‹ Recherches sur le mécanisme de la respiration et sur la circulation du sangChapitre 5 sur 14 · LES EFFORTS · texte numérisé non relu

LES EFFORTS

Le diaphragme est-il réellement passif dans les efforts , ou bien y remplit-il l’usage important que les physiologistes lui ont unanimement attribué? J’ai déjà cité plusieurs faits à l’appui de la première opinion ; peut-être même paraissent -ils tout- à -fait concluans : mais, comme on est généralement convaincu de la justesse de l’opinion contraire, j’ai cru devoir, pour la détruire , rapporter de nouvelles preuves que voici :

i°. La certitude où l’on est que les muscles de l’abdomen agissent dans les efforts, fournit une première preuve de l’état passif du diaphragme dans les mêmes circonstances; car, admettre comme possible l’action combinée de ces organes, c’est concevoir la simultanéité

de l’inspiration et de l’expiration , ce qui est évidemment impossible.

20. Si le diaphragme était actif dans les efforts, c’est pendant l’inspiration , comme le croyaitBichat,queceux-ciseraientproduits;or, c’est ce qui n’a point lieu. Il y a toujours , dans les efforts, ou expiration incomplète, ou seulement tendance à l’expiration , conjonctures où le diaphragme est nécessairement passif.

Il est un cas, toutefois, où le diaphragme peut participer à l’effort, où celui-ci peut s’opérer pendant l’inspiration : c’est lorsque les muscles abdominaux se contractent à l’instant meme où l’inspiration commence : mais ce mécanisme n’a jamais lieu dans les cas ordinaires; l’expérience seule le produit. C’était à ce procédé , sans doute , que recourait M. Araldi de Milan , lorsqu’il assurait que les expulsions s’opéraient toujours pendant l’inspiration. Ce mécanisme, au reste, pourrait être avantageusement employé dans les inflammations de poitrine et dans les hémoptysies, et toutes les fois que la compression des poumons est à craindre.

3°. Lorsque le diaphragme se contracte, il descend vers l’abdomen en déterminant l’ex-

pansion des poumons, dans lesquels l’air extérieur se précipite aussitôt. J’aurai donc prouvé que cet organe est passif dans les efforts, si

j’établis qu’alors les poumons sont compri-

més, et que l’air met tout en usage pour en sortir.

Or, ne voit-on pas les hernies des poumons se former et s’accroître dans les différens efforts? N’observe-t-on pas aussi, toutes les fois qu’une plèvre malade communique à l’extérieur, que le liquide épanché dans cette membrane s’écoule avec plus de rapidité pendant la toux, et lorsqu’on suspend la respiration? Bien plus, cette compression est quelquefois assez forte pour produire des hémoptysies en rupturant le tissu des poumons. Dans d’autres cas, l’air s’échappe des vésicules qui le tenaient emprisonné , et passe de là dans le tissu cellulaire extérieur, où il forme un emphysème d’une étendue variable (i).

N’est- ce pas encore sous la même influence qu’on voit le cou se gonfler chez les animaux dont le larynx est pourvu de prolongemens

(i) Voyez les Mémoires de V Académie de Chirurgie (Louis),

, membraneux et extensibles (i) ? Et n’observerait- on pas des dilatations semblables chez l’homme , si son larynx offrait de pareils appendices? Enfin (et je l’ai déjà prouvé), la respiration ne peut plus être suspendue lorsqu’il existe une fistule à 1a. trachée-artère ou au larynx , parce que aussitôt que les muscles abdominaux se contractent, l’air passe et s’évacue par l’ouverture fistuleuse. Puisqu’il est certain qu’aucun de cés faits ne pourrait avoir lieu si le diaphragme était contracté, la conséquence est facile à déduire.

4°. Voici une expérience à l’aide de laquelle on peut rendre sensible, et pour ainsi dire calculable, l’état passif du diaphragme, la tendance à l’expiration et la compression des poumons dans les différens efforts, dans ceux même où la respiration est entièrement sus» pendue.

Entr’ouvrez doucement la glotte après avoir fermé la bouche et élevé le voile du palais (afin de mettre obstacle à l’évacuation de l’air préalablement inspiré); puis contractez les

(i) Les grenouilles , plusieurs singes, etc. Voyez Cuvier, Anatomie comparée , t. vi.

muscles abdominaux, comme si vous vouliez faire un effort en suspendant la respiration: vous verrez l’air chassé des poumons par cette contraction, franchir rapidement la glotte entr’ouverte , pénétrer dans la bouche qu’il remplira aussitôt, et dont il fera proéminer les parois mobiles. Celles-ci, après s’ètre laissé distendre par le fluide expiré, lui résisteront et s’opposeront à son émission, comme le fait la glotte dans les cas ordinaires. L’effort estil porté plus loin : l’action des muscles expirateurs sera employée à comprimer les viscères de l’abdomen, et les poumons, tz les vaisseaux aériens , et l’air qui remplit ces derniers; la face rougira, et tous lés autres phénomènes de l’effort se succéderont dans l’ordre qui leur est naturel. L’air s’introduit dans le conduit de Sténon qu’il parcourt, parvient quelquefois jusqu’aux petits vaisseaux qui donnent naissance à ce conduit, et meme dans le tissu de la glande parotide, où il manifeste sa présence par un emphysème local.

Or, cette saillie des joues donne la mesure du relâchement du diaphragme , et de la quantité dont il est repoussé vers la poitrine,

La résistance à l’expiration peut encore être

transportée aux ailes du nez ; seulement, on a l7attention d’abaisser le voile du palais pour favoriser l’introduction de l’air dans les narines , dont on ferme exactement les ouvertures antérieures. Si l’on fait alors quelque effort, les ailes du nez se distendent et font saillie, comme les joues dans l’expérience précédente, comme les sacs membraneux chez les animaux dont le larynx en est pourvu , ou comme une vessie adaptée à l’extrémité libre d’une canule dont l’autre extrémité serait introduite dans le larynx. Le fluide pénètre bientôt (par la trompe d’Eustache) dans l’oreille moyenne, où il produit un bruit particulier en distendant la membrane du tympan (i). Il s’introduit en même temps dans le canal nasal, d’où il sort par les conduits lacrymaux en faisant jaillir des larmes. (2)

(1) C’est dans cette circonstance , que l’on voit passer de la fumée par l’oreille de ceux dont la membrane du tympan est détruite. Ce fait seul , si on lui eût donné l’attention qu’il mérite ^ aurait appris que les divers efforts s’exécutent pendant l’expiration et que le diaphragme est alors passif.

(2) La connaissance de ces faits peut trouver des applications utiles au diagnostic et au traitement de plu-

En prolongeant ainsi le conduit aérien par des procédés différens, soit en fermant la bouche et les narines après avoir entr’ouvert la glotte, soit en plaçant une poche extensible à l’extrémité libre d’un tube introduit dans la trachée-artère , on peut s’assurer de ce qui se passe ordinairement dans les efforts , cas où la situation du larynx , sa structure et l’épaisseur de ses parois , couvrent d’un voile épais les fonctions dont cet organe est l’agent.

Ces expériences, quoique infiniment simples, suffiraient seules pour établir la vérité

des propositions suivantes :

i°. Le diaphragme est passif dans les efforts , dans ceux même oit la respiration est entièrement suspendue ;

2°. La suspension de la respiration est par conséquent indépendante de toute action de ce même organe .

Ces considérations rétrécissent beaucoup le champ d’activité du diaphragme. Ce n’est plus

sieurs maladies de l’oreille moyenne, de la trompe d’Eustache et des voies lacrymales. — Voyez un Mémoire de Louis sur la fistule lacrymale, parmi ceux de X Académie de Chirurgie.

cet organe tout-puissant que Buffon et Bordeu, Haller et Dumas et même Bichat, nous habituèrent si long-temps à considérer comme le souverain moteur des fonctions vitales. Si ces auteurs exagérèrent ainsi l’influence du diaphragme, c’est qu’ils lui attribuèrent beaucoup d’effets dont les causes étaient absolument inconnues. Mais aujourd’hui , que quelque jour commence à se répandre sur ces phénomènes, il est essentiel de les restituer aux organes qui les produisent, à mesure qu’on acquiert à leur sujet des données plus certaines.

Au reste, quoique privé de l’action qu’on lui avait attribuée dans les efforts, pour suspendre la respiration, pour favoriser les grands mouvemens du corps, pour présider aux diverses expulsions, pour entraver même la cir» culation pulmonaire ; quoique la plupart des fonctions et des sympathies dont on l’a gratifié appartiennent à la glotte ou aux muscles abdominaux , le diaphragme joue cependant un assez beau rôle encore dans les phénomènes de la vie, puisqu’il préside à l’inspiration. Son action, il est vrai, n’intervient jamais , ni dans les divers efforts, ni dans la production de la

voix, ni dans les autres phénomènes d’expiration; mais elle les précède toujours. C’est par elle que l’enfant né diffère de l’enfant à naître, et que commence la vie individuelle ou indépendante ; et ce qu’on appelle le der» nier soupir n’est que la fin de cette action.

Mais s’il est vrai, comme il n’est plus permis, je crois, d’en douter à présent, que le diaphragme soit passif dans les efforts, comment ces derniers peuvent-ils donc s’opérer? et quels organes exercent les fonctions à lui seul attribuées jusqu’à ce jour?

C’est là ce que je me propose d’exposer dans le chapitre suivant, et qu’à la rigueur on pourrait presque déduire de tous les faits qui précèdent»

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