INTRODUCTION
Au mois de décembre 1881, étant chargé comme interne du service spécial des varioleux de l'hôpital Pellegrin,je recus dans le service une femmeenceinte de sept mois, atteinte d’une variole hémorragique très grave, elle ne tarda pas à v avorter et mourut quelques heures après. Je savais que les pathologistes étaient loin d'être d'accord sur la transmission de la variole de la mère au fœtus. J’examinai donc le fœtus avec le plus grand soin, 1l ne portait sur le corps aucun stigmate de l'affection de sa mère. M. le Dr Jolyet, professeur de médecine expérimentale à la Faculté de Médecine de Bordeaux, s'occupait alors de travaux sur l'élément figuré de la variole, qu'il retrouvait constamment dans la lymphe des malades morts de cette affection. Je le priai de vouloir bien examiner ce fœtus à ce point de vue, 1l le fit fort obligeamment, et avec son préparateur, nous pûmes constater dans la lymphe du fœtus, la présence d’éléments figurés tout à fait semblables à ceux trouvés dans la
lymphe des malades mort de variole. Ces considérations furent
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présentées dès cette époque, à la Société d'anatomie et de physiologie de Bordeaux. Mais on m'objecta avec raison Îla mort déjà ancienne du fœtus, au moment où il avait été examiné, et son séjour dans une salle de varioleux, de sorte qu'on ne pouvait conclure absolument de ce fait au passage des éléments figurés de la variole, de la mère à l'enfant.
Mais les quelques recherches que j'avais dû faire sur ce. point, me convainquirent bientôt qu’il y avait là un sujet important de travaux à faire.
Tous les gynécologistes français que je consultaï, admettaient en effet que tout élément figuré est absolument arrêté par le placenta, se fondant sur des expériences déjà anciennes de Brauell en Allemagne et de Davaine en France.
Tarnier et Chantreuil dans leur récent et si complet Traité de l'Art des Accouchements, après avoir mentionné les expériences de Bollinger, Brauell et Davaine, ajoutent : « Aïnsi toutes les expériences qui ont été faites jusqu'à présent prouvent que les substances solides, même à l’état de division extrême, ne passent pas à travers la membrane qui sépare le sang maternel du sang fœtal. »
Quel que soit le Traité d’'Accouchement que nous consultions à ce sujet, les conclusions sont les mêmes. Aucune particule solide ne peut traverser le placenta. Mais l'ouvrage où nous trouvons ces idées défendues avec le plus d'énergie, est l'ouvrage si remarquable d’ailleurs, de M. le docteur Barthélemy sur la variole. Au chapitre consacré à la variole fœtale, M. Toussaint Barthélemy, s'exprime ainsi :
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« Nous nous bornerons à faire remarquer que si de semblables éléments (coccus ou bactéries) étaient indispensables, même à la transmissibilité de la variole, 1l faudrait renoncer à admettre l'infection du fœtus par la variole pendant la vie intrautérine. En effet, quelle que soit l'opinion que l’on accepte sur la structure du placenta, que l’on admette, ce qui est vrai pour nous, sauf quelques restrictions, la théorie d’'Ercolani sur l'organe glandulaire placentaire, ou que l’on considère cet organe comme un simple filtre, il nous paraît surabondamment prouvé qu'aucun élément figuré ne traverse et ne peut traverser le placenta » (1).
Et cependant il existe des faits indiscutables, et acceptés par M. Toussaint Barthélemy lui-même, de transmission de la variole de la mère au fœtus. D'un autre côté les travaux modernes, particulièrement ceux de M. Jolyet, ne peuvent guère laisser de doute sur la nature microbienne de la variole. Il fallait donc admettre a priori le passage des éléments figurés à travers le placenta. C’est cette idée que je me suis attaché à démontrer et dont j'ai fait le sujet de persévérantes études pendant toute une année. J'ai commencé par vérifier sommairement les expériences d’ailleurs très décisives de Davaine sur Île non passage de la bacéridie charbonneuse à travers le placenta. Mais comme je le ferai ressortir dans le cours de mon travail, cet élément figuré me paraissait fort mal choisi, et pour plusieurs causes, pour la démonstration que je cherchais; je dus
(1) Barthélemy. Thèse de Paris, 1880.
alors avoir recours à un autre élément figuré, se rapprochant par sa nature et par ses dimensions beaucoup plus des microbes que l’on retrouve dans les maladies contagieuses, J'ai choisi le microbe de l'affection décrite sous le nom de choléra des poules, maladie parfaitement inoculable aux lapins, et sur l'étiologie de laquelle M. Pasteur a jeté le jour le plus complet. . J'ai eu la bonne fortune de faire la connaissance de M. le docteur Roux, préparateur de M.Pasteur à l'École normale supé. rieure, et son collaborateur dans l’étude du choléra des poules. M. Roux a bien voulu me prêter son précieux concours pour la réalisation des expériences que nous avons entreprises ensemble à la Faculté des Sciences de Bordeaux. Ces expériences nous ont donné des résultats parfaitement clairs et indiscutables sur le passage des microbes à travers l'organe placentaire. C'est cette partie expérimentale que j'exposerai en détail, qui constitue la partie nouvelle et originale de mon travail.
J'ai cru toutefois devoir la faire suivre de considérations sur la variole fœtale, question de pathologie à laquelle j'ai apporté quelques observations nouvelles recueillies dans le service de M. le docteur Lande dont j'avais l'honneur d'être l'interne. Le passage des éléments figurés à travers le placenta me paraîl Jeter un Jour nouveau sur cette question.
Enfin j'ai cru ne pas devoir laisser de côté la question des vaccinations congénitales, question que les récentes découvertes de MM. Pasteur, Chauveau, Toussant et Arloing, rend si palpitante d'intérêt. Par de nombreuses observations recueillies