V. Résultats des efforts relativement aux viscères de
l'abdomen.
Comprimés entre les muscles abdominaux contractés et le diaphragme devenu passif, les organes du ventre se trouvent dirigés vers les parois de la cavité qui les renferme; ils cherchent à s’en échapper par les endroits les plus faibles : de là les hernies.
En même temps, les viscères eux-mêmes se réduisent à un moindre volume s’ils en sont susceptibles : s’ils sont creux, par exemple, leur cavité se rétrécit, et les matières qu’elle contient font effort pour en sortir : de là les expulsions.
Théorie des expulsions .
Si la glotte persiste à rester close, elle devient le point d’appui où aboutissent finale-
ment les efforts. Quant à la résistance , elle -varie suivant l’expulsion qui s’opère; elle est au cardia dans le vomissement, au col de Y utérus dans l’accouchement, au col de la vessie dans l’émission des urines, aux anneaux de l’abdomen dans la formation des hernies.
La facilité des expulsions est en raison directe de l’étendue de l’inspiration qui a précédé l’effort, de la force contractile des muscles abdominaux , de l’action spéciale de l’organe dans lequel sont contenues les matières à expulser, du volume çt de la liquidité de celles-ci, enfin, du degré d’occlusion de la glotte et de la faiblesse des sphyncters. Dès qu’un point quelconque a cédé et qu’une expulsion s’opère, la compression générale diminue dans la proportion de l’effet produit.
Tel est le mécanisme des expulsions et de tous les efforts, lorsque la glotte reste exac tement fermée ; mais l’existence de cette occlusion n’est pas aussi constante que je l’ai supposé. Assez souvent la glotte s’entr’ouvre dans le moment de l’effort; alors, l’air renfermé dans les poumons se trouve évacué, et Y action des muscles abdominaux est diminuée en raison directe de V expiration qui s’est faite .
Lorsque la glotte reste entr’ouverte peu» dant les efforts , Faction des muscles abdominaux se trouve employée à produire deux ordres de phénomènes très-différens ; les uns sont dus à la compression des poumons; les autres résultent de la compression des viscères de l’abdomen. C’est alors qu’on observe en meme temps : le rire et l’émission des urines; des vomissemens et des hernies ; ou bien l’expulsion du fœtus avec des cris, et quelquefois même avec la rupture du muscle diaphragme (i). Ainsi, les résultats de l’effort sont toujours complexes lorsque la glotte est ouverte: on conçoit au contraire qu’ils doivent être simples dans les deux cas que voici: lorsque la glotte est exactement fermée, et lorsqu’elle présente une ouverture assez large pour employer à l’évacuation de Fair toute Faction des muscles de l’abdomen. Dans le premier cas , ces muscles sont des âge ns d’expulsion ; dans l’autre, ils sont exclusivement expirateurs.
(i) Voyez l’article Diaphragme , du Dictionnaire des Sciences médicales (par M. le baron Percy).
O. Moyen d’apprécier l’action des viscères et des muscles de l’abdomen dans les diverses expulsions.
Pour paralyser les muscles abdominaux relativement à la compression des viscères , il n’est donc pas indispensable de couper la moelle épinière ou les nerfs qui donnent le mouvement à ces muscles. On peut donc aussi se dispenser de détruire ces organes , comme Font cru devoir faire les expérimentateurs qui voulaient en apprécier la puissance par voie négative; mais il suffira de détruire la glotte , ou de faire à la trachée-artère une ouverture assez large pour qu elle livre passage à autant d'air que les muscles de V abdomen sont capables d'en expulser à la fois .
Ces muscles.» devenus par ce moyen exclusivement expirateurs, n’exerceront plus alors aucune action sur les viscères abdominaux ; iis seront paralysés par rapport à ces viscères^ lesquels par conséquent se trouveront abandonnés à eux-mèmes pour les expulsions qu’ils sont chargés de produire. Ouvrir la trachéeartère est donc un excellent moyen pour mesurer comparativement l’action des muscles et des viscères de l’abdomen dans les diverses
expulsions; de ces muscles et de l’estomac, pour le vomissement; de l’uterus, pour l’accouchement; de la vessie, pour l’émission des urines. La trachée-artère une fois ouverte, si l’estomac est passif dans le vomissement, celui-ci ne pourra plus être produit; s’il n’y fait que concourir, le même phénomène sera
rendu difficile. Si la matrice, abandonnée à
scs propres forces, n’est pas capable d’opérer l’accouchement , il suffira d’une ouverture à la trachée-artère pour mettre obstacle à cette fonction. On pourra empêcher ainsi les animaux de mettre bas ; on verra quels changemens éprouveraient les organes et les fonctions des jeunes animaux, dans le cas où leur séjour dans l’u terus se trouverait prolongé bien au delà du terme naturel de l’accouchement.
Bien plus, si cette opération n’avait pas l’inconvénient réel d’entraver à la fois toutes les expulsions, on pourrait même rendre vivipares des animaux naturellement ovipares : peut-être forcerait-on Y autruche à engendrer dans nos climats. En s’opposant à l’expulsion de ses oeufs, on lui ferait, pour ainsi dire, opérer intérieurement l’incubation, genre de* fonction dont il ne s’acquitte pas comme les
autres oiseaux, et à laquelle la chaleur du soleil supplée dans les lieux d’où cet animal est originaire.
On pourrait aussi s’opposer au vol des oL seaux, si leur glotte supérieure était seule susceptible d’occlusion. On entraverait le nager des mammifères , le saut et tous les grands mouvemens du corps.
Le défaut de temps, et d’autres motifs en» core, ne m’ont permis de faire ces expériences que pour un petit nombre de phénomènes. Je les ai faites pour le vomissement, pour le saut et le nager : je ne dois donner ici que le précis de ces expériences.
Expériences sur le Vomissement .
J’ai fait prendre de l’émétique à des chiens jeunes et fortement constitués : au bout de dix minutes ou d’un quart d’heure environ ils éprouvaient des envies de vomir, et faisaient, pour les satisfaire, des efforts violens. Dès les premières secousses, ils rejetaient une grande partie des matières contenues dans 1 estomac : après trois ou quatre efforts , au plus, tout se trouvait évacué. Voilà ce qui arrive dans les cas ordinaires.
J’ai ensuite donné de l’émétique à un chien très-vigoureux. J’avais eu soin auparavant de pratiquer à sa trachée-artère une assez large ouverture, qu’une canule solidement fixée maintenait béante. L’animal a fait, au bout de quelques instans , douze ou quinze efforts successifs et absolument inutiles pour vomir. C’était en vain qu’il essayait de retenir sa respiration ; l’air se trouvait toujours rapidement expulsé aussitôt que l’inspiration était terminée.
Je fus frappé de l’état dans lequel se trouvait alors cet animal ; de ses efforts tant de fois et toujours si inutilement répétés, de son anxiété vive et toujours croissante, de ses mouvemens continuels et sans but. C’était la première application que je faisais de la loi générale que je croyais avoir trouvée. Je voyais dans cette expérience la confirmation de celle de M. Magendie; peut-être même, je l’avouerai, me semblait-elle plus simple, moins barbare , mieux appuyée sur les lois de la vie, en un mot, plus essentiellement physiologique. Je me hâtais d’en conclure que d ordinaire l es tomac ri agit pas dans le vomissement ; mais tout à coup le malheureux animal recommença,
avec plus de force que jamais, ses premières tentatives : sa respiration était plus fréquente et plus saccadée ; il éprouvait des tremblemens dans toutes les parties du corps : enfin , il rendit en plusieurs fois, et pendant des efforts constamment accompagnés d’expirations, tout ce que renfermait son estomac. J’eus soin de m’assurer ensuite que cet organe ne contenait plus que quelques mucosités filantes , et que sa membrane muqueuse avait conservé sa couleur naturelle.
Je répétai cette expérience à diverses reprises , sur plusieurs animaux de la même espèce : obtenant toujours des résultats semblables, je me vis enfin tenté d’en tirer des conclusions opposées à celles que j’en avais d’abord trop précipitamment déduites. Je m’arrêtai surtout à cette conséquence, que les muscles abdominaux concourent puissamment à V espèce de vomissement qui s’effectue avec rapidité; mais que , privé du secours de ces muscles , V estomac parait capable dé évacuer par sa seule action , tout ce que sa cavité renferme . (i)
(1) C’est après avoir fait et maintes fois "épété cette expérience (au mois de mai 1818), que je saisis l’occa-
Expériences relatives au Nager.
J’ai pris un chien qui nageait assez bien ; j’ai introduit et fixé une très-longue canule dans une ouverture pratiquée à sa trachéeartère : cette canule était garnie d’un morceau de cuir qui devait garantir la plaie du contact du liquide. J’ai mis l’animal à la nage, à peu près au milieu d’une grande pièce d’eau :
fiion qui s’offrit alors , d’étudier d’une manière spéciale le mécanisme du vomissement. J’eus d’abord l’intention d’insérer ces recherches détachées dans le travail que je publie aujourd’hui; mais je vis bien ensuite que cet épisode trop long, ferait infailliblement perdre de vue l’objet principal ; et voilà pourquoi j’ai publié à part quelques remarques sur le vomissement.
Or si vous rapprochez des faits précédons ceux que te Mémoire sur le Vomissement renferme , vous obtiendrez les résultats que voici :
i°. Action des muscles abdominaux sans le concours de l’estomac : Yomissemens rapides, mais toujours incomplets.
2°. Action de l’estomac, privé du secours des muscles de l’abdomen : Yomissemens lents et tardifs, mais toujours complets.
3°. Dans les cas les plus ordinaires : Yomissemens rapides et complets . Tirez la conséquence.
aussitôt il est allé au fond, malgré tous les efforts qu’il a faits pour se soutenir à la surface; et ce n’est qu’en marchant qu’il est enfin parvenu à regagner le bord du bassin. Il est même probable que cet animal se serait noyé, si la canule n’eût pas été assez longue pour faire communiquer sans interruption les poumons avec l’air extérieur.
Expériences relatives au Saut .
ün chien pouvait franchir avec promptitude un fossé rempli d’eau et large de trois pieds et demi. Je mis à nu sa trachée-artère sans 1 ouvrir : 1 animal sauta le fossé aussi lestement qu avant 1 opération , pour obéir à son maître, qui l appelait sur le bord opposé.
J ouvris ensuite la trachée-artère; j introduisis une canule dans l’ouverture, afin de la tenir béante; puis j’abandonnai ranimai à lui-même et à l’impatience d’obéir à la voix de son maître. Il fit tous ses efforts pour sauter; mais, cette fois, il tomba au milieu du même fossé qu’il franchissait sans beaucoup de difficulté avant que la trachée eût été ouverte.
Reste à faire des expériences analogues sur V accouchement , sur le vol , etc.
Voici quelles sont les principales Conclusions de ce Mémoire :
I. Il existe une parfaite harmonie (je pourrais dire une sympathie) entre tous les agens de la respiration , mais spécialement entre les muscles abdominaux et la glotte;