‹ Recherches sur le mécanisme de la voix humaineChapitre 2 sur 13 · M. LE BARON CUVIER · texte numérisé non relu

M. LE BARON CUVIER

PAIR DE FRANCE, CONSEILLER D'ETAT, GRANDuOFnClCR DE LA LéGI0N.D>B0NNEt7R, SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L*ACADÉMI£ ROYALE DES SCIENCES, ETC.

Lorsque /eus F honneur de présenter à HAcadémie royale des Sciences mes premiers travaux sur le mécanisme de la voix humaine^ je trouvai en vous cet appui tutélaire et cette haute bienveillance que les hommes de génie ne refusent jamais. Plus tard , il vous a plu

vin

nouvelle. Il m'a semble pour le moins inutile de prouver ici, par un étalage d'e'rudition , les études auxquelles j'ai dû me livrer avant d'être certain que je ne me faisais pas illusion sur la nature et la priorité' des idées que j'avais à émettre. Ce qu'il m'importait d'indiquer, aussi nettement que possible, c'e'tait les re'sultats auxquels ces recherches m'ont conduit. Mon travail, je ne l'ignorais pas, ne pouvait devenir intéressant que par ce qu'il renfermerait de neuf et par des conséquences exactes d'où ressortirait , pour la première fois , une théorie plausible, peut-être complète , du jeu d'un organe des plus brillans, au moment de son action la plus curieuse et jusqu'ici la moins étudiée. C'est à établir cette théo-

ÎX

rie et a en rassembler les élëmens que je ine siiis principalement applique'. Cependant ^ je n'ai pas laissa de faire sentir que, èéît cKez les anciens, soit chez les modernes, ce sujet, qui dès long- temps a détermine' la spe'cialite' de mes études, avait ëte' très-imparfaitement traite' sous té point de vue que j'ai adopte' pour mes 'de'wloppemens. .

' Peut-être paraîtra-t -il e'trange qu'à une époque où toutes les branches de la physiologie s'e'clairent dé plus en plus, personne ^^ parmi nos contemporains, n'ait aborde' tcmte la série d'observations et ^'expériences auxquelles je me suis livre.

Il y aura moins Heu de s'étonner lorstju'on aîira réfléchi que ces observations tte pouvaient être conjplétées que sous

certaines conditions. Il fallait : i^que l'observateur fût â la fois physiologiste et musicien j 2*" qu'il se fût adonné particulièrement à l'ëtude du chant ; 3** qu'il fut pourvu d'un organe qui lui permit d'expérimenter^ à chaque instant^ sur luimême; 4^^ enfin^ que^ par ses relations et ses voyages^ il lui eut été facile d'examiner les sujets dont l'organisation était le plus propre à l'éclairer. Telles sont ces conditions de rigueur dans lesquelles je crois m'être trouvé placé.

Ce fut en 1821 que, par l'organe de M. Gallini , professeur de physiologie en l'université de Padoue, je communiquai, pour la première fois, à l'Académie de cette ville, mes idées sur la voix laryngienne et surlaryngienne, ainsi que sur

la théorie des deux registres. Alors ces idées y pour bien établir ma théorie , demandaient à être confirmées par des faits et par des expériences réitérées. Ces faits , je les ai recueillis; ces expériences, je les ai entreprises ; et ce n'est qu'après douze années d'observations consécutives, tant sur moi-même que sur les plus célèbres chanteurs de notre époque, que je me suis décidé à publier le résultat de nies recherches; j'y ai été encouragé par la plupart des savans qui ont fait quelque étude du mécanisme d'un organe sur lequel, malgré nos progrès en physiologie, il reste cependant encore beaucoup à apprendre.

Tout en suivant le cours des expériences que je croyais propres à me conduire à des démonstrations concluantes.

et pour acquérir une plu$ ample cer (itude des .vérité que j'avais émiâes , j'ai pensé qu'il était important de ne pas négliger les consi'dératiotis pathologiques auiquel* les j'ai dû souvent le complément et une plus grande évidence des principes sur lesquels se fonde la théorie que je suis parvenu à établir.

Possesseur des élémens d'ube démonst ration qui me paraissait satisfaisante^ je m'occupais de les coordonner^ lorsque, dans le courant dé 1829^ M. le docteur Peleau» le jeune, adressa à l'Académie des Sciences une lettre dans laqtielle il prouvait la possibilité de parler «ans le concours du larynx. «Introduisez par une narine, disait-il, jusque dans le pharynx, une sonde creuse qui laisse passer

un courant d^^ir comprimé dans un rëservoir d'une capacité moyebne ; aussitôt que yous sentirez la colonne d'air frapper les parois y sifspende^ l'aicte de la rcfspiration et mettez en mouvement les organes de la parole 5 comme si vous agissiez sur l'air sortant des poumons ; vous parlerez à voix basse , vous ferez entendre distinctement tous les ëlënnens de la parole aphooiqué. Craignant de lîi'abuser sur la faculté d'interrouipre Taction de la poitrine pendant que je faisaiis jouer les organes de la parole > je me njis à parler à voix haute 9 le courant d'air établi pat le nez était dans toute sa force. A l'instant deux paroles se firent entendre d'une manière si distincte et si pure 5 que les personnes qui assistaient \ l'expérience

crurent ouïr deux individus qui répétaient les mêmes phrases.

)) Il est donc bien constaté par cette expérience que le larynx n'est pour rien dans la formation de la parole aphonique. »

Les résultats obtenus par M. Deleau méritaient toute mon attention ; je m'empressai de le voir, soit pour lui communiquer mes idées , auxquelles le fait qu'il venait d'énoncer semblait se rattacher, soit pour le prier de me laisser, au moyen de son mécanisme, répéter sur moimême les expériences auxquelles il s'était livré, et quelques-unes des miennes, afin de lui montrer, soit les rapports existant entre le travail de la partie supérieure du tuyau vocal, particulièrement dans la

modulation des notes surlaryngiennes , soit les mouvemens qui ont lieu pendant rémission de la parole. Frappe de l'aspect que le sommet du tuyau vocal présente pendant le chant , ainsi que de la théorie que i^en déduisais, M. Deleau offrit de me mettre en relation avec M. le baron Cagniard de la Tour, qui a rendu de si grands services aux sciences physiques. Ce savant nous accueillit avec une extrême bienveillance. Dès notre première entrevue, il y a presque quatre ans, je lui soumis mes idées telles qu'elles sont exposées dans mon Mémoire. Ma théorie lui ayant paru aussi neuve qu'intéressante , il m'engagea à la publier. Je mis alors la dernière main à mon travail;

mais, obligé d'accompagner en Ecosse le

duc d'Hamilton ^ à qui je donnais mes èôins, je diflFëraî jusqu'à moti retour d'appeler, sur le résultat de jnes recherches, l'attention de l'un des premiers corps isavans de TEurope. Revenu à Paris, en janvier 1 83o , dès mon arrivée , je fis parvenir mon Mémoire à l'Académie qui *voïilut bien charger une commission de l'examiner ^t de lui en rendre compte, die fut dans la séance du lo mai i83o que M. le baron Guvier, tant en son nom , qu'en celui des deux autres çomkliissaires MM. de Prony etSavart, lut le rapport qui précède l'ensemble de mes recherches.

Depuis cette époque , j'ai fait quelques additions à mon travail primitif; c'est ainsi , par exemple , que j'y ai ajouté la

XTII

traduction d'un chapitre du livre intéressant que la docteur Rusch à publie à Philadelphie $obs le.titre àfd Philosophie de la poix hurnçÙTiey.GomvûLfi ce chapi-^ tre se rattachia eti. .qualqu<^ poînls aux idées que j'ai e:|^pQsee$^^ k discussion des principgs et de$ observations suriesqnels Pauteuf base! sa théorie m'est dévenue

indispeosablev : j ' : I

J'ai fait piiécéder cette traducticm à% quelques observations sur les réclamations de MM. Gerdy et Malgaigne.

Enfin j'ai joint à cet ouvrage des plan-^ ches représentant l'aspect de la partie supérieure du tuyau vocal dans l'état naturel, ainsi que pendant l'émission des sons graves et aigus chez les soprani-sfogati yles^ tenors-coiitraltïniei les basses-tailles^

Puissent mes observations et la thëorîe que j'en ai déduite, conduire à des applications utiles, et préluder à de nouvelles études propres à favoriser le déploiement des ressources de l'appareil vocal. Puissentelles offrir, en même temps, des données certaines, des règles positives pour la caractéristique de chaque voix, pour l'appréciation de ses qualités, de sa portée, de son étendue , de son développement et de ses mutations probables , ainsi que pour l'éducation , le perfectionnement , la rectification ou le traitement de l'organe auquel est attachée la faculté de la parole, du récit, du débit oratoire et du chant. Si les rapports favorables , faits à l'Académie royale des Sciences sur mes divers travaux, ne me font point illusion.

je croîs avoir obtenu ou prépare quelques-uns de ces importans résultats; peut-être n'aî-je eu que l'avantage de

poser une pierre à l'édifice. Quoi qu'il en soit , le peu de temps que je pourrai derober à ma pratique, sera consacré à poursuivre mes recherches. Heureux des sujffrages d'un public éclairé, je m'attacherai de plus en plus à lui prouver que la conviction d'avoir été utile est pour moi la première des récompenses.

Page 1