Par suffocation , lorsqu’une vomique se rompt
Soit médiatement, au moyen de la compression des poumons :
3°. Par rupture d’un anévrisme de l’aorte;
4°. Par rupture des veines-caves ;
5°. Par compression veineuse du cerveau (par un coup de sang) , ou par épanchement sanguin dans ce viscère, c’est-à-dire par une véritable apoplexie. »
Mais cette action pourrait-elle être portée assez loin pour déterminer la mort , indépendamment des accidens insolites que je viens d’énumérer? Ce n’est que par des expériences, qu’on peut essayer de résoudre un tel problème.
V. Déterminer si Von peut se donner volontairement la mort par la seule action des organes.
Pour ne point rappeler l’histoire de la dent d’or, et pour éviter de chercher les causes
d’effets non constatés ou même impossibles, j’ai voulu m’assurer que ce genre de mort avait quelquefois été observé, et j’en ai trouvé des exemples dans l’Histoire ancienne.
On crut d’abord, et l’on crut long- temps i que Ion pouvait, en avalant sa langue, se donner volontairement la mort par strangulation; mais on sait apprécier depuis bien des années tout ce qu’a d’absurde une pareille opinion, Bichat pensait que le contact de l’air avec le cerveau pouvait déterminer la mort, et que c’était toujours ainsi qu’elle arrivait dans les efforts : mais le sage Nysten a fait justice de cette erreur.
Aujourd’hui, la plupart des physiologistes admettent que l’on peut se donner la mort par asphyxie , en s’opposant par la seule action des organes, à l’introduction de l’air dans les poumons ou bien au renouvellement de ce fluide. Voici, pour m’éclairer à ce sujet, les expériences que j’ai tentées :
Première expérience. — J’ai fait une expi-
ration profonde; j’ai ensuite fait tous mes efforts pour résister au besoin d’inspirer. Au bout de trente secondes environ, ce besoin se faisait déjà vivement sentir. Après cinquante secondes, il est devenu irrésistible; enfin l’instinct l’a emporté sur la volonté, et malgré moi plusieurs inspirations se sont rapidement succédées.
Deuxième expérience. — J’ai fermé la glotte après une inspiration légère et sans contracter les muscles abdominaux : je me suis ainsi opposé à la sortie de l’air inspiré et à l'introduction d’une nouvelle quantité de ce fluide. Au bout d’une minute, l’anxiété était extrême; peu après la glotte s’est ouverte malgré moi,
l’air renfermé dans les poumons s’est évacué, et de nouvelles inspirations se sont opérées.
De ces expériences il faut conclure , que le besoin de respirer, le plus vif comme le premier de tous, ne peut jamais être maîtrisé, et que l’asphyxie volontaire est absolument impossible. Bien plus, lors même que cette asphyxie pourrait être produite, elle n aurait; point la mort pour résultat : car, à l’instant où l’asphyxie commence, tous les muscles se relâchent, la glotte s’entr’ouvre , l’air sort, le
diaphragme, le plus indépendant des muscles,
celui de tous qui conserve le plus long- temps la faculté d’agir, se contracte aussitôt, et par cela meme l’asphyxie a cessé d’exister.
Comment donc la mort volontaire peut-elle être
produite ?
Troisième expérience. — J’ai fait une grande inspiration , fermé exactement la glotte , con* tracté les muscles abdominaux; en un mot, j’ai exécuté un véritable effort. Je l’ai porté peu à peu et dans l’espace de quelques secondes à un très-haut degré. J’évitais avec soin les contractions par saccades, qui auraient pu déterminer des accidens. J’avais placé près de moi un de mes amis qui m’observait attentivement, et qui devait m’arrêter quand il le jugerait nécessaire. Au bout de six secondes, la face était rouge et gonflée. A douze secondes, j’ai éprouvé de légers étourdissemens ; à quinze, les étourdissemens ont augmenté : la face était violacée, je ne voyais les objets qu’entourés
d’un léger nuage ; je n’entendais que confusé-
ment les paroles qui m’étaient adressées. On m’a fortement comprimé la peau pour me faire cesser l’effort : je sentais à peine la douleur. J’allais perdre tout-à-fait connaissance , lorsqu’enfm j’ai cessé.
Qu’arriverait-il donc si l’effort était porté à un plus haut degré chez une personne forte? Ne parviendrait-il pas à déterminer la mort, et n’est-ce pas ainsi qu’on a pu dans quelques cas se la donner volontairement? Ce genre d’effort n’a-t-il pas pour résultat de paralyser les trois principaux organes par la stase du sang veineux dans leur intérieur; de mettre obstacle à ces actions importantes qu’ils exercent réciproquement les uns sur les autres, et d’où résulte la vie? Enfin, ne serait-ce pas à la fois par apoplexie, par asphyxie et par syncope que cette mort serait produite?
Il est à regretter que cette expérience ne soit pas du nombre de celles qu’il est permis d’achever, et de répéter un grand nombre de fois en les modifiant de diverses manières : mais voici un fait tiré de l’Histoire romaine, qui équivaut presque à une de ces expériences .
«x Au commencement de l’administration des triumvirs , il parut un grand nombre de prodiges que l’on regarda comme les signes certains de malheurs publics. Le sénat, effrayé de ces prodiges , eut recours aux aruspices de l’Étrurie, qui passaient pour être les plus versés dans Fart de prédire l’avenir. Celui de çes devins qui avait la prééminence, déclara
qu’enfin les temps fixés par les dieux pour la perte de la liberté étaient arrivés : Les Romains , s’écria-t-il, seront forcés d'obéir aux lois d’un maitre absolu . Moi seuly je saurai me
garantir de la servitude . En même temps
il retint son haleine avec tant d’obstination, qu’il mourut sur-le-champ. » (i)
Que conclure de tous ces faits ?
Que les phénomènes expiratoires, mais surtout les efforts , exercent une grande influence sur la circulation veineuse , artérielle et capillaire.
Que cette influence est à la vérité plus faible dans les expirations ordinaires , mais que néanmoins elle y est bien manifeste.
Qu’il est impossible de s’asphyxier volontairement par la seule action des organes ; mais qu’un autre genre de mort volontaire pourrait être produit par Faction forte et per* sistante des puissances expiratrices.
(i) Hist. romaine , par les RR. PP. Catrou et Rouillé. — Je ne prétends point trouver dans ce fait historique une preuve convaincante et irrécusable de Fobjet en question ; mais il me semble que les expériences et les considérations précédentes lui communiquent une assez grande importance.