INTRODUCTION LI
par les Khniers ; il convient d'ajouter que tous les autres dialectes parlés par les sauvages du Cambodge ont concouru, dans une certaine mesure, à la formation de la langue cambodgienne. C'est ce que je vais essayer de démontrer.
M. Moura a dressé un tableau de cent vingt-quatre mots usuels employés chez treize des races indochinoises qui ont concouru à la formation du peuple khmer ou qui, voisines de son empire, ont pu exercer quelque influence sur lui. Voici les observations qu'un examen très superficiel de ce tableau m'a suggérées (1) :
Tout d'abord j'observe qu'une grande parenté existe entre les idiomes samré et por qui sont parlés par des peuplades voisines l'une de l'autre et groupées dans la province d'Angkor. Sur cent vingt -quatre mots samré, j'en trouve cent douze qui sont à la fois por et samré.
Que les langues siamoises et thaï sont presque semblables, puisque sur cent dix-huit mots j'en trouve cent deux qui sont communs aux deux langues.
Que les langues cham, cancho, rode et chréai sont parentes entre elles à différents degrés; ainsi, sur cent vingt-quatre mots, je trouve quatre-vingt-six mots qui sont communs aux idiomes cham et chréai ; soixanteneuf qui sont communs aux dialectes cham et cancho ; soixante-huit qui sont communs aux langues chame et rodé, et cinquante et un aux langues chame et malaise. En outre, je trouve vingt-six mots qui sont à la fois
(1) Je fais les plus grandes réserves sur tout ce que contient ce paragraphe. Mon étude a porté sur un trop petit nombre de mots pour pouvoir être concluante. J'ai voulu seulement, en publiant les quelques observations que j'ai faites, attirer l'attention des linguistes sur un point intéressant de l'histoire du Cambodge : les origines de la langue khmère ou cambodgienne. C est d'ailleurs une étude que je me propose d'entreprendre au cours de mon troisième séjour au Sroc-Khmer.
cham, cancho, rodé et chréai et qui ne sont pas malais; dix-neuf mots qui sont chams et qui ne sont ni malais, ni chréai, ni rodé, ni cancho; huit mots qui sont communs aux idiomes cham et malais et qui ne sont ni chréai, ni rodé, ni cancho, etc.
D'où je déduis qu'il y a tout d'abord trois groupes de langues sœurs : 1° la langue samré-por; 2° la langue siamo-laotienne ou thaï; 3° les langues chame, chréai, rodé, cancho et malaise.
Si maintenant je recherche dans quelle mesure ces langues ont concouru à la formation de la langue cambodgienne ou khmère, voici ce que je trouve sur cent vingt-quatre mots :
Cinquante-quatre mots d'origine samré; — cinquantesix mots d'origine por, dont six ne sont pas samré ; — quarante et un mots d'origine couïlle dont huit ne sont ni samré ni por; — vingt-huit mots d'origine peunong, dont quatre ne sont ni samré, ni por, ni couïlle ; — quarante-cinq mots d'origine stieng, dont trois ne sont ni couïlle, ni por, ni samré, ni peunong; — trente mots prou communs à une ou plusieurs des langues ci-dessus nommées ; — quinze mots d'origine cancho, dont deux nouveaux ; — seize mots d'origine rodé ; — dix mots d'origine chréai, dont trois nouveaux; — quinze mots qui sont aussi siamois, dont cinq sont inconnus des langues ci-dessus dites ; — huit mots d'origine malaise, dont quatre nouveaux; — dix-huit mots d'origine chame, dont un nouveau. — C'est-à-dire soixante-quatorze mots khmers sur cent vingt-quatre qu'on retrouve dans les langues samré, por, couïlle, peunong, stieng et prou, et quinze mots khmers sur cent vingt -quatre qu'on retrouve, plus ou moins déformés, dans les langues cancho, rodé, chréai, siamoise, malaise et chame. Soit quatre-vingt-neuf mots khmers. D'où viennent les trente-quatre autres, ceux que je n'ai pu retrou-