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GREFFES PIGMENTAIRES

De même que les injections pigmentaires nous ont permis d’aborder

expérimentalement l’étude de l'influence du granule sur la coloration,

LS

de même devons-nous, maintenant, aborder expérimentalement le rôle de la cellule même dans ce phénomène.

Nous avons déjà donné certains arguments anatomiques qui pré-

cisaient l’acte de la sécrétion cellulaire du pigment, le fait de son

origine autochtone. Les arguments expérimentaux que nous allons

aborder, nous imposeront les mêmes conclusions. Expérimentalement, le rôle de la cellule dans la coloration peut

être étudié de plusieurs manières.

Par exemple, on peut soumettre une place anatomique bien définie à telle ou telle influence, et comparer cette place aux endroits voisins soumis aux mêmes influences générales. ,

On peut, étudier les éphélides provoqués par les rayons solaires

(DEMIE VILLE) (41) ; la pigmentation provoquée par un vésicatoire.

On peut, à l'exemple de SaxwaLBe (150), étudier l’hermine au moment de la variation de couleur périodique de ses poils.

Généralement, le problème reste complexe, le système nerveux, les glandes sont influencés et la solution manque de précision.

Une technique plus élégante et plus exacte, consiste à transplanter une cellule dans telle ou telle condition déterminée ; on élimine ainsi tous les facteurs étrangers à la cellule elle-même.

En faisant varier les conditions d’existence de l'organisme auquel appartiennent, la cellule greffée d’une part, celles de l'organisme porte-greffe d'autre part, on met en conflit des facteurs connus, et on peut espérer aborder un certain nombre de problèmes propres, non seulement à la pigmentation, mais encore à la biologie et à

l’'énergitique cellulaire générale.

Ce problème beaucoup plus vaste, et que nous n'avons qu'ébauché, dépend, d’abord, de la solution du premier.

Lorsque nous connaïîtrons en effet les lois concernant la greffe des cellules pigmentées, nous pourrons nous servir de la pigmentation comme d’un index colorimétrique nous permettant de retrouver la descendance de la cellule greffée et d’en suivre à l'œil nu le développement.

Le problème que nous abordons, indépendamment de l'intérêt qu'il présente, pour la théorie de la pigmentation, est donc la première pierre d’un édifice destiné à enregistrer les luttes intercellulaires et les conditions de vitalité (nous dirions volontiers de virulence) qui font triompher une cellule, et peut-être l'aménent à un développement anormal et pathologique.

La première question que nous devons résoudre est la suivante:

une greffe épidermique pigmentée évolue-t-elle au milieu de cellules blanches ? Si cette greffe se résorbe, Wu recherche en ce sens est impossible.

Plusieurs auteurs ont essayé de transplanter de la peau de nègre sur un sujet blanc, etinversement. MAUREL (104), dans un intéressant

travail, relate de multiples essais faits sur diverses races humaines.

I conclut que la greffe prend finalement la coloration du porteur. BryanT à suivi pendant quatre semaines seulement des greffes faites de nègre à blanc ; elles ont persisté, mais cette durée d’observation est très insuffisante. ;

Kar&G (80), dont le travail est surtout connu, a fait des greffes de Thiersch de nègre à blanc et inversement, Il a étudié, au microscope. le très curieux phénomène de la résorption de ses greffes. Il er conclut que, tant pour l'apport que pour le départ du pigment, le rôle des cellules mobiles est prépondérant.

Mais comme le fait observer SCHWALBE, cette intervention de la phagocytose est un phénomène général,propre àtouteslesrésorptions de greffes ; il n’y a rien de spécial aux granules pigmentés ; le résultat positif seul peut être interprété ; or toutes ces greffes se sont résorbées.

Nous avons repris le problème sans connaître les travaux antérieurs ; car leurs conclusions nous en auraient détourné, puisque la résorption, qu’ils ont observée, était contraire au but que nous nous proposions.

Nous avons fait ces recherches avec la collaboration de M°1e DEFLANDRE à qui nous adressons, ici, tous nos remerciements, et nous nous proposons de les poursuivre ensemble (1).

Nous avons eu la bonne fortune de faire nos premières greffes, sur le cobaye, animal généralement bigarré, le plus propre à cette étude, sur lequel nos greffes ont évolué.

Précisant ensuite les conditions du problème, nous vimes que chez l'albinos, nos greffes se résorbaient assez rapidement, et, rapprochant l’homme blanc de l’animal albinos ou faiblement pigmenté, nous pûmes nous expliquer les résultats des auteurs cités.

Sur les animaux bigarrés, nos greffes noires s’étendaient rapidement sur fond blanc. Au bout d’un an, elles étaient encore en extension. |

Le réactif, pour n'avoir pas une action tout à fait générale, n’en était pas moins utilisable et nous devions, dès lors, en étudier le déterminisme.

La technique des greffes pigmentées est simple: mais on doit redouter un grand nombre d’insuccès, tenant à l'indocilité de l'animal, qui, lui-même, arrache ses greftes.

Nous nous sommes bien trouvés de pratiquer au rasoir un lambeau épidermique, sur le porte-greffe ; ce lambeau recouvre la greffe etla protège contre la dessication. | |

(1) Ces recherches ont été commencées au laboratoire de mon cher maître, M. Giserr, à l'hôpital Broussais ; il nous a donné d’excellents conseils.

La greffe, sauf exception, doit, pour le but que nous nous proposons, comprendre le moins de cellules possibles et des cellules épithéliales seulement. Elle doit être mince et petite.

Nous recouvrons généralement la grefle d’un carré de taffetas gommé. On peut doubler ce pansement d’une couche de stérésol ou de pâte d'Unna.

Généralement au bout de quelques jours, on aperçoit un point noir qui fonce et s’étend progressivement. La greffe en extension présente un centre noir, un contour dégradé qui marque le zone de croissance.

Nous avons soigneusement décalqué les limites de la tache ; les chiffres que nous indiquons sont pris dans deux directions perpendiculaires.

Nous avons fait deux séries d'expériences :

Dans une première série, nous avons greffé sur peau blanche, de la peau noire, provenant du même animal ou d’un autre de même espèce.

Voici quelques exemples de la croissance de ces greffes.

EXPÉRIENCE

Cobaye à tête noire, moyennement pigmenté. Le 13 septembre 1895, on prélève un lambeau d’épiderme noir au niveau de la tache noire postérieure. Ce lambeau est greffé sur le même animal au flanc gauche, au milieu d’une zone blanche.

Les mensurations n'ont été faites qu’à dater du 2 octobre.

Les dimensions de la tache noire étaient :

le 2 octobre 1895 de 7%" sur 27".

Dr AS 10 — 2.5

9 — 11, — 3 14 AN CT 828 :,— 143 — 6 17 novembre ....... 19 — 8 28 — 18 — 10 12 décembre... 18.5 — 12.5 26. {92748 15 janvier 1896... 19 s@e 10

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30 mars 1896... 20°" sur 18 RASE AA 1 PEN EEE 2. — 19 30 septembre ....... 20 — 20 Le cobaye meurt de tuberculose généralisée le 1” octobre 1896. 2.X. 95 gx ER

Fig. 2. — Contours décalqués de la greffe noire aux différentes périodes de son évolution. La dégradation de teinte du contour n’est pas représentée.

Plusieurs fois, à partir du 28 novembre des fragments de greffe

ont été prélevés et ont servi soit à d’autres greffes soit aux examens histologiques.

EXPÉRIENCE

Le 6 novembre 1895 on greffe sur la peau blanche d’un cobaye, un lambeau noir provenant du même animal.

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