'hui perdus, des traditions populaires alors acceptées, et qu'à ce titre au moins elles méritent une certaine créance. La tradition, d'ailleurs, si fautive qu'elle soit, semble leur donner raison. Les Khmers, les Siamois, les Laotiens et les descendants des Chams sont d'aecord pour considérer les Chams comme ayant occupé avant les Cambodgiens le territoire du Cambodge et comme ayant été vaincus et chassés par eux:

Cette défaite des Chams par les Cambodgiens, si on s'en rapporte à la chronique royale du Cambodge, ou Pongsa-Voda (succession de rois), aurait eu lieu un certain nombre d'années après leur arrivée au Couchthloc (4), c'est-à-dire postérieurement à l'an 443 avant

(1) Observez que ce titre de roi cham est composé des mots pâli, qui concourent encore aujourd'hui à former les titres des rois khmers, siamois et laotiens.

(2) Moura, ibid.y t. II, p. 6.

(3) Même observation qu'à l'ayant-dernière note.

(4) Probablement Phnom-Penh. M. Sylvestre opine pour une île alors formée à la base du massif montagneux de Poursat et qui aurait

notre ère. Dans ce cas, les Chams auraient dominé sur le pays un peu plus de cent ans. Vaincus, ils se seraient retirés au Champa-sac (1>, dont la capitale était alors Lan-Chhang (2). C'est du Champa-sac que, plus tard, en 43 avant Jésus-Christ, quatre siècles après l'arrivée des Cambodgiens au Cambodge, serait venu le roi des Chams à la tête d'une puissante armée attaquer le roi du Cambodge. Celui-ci fut d'abord vaincu et obligé de quitter sa capitale, Angkor-Thom, pour se réfugier à Nocorréach-Séma (actuellement Korat). Il resta là une année, y organisa une armée, reprit l'offensive et obligea les (^hams à se retirer dans les provinces du sud-ouest, sur le phnom Bayong (province de Trang), sur le phnom Chiso (province de Bâti) (3) et, si on ajoute foi à la tradition, dans la province de Mong-Kol-Borey, au nordouest du Grand-Lac (4).

Malheureusement, les annales chinoises et les annales annamites sont muettes sur tous ces faits.

été séparée du continent par un bras de mer qui, partant du fond de l'estuaire du Mékong, aurait abouti ffers celui du Ménam, et dont le Grand- Lac serait resté comme un témoin. Par conséquent, à cette époque géologique éloignée, les eaux du bassin du Tonlé-Sap ayaient une double et large issue pour s'écouler à la mer. (Etude sur Vlndo-Chine, bulletins n"' 1 et 2 de la Soc. de géogr. de Rochefort).

{{) Cham-Bassac, dans le Laos.

(2) Lan-Chhang prit plus tard le nom de Viên-Chan, Cette ville, qui fut longtemps la capitale du Laos, est située sur la rive gauche du Mékong, par 100*» 20' de longitude est et 18" de latitude nord. Remarquez la similitude du nom de Lan-Chhang, nom que les anniiles khmères donnent h. la ville de Vién-Chan et le nom de Lan-hoang-loa que les annalistes chinois prétendaient en 125 de notre ère avoir été porté dans l'antiquité par le Laos qu'ils appelaient alors Pho-nan. Les royaumes, à cette époque, portaient souvent le nom de leur capitale.

(3) Le phnom Chiso est dominé par les ruines imposantes de Ta-Prom (l'ancêtre, le vieux Brahma).

(4) Au nord de la grande province de Battambang, accidentellement siamoise, que traverse la ligne télégraphique de Phnom-Penh ta Bangkok par Battambang.

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