Ï. — INTRODUCTION
On connait aujourd’hui d’une façon suffisamment complète la structure de la tige et de la racine chez les plantes vasculaires. IT est inutile d'exposer en détail l’évolution historique de cette question. Depuis que l’anatomie et l’histologie végétales ont fait l’objet d’études attentives, un grand nombre de savants ont analysé successivement tous les points de l’organisation de ces organes. Toutes ces recherches devaient avoir pour couronnement les beaux travaux synthétiques de MM. Nægeli, Mohl, Trécul, Van Tieghem.
En résumé, l’on sait aujourd’hui que chacun de ces deux organes possède en naissant ses caractères distinctifs. Le point végétatif de la racine donne naissance à une pilorhize, à un cylindre cortical épais, à un cylindre central étroit; le point végétalif de la tige ne produit pas de pilorhize, la puissance relative des deux cylindres est inverse : le cylindre cortical a peu d'épaisseur, le cylindre central est large. L'accroissement de la racine est surtout terminal, celui de la tige intercalaire.
Dans la tige comme dans la racine, le cylindre cortical est composé d’un tissu uniforme limité intérieurement par l’ussise protectrice. Le cylindre central présente, au contraire, des éléments différents : extérieurement le péricambium; intérieurement deux autres tissus : l’un formé de cellules courtes (/issu conjonchf), l’autre composé d'éléments allongés et étroits, rassemblés en groupes appuyés normalement sur le péricampium. Ces groupes isolés entre eux par le tissu conjonctif
UG 7- 1923
(moelle, rayons médullaires primaires), premiers indices des tissus conducteurs des deux sèves constituent à cette période le procambiuwm.
Mais ce procambium ne représente qu'un état transitoire. Ses éléments, riches en matières nutritives, deviennent le siège de phénomènes vitaux énergiques ; modifiant leur paroi, leur contenu, les unes deviennent des trachées, éléments fondamentaux du bois; les autres des cellules grillagées, éléments essentiels du liber. Les voies des deux sèves sont tracées.
Bien que ces phénomènes se produisent simultanément dans la tige et dans la racine, l’ordre de leur production est différent et caractéristique de chaque organe. Dans la racine, chacun des amas de procambium se transformera totalement en bois ou totalement en liber, mais avec un ordre parfait : les masses ligneuses alterneront avec les masses libériennes. Dans la tige, chacun des faisceaux procambiaux forme en même temps du bois et du liber. Les faisceaux qui étaient entièrement ligneux ou libériens dans le premier cas, sont libéro-ligneux dans le second. Ce fait est général.
Mais la différenciation va plus loin.Quel que soit l’embranchement auquel appartienne le végétal considéré, la transformation du procambium ne se fait pas simultanément en tous ses points. Dans la racine, le premier élément modifié est toujours le plus rapproché du cylindre cortical, les autres se développent successivement en direction radiale en se rapprochant du centre : la formation est centripète. Pour la tige des Phanérogames et des Équisétacées, c’est dans un ordre inverse que se forme le bois (le liber suit la même marche que dans la racine) : le premier élément caractérisé est le plus rapproché du centre de l'organe; ceux qui suivent en sont de plus en plus éloignés : le développement est centrifuge.
Dans les autres Cryptogames vasculaires le mode de développement des faisceaux de la tige est encore tout autre que celui de la racine. Les caractères tirés de l’ordre de développement des éléments des tissus conducteurs peuveut donc être
invoqués pour caractériser la tige et la racine dans tous les ‘végétaux vasculaires.
Ces formations sont dites primaires. Après l’organisation du procambium, le végétal subit d’autres modifications. Ge sont ou bien des changements qui intéressent individuellement chaque cellule, comme l’épaississement, la transformation de la paroi, auquel cas la disposition et la position relatives des éléments ne change pas; ou bien il se produit, aux dépens des tissus formés au début, des cellules génératrices destinées à reproduire, pendant un temps plus ou moins limité, des éléments identiques aux premiers (bois, liber, tissu conjonctif), ou même à créer des tissus nouveaux (liège). Ge sont là les formations secondaires.
À part la formation aléatoire et toujours peu importante du suber et les modifications histologiques, l’axe des Monocotylédones et des Cryptogames vasculaires conserve le faciès primaire. Il n’en est plus de même chez les Dicotylédones où, sous l'influence du cambium produisant rapidement et d’une facon continue dans le cylindre de la tige et de la racine de nouveau bois, de nouveau liber, de nouveau tissu conjoneuf, le volume du cylindre central a bientôt dépassé de beaucoup celui du cylindre cortical. Un des caractères différentiels de nos deux organes s’efface, et cela si bien que, récemment encore, dans l'ignorance complète où l’on était de la structure primaire de la racine des Dicotylédones, on ne trouvait comme caractère distinctif de la racine que l'absence de moelle, caractère reconnu depuis des plus fallacieux.
Tel est l’état de nos connaissances touchant la structure de l'axe.
Quelque rapide et insuffisant que soit cet aperçu, 1l me permettra, je l'espère, de tirer ces conclusions : 1° Que la racine et la tige possèdent dès leur jeune âge une structure propre caractéristique ; 2° Que ces caractères, loin de s’accentuer avec l’âge, s’effacent plutôt par l'apparition d'éléments nouveaux; conséquemment : si l’on veut avoir une idée plus nette de l’organisation de ces organes, il faut les prendre à l’état primaire.
Ces préliminaires posés, comment se comportent les éléments de la tige et ceux de la racine en leur point de contact? Comment les formations centripètes de la racine se mettentelles en relation avec les formations centrifuges de la tige? Le changement d’épiderme considéré jusqu’à présent comme la limite externe coïncide-t-il avec la limite interne? Comment s'opère le passage entre Les deux parties.
C’est ce point peu connu de Phistoire de l’axe qui fait l’objet de ce mémoire.
Le sujet n’est pas entièrement neuf; il a été abordé par quelques naturalistes, mais les résultats obtenus sont fondés sur létude d’un trop petit nombre de plantes pour être considérés comme suffisamment établis. I faut avoir réuni un grand nombre d'exemples pour saisir les faits généraux au milieu des
“faits particuliers qui, pris dans un petit nombre de cas, peuvent souvent acquérir une valeur qu’ils n’ont pas.
C'est avec cette idée que J'ai entrepris ce travail ; non seulement J'ai étudié un grand nombre de Dicotylédones, mais J'ai abordé les Monocotylédones et les Cryptogames vasculaires, ce qui n'avait pas été fait jusqu'alors.