IL Y A 2.000 ANS
Il y a deux mille ans, la vaste péninsule indo-chinoise était loin d'avoir la physionomie géographique que nous lui connaissons aujourd'hui.
Le delta du fleuve Rouge n'existait pas encore et le golfe du Tonkin était plus considérable ; il s'étendait au nord-ouest et pénétrait dans les terres au moins jusqu'à Hanoï ; la côte décrivait un angle aigu et, sous l'eau, des alluvions s'amassaient lentement entre le territoire de Chanh-Hoa déjà formé et l'île de Caé-Ba.
La Cochinchine française était encore presqu'entièrement sous la mer. Un vaste estuaire s'étendait jusqu'en plein Cambodge, peut-être jusqu'à Phnom-Penh, peutêtre jusqu'au Grand-Lac plus profond alors et qui devait recevoir les eaux salées de l'Océan (1). Le Mékong, après avoir traversé toute la péninsule indo-chinoise, venait jeter ses eaux dans cet estuaire, tout probablement jusqu'aux environs du territoire aujourd'hui occupé par
(1) M. Sylvestre pense que le Grand-Lac s'allongeait vers le nordouest et communiquait avec le golfe de Siam par l'estuaire du Ménani de Bangkok. C'est possible, je dirai même c'est probable, mais cette communication ne devait déjà plus exister il y a deux mille ans.
Phnom-Penh. La péninsule de Camaau n'existait pas er core, mais une autre presqu'île, — échancrée par la rî vièr de Gien-Thanh et soutenue par le phnom Véal (1), 1< phnom Kam-Chay (montagnes de l'Eléphant), les mon tagnes de Véal-Rine et tous les éperons montagneiax qu en dépendent, — était formée entre l'estuaire du Mékong-, le Mé-Sap (bras du Grand-Lac), le Grand-Lac et le golfe de Siam. Le territoire, — sur lequel se trouve le village d'Hatien, l'inspection et le fort, — était celui d'une île séparée de la terre par un petit bras de mer. La baie envasée qui s'étend aujourd'hui devant Hatien était beaucoup plus profonde et s'étendait jusque bien au-delà de Gien-Thanh ; elle communiquait avec la mer par dei2x bras et, si le massif d'Hong-Chong n'était pas encore soudé à la terre ferme, par trois bras de mer. C'est dire que la baie d'Hatien était fermée par deux îlots, celui d'Hatien et celui d'Hong-Chong.
La baie de Péam, — aujourd'hui limitée par les îles des Pirates à l'ouest, la colline qui en se prolongeant dans la mer forme la pointe Nay (Mouille-Nay) au Sud, le phnom Angkol, à l'Est, et les collines qui forment au nord-ouest la pointe Kep, — s'étendait au moins jusqu'à poum Kompong-Trac, peut-être jusqu'au phnom Bac qui domine ce village; elle contenait plusieurs petits îlots qui maintenant sont devenus le phnom Angkol, le phnom Pol, etc. On pouvait, sans sortir de la baie de Péam, en passant derrière l'ilôt d'Hatien, pénétrer dans la baie d'Hatien. Ces deux baies se confondaient encore peutêtre derrière le Bonnet-à-Poil et le massif dont il fait partie.
La baie de Kompot, qui s'étend entre la pointe Kep au sud-est et la pointe Tahane au nord-ouest, s'étendait alors jusqu'au phnom Slap-Taon, et au phnom Sa (pic
(1) P/niom, montagne, colline.
INTRODUCTION XVll
Bomby) ; de l'île Trey-Ga émergeait seul le massif de grès brun qui, en retenant les sables que roulaient le prec thom Kompot et le prec Kabal-Roumir, a fini par la faire ce qu'elle est aujourd'hui (1).
La pointe Tahane, formée par un puissant éperon sousmarin du phnom Kam-Ghay, s'avançait plus aigiie dans la mer vers la pointe nord-est de l'île de Phu-Quoc, et le courant formé par les marées était plus puissant.
Au-delà, la baie de Véal-Rine qui s'étend entre la pointe Prec-Thnot à l'est et la côte de la presqu'île de Véal-Rine à l'ouest, était beaucoup plus vaste. L'estuaire du prec thom Véal-Rine s'étendait, au nord, jusqu'audelà de poum (2) Kompong-Smach, un village qui est à cinq kilomètres au moins de l'embouchure. Il comprenait à l'est et à l'ouest tous les terrains d'alluvions formés par les prec Teuk-Loak et Bounteay-Prey et par le prec thom Véal-Rine, c'est-à-dire tous les territoires occupés par les rizières de poum Véal-Méas, de poum Véal-Rine, de poum Samrong, de poum Bounteay-Prey, de poum Trapeang-Soai, par le Prey-Thmey (forêt nouvelle), par les rizières de Prey-Nop et de poum Phnom-Toch, par les rizières de poum Kompong-Smach, de poum Phaoo, de poum Véal-Ta-Gnhet, de poum Ghhvéa et de poum Teuk-Loak jusqu'au prec Sang-Kaé. Gette vaste baie s'étendait alors de la pointe Prec-Thnot qui la limite à l'est à la pointe poum Sré-Gham qui la ferme au sud-ouest.
La baie du Teuk-Sap, qui se trouve au nord de ca Grebey, notre île du Milieu, resserrée entre un éperon du massif montagneux de Véal-Rine et une colline puissante, était plus vaste aussi et plus profonde.
(1) On a trouvé à sept kilomètres de la mer, il y a quelques années, dans l'enceinte du gouverneur, à Kompong-Bay, à quatre mètres de profondeur, une corde en rotin qui s'est effritée. — Pi^ec, en langue cambodgienne, veut dire rivière; thom, grand, grande.
(2) Poum, village, hameau.
XVin DROIT PUBLIC CAMBODGIEN
Un estuaire aussi large que l'ouverture de la baie actuelle s'enfonçait jusqu'au-delà de poum Lani-Pou-Tlié, e'est-à dire jusqu'à dix kilomètres de l'embouchure actuelle du prec Teuk-Sap.
La baie de Réam, que défendent caSam-Sê, caTa-Kéo, ca Hong-Gioï, ca Chang-Thma-Chon-Thom, ca Ghang- Thma-Chon-Toch et ca Très (1), et qui est limitée au. sud par la pointe Teuk-Angdong et au nord-ouest par la pointe Ga-Très, la baie de Réam était plus profonde et plus vaste ; elle s'étendait certainement jusqu'au poum Réam, très creusée au sud ; peut-être se confondait-elle avec la baie très allongée du Teuck-Sap. Dans ce cas, h' territoire compris entre la baie du Ti^uk-Sap et la haie de Réam, soutenu par des collines situées à l'est et à l'ouest, formait au nord un grand ilôt vaseux limité par la baie de Véal-Rine, et au sud par le golfe de Siani.
La vaste baie de Kompong-Som que défendent ca Rong et ca Rong-Sam-Lem était également plus large et plus profonde. La courbe qu'elle dessine au nord, de l'ouest à Test, était d'un rayon plus ^rand et se dirigeait du sud-ouest au nord-ouest, elle s'enfonçait davantage dans les terres et se terminait par un vaste estuaire formé par le prec Kompong-Som ou prec Sré-Umbel et s'étendait au nord-est au moins jusqu'à poum Sré-Umbel et probablement beaucoup plus loin.
L'estuaire de klong (2) Kopo, — cette grande rivière située dans la province de Ga-Kong (3), au nord de l'ile (^ui lui donne son nom, qu'on peut, si mes renseignements sont exacts, remonter près de 40 milles, — était plus large et plus profondément échancré dans les terres.
La baie du klong Tung-Iai, dans la même province était plus étendue vers le nord et la petite presqu'île de
(1) Ca, île.
(2) Klong, mot siamois signifiant rivière.
(3) Les Siamois la nomment Phia-Phisay,