INTRODUCTION LIU
ver dans aucune autre langue (1)? C'est ce que je ne puis dire.
Quoi qu'il en soit, en voici assez pour démontrer, il me semble, que la langue actuellement parlée par les Cambodgiens est d'origine aborigène et qu'elle est née de la fusion des langues parlées par les tribus autochthones du Cambodge, — les Samré, les Por, les Couïlles, les Stieng, les Prou et les Peunong, — et aussi par les Ghams, les Malais et les Thaïs, mais ceux-ci dans une proportion très faible.
Quand j'aurai dit que la langue pâli ne me paraît pas avoir donné plus de douze mots à la langue khmère sur cent vingt-quatre, j'aurai démontré que l'apport indien a été très faible et qu'il est plus insignifiant que l'apport cham et malais d'ailleurs incontestable.
La langue khmère affirme encore sa parenté avec les langues samré, por, couïUe, stieng, peunong et prou, par les mots qui désignent les premiers chiffres de sa numération.
Les nombres un, deux, trois, quatre et cinq se disent chez les Cambodgiens, les Samré, les Por, les Peunong et les Stieng : mouille, pi, bey, boun et pram. Chez les CouïUe et les Prou, le nombre pram (cinq) se dit song chez les premiers et chheng chez les seconds, alors que les quatre premiers mots de la numération sont ceux que les Khmers emploient.
Je dois cependant observer que la numération par cinq est particulière au peuple khmer, que les peuplades que je viens de nommer emploient la numération par dix et qu'ils ont des mots spéciaux pour dire : six, sept, huit et neuf, contrairement aux Khmers qui disent : cinq-un (pram-mouille, six), cinq-deux
(1) L*anna)nite n'a apporté que douze mots sur cent vingt-qucftre, mais on rétro uTe ces douze mots dans les autres langues, plus ou moins déformés.
(pram-pil, sept), cinq-trois (pram-bey, huit), cinqquatre (pram-boun, neuf).
J'ajouterai que les signes qui servent à écrire les dix premiers nombres cambodgiens sont d'origine chame et qu'ils ne sont pas la représentation d'une numération par cinq, c'est-à-dire que les signes qui représentent les chiffres six, sept, huit et neuf ne sont pas les signes un, deux, trois et quatre ornés d'un détail calligraphique augmentant leur valeur première. Le zéro est le zéro des Ghams et de tous les caractères déwanagari.
Si j'ai réussi dans la tâche que je me suis donnée dans cette introduction, j'ai démontré qu'il est indispensable de reprendre par la base l'étude des origines du peuple cambodgien ou khmer, que tout ce qui a été dit jusqu'à présent sur ce sujet est hypothétique, mal appuyé de faits et que mon opinion même a besoin d'être sérieusèment examinée.
Cependant, je crois qu'il y a quelques raisons d'admettre, jusqu'à ce que de nouvelles découvertes soient venues déchirer le voile qui nous cache un passé glorieux :
1° Que les Malais sont les premiers étrangers venus dans l'Indo-Ghine méridionale ;
2® Que les Ghams sont les premiers conquérants de rindo-Ghine méridionale ;
3**QuelesGhhvéa-Préam, Malais brahmaniques, ou race d'Indous qui aurait absorbé un élément malais, sont les seconds conquérants de l'Indo-Ghine méridionale et les vainqueurs des Ghams ;