‹ Recherches sur le mécanisme de la respiration et sur la circulation du sangChapitre 13 sur 14 · ORGANES EXPIRATEURS · texte numérisé non relu

ORGANES EXPIRATEURS

SUll

Ju a respiration exerce-t-elle une influence directe ou mécanique sur la circulation veineuse et capillaire ? Ce problème assez simple , proposé aux physiologistes les plus célèbres, est résolu par eux dans des sens bien différens et meme opposés. Haller pense que les vaisseaux des poumons, repliés pendant l’expiration , ne livrent plus un libre passage au sang qui les parcourt, et qu’ainsi considérée, la respiration exerce une influence mécanique sur la circulation pulmonaire. Goodwin, considérant qu’une quantité d’air assez grande

demeure constamment dans les poumons , même après les expirations les plus complètes , croit devoir en conclure que les vaisseaux pulmonaires n’éprouvent jamais de plicatures, et que la respiration ne peut exercer d’influence directe sur la circulation du sang. Bâchât, qui

réunit au plus haut degré tout ce qu’ont de brillant et de solide l’imagination et le jugement, mais qui trop souvent dépasse les bonnes du faux et du vrai, Bichat va plus loin que Goodwin. Non-seulement, dit-il, le poumon contient toujours assez d’air pour empêcher les plicatures de ses vaisseaux; mais, je dis plus : lors même qu’il ne contiendrait pas d’air, lors même que les vaisseaux pulmonaires seraient repliés sur eux-mêmes , la circulation n’en éprouverait aucun obstacle : et, pour démontrer la vérité de ce qu’il avance, Bichat fait une de ces expériences qui , à force de trop prouver , ne prouvent rien , si ce n’est le désir qu’ont leurs auteurs de commander à la nature. Il aspire tout l’air contenu dans les poumons d’un chien, à l’aide d’une ouverture faite à la trachée-artère ; et comme il n’observe aucun changement dans la circulation de cet animal, il en conclut que les flexuosités des

vaisseaux n’apportent aucun obstacle au cours du sang, que la respiration n’exerce aucune influence sur les phénomènes circulatoires. Mais, si l’on consulte la nature sur la valeur

respective de ces opinions, si l’on se rend fidèle

observateur des phénomènes qu’elle détermine, on se convaincra peut-être qu’elle n’a été consultée ni pour l’une ni pour l’autre. On verra la face rougir sensiblement et d’une manière subite, dans la toux, dans les cris, dans le rire et les efforts divers. Or quelle peut être la cause de cette coloration?

Serait -ce les replis des vaisseaux? Mais, outre les argumens de Goodwin et de Bichat, pourrait-on concevoir l’existence de ces pib catures, lorsque les poumons sont remplis par une grande quantité d’air introduite pendant l’inspiration qui a précédé l’effort?

Serait-elle due, comme le croit Bichat, à l’expression du sang contenu dans les muscles qui se contractent à l’occasion des efforts? Mais cette rougeur est très-prononcée dans les cris et les diverses expulsions, circonstances où les muscles de l’abdomen et de la glotte sont les seuls contractés.

Elle ne dépend pas davantage du défaut de

renouvellement de l’air, puisqu’elle est subite et accompagnée du gonflement des veines et des petits vaisseaux ; puisqu’elle est toujours proportionnelle à l’effort, et non à la quantité d’air contenue dans les poumons ni au temps pendant lequel on s’abstient d’inspirer; puisque enfin elle diminue quand l’effort cesse, lors même qu’on rejetterait tout l’air

renfermé dans les bronches sans en inspirer

de nouveau; lors même qu’on respirerait le même air reçu dans une vessie à deux ou trois

reprises différentes; dernière expérience que j’ai faite et répétée plusieurs fois.

Il est donc certain que Goodwin et Bichat n’ont point connu l’influence de la respiration sur la circulation du sang, ou que s’ils ont entrevu cette influence, ils en ont entièrement méconnu les causes. La raison en est qu’ils ignoraient les fonctions et les connexions des organes respirateurs. Mais à présent que ces connexions nous sont familières ; que l’occlusion de la glotte, l’état passif du diaphragme et la compression des poumons pendant les efforts nous sont démontrés par des faits nombreux et irrécusables , les troubles de la circulation pulmonaire n’ont plus rien qui

doive nous surprendre; ils sont aussi simples que naturels.

Or ce sont les vaisseaux sanguins qui doivent exclusivement ressentir les effets de la compression des poumons , puisque ces vaisseaux se trouvent pressés entre deux forces opposées : à l’extérieur, par les muscles abdominaux, qui rétrécissent la poitrine en agissant sur les côtes et sur le diaphragme ; à l’intérieur , par l’air incarcéré dans les divisions des bronches, lequel résiste à la pression et l’exerce même à son tour , en vertu de son élasticité.

Ainsi comprimés , les vaisseaux des poumons ne peuvent plus recevoir ni contenir la même quantité de sang; la circulation qui s’y opère est troublée; et comme ces vaisseaux forment la fin du système veineux et le commencement du système artériel, il s’ensuit que les effets de la compression se font sentir à la fois sur la circulation artérielle et sur la circulation veineuse.

I. Déterminer V influence de la compression des poumons sur la circulation veineuse.

La compression des divisions de l’artère pub

monaire met obstacle à la circulation de cette artère. Le sang veineux stagne dans son intérieur, et consécutivement dans les cavités droites du cœur, dans l une et l’autre veinescaves, et dans les veines secondaires qui, de toutes les parties du corps, viennent aboutir dans ces derniers vaisseaux. Dès que la première colonne se ralentit , toutes les colonnes qui la suivent doivent nécessairement se ralentir aussi.

Au reste, voici les preuves et les effets de cette compression des vaisseaux veineux des poumons :

i°. Dans les divers efforts d’expulsion, dans Faction de pousser et de soulever des fardeaux , dans la toux, les cris et le rire, on voit distinctement les veines frontales et jugulaires se gonfler et se distendre. C’est à cette stase du sang veineux, ordinairement mis en mouvement par les contractions de l’oreillette droite du cœur, que l’on a donné le nom de pouls veineux ; phénomène qui a toujours paru si extraordinaire, que Bichat admettait pour l’expliquer, la contraction du cœur en sens inverse.

2°, Ce fut sur un malade affecté de fluxion

de poitrine, que j’observai pour la première fois, et d’une manière frappante, l’influence de la respiration sur la circulation veineuse. Le médecin avait prescrit plusieurs saignées : je les vis pratiquer. Je remarquai, après la section de la veine, que le jet de sang augmentait à chaque effort de toux que faisait le malade . J’ai répété plusieurs fois cette obser¬

vation sur d’autres personnes; je l’ai variée sur moi-mème : j’ai toujours obtenu les memes résultats.

On venait d’apporter à l’hôpital de la Charité , un malade qu’une attaque d’apopîexie avait privé de sa connaissance : on le saigna. Vers le milieu de la saignée, il eut plusieurs vomissemens, et je vis le jet de sang veineux augmenter à chaque effort d’une manière plus sensible encore que je ne l’avais observé dans les quintes de toux.

3°. Les veines-caVes se distendent pendant les efforts, les cris, etc. J’ai vu la veine-cave supérieure se dilater après l’avoir mise à découvert, toutes les fois que le chien, sujet de l’expérience, jetait des cris aigus.

Je n’ai pu m’assurer du meme fait pour la veine-cave inférieure, puisqu’on ne peut la

découvrir sans détruire ies principaux agens de l’effort et de îa dilatation des veines. Mais l’analogie est tellement immédiate ici, qu’on peut l’employer sans scrupule. D’ailleurs, n’at-on pas observé pendant les efforts des ruptures de i’une ou de l’autre veines-caves? Bichat, M. Portai et beaucoup d’autres en rapportent des exemples : un journal de 1 8 1 8 en contient un très-curieux : Un homme avait dans le larynx un corps étranger qui le faisait violemment souffrir, et dont il cherchait à se débarrasser au moyen d une toux vive et continuelle. Il mourut subitement dans un de ces efforts : on trouva les deux veines- caves rompues. (i)

4°. J’ai découvert le cerveau d’un chien , en détruisant à l’aide du trépan une partie des os du crâne. La dure-mère était à nu ; je pouvais apprécier les mouvemens de totalité du cerveau et l'état du sinus-veineux : eh bien! j’ai toujours vu le cerveau s’élever, et le sinus longitudinal se distendre , à chaque cri que les douleurs vives de l’opération arrachaient

(i) Journal complémentaire, rédigé par le docteur Jourdan.

àl’animal. Dans les momens de calme qui séparaient les cris, le cerveau ne présentait plus que de faibles mouvemens artériels.

Aussitôt que l’on a enlevé la dure-mère, le cerveau ne présente plus que de simples pulsations, que lui communiquent les artères placées à sa base : à chaque cri ou à chaque effort, le sang coule avec plus de force du sinus longitudinal divisé. Mais, au contraire, la dure-mère est-elle restée intacte, tous les sinus veineux se distendent, et toute la masse encéphalique s’élève à la fois. C’est pour n’avoir pas tenu compte de ces circonstances, qu’il existe tant de contradictions à ce sujet.

J’ai tenté l’expérience suivante pour m’assurer que les mouvemens du cerveau et la répiétion des sinus veineux résultaient de la compression des poumons : j’ai fait une large ouverture à la trachée-artère. Une canule a été introduite et fixée dans cette ouverture. J’ai ensuite fait irriter l’animal ; il a fait de vains efforts pour crier : l’air obéissait sans peine à l’impulsion des muscles abdominaux, et le cerveau n’éprouvait plus de mouvemens d’ascension, et les sinus veineux n’offraient plus de répiétion extraordinaire. La canule

était-eîîe bouchée, îes cris recommençaient aussitôt, et les mouvemens du cerveau redevenaient sensibles comme auparavant.

J’ai fait la meme expérience par rapport au vomissement; j’en ai obtenu des résultats semblables.

Concluons de ces différens faits que les efforts déterminent la stagnation du sang veineux . Mais cette stase a-t-elle lieu dans les veines inférieures comme dans les supérieures? audelà des valvules comme en-deçà? Le raisonnement le plus rigoureux admettrait la possibilité de ces résultats : j’ai recouru aux expériences pour en constater la réalité.

J’ai ouvert la veine superficielle de la cuisse d’un chien; le sang a coulé. L’animal a jeté quelques cris, et le jet de sang veineux s’est sensiblement accru.

J’ai fait une très-légère ouverture au ventre du même animal ; j’ai tiré à l’extérieur une circonvolution d’intestin grêle ; j’ai ouvert une des plus grosses veines du mésentère, et le sang a coulé : plusieurs cris de l’animal ont rendu l’écoulement plus rapide. La première expérience répond à la question , quant à l’influence des valvules sur la stagnation du sang

veineux; et toutes deux la résolvent, quant à la stase du sang dans les veines inférieures.

Si vous concentrez tous les faits précédens, vous verrez que la compression des poumons fait stagner le sang dans toutes les veines du corps : dans celles de la tête comme dans celles de l’abdomen , dans celles du bras comme dans celles de la cuisse. Le foie , qui représente , pour ainsi dire , une très-grande valvule du système veineux abdominal , n’apporte pas plus d’obstacles à cette stagnation du sang, que les plus simples valvules des veines superficielles des membres.

Il serait facile à présent de répondre aux questions suivantes :

Quel est l’effet des efforts sur les poumons et sur la circulation veineuse?

Pourquoi les sinus veineux se remplissentils , et pourquoi le cerveau s’élève-t-il dans les cris et les efforts?

Pourquoi survient-il des coups de sang et même des attaques d’apoplexie, dans les éclats de voix et pendant les efforts?

Pourquoi des quintes de toux , des efforts de vomissement ou des cris, ont-ils quelquefois déterminé le décollement du placenta, causé

l’avortement , produit des hémorrhagies, ou augmenté celles qui existaient déjà?

Voilà*pour la circulation veineuse; je passe à la circulation artérielle.

IL Déterminer V influence de la compression des poumons sur la circulation artérielle.

La compression qu’éprouvent les poumons se fait sentir sur les vaisseaux à sang rouge aussi-bien que sur les vaisseaux à sang noir; sur les radicules des veines pulmonaires comme sur les divisions de l’artère du même nom. Or, voici ce qui résulte de cette compression des vaisseaux à sang rouge des poumons :

Dans le premier instant, plus de sang afflue vers les cavités gauches du cœur, qui pour cela redoublent d’activité. Mais si l’effort persiste, le sang des cavités gauches du cœur et des artères diminue, à proportion que celui des cavités droites et des veines augmente. Les faits soi vans le démontrent :

i°. J’ai souvent ta té le pouls de personnes affectées de coqueluche, d’asthme, ou même de catarrhes pulmonaires : chaque fois qu’il survenait de fortes quintes de toux, je sentais

plus (le force et plus de fréquence dans les baUeruens de l’artère; en même temps la face était plus colorée : voilà pour le premier stade. Si la quinte continuait, le pouls devenait petit, irrégulier , quelquefois même à peine sensible, et la face violacée. Enfin, la quinte diminuait et cessait, et le pouls et la face reprenaient, l’un , sa fréquence et sa force ; l’autre, sa couleur habituelle.

J’ai fait des observations semblables dans les grands efforts de l'accouchement et du vomissement : dans tous ces cas, le trouble survenu dans les battemens des artères coïncidait toujours avec les changements de couleur de la face ; et il en devait être ainsi , puisque ces deux phénomènes prennent leur source dans la même compression des poumons.

‘2°. On voit quelquefois des anévrismes de l’aorte se rompre pendant la toux, les cris, le vomissement, les diverses expulsions, etc. On a vu un cas de ce genre, Fan dernier ( 1818), à l’hôpital de la Charité. Le malade faisait effort pour se lever sur son séant et pour ôter ses vèlemens, afin qu’on pût l'examiner plus à l’aise. 11 ouvrait la bouche pour demander s’il guérirait bientôt : il tomba baigné dans son

sang en présence du médecin et des élèves. 11 vomissait et aspirait alternativement un sang rouge et écumeux : tous ses muscles se roidissaient contre la mort : l'amour de la vie, le désespoir de la quitter se peignaient dans ses

yeux mourans . L’aorte s’était ouverte dans

les bronches.

Un autre malade, qui avait été opéré d’une hydrocèle par un chirurgien célèbre, « mourut subitement le lendemain de l’opération, étant à la garde-robe. On ne savait à quelle cause attribuer une mort si prompte : le cadavre fut ouvert , et l’on trouva l’aorte rupturée. » ( Journal de Corvisart, etc. )

3°. J’ai observé, dans les expériences sur les animaux, que le sang des artères coulait avec plus de force pendant les cris. On observe le meme phénomène pendant les opérations chirurgicales ; mais il est plus manifeste dans les amputations que dans aucune autre. La toux , les cris et les différens efforts d’expulsion , ont souvent renouvelé des hémorrhagies arretées.

La compression des poumons déterminée pendant les efforts , exerce donc une influence uès-m arquée sur la circulation veineuse et sur

l’artérielle. Elle fait refluer le sang vers les cavités droites du cœur et les veines ; tandis qu elle le fait d’abord affluer plus rapidement vers les cavités gauches, et circuler avec plus de vitesse dans les artères. Elle peut ainsi dilater les cavités droites du cœur; elle ne peut qu’accélérer les battemens des cavités gauches. Plus l'effort est de longue durée, et plus la stase veineuse estconsidérable; plus, dansle meme cas, la circulation artérielle éprouve d’obstacles et languit. C’est dans des efforts réitérés que les veines se déchirent; c’est au contraire dans le premier instant de ces efforts que se rupturent les anévrismes.

Doit-on s’étonner d'après cela si les cavités droites du cœur sont plus grandes que les cavités gauches? si cette différence, d’abord nulle chez les enfans, augmente ensuite dans la proportion des années? si elle est plus prononcée chez ceux qui ont l’habitude d’exécuter des efforts? si ellé devient assez considérable quelquefois pour déranger l’harmonie des fonctions du cœur, pour déterminer une affection anévrisraale?

J’ai montré que les troubles de la circulation veineuse et de la circulation artérielle

avaient la même origine : je va»s dire comment ils se combinent pour produire des effets communs.

III. Déterminer V influence de la compression des poumons ou des efforts sur la circulation capillaire .

Les capillaires pulmonaires, tant artériels que veineux, sont, avons-nous vu, comprimés dans les efforts. Les effets de cette compres¬

sion se concentrent, pour ainsi dire, dans le système capillaire de tous les organes, là où l’extrémité des artères s’unit à l’origine des veines. Le cours accéléré du sang artériel et la stase du sang veineux concourent à engorger tous les organes, à dilater leurs plus petits vaisseaux, à colorer les surfaces, quelquefois même à déterminer les hémorrhagies.

J’ai connu un homme affecté de scorbut qui saignait des gencives chaque fois qu il faisait des efforts d’expulsion. J’avais cru d’abord que ce saignement résu 1 tait delà rencontre et de la forte pression des dents pendant les efforts : je les lui fis répéter devant moi, les mâchoires étant écartées; le saignement persista . Un

autre malade avait des épistaxis toutes les fois qu’il éprouvait de fortes quintes de toux.

Tous les vaisseaux capillaires se trouvent donc engorgés dans les efforts. La rougeur, signe essentiel de cet engorgement, est bien plus prononcée à la face que partout ailleurs; parce que les vaisseaux y sont plus nombreux, et la peau plus fine et plus délicate. Or, comme c’est au même lieu que viennent se peindre les troubles de la circulation , effets instantanés des passions, il s’ensuit que la rougeur de la face n’est point un indice plus certain de ces dernières que les mouvemens des traits ou l’expression des yeux; que l’un de ces signes peut être simulé aussi-bien que les autres; puisque la coloration mécanique, qui imite parfaitement la coloration vitale, peut toujours être volontairement produite.(i) Bichat, trop fidèle à sa distinction des deux vies , a nié que la rongeur de la face pût être produite à volonté, et il Ta considérée comme

(1) La pâleur de la face ne peut pas être, comme la rougeur, déterminée à volonté : aussi les pas ions que le premier de ces signés accompagne , sont-elles les plus difficiles à exprimer, à moins qu’on ne les éprouve véritablement.

le véritable signe des passions, comme celui qu’on ne pouvait jamais simuler : mais Bichat s’est évidemment mépris, (i)

Les passions violentes, qui arrachent des cris à ceux qu’elles agitent, la colère, la fureur, sont, sous ce rapport, plus faciles à simuler que des émotions plus douces, telles que la pudeur et la surprise. L’acteur tragique peut rendre avec vérité les fureurs d’Oreste, les emportemens d’Achille, les nobles élans de Rodrigue et de Zamore. Non-seulement il peint la passion qui le possède de la voix et du geste, des mouvemens des yeux et de l’agitation des traits; mais les cris qu’il pousse nécessitent la compression des poumons et déterminent la rougeur subite de la face, véritable complément de tous les moyens d’expression.

Il est plus difficile de simuler, quant à la coloration de la face, la colère concentrée et toutes les passions muettes : on y pourrait parvenir cependant, si, la glotte étant fermée, l’on contractait avec force les muscles abdominaux.

Il est un autre effet qui résulte de la stase

(1) Anatomie descriptive , t. n, p. 19, etc.

du sang veineux clans l’intérieur du crâne : on éprouve souvent des étourdissemens et des pesanteurs de tête après la toux et les cris, et pendant les différens efforts : on est réellement alors moins sensible aux douleurs. Or, les cris et les sanglots par lesquels on exprime ces dernières, produisent toujours le même résultat : d’où il suit que la nature a placé dans l’expression même des douleurs , les moyens d’en émousser les traits.

Mais ce n’est pas seulement dans les efforts et dans les expirations entravées, que la respiration exerce beaucoup d’influence sur la circulation veineuse et artérielle; on peut encore

observer cette influence dans la respiration

ordinaire.

IV. Déterminer V influence des phénomènes mécaniques de la respiration sur la circulation 7 dans les cas les plus ordinaires .

i°. J’ai remarqué, lorsque j’ai eu des saignemens de nez, que l’écoulement était plus fort pendant l’expiration que pendant l'inspiration ; quoique je prisse soin de respirer par la bouche , afin d’éviter l’impulsion de l’air sur le sang déjà sorti de ses vaisseaux» J’ai observé

en outre, que, s’il s’écoulait de dix à douze gouttes de sang dans l’espace d’une demiminute ( durant laquelle je continuais la même inspiration ), il s’en écoulait de quinze à seize, au contraire , pendant l’expiration que je prolongeais durant le même temps. Pour augmenter l’écoulement, il me suffisait de crier ou de tousser. Enfin , je suis quelquefois parvenu à arrêter une épistaxis peu considérable, en faisant de longues et, de fréquentes inspirations.

2°. On observe souvent (surtout chez des personnes maigres et âgées), que les veines jugulaires restent gonflées pendant l’expiration, et que ce gonflement est toujours proportionné à la durée de celle-ci. Haller a plusieurs fois répété cette observation, que Fontenelle a consignée dans 1 Histoire de l’Académie des Sciences, pour

En 18 ! 8 , il y avait à l'hôpital de la Charité, un malade que je remarquai avec plusieurs médecins, et particulièrement avec M. Chomel. Cet homme , âgé de quarante ans , avait la respiration pénible. Tout son corps était infiltré. Sa physionomie exprimait l’anxiété la plus vive; ses yen x étaient saillans ; ses veines jugu-

laires se dilataient pendant V expiration et quand il se levait sur son séant. Parlait-il, la dilatation continuait jusqu’à la fin de sa phrase : elle cessait au contraire quand il reprenait sa respiration.

Les faits de ce genre sont assez nombreux pour qu’il soit facile de les multiplier : mais il suffit de ceux que je viens de citer pour établir qu’indépendamment de ses phénomènes chimiques, la respiration exerce encore une influence mécanique sur la circulation du sang.

L’inspiration agrandit le champ de la circulation des poumons; elle appelle plus de sang dans les vaisseaux pulmonaires : c’est en quelque sorte une diastole passive. L’expiration, au contraire, a pour effet de resserrer ces vaisseaux, de faire stagner le sang veineux, d’accélérer le cours du sang artériel vers les cavités gauches : c’est une espèce de systole . Ainsi, les deux stades de la respiration sont les auxiliaires des mouvemens du cœur ; l’inspiration prépare l’action du ventricule droit; l’expiration favorise celle des vaisseaux capillaires.

Cependant, ces effets sont bien faibles et

bien peu prononcés en comparaison de ceux que produisent les grands efforts; puisque nous avons vu ces derniers , aidés de Faction combinée des muscles de l’abdomen et de la glotte , troubler les principales fonctions , causer de graves accidens, et même déterminer la mort d’une manière subite.

Soit immédiatement:

i°. Par double asphyxie, en rupturant le diaphragme ;

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