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II. Injections intrapéritonéales

L’inconvénient de ce mode d’injection est l’asepsie, souvent relalive, des solutions injectées.

EXPÉRIENCE AÀ :

Lapin albinos. En mai, injections dans le péritoine, au moyen d’une pipette stérilisée, d'extrait mélanique frais de choroïde dans l'humeur aqueuse. Ces injections ont été répétées tous les deux ou trois jours : cinq foisentout.

L'animal ne change pas de teinte. Il est sacrifié.

Autopsie : De larges zones noires apparaissent sur le péritoine pariétal et sur l'intestin. Le foie présente, seulement à la surface, des zones noires.

De même du rein qui, à la coupe, paraît normal. Les capsules surrénales paraissent macroscopiquement hypertrophiées, mais peu malades.

EXPÉRIENCE B

Chien noir jeune (3 mois). Le 4 mai, il reçoit dans le péritoine 20% d'extrait frais de tumeur mélanique. Il en reçoit 20 autres le lendemain.

Deux greffes, de tumeur mélanique, implantées sous la peau, déterminent un vaste abcès à pus fétide avec décollement considérable : on sacrifie alors l’animal, au bout de quatre jours.

Autopsie : Aucune trace de péritonite : les cultures du péritoine restent stériles. Le mésentère et le grand épiploon sont noirs par places.

La capsule surrénale gauche attire d’abord l'attention : elle est, en effet, complètement noire dans toute sa partie supérieure. Cette teinte va en se dégradant vers la partie inférieure, moins noire.

La capsule droite est hypertrophiée, légèrement congestionnée : elle ne présente pas d'infiltration noire.

Le rein présente à sa surface une plaque noire ; il paraît normal macroscopiquement.

Poumon normal.

EXPÉRIENCE C

Cobaye albinos: injections plusieurs fois répétées d’extrait pigmentaire choroïdien provenant d’yeux de lapin.

Autopsie après une survie de quinze jours.

Capsules surrénales très malades, des deux se, très congestionnées, à teinte brun sombre.

Poumons très légèrement congestionnés : intestin normal.

EXxPÉRIENCE D :

Cobaye bigarré. Injection d’extrait de tumeur mélanique stéri- | lisé à 120°. 20° dans le péritoine. Mort 10 jours après. SELS

Capsules surrénales malades très congestionnées, surtoutla droite. à Reins paraissant malades. Foie à peu près normal.

EXPÉRIENCE E

Lapin. Injection intrapéritonéale à plusieurs reprises d'extraits siérilisés de tumeurs mélaniques : capsules surrénales extrêmement congestionnées.

L'examen microscopique de ces différentes pièces a été fait généralement après conservation dans l'alcool ou dans le formol. Il a donné les résultats suivants :

Capsules surrenales.

La capsule surrénale du chien (Exp. B.) est de beaucoup la plus intéressante : elle présente des lésions tellement considérales qu’elle est à peine comparable aux autres. La cause nous en échappe, du reste, complètement, de même que celle de l’unilatéralité de la lésion.

Sur les coupes, on distingue une partie, la partie supérieure, complètement noire. On n’y voit que quelques travées conjonctives recouvertes de granulations : pas une cellule n’est visible, ni cellules surrénales, ni leucocytes : on n’y voit que des granules pigmentaires disséminés partout.

Ils ne présentent pas de formes en amas.

A la limite de ces parties méconnaissables, on en trouve d’autres, très altérées également. Beaucoup de cellules glandulaires manquent. D’autres, gonflées et altérées, sont prêtes à se détacher; elles sont complètement infiltrées de granules. D'autres enfin sont moins malades. Mais leur noyau prend mal la coloration : le protoplasme est vacuolé ; un certain nombre de granules pigmentaires se

pressent autour du noyau qui se colore mal.

Ces cellules sont, du reste, rares, et tout autour se trouvent de jeunes cellules, à gros noyau vivement colorable, à protoplasma moins étalé ne contenant aucun grain pigmentaire, tassées les unes contre les autres et infiltrant par zones, l’ancien tissu démoli dont elles prennent la place.

Sur des points moins altérés encore, on trouve des cellules glandulaires de mieux en mieux conservées, mais infiltrées encore de

- pigment: les zones de nouvelles cellules sont plus réduites etse

DRnBnEnt du no moins bien.

nc

On assiste ainsi de bas en haut à la progression suivie par la lésion :

La cellule glandulaire, d’abord infiltrée de pigment, mais encore vivante, s’altère ensuite, en se surchargeant de granulations. Son protoplasme s'étale, son noyau se colore moins. Enfin elle peut desquamer. Des amas de cellules jeunes se groupent et prennent la place des cellules altérées.

Enfin, on arrive à un point où toute vie cellulaire est devenue impossible, où les anciennes cellules sont mortes, où les nouvelles n’ont pu se développer, où les leucocytes même ne peuvent s’aventurer, et où les granules seuls remplissent, avec quelques travées conjonctives, le champ de la préparation.

Par contraste avec ces lésions, si avancées, l’autre capsule ne présente presque rien: la glande est augmentée de volume, les cellules dégénérées par places; on trouve, de loin en loin, des grains pigmentaires en voie de disparition dans quelques cellules.

Notre attention une fois éveillée par ce cas, nous avons Soigneusement examiné les autres capsules surrénales, dont l’altération macroscopique était d’un tout autre ordre (hypertrophie et congestion), dont certaines, du reste, paraissaient à peine malades.

Les coupes de capsules surrénales de lapin (Exp. A), montrent une glande peu malade. On voit néanmoins quelques cellules infitrées de pigment : d’autres ont un aspect dégénéré : elles contiennent des vacuoles, leur noyau se colore mal. On voit, par places, une poussée d'éléments jeunes à noyau fortement coloré.

D’autres places montrent de petits îlots à cellules malades infiltrées de pigment.

L'expérience C (cobaye albinos), nous a montré au microscope des cellules très malades, dégénérées, à vacuoles, à desquamation active par places. Un certain nombre de cellules en desquamation sont pleines de pigment. D’autres restent en place, avec du pigment sur leur bord.

L’autre capsule est moins malade : à la zone externe, les cellules sont gonflées ; le noyau se colore pourtant. |

La zone interne est très congestionnée : des vaisseaux sont.

énormes : le protoplasma à vacuoles, le noyau peu coloré. Très peu de granulations.

Par places, sur ces deux capsules, on voit dans le protoplasma |

LE

cellulaire, de petits granules, à peine visibles, passant d’abord inaperçus. Leur limite est peu dessinée : leur coloration est pâle, tranchant peu sur le reste. Ils donnent l'impression de granules en train de se décolorer.

Les capsules de l’expérience D présentent des cellules également très malades par places : on retrouve des nodules de petites cellules jeunes, non altérées.

Dans les cellules très malades, on retrouve, de même, de petits grains pigmentaires en train de dégénérer.

A côté de parties très malades à cellules desquamées ou dégénérées, de moins malades ne présentent plus de cellules jeunes. Il y a néanmoins des cellulles vacuoliformes à pigment.

Les capsules de l’expérience E (lapin) présentent également des cellules à granulations à peine pigmentées.

A côté donc d’un cas où la capsule est tellement altérée par le pigment qu'elle est presque méconnaissable, nous trouvons d’autres capsules, infiniment moins malades, mais présentant le même

processus à son début.

Nous croirions volontiers, d’après ces données, à un rôle fixateur et destructeur du pigment par les capsules surrénales. L'altération de la glande permettrait ainsi d'expliquer comment le pigment n’est plus détruit dans la maladie d’Addison à capsules malades ou para-

lysées. À

Nos faits s’accordent, d'une part avec le rôle antitoxique et destructeur des poisons que tendent à attribuer à la glande les recherches contemporaines (ABELOUS et LANGLOIS (2), ALBANÈSE (5), CHARRIN (182), GoURFEIN (67), PETTIT (184), etc.); d’autre part avec les expériences de PILLIET (183) qui, injectant des substances globulicides dans le sang, notait une lHPoNaree pigmentaire des capsules surrénales.

Nos faits sont instructifs encore, en ce sens, qu'une seule fois,

PE par un déterminisme expérimental qui nous échappe, nous avons

obtenu une capsule surrénale COmpIRIeERent transformée et noire de pigment. CH ar Les autres fois, la surcharge pigmentaire était peu ol à

+ l'œil nu, et même au microscope quelques cellules seulement étaient

infiltrées de pigment, généralement en partie décoloré.

40 P, UARNOT. \

Les autres organes nous ont permis de retrouver les mêmes faits que les injections intra-veineuses.

Les reins du cobaye D présentaient, comme à la suite d'injections intra-veineuses, des glomérules chargés de pigment, en train de s'éliminer, et qu'on retrouvait dans la lumière capsulaire : une élimination moindre avait lieu au niveau des tubes.

Les reins du lapin À présentaient quelques rares granules au niveau des glomérules et des tubes du rein.

Ceux du chien B présentaient également quelques granules dans la lumière capsulaire.

L’intestin du cobaye C est très intéressant à étudier. A la suite de l'injection intra-péritonéale, se sont faits des amas pigmentaires, étalés sur la surface de l'intestin : une coupe faite à ce niveau a montré l’infiltration du pigment, s'étendant très loin en profondeur. - A la partie séreuse, nous voyons des amas agglutinés de granules, puis des leucocytes chargés de pigment. Il est remarquable que certains granules, contenus dans Jes leucocytes semblent avoir perdu leur couleur en partie.

Le nombre des granules diminue de plus en plus dans les tuniques musculaires où les granules sont libres, souvent en traïnées.

Vers la muqueuse, le nombre des granulations libres augmente : on en trouve une certaine quantité vers la lumière du canal, sur le bord libre. L’élimination est nette microscopiquement, comme elle l'était macroscopiquement à la suite d'injections intra-veineuses grâce à la couleur du contenu intestinal.

Mêmes phénomènes et mêmes considérations pour le lapin albinos A: les granulations se retrouvent du côté de la lumière intestinale où elles sont plus abondantes que dans la zone médiane musculaire.

Le poumon de cobaye GC montre également un grand nombre de granulations pigmentaires : les unes dans les cellules pulmonaires, dont les plus malades desquament, les autres dans des leucocytes. Le foie de cobaye D présente de rares granulations de place en place, à l’intérieur des cellules hépatiques.

Un ganglion du lapin A montre, par places, un assez grand

nombre de granules dans les cellules lymphatiques, granules qui là

encore semblent s’altérer et perdre l'intensité de leur couleur.

IIT. Injections sous-cutanees.

Nous avons fait plusieurs expériences de ce genre: la plus curieuse est relative à un chien :

ne injection sous-cutanée est faite sous la peau du ventre (20° d'extrait de la mélanose du cheval, passé à l’autoclave)., Ou donne le surlendemain une autre dose de 10°.

On sacrifie le chien quatre jours après.

À l’autopsie, on est surpris de trouver un épiploon noir, présentant uniformément sur loute son étendue, des traînées noires de pigment, en boules juxtaposées.

Rien sur le mésentère, rien sur le péritoine pariétal. Le lieu de :

l'injection sous-cutanée conserve une teinte noire, et ne présente aucune communication avec le péritoine, dont il est séparé par la couche musculaire de l'abdomen.

Le péritoine pariétal est sain. Aucune adhérence du grand épiploon avec le péritoine pariétal.

Dans l’aisselle, ganglion teinté en noir.

Organes paraissant sains macroscopiquement, n'ayant pas été examinés au microscope.

Nous avons retrouvé sur le cobaye, dont le grand épiploon est du reste beaucoup moins développé, un cas analogue : à la suite d’une injection souws-cutanée de pigment, l’épiploon présentait des masses noires à son bord libre. On n’observait pas ici la disposition en traînées. e A

Ce fait est des plus curieux : il semblerait indiquer une voie”non soupçonnée d'absorption pour les injections sous-cutanées. Nous faisons dans cette voie des expériences avec d'autres substances. Il

- serait curieux de constater, en d’autres cas, cette traversée périlonéale et cette résorption par le grand épiploon.

Le grand épiploon peut, du reste, être assimilé, surtout depuis les

mémorables recherches de RaNvier(131),àun ganglion lymphatique étalé ; le pigment s’y fixerait comme il se fixe dans les ganglions.

Un autre résultat des injections sous-cutanées, visible sur les = coupes de peau, au-dessus de l’injection est le suivant:

Il peut y avoir dans le derme une accumulation considérable de pigment, des leucocytes qui le résorbent : on n’observe néanmoins

aucune pigmentation des cellules épidermiques sus-jacentes, ni des poils. Ce fait vient encore à l’appui de la théorie de l’origine autochtone du pigment.

Les injections de pigment nous ont donc renseigné sur les points suivants :

1° Le pigment s’élimine par les reins et par l’intestin ;

2° Il se fixe dans le foie, la rate, le poumon ;

3 Il semble se détruire, par une sorte de digestion intra-cellulaire, dans les cellules lymphatiques et les cellules surrénales.

Deux cas particulièrement nets, nous en montrent l'accumulation dans les capsules surrénales d’une part, dans les organes lymphatiques (grand épiploon) de l’autre.

Enfin, nous n'avons jamais observé nettement, à la suite d’injections massives de pigment, même sous la peau, de coloration de l’épiderme ni des phanères.

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