‹ Recherches sur le Mécanisme de la PigmentationChapitre 9 sur 21 · I. Injection intraveineuse · texte numérisé non relu

I. Injection intraveineuse

L'injection intraveineuse met immédiatement en circulation des masses considérables de pigment.

Le danger est la production de petites embolies, peut-être même de coagulations intravasculaires, qui peuvent modifier certains résultats.

Cette injection agit, d’une part comme agirait toute injection de particules extrêmement fines, d'autre part aussi par un facteur mal défini (chimiotactisme, affinités cellullaires spéciales) propre à la nature du granule pigmenté.

Les deux actions sont intéressantes à étudier.

Il serait en effet difficile de trouver un autre corps inerte aussi petit et aussi mobilisable, pour constater l'effet du transport et de la rétention de particules fines. Or il est intéressant, à plus d'un titre, de pouvoir noter la fixation de ces particules et de les comparer aux fixations de micro-organismes consécutives aux injections intraveineuses de leurs cultures. |

Eu tant que pigment, la brusque surcharge du sang, permet de saisir des voies d'élimination qui pourraient échapper si de faibles quantités de pigments étaient mises en jeu.

Nous relaterons deux faits typiques de ce genre:

EXPÉRIENCE I

Le 4 mai 4896, un lapin gris, pesant 2 kil. 400, recoit dans la

veine auriculaire 40%, d’une solution venant d’être préparée par le broyage d’une tumeur fraîche de vieux cheval blane Re Cette solution est presque noire.

Le 6 mai, le même lapin reçoit 40° de cette même solution :

conservée aseptiquement. ï On le sacrifie deux jours après. :

L’autopsie montre un foie complètement noir, un poumon. noir

dans sa presque totalité : les capsules surrénales paraissent un peu #

congestionnées ; les reins congestionnés, présentent des traînées LS

vasculaires noires.

EXPÉRIENCE II

Lapin gris clair pesant 2 kil. 300.

Le 10 juillet, injection de 40° d’une solution de pigment SÉRIE provenant d’une tumeur de cheval. ;

Solution stérilisée à l’autoclave à 420°.

L'animal supporte très bien cette injection : au bout d’un mois, on est frappé de la teinte un peu plus foncée deses poils, surtout à leur extrémité. Mais ce n'est peut-être qu’une coïncidence.

Le 5 septembre, injection de 40% de la même Solution. L'animal meurt, au bout de 15 heures environ.

Autopsie: poumons complètement noirs, par larges zones; de teinte bigarrée dans le reste de leur étendue. Foie complètement noir.

Reins très congestionnés, paraissant malades. L'urine contenue dans la vessie est brun-noirâtre. L'intestin grêle a une teinte brun clair anormale : l'estomac et le gros intestin paraissent normaux.

Capsules surrénales un peu congestionnées, légèrement noires par places.

Cœur : les artères coronaires contiennent du sang coagulé ou des embolies.

Nous étudierons en même temps les lésions microscopiques de ces deux cas, très comparables on le voit. => Le foie noir sur la coupe, présente, à un faible grossissement, une disposition radiée du pigment dans les capillaires du lobule : partie des veines-portes la pigmentation converge vers la veine sus - hépatique centro-lobulaire, La” pigmentation paraît égale d’ailleurs au centre et à la périphérie du lobule ; la veine centro- - Jobulaire contient une grande quantité de pigment sur ss bords. Les granules sont contenus surtout dans les capillaires. Ils y forment : 1° des amas pigmentaires compacts qui sont le phénomène

-saillant : en effet, le liquide injecté contenait des granules dissé- minés, ne constituant aucun amas. Or, dans le poumon, la rate etle foie, nous retrouvons ces vastes groupements qui ne sont pas d’ori-

-gine cellulaire, car on assiste, pour ainsi dire, a leur genèse : on en Ho

voit quelques-uns seulement acolés : puis, à côté, un amas est plus considérable. Enfin, on voit de gros boyaux, dépassant de beaucoup la taille d’une cellule et donnant l'impression plutôt d’un processus embolique. Il semblerait qu’il y ait eu là, soit une petite coagulation, soit un agglutinement indéterminé.

Les cellules du foie contiennent assez fréquemment du pigment dans leur intérieur. Il semble souvent que ces granules aient une teinte beaucoup plus claire que ceux restés dans les capillaires. Il est rare pourtant que l’on assiste à une infiltration complète de la cellule hépatique, comme celle qui existait notamment dans le foie . noir du cheval, d’où provenait notre tumeur mélanique.

Pourtant les cellules hépatiques de notre lapin semblent dégénérées : le noyau se colore mal et des vacuoles existent dans le protoplasma.

Du côté de la bile, nous avons cherché à décéler un élimination du pigment. Nous savons, en effet, d’après TARCHANOrF que le pigment biliaire injecté, s’élimine par la bile ; d’après WERTHEIMER que le pigment biliaire d’un autre animal (mouton), que la chlorophylle s'éliminent également par la bile. Mais nous n’avons trouvé dans la vésicule biliaire aucune granulation pigmentaire.

Le pouinon présente à la coupe des travées, noires de pigment : une partie des granules est très certainement arrêtée dans les capillaires dont ils dessinent la disposition anatomique le long des travées : là encore, nous trouvons tous les intermédiaires entre les formes libres et les énormes amas agglutinés dont nous parlions tout à l'heure. Certains capillaires présentent des granules sur leurs bords; d’autres sont entièrement obstrués.

Les cellules alvéolaires paraissent gonflées et moins aplaties : elles contiennent des granulations pigmentaires, peu abondantes. Quelques-unes, en train de desquamer, en contiennent également.

D'autres formes, sur l'interprétation desquelles, nous aurions quelques doutes, paraissent des leucocytes imprêgnés de pigment.

Enfin les gros vaisseaux ont leur centre rempli de globules rouges, sans traces de granulations : sur leurs bords s’attardent quelques rares granulations.

Les reins sont très curieux à examiner: les gros vaisseaux paraissent libres : les capillaires sont infiltrés de pigment sur leurs

bords : ils sont libres en leur centre. Mais le pigment qui infiltre Fe

les petits vaisseaux et passe dans les mailles voisines de tissu conjonctif, n’est jamais en amas, comme dans le foie, le poumon et la rate; toujours, les granulations sont libres et indépendantes. La réaction agglutinante, si nette ailleurs, manque totalement ici: chose en rapport avec l'élimination au niveau du rein. Nous retrouverons le même fait au niveau de l'intestin.

Les glomérules sont véritablement infiltrés de noir. On en trouve dans les capillaires, dans l’épithélium, dans la lumière capsulaire. Sur une coupe, le glomérule est coloré en noir. Il y a donc, à son niveau, une élimination très active. L’épithélium destubes contournés renferme quelques granulations.

Dans la lumière des tubes droits, se voient de nombreux granules.

Nous avons vu l'urine brune de pigments.

Il y a donc une élimination considérable de pigment, sans phénomène agglomératif par tout le rein, mais surtout au niveau des glomérules.

L'intestin présentait un contenu brunâtre : sur la coupe, on trouve une infiltration pigmentaire des parties voisines de la lumière

centrale. \

Larateestinfiltrée de pigment: elle est noire sur une coupe histologique. Là encore, nous trouvons un état agglomératif spécial.

Page 1