ÉTAT INTELLECTUEL
DES A.CGV8&S.
ACCUSiS DE GRms
contre
les
msoHns.
les nomitis.
CRDŒS
GOvniB m nonxttia
pour un crime contre les
PIMOHNXS.
9« Mchant ni lire ni écrire
Sachant lire ou écrire imparfaitement. .
Sachant bien lire et écrire
Ayant reçu une instruction supérieure à ce l*'' degré
Totaux
3,0 KOTBim.
Ainsi , toutes choses égales , le nombre des crimes contre les personnes relativement au nombre des crimes contre les propriétés^ pendant les années 1828 et 1829^ était plus grand selon l'état intellectuel plus développé des accusés ; et cette différence portait particulièrement sur les meurtres^ les viols^ les assassinais^ les coups et blessures et d'autres crimes très-grayes. Faut-il conclure de là que les lumières ont été nuisibles à la société ? Je suis loin de le croire : pour établir une pareille assertion , il faudrait commencer par savoir combien la nation française compte d'individus dans les quatre divisions que nous avons admises précédemment , et rechercher si^ proportion gardée^ les individus de l'une des divisions commettent autant de crimes que ceux des autres. Si cela était effectivement^ je n%ésiterais pas à dire que^ puisque les individus les plus éclairés commettent autant de crimes que ceux qui ont le moins d'instruction ^ et que de plus leurs crimes sont plus graves^ ib sont nécessairement plus criminels; mais
diaprés le peu que nous connaissons de la répartition des lumières en France /nous ne pouvons rien décider à cet égard. Il peut se faire en effet que les individus de la classe éclairée de la société^ tout en commettant moins de meurtres^ d'assassinats et d'autres crimes graves que les individus qui n'ont reçu aucune instruction^ commettent cependant bien moins encore de crimes contre les propriétés; ce qui pourrait être justement le cas que nous avons remarqué dans les nombres précédens. Cette conjecture devient même probable si l'on considère que la classe éclairée suppose plus d'aisance ^ et ^ par conséquent , moins de besoin de recourir aux différentes espèces de vols qui composent en grande partie les crimes contre les propriétés^ tandis que l'aisance et les lumières ne parviennent pas aussi facilement à comprimer le feu des passions et les sentimens de haine et de vengeance. H faut remarquer d'une autre part que les résultats contenus dans le tableau précédent^ ne sont relatifs qu'à deux années^ et que par là ils présentent une probabilité moins grande d'exprimelr ce qui est effectivement^ surtout ceux qui dépendent de la classe la plus éclairée^ et qui sont fondés sur des nombres moins forts. Il me semble donc qu'on peut dire tout au plus que le rapport du nombre des crimes contre les personnes au nombre des crimes contre les propriétés varie avec l'état des lumières^ et qu'en général pour cent crimes contre les personnes , on compte d'autant moins de crimes contre les propriétés que les individus appartiennent à une classe plus éclairée. Les détails suivans , que j'extrais du Rapport au Rot pour l'année 1829 Q), pourront servir de développement à ce que j'avance :
(i) Voyes les Comptes généraux ^ p. IX i 1830.
(( Le nouveau tableau qui indique la profession des accusés y les divise en neuf classes principales ^ comprenant :
<( La première^ les individus attachés à l'exploitation des terres; des vignes, des forêts , des mines , etc. , 2,453 ;
(( La seconde, les ouvriers qui travaillent le bois, le cuir, le fer, le coton , etc., 1,932 ;
<( La troisième, les boulangers, bouchers, brasseurs, meuniers, etc., 253;
(( La quatrième, les chapeliers, perruquiers, tailleurs , tapissiers, etc., 327;
<( La cinquième, les banquiers, agens de change, commerçans en gros et en détail, colporteurs, etc., 467.
(( La sixième , les entrepreneurs de travaux , porte-faix , mariniers, rouliers, etc. , 289 ;
(( La septième , les aubergistes, limonadiers, domestiques , etc., 830;
a La huitième, les artistes, étudians, employés, huissiers, notaires, avocats, prêtres, médecins, militaires, rentiers, etc., 449 ;
« La neuvième, les mendians, contrebandiers, filles publiques, etc., 373;
(( Les femmes qui n'avaient point de profession ont été classées d'après celle de leurs maris.
« En comparant à la totalité des accusés , ceux qui sont compris dans chaque classe , on voit que la première fournit 33 accusés sur 100; la seconde, 26; la troisième, 4; la quatrième, 5 ; la cinquième , 6 ; la sixième , 4 ; la septième. Il ; la huitième , 6 ; et la neuvième , 5.
(( Si l'on distingue ensuite dans chaque classe les accusés sui-
vant la nature des crimes qu'on leur im|mtait^ et qu'on les compare entre eux^ on trouve les proportions suivantes:
(c Dans la première classe^ 32 accusés sur 100 étaient poursuivis pour crimes contre les personnes ^ et 68 pour crimes contre les propriétés. Ces nombres sont de 21 et 79 pour la deuxième * classe^ de 22 et 78 pour la troisième^ de 15 et de 86 pour la quatrième- et la cinquième ^ de 26 et de 74 pour la sixième ^ de 1 6 et de 84 pour la septième^ de 37 et de 63 pour la huitième ^ de 13 et de 87. pour la neuvième.
a Ainsi les accusés de la huitième classe^ qui tous exerçaient des professions libérales^ ou jouissaient d'une fortune qui suppose / quelque éducation^ sont ceux qui^ Relativement^ ont commis le
/ plus de crimes contre les personnes; tMKlis que les quatre-vingt-
sept centièmes des accusés de la neuvième classe , composée de gens sans aveu^ n'ont porté atteinte qu'aux propriétés. »
Ces résultats^ qui confirment la remarque faite précédemment^ méritent d'être pris en considération. Je remarquerai seulement que quand on sépare les individus en deux classes , les uns de profession libre et les autres journaliers^ ouvriers^ manœuvres ou domestiques^ la différence est encore bien autrement prononcée.
Le tableau suivant pourra aider à faire connaitre Yinfluence du climcU sur le penchant au crime ; il est formé d'après les , documens: que présentent les comptes généraux de F administration de la justice en France pour les cinq années qui ont précédé 1830. La deuxième et la troisième colonne indiquent les nombres des condamnés pour crimes contre les personnes et contre les propriétés ; les deux colonnes suivantes font connaître les rapports des mêmes nomlnres avec la population respective
de chaque département en 1827; une sixième colonne indique le rapport des crimes contré les propriétés aux crimes contre les personnes ; enfin la dernière colonne fait connaître combien d'ac^ cuséssur 100 ne savaient ni lire ni écrire; les nombres qui y sont consignés ne se rapportent qu'aux années 1828 et 1829 (').
(') Il m'a paru que ces nombres pouTaient donner une idée assez satisfaisante de l'état des lumières dans cbaque département , et surtout pour les classes inférieures où se commettent le plus de jcrimes. Cette méthode qui revient à prendre |»ar chaque département , quelques centaines d'individus dont on constate l'état intellectuel , me paraît plus sûre que celle qui a été suivie par M. Dupin , et qui consiste à juger de l'instruction de la province j par le nombre des enfans envoyés aux écoles. 11 peut se faire en effet qu'il y ait généralement très-peu de lumlèirea » là où l'on a récemment établi des écoles qui n'ont pu produire encore des effets appréciables. Afin de rendre les résultats obtenus par cette méthode plus sensibles , j'ai construit une petite carte de la France, plane. /, qui, par ses teintes plus ou moins sombres , indique l'état intellectuel des différentes parties de ce royaume ; bien que cette carte diffère un peu de celle qu'a donnée M. Dupin , on reconnaîtra cependant avec facilité , des deux côtés , que la France du nord et surtout celle qui a voisine le Rhin et la Belgique , est la plus éclairée , tandis que l'on trouve le moins de lumières sur toute la bande qui traverse diagonalement la France , depuis le cap Finistère , jusqu'au département du Var. A cette bande obscure s'en rattache une seconde qui part du centre de la France et se dirige vers le pied des Pyrénées. Ainsi les résultats obtenus par deux voies différentes , s'accordent cependant entre eux d'une manière assez satisfaisante. On pourrait dire qu'on trouve le plus de lumières la où il existe le plus de communications , et où coulent de grands fleuves y comme le Rhin , la Seine , la Meuse , etc. Dans la France méridionale , les côtes de la mer fréquentées par le commerce et les bords du Rhône, sont aussi moins obscures , tandis que le défaut de lumières se fait sentir dans les directions de la France qui ne sont point celles des grandes routes commerçantes. On recherche naturellement l'instruction dans les lieux où le besoin s'en fait le plus ressentir.
DEPARTEMEN8.