‹ Recherches sur le passage des éléments figurés à travers le placenta sur la variole foetale et la vaccination congénitaleChapitre 11 sur 14 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Considérations sur la vaccination congénitale.

Je désigne sous le nom de vaccination congénitale l'immunité plus ou moins considérable qui peut résulter pour un produit de la vaccination qui a été praliquéé chez sa mère avant sa naïssance.

C'est là une question nouvelle, sur laquelle bien peu de choses ont été publiées jusqu'à ce jour. M. le docteur Burkhard, de Bâle, qui, le premier, s'est occupé de cette question relativement à l'espèce humaine, la désigne sous le nom de vaccination intra-utérine. Le mot de vaccination congénitale m'a paru préférable, en ce sens que l’immunité acquisé peut résulter d'une vaccination de la mère antérieure à la conception.

Je dois faire remarquer toutefois que cette importante question de pathologie générale ne se rapporte pas directement au fait du passage des éléments figurés à travers le placenta. L'immunité peut en effet parfaitement exister sans que ces élé-

Te

ments passent dans le sang du fœtus. J'ai simplement tenu à rapporter ici quelques expériences que j'ai entreprises dans le courant de l’année à la Maternité de Bordeaux.

- Le premier expérimentateur qui paraît s'être occupé de la question est Bollinger. Il cite le fait rapporté par Underhill d'un enfant de quatre mois dont la mère avait été vaccinée au huitième mois de sa grossesse et qui se montra rebelle à la vaccination.

Rikett et Roloffs, opérant sur l'espèce ovine, inoculèrent la variole à sept cents brebis pendant les dernières semaines de leur gestation. Leurs petits furent inoculés de quatre à six semaines après leur naissance avec la lymphe du Sheep pox: l'inoculation échoua chez tous, tandis qu'elle réussit pleinement sur trente-six agneaux dont les mères n'avaient pas été inoculées.

Le docteur Burkhardt, de Bâle, a voulu constater si le même fait se reproduirait pour l'espèce humaine. Ses expériences furent faites en 1877 et 1878 à la Maternité de Bâle, où M. Burkhardi était alors interne. En voici les résultats : (1)

On revaccina vingt-huit femmes enceintes, mais on ne put expérimenter que sur huit des enfants de ces femmes.

10 Les enfants de quatre femmes qui avaient été revaccinées avec un plein succès à la fin de leur grossesse furent réfractaires àla vaccine au moment de leur naissance ; chez l’un d'eux, cette immunité persistait encore au bout de six mois.

(1) Revue d'hygiène et de police sanitaire, janvier 18S0.

pans

20 De deux femmes qui avaient été revaccinées avec un succès incertain, l'an des enfants fut réfractaire au vaccin, chez l'autre la vaccination réussit.

3° Deux autres femmes avaient été revaccinées sans succès. L'un des enfants se montra réfractaire au vaccin, l’autre non.

Le travail si intéressant de M. Burkhardt, publié par la Revue d'hygiène et de police sanitaire, nous faisait espérer que M. Burkhardt continuerait ses expériences et ne tarderait pas à nous donner des documents nouveaux sur ce sujet. Malheureusement ayant dû quitter l'hôpital de Bâle, il a dû renoncer à continuer ses expériences.

Je me suis alors proposé de faire les mêmes expériences à la Maternité de Bordeaux, dans le service de M. le docteur Flornoy. |

Quarante femmes arrivées au dernier mois de leur grossesse ont été revaccinées et ont pu être suivies jusqu'au terme de leur grossesse et les enfants soumis à l'épreuve de la vaccine.

Mais toutes ces femmes avaient déjà été vaccinées et quelquefois revaccinées, de sorte quenous n’avons eu qu’un nombre restreint de femmes chez qui la vaccine ait évolué pendant leur séjour à la Maternité et dont l'enfant ait pu être vacciné sous nos yeux.

Sur les quarante femmes vaccinées pendant leur séjour à la Maternité.trente-trois fois Le vaccin échoua. Deux de ces trentetrois femmes avaient eu la variole soit pendant leur grossesse, soit quelques mois auparavant. Enfin sur sept d'entre elles le vaccin réussit bien.

ns Nous rapportons ici les observations des sept femmes sur

lesquelles la vaccination a réussi, et des deux femmes atteintes de variole.

Raymonde T..... a été vaccinée étant enfant avec succès. Elle n’a pas été revaccinée depuis et n’a jamais eu la variole. Le 9 juin, elle est vaceinée à la Maternité, et quelques jours après les trois points d’inoculation donnent trois fort belles pustules vaccinales. Elle accouche le 30 juin. Son enfant est vacciné le 7 juillet et se montre réfractaire à la vaccine.

Marie B...…. a été vaccinée dans son enfance avec succès; elle est vaccinée à la Maternité le 30 juin et le vaccin réussit parfaitement. Elle accouche le 20 juillet et son enfant se montre réfractaire à la vaccine.

Anna D... a été vaccinée étant enfant. Est revaccinée à la Maternité dans le courant de juin et le vaccin réussit bien. Elle accouche le 9 juillet. Son enfant est vacciné le 14 juillet avec succès.

Zoé L...., vaccinée étant enfant, est revaccinée à la Maternité le 15 septembre. Le vaccin réussit pleinement. Elle accouche le 6 octobre; son enfant est vacciné le jour même et se montre réfractaire au vaccin.

Jeanne D... vaccinée étant enfant, est revaccinée à la Maternité le

24 septembre. Elle accouche le 28 septembre; son enfant vacciné le lendemain de sa naissance se montre réfractaire. ‘ Catherine J...., vaccinée étant enfant, est revaccinée avec succès le 27 août. Elle accouche le 2 septembre; son enfant vacciné le 6 septembre a cinq pustules vaccinales sur six inoculations qui lui ont été faites.

Marie B...., vaccinée étant enfant, est revaccinée à la Maternité le 24 octobre. Elle accouche le 29 octobre. Son enfant, vacciné le lendemain de sa naissance, ne se montre nullement réfractaire au vaccin.

Nanéeineth"e" a eu la variole au sixième mois de sa grossesse. Elle accouche d’un enfant qui se montre absolument réfractaire au vaccin (observation rapportée).

Marthe Darius, vaccinée étant enfant, a eu la variole il y à un an. Elle accouche le 3 juillet d'un enfant qui se montre réfractaire à la vaceine.

On voit donc en résumé que sur neuf femmes que nous avons pu observer ayant eu la variole ou ayant été vaccinées avec succès dans l’année qui a précédé la naissance de leur enfant, six fois l'enfant s'est montré rebelle au vaccin et trois fois au contraire le vaccin a réussi. |

La proportion des enfants réfractaires au vaccin est bien différente si nous considérons les femmes n'ayant pas eu récemment la variole et sur lesquelles la vaccination n’a pas réussi. En effet, sur les trente et une que nous avons soumises sans résultat à la vaccine et dont nous avons vu vacciner les enfants, trois fois seulement ces enfants se sont montrés réfractaires au vaccin. C'est donc une proportion de un dixième seulement.

Je dois faire remarquer que toutes les femmes sur lesquelles il nous a été donné d’expérimenter avaient déjà subi une vaccination antécédente ; les résultats seraient probablement bien plus décisifs, si, comme dans les expériences qui ont été faites en Allemagne sur des brebis, on avait affaire à des individus n'ayant Jamais été vaccinés.

Il semble en effet qu'une vaccination de l’ascendant, sans quelquefois donner limmunité absolue au descendant, peut cependant diminuer son aptitude à ce sujet. L'observation suivante paraît justifier cette manière de voir :

Le 20 avril 1882, la sage-femme en chef de la Maternité de Bordeaux appela mon altention sur le vaccin d’un jeune enfant, dont les six pustules avaient pris des proportions considérables, sans cependant avoir aucune mauvaise apparence.

Je m’informai immédiatement si la mère avait été vaccinée ; elle me répondit qu'elle ne l’avait jamais été. Je ne puis m'empêcher de rap-

es

porter cette aptitude toute spéciale que l'enfant avait présentée pour le vaccin, au défaut de vaccination antérieure chez la mère.

Ce n’est du reste pas seulement dans la variole et la vaccine humaine que l’on a pu constater des faits d'immunité congénitale.

MM. Pasteur, Toussaint, Arloing, dans leurs importants travaux sur les maladies virulentes, ont signalé le fait.

Une femelle inoculée en état de gestation, dit M. Duclaux, communique l’immunité aux enfants qui naîtront d'elle.

Comme le fait très bien remarquer M. Masse dans un récent travail sur les inoculations préventives dans les maladies virulentes, « les espèces qui paraissent avoir aujourd'hui une certaine immunité, ne la doivent-elles pas à ce que leurs ascendants ont été tous atteints de la maladie? Leur immunité actuelle ne serait-elle pas due à une vaccination dont ils jouiraient par hérédité? (1) »

On voit les importants problèmes de pathologie générale que soulève cette question de la vaccination congénitale.

Mais, comme je l'ai déjà dit, je ne puis traiter plus complètement un pareil sujet qui ne se rapporte du reste que très indirectement au but de ma thèse. J'ai simplement tenu à rapporter les quelques expériences que j'ai faites sur ce sujet durant le courant de mon internat, et je serais heureux si leur faible appoint peut éclaircir la question si complexe de l’immunité vaccinale.

(1) Masse. Des inoculations préventives dans les maladies virulentes.

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