INTRODUCTION XIX
Kratt, au nord de laquelle se trouve ce chef-lieu, n'était peut-être point encore formée.
L'estuaire du klong Santong, celui du klong Ghantaboun, du klong Pasé et du klong Royong étaient plus larges aussi ; le premier formait une petite baie très ouverte, le second une baie intérieure à demi fermée par deux petites collines, le troisième une baie plus vaste, et le quatrième une véritable baie plus large que profonde.
L'extrémité nord du golfe de Siam était loin de ressembler au golfe du Ménam, que nous connaissons. Le delta du Ménam de Bangkok n'était pas encore formé et l'estuaire du Ménam de Pétriou, plus vaste, n'avait point encore canalisé ses eaux jusqu'au point où nous voyons s'étendre aujourd'hui la côte. La province siamoise de Paknam et une partie de la province de Bangkok, y compris le territoire même de cette capitale, étaient sous l'eau. La baie du Mékloung, qui est à l'ouest du golfe supérieur, était aussi plus accentuée.
La presqu'île de Malacca, soutenue par une longue chaîne de montagnes qui la traverse dans toute sa largeur, était à peu de chose près ce qu'elle est aujourd'hui. Quelques personnes ont pensé que l'isthme de Kra, si étroit, que M, Joseph Deloncle a songé à y creuser un canal, était autrefois traversé par un détroit, dont la baie de Sa-Oui qui est sur la côte orientale, et celle de Saint-Mathieu qui est sur la côte occidentale, seraient les restes. Mais cette opinion n'a pas été soutenue par une étude sérieuse sur les lieux et paraît avoir été abandonnée par ceux-là même qui l'ont émise.
Le delta de l'Irraouaddi n'était pas encore formé ; le territoire aujourd'hui occupé par Rangoun, les nombreux villages et les belles et fécondes rizières qui font la fortune de ce pays étaient encore sous l'eau. Le golfe de Martaban était beaucoup plus vaste et divisé par une
pointe qui s'avançait assez profondément dans la mer; la partie de ce golfe, qui a complètement disparu, sous les apports incessants de Tlrraouaddi, atteignait certainement les rizières déjà moins fécondes de Henzada.
Le littoral de la Barmanie anglaise ne paraît pas s'être beaucoup modifié ; bien soutenu par un puissant massif montagneux et défendu par de nombreuses îles de très petite altitude, les sit^cles sont passés sans le vieillir. Seule la baie vaseuse d(^ Cumbermère paraît s'être colmatée de terres alluvionnaires et peuplée d'îles faites de sables et d'argiles bruns.
Le (irand-Lac ou Tonlé-Sap était beaucoup plus vaste qu'aujourd'liui et beaucoup plus profond. Angkor était à peu de distance de sa côte orientale ; Poursatet Battambang devaient être à quelques mille mètres environ de la côte occidentale. Cette Méditerranée d'eau douce était moitié plus vaste qu'aujourd'hui et les inondations qu'elle produisait devaient s'étendre beaucoup plus loin, mais déjà elle ne communiquai t i)lus avec le golfe de Siani par la vallée du Ménam; le Tonlé-Sap était déjà une mer intérieure.
La vaste plaine, qui s'étend depuis Kompong-Soai jusqu'au Grand-Lac et justju'à Kompong-Leng, encore aujourd'hui inondée à la saison des pluies et au travers de laciuelle les pirogues passent nombreuses, était beaucoup plus basse et presque toujours couverte par les eaux.
C'est ainsi que de vastes territoires aujourd'hui peuplés étaient encore inhabités, inhabitables peut-être et marécageux, sous l'eau toute l'année.
T(îlle était, à mon avis, il y a deux mille ans, cette vaste péninsule indo-chinoise où tant de races diverses sont venues combattre et s'entre-détruire, et qui semble ouverte à nos ambitions, à notre action civilisatrice et féconde».