FRANGE ET DE LA SGIENGE
J'ai publié, en 1890, un volume sur le Droit privé des Cambodgiens (1). Ce travail a été bien reçu du public spécial pour lequel il était écrit et, bien qu'il fût plus élémentaire qu'il n'aurait fallu, il m'a valu quelques félicitations dont je suis fier. Celui que je donne aujourd'hui a pour but de le continuer. Le Droit privé demandait une suite : le Droit public; j'ai tenté de la lui donner malgré la pauvreté des documents que j'avais à ma disposition, malgré l'ignorance même des lettrés du peuple cambodgien que j'avais à consulter. J'ai dû, pour écrire ce volume, analyser tout à la fois les annales royales khmères, — les fameuses Pongsa-Voda, — consulter les textes des lois qui sont encore observées par les juges, les ordonnances royales qui sont
(1) Voyez aussi dans Nouvelle Revue historique de Droit français et élranr/ery n" de janvier-février 1894, mon travail sur le Droit camhodfjien : Les successions. — Lo régime de la communauté dans le niariag»*, — Les donations.
Vm PREFACE
journellement rendues, les légendes qui sont nom breuses mais inédites, les quelques travaux d< mes devanciers ; j'ai dû surtout beaucoup interroge] les mandarins, les lettrés et les religieux qui, seuls, sont en possession des satras anciens. Les traditions populaires aussi m'ont été d'un grand secours: elles m'ont guidé dans mes recherches et m'ont tracé la « voie droite » que j'avais à suivre. Plus d'une fois, elles sont venues justifier une opinion a priori née d'un ensemble de faits observés et de déductions tirées; le plus souvent elles m'ont amené à modifier ma première impression et même à l'abandonner tout à fait. Elles m'ont rarement égaré, rarement trompé que je sache, et je pense que c'est encore aujourd'hui la plus grande source à laquelle il soit donné de puiser. Mais cette source est déjà bien faible ; dans quelques années, quand aura disparu ce qui reste encore des générations antérieures au règne de Norodom, antérieures à la proclamation de notre Protectorat sur le Cambodge, elle ne pourra plus rien donner. Le travail que je viens de faire aurait dû être entrepris, il y a trente ans, quand nous sommes venus dans ce pays pour la première fois; on eût alors pu le faire beaucoup plus complet, et y condenser un plus grand nombre de faits. Il n'a pas été entrepris à cette époque, les matériaux pour l'exécuter n'ont pas été amassés et je me suis trouvé en présence d'une société khmère qui abandonne ses vieux errements, qui se transforme tout à la fois au point