‹ Recherches sur le droit public des CambodgiensChapitre 16 sur 63 · INTRODUCTION XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXI

Les premières font bien mention d'une guerre déclarée au Ghon-lap (Cambodge) par le roi du Lam-ap (Giampa), qui put s'avancer jusqu'à la capitale; mais cet événement aurait eu lieu en 454 de notre ère, 6'est-à-dire quatre cent quatre-vingt-dix-sept ans après l'expédition des Ghampa-sac.

De leur côté, les annales annamites ne parlent des Ghams qu'à partir de 399 de Jésus-Christ elle les représentent comme étant les habitants d'un arrondissement de la province annamite de Nhut-Nam, qui se seraient rendus indépendants à la faveur des révolutions de la Chine et auraient mis à mort le chef de l'arrondissement qui était un Chinois (1).

Cependant, il est à peu près démontré que les Ghams ont gouverné le Cambodge avant les Cambodgiens ; les traces de leur passage et les traditions qui l'affirment sont nombreuses en Indo-Chine (2).

Les Ghams seraient donc les premiers conquérants venus au Cambodge ; ils s'y seraient établis, et, sous

(1) Truong-Vinh-Ki, Cours d'hist. ann., I, p. 28. L'Annam était alors pour la troisième fois retombé sous la domination chinoise.

(2) Sur cent Yingt-quatre mots chams des plus usuels rassemblés par M. Moura, j'en ai trouvé dix-huit qui sont passés dans la langue des Khmers ; mais je dois avouer que tous se retrouvent dans les langues parlées soit par les Siamois ou les Annamites, soit par les peuplades sauvages, et surtout dans les langues malaise, cancho, rodé et obérai qui ont beaucoup de mots communs îivec la langue chame. Ils ont encore laissé une autre trace de leur passage au Cambodge, dans le nom de Sambau, un village situé sur la rive gauche du grand fleuve, et qui portait autrefois le nom de Çambhapouray c'est-à-dire « ville des Champa » ou « Ciamba », ou Chams du Champa-sac. Le hollandais Wustorff, remontant le Mékong au xvii» siècle, visita la ville de Sambau et, saisissant mal la prononciation peut-être déjà altérée, la désigna sous le nom de Sambabœr. J'ai mis au jour, en 1891, des inscriptions que M. Aymonnier a traduites et qui ont fait l'objet d'une communication à l'Académie des inscriptions et belles-lettres (oct. 1891) ; ces inscriptions ont révélé le nom ancien dans toute sa pureté, et ce nom Çambhapoura me parait désigner une ville champa ou chame.

XXXn DROIT PUBLIC CAMBODGIEN

leur domination, le royaume se serait agrandi et aurait acquis une grande puissance.

Qu'étaient donc les Ghams, ces conquérants heureux d'abord, que les Cambodgiens, les Chinois et les Annamites ont vaincus, et dont il ne reste plus aujourd'hui que quelques tribus dégénérées, à demi sauvages, et quelques familles qui, de plus en plus, tendent à se confondre avec les Malais? On les a quelquefois considérés comme des métis de Laotiens et d'Annamites ; le D^ Harmant les range avec les Siamois ou Thaïs, les Barmans, les Laotiens et les Annamites, parmi les races semi-mongoles; M. Aymonnier les appelle une race semimalaise (1), et M. Doudart de Lagrée parait avoir eu cette dernière opinion.

Les Chams et les Malais paraissent appartenir à la même race et n'être que les deux branches d'un même peuple, séparées depuis de longs siècles, ayant suivi des destinées différentes et conclu des alliances diverses, ayant absorbé peut-être ou suîbi le mélange de nations aujourd'hui disparues (2).

J'ajouterai que je crois les Chams et les Malais originaires du même pays, de Sumatra, et je dirai tout à l'heure pourquoi. Les premiers auraient émigré en Indo-Chine à une époque très éloignée de laquelle les annales n'ont point gardé le souvenir, et les seconds y seraient venus il y a environ deux mille ans. Les Chams auraient fondé leurs premiers établissements, soit sur la côte d'Annam, où les chroniques annamites nous les montrent au iv« siècle, soit sur les rives du Mékong supérieur où les annales khmères nous disent qu'ils occupaient au premier siècle avant Jésus-Christ la ville de Lan-Chhang (Viên-Chan).

(1) Excursions et reconnaissances^ n<» 4, p. 156.

(2) Sur cent vingt-quatre mots usuels, je trouve cinquante- un mots chams qui sont aussi des mots malais.

Page 1