‹ Recherches sur le plexus solaireChapitre 27 sur 50 · C. — I. Conclusions. — II. Résumé · texte numérisé non relu

C. — I. Conclusions. — II. Résumé

L'idée d'une topographie physiologique du sympathique a été exprimée pour la première fois par François Franck en 1884 ^ « Disons, dit François Franck, ce que nous comprenons par topographie physiologique du sympathique : quelques exemples rendront mieux notre pensée : Voici un appareil d'innervation spécial que nous étudions en lui-même, dont nous déterminons la provenance centrale et le trajet dans la chaîne ganglionnaire, sans nous préoccuper des rapports qu'il peut affecter avec un autre appareil examiné, comme lui, pour son propre compte, et également déterminé dans son origine et dans son trajet : n'est-il pas indispensable, ces études particulières |une fois faites, de chercher dans quelle mesure les nerfs de chacun des deux appareils indépendants restent anatomiquement isolés les uns des autres ?

Ils peuvent se grouper dans les mêmes cordons, aboutir aux mêmes centres ganglionnaires, provenir même de régions centrales communes, de telle sorte que tel cordon que l'anatomie nous présentera comme simple pourra devenir à la suite du rapprochement indiqué, extrêmement com-

* Franck. Dict. Dechanibre, 1884, XIV. p. 117. Article. Sympathique (Grand).

plexe. Nous verrions, par exemple, le cordon cervical du sympathique renfermer un groupe de nerfs vaso-moteurs, ceux de la moitié correspondante de la tête, des nerfs sudoraux, la plupart des filets oculo-pupillaires, des nerf sécréteurs salivaires et lacrymaux etc., nous arriverions de même à dissocier, de par la physiologie le cordon décrit en analomie sous le nom de nerf splanchnique ', et à montrer que dans ce même tronc sont associés des nerfs vaso-moteurs pour les différents viscères abdominaux, des nerfs moteurs et des nerfs d'arrêt pour l'intestin et beaucoup d'autres encore. — L'anatomie ne nous renseigne pas davantage sur le sens de l'influx nerveux dans les cordons qu'elle étudie ; elle ne nous dit pas si telle portion du sympathique renferme ou non des nerfs sensibles organiques associés aux nerfs moteurs; c'est seulement par l'expérimentation qu'on peut trancher cette question et de plus arriver à déterminer la provenance des filets sensitifs contenus dans les mêmes cordons que les nerfs moteurs. »

Le plan d'une étude de physiologie est ainsi tout tracé en principe : il faut prendre d'une façon méthodique les divers départements du sympathique et déterminer leur constitution en nerfs moteurs, vaso-moteurs, sécrétoires et sensitifs. Mais quand on veut aborder semblable étude, on s'aperçoit vite des lacunes qu'elle présente ; si l'exécution du plan est possible pour quelques régions, elle ne paraît pas entièrement réalisable pour la plupart des centres. F. Franck l'a réalisée pour les ganglions thoraciques supérieurs. En exposant le système afférent etefférent du ganglion premier Ihoracique, il atteignit le but qu'il se proposait de montrer comment, en groupant les notions acquises sur le trajet et la provenance [des nerfs attribués aux diverses fonctions organiques, on pouvait arriver à formuler la constitution des différents départements du sympathique.

Nous tentons ici de formuler le déparlement du plexus solaire.

Une telle étude parait intéressante non seulement au point de vue physiologique mais aussi et surtout peut-être au point de vue pathologique ; on comprend sans peine comment l'altération d'une région de passage aussi complexe que celle du plexus solaire peut donner lieu à des troubles fonctionnels aussi multiples et étendus que le pourrait la lésion de tout un tronçon de moelle, les nerfs fournis par ce tronçon médullaire étant groupés dans le plexus solaire. Aussi, en présence de troubles atteignant simultanément la sensibilité, la circulation, la respiration et les fonctions de certains viscères abdominaux, au lien de penser à une affection médullaire ou viscérale, peut-on être amené à poser tout au moins la question d'une altération ganglionnaire localisée.

C'est un point aujourd'hui acquis que le sympathique, dont la provenance encéphalo-rachidienne est établie, se trouve en partie enclavé

' Voir plus haut. II, chap. iv.

dans les expansions nerveuses du système de la vie de relation et que tout le système nerveux organique, le pneumogastrique mis à part, n'est pas confiné dans le sympathique . Etudier le département du plexus solaire revient donc à déterminer la répartition, les trajets, les niveaux de pénétration et de sortie de ces filets viscéraux ; autrement dit, résumer la distribution segmentaire des nerfs moteurs, vaso-moteurs, sensibles et sécrétoires, fixer les localisations fonctionnelles des ganglions semi-lunaires et mésentériques supérieurs et discuter les questions des fibres transganglionnaires et des connexions du sympathique et de la moelle.

Pour réaliser ce programme, des faits ressortissant à l'embryologie, l'anatomie comparée, la physiologie et la pathologie peuvent être envisagés. De Vanatomie comparée et de l'embryologie on peut tirer des idées directrices.

V. Thébault, d'après de muUiples dissociations du système nerveux des oiseaux, établit l'identité de nature du sympathique et du pneumogastrique, l'un étant au bulbe ce que l'autre est à la moelle', et d'une façon plus générale montre, dans leur topographie segmentaire, les analogies du système sympathique et du système cérébro-spinal.

Ces idées, autrefois exprimées par de Blainville 2, récemment indiquées parOnuf'^ sont capitales au point de vue de la systématisation générale du sympathique, mais non du plexus solaire. D'autres points tels que la coïncidence d'apparition chez certains animaux du sympathique et des cornes latérales delà moelle, apportent un argument tiré de l'anatomie comparée aux idées de His et de Gaskell *.

Les recherches embryologiques de Ihs, et de Gaskell, en prouvant l'existence de cellules sympathiques dans les cornes latérales de l'embryon de poulet et la migration de cellules analogues des ganglions rachidiens dans les ganglions et les nerfs sympathiques doivent servir de guide dans l'interprétation des faits tels que ceux que nous avons étudiés chez des embryons humains^.

La longue évolution des modifications structurales du splanchnique étudiée par Graupner permet des hypothèses sur la valeur chronologique du sympathique, système nerveux encore infantile.

hd. physiologie, Vanatomie, \a. pathologie îowi^\Vi?> que susciter des idées ; elles donnent des faits précis

' Voir ïhébault. Loc. cit.

^ De Blainville. Loc. cil.

^ Onuf. Loc. cit.

'' Voir plus haut.

^ Voir plus haut, Embryologie, page

Nous allons d'abord voiries, faits.

Nous exposerons ensuite nos théories nées de leur rapprochement.

A. Les faits. — I. Physiologie. — La topographie du sympathique, telle que nous là concevons avec M. Franck, est avant tout du domaine de la physiologie. Aussi est-ce dans les travaux des physiologistes que l'on trouve les faits qui permettent de l'édifier.

V! historique de ces faits est très bien résumé dans Vulpian*, Nuel^ et F, Franck^. Mobat et Doyon'' en France, Onuf^ aux Etats-Unis viennent de donner des faits récents une bibliographie suffisamment complète. Aussi n'indiquerons-nous que les travaux capitaux et qui présentent avec le plexus solaire un rapport immédiat.

Deux noms dominent cette étude : F. Franck en France et Langley en Angleterre. L'un expérimente sur le chien, l'autre sur le chat. La différence de l'animal peut expliquer certaine divergence dans les résultats.

1° Topographie des niveaux de pénétration et de sortie des filets viscéraux du plexus solaire.

Déterminer la répartition, le trajet, les niveaux de pénétration et de sortie des fdets viscéraux du plexus solaire n'est par définition pas à faire pour les nerfs sensitifs puisqu'on admet qu'à l'état sain le sympathique n'est pas sensible. La répartition des nerfs moteurs ne serait intéressante qu'à la condition d'y étudier le pneumogastrique, ce qui sort de notre sujet. La topographie des nerfs sécréteurs ne peut pas précéder la démonstration de leur existence dans tous les viscères abdominaux et celle-ci n'est pas encore faite. Aussi notre étude se bornera à la répartition des vasomoteurs .

Topographie segmentaire des vaso-constricteurs ,

La topographie segmentaire des vaso-conslricteurs a été déterminée très exactement par F. Franck et ses élèves Hallion, Comte, Courtaoe etGuYON» JNous l'avons indiquée pour le foie, la rate, l'estomac, l'intestin grêle, le pancréas et les reins, à propos du rôle du système solaire sur le fonctionnement des viscères abdominaux". Une étude d'ensemble de ces travaux a .été faite celte année même (1902) par M. F. Franck dans ses leçons au collège de France \

D'une façon générale les rapports des vaso-moteurs avec la moelle s'établissent par les rameaux communicants, mais pour certains nerfs et sur-

* VulpianJ Leçons sur les vaso-moteurs, - Nuel. Dict. Dechambre, art. Vaso-moteurs. ^ F. Franck. Lac. cit.

^ Morat et Doyen. Physiologie.

° Onuf. Loc. cit.

<= Voir Physiol., chap. m.

' Ces leçons qui résument les travaux scientifiques de M. F. Franck seront pro cliainement publiées.

tout pour les vaso-dilatateurs ils peuvent avoir lieu par des filets qui viennent des racines de la moelle sans passer par les rameaux communicants. 11 parait très probable que, chez le chien au moins, toutes les fibres vasomotrices sortent de la moelle, du deuxième segment dorsal au troisième segment lombaire.

Si ces fibres sortent d'un endroit aussi circonscrit de la moelle, c'est probablement, dit Nuel, parce que les vaisseaux se développent au niveau de la région thoracique et que les organes qui se développent aux dépens du même segment métamérique sont innervés par la racine correspondante.

La topographie des vaso-constricteurs peut être résumée dans ses grandes lignes. Les vaso-constricteurs émergent pour le foie du 6" communicant dorsal au l'^'" lombaire, pour lar«/edu 5'= au 11'' dorsal, pour le pancréas du S'^ ou 6*^ dorsal au 2'- lombaire, pour Viniestin grêle du 5'= dorsal au 4" lombaire, avec prédominance pour les 11°, 12'^ et 13" communicants dorsaux.

Les limites iVemergence n'indiquent pas nécessairement la hauteur des centres.

Ainsi les fibres du splanchnique émergent du 5° au 11° communicant dorsal. Or, les centres vaso-constricteurs sont compris d'après Smirnow entre le 3° et le 6° segment dorsal.

Ces faits sont désormais bien connus. Aussi insistons-nous seulement sur la technique qui permet de les observer, les causes d'erreur à éviter et quelques faits particulièrement dignes d'attention. Voyons comment l'on procède, par exemple, pour déterminer la topographie des vaso-constricteurs du foie. Ces vaso-constricteurs, étudiés depuis longtemps par Samuel, Vulpian, Cyon, Aladoff et F. Franck ^ se groupent au niveau des splanchniques. Leurs effets sont constatés grâce à l'exploration volumétrique par les valves d'Hallion et Comte associée à l'exploration manométrique, méthode double qui permet l'analyse des phénomènes artériels et veineux-. La première cause d'erreur dans ces expériences consiste dans la provocation non soupçonnée de réactions réflexes. Aussi faut-il toujours couper les communicants situés à une grande distance du point excité, ou exciter le bout périphérique à la condition que le segment excité soit d'une longueur suffisante pour que l'excitation ne se transmette pas directement à la partie voisine du cordon. Dans l'interprétation des résultats il faut, pour éviter toute erreur, songer à l'effet possible de la distension passive résultant de l'élévation de la pression dans d'autres organes. Dans ces conditions, F. Franck et Hallion ont vu que les vaso-constricteurs du foie sont contenus dans les deux cordons thoraciques depuis le 6° ou 7° communicant jusqu'à la seconde branche d'origine du grand splanchnique et le premier communicant lombaire^.

' In. th. Lafont, 1880. Paris.

- F. Franck et Hallion. Recherches expérimentales sur l'innervation vaso-consti-ictive du foie. Arcli. de Physiol., 1896, p. 908.

^ F. Franck et Hallion. Topographie des vaso-constricteurs hépatiques. Arch. de physiologie, 1896.

F. Franck et Hallion * par la même méthode, ont pu circonscrire les points de départ médullaires des vaso-constricteurs intestinaux entre deux plans coupant la moelle l'un au niveau de la 5'' paire dorsale, l'autre au niveau de la 2'' paire lombaire.

De plus les vaso-moteurs du jéjunum émergent d'un niveau plus élevé que ceux àeViléon, et ces derniers d'un niveau un peu plus élevé que ceux du côlon. Semblable topographie a été indiquée pour l'intestin de la grenouille en 1885 par Horcraft Waters''^. Ce n'est point à dire, bien entendu, qu'on doive localiser dans la portion de la moelle comprise entre la 5*^ dorsale et la 3'^ lombaire les centres vaso-constricteurs intestinaux : selon toute vraisemblance ici, comme pour le splanchnique en général, les centres principaux sont placés plus haut, il ne s'agit que de niveaux d'émergence et peut-être de centres secondaires permettant la production des réflexes médullaires indépendants.

On peut en dire autant pour les vaso-constricteurs de la rate, des reins ou dn pancréas, etc. Ces derniers étudiés par la méthode pléthjsmographique, commencent à se détacher de la moelle au niveau des 5'^ ou 6" rameaux communicants dorsaux, se retrouvent dans les sept derniers rameaux dorsaux et dans les deux premiers lombaires, et abandonnent la chaîne en majeure partie par les spanchniqnes, mais aussi en quantité notable parles petits splanchniques. Ils sont ainsi conduits jusqu'au plexus solaire d'où ils se détachent par le plexus secondaire enveloppant l'artère pancréatique. Ce trajet artériel paraît être le seul, caria destruction des filets accompagnant l'artère supprime les effets vaso-constricteurs pancréatiques de l'excitation dételle ou telle portion du sympathique^.

Nous avons, dans le laboratoire de M. François-Franck, appliqué la méthode précédente à la détermination des vaso-constricteurs des glandes surrénales. Nous avons déjà résumé nos expériences quand nous avons étudié le rôle du système solaire sur les viscères abdominaux '^

Dans la technique de ces expériences, quelques points sont particulièrement délicats. C'est d'abord la section, entre deux ligatures d'une grosse veine qui passe transversalement en avant du bord externe de la surrénale, c'est ensuite la prise de la glande entre deux fils pour l'empêcher de glisser entre les deux valves du plétliysmographe au moment de leur rapprochement, et c'est enfin la fragilité des plexus

* L. Hallion et Ch. A. François Franck. Recherches exécutées à l'aide d'un nouvel appareil volumétrique sur l'innervation vaso-motrice intestinale. Arch. de physiologie, 1896, p. 493.

' - Horcraft Waters. Journ. of Physiology, 1885, t. VI, p. 460.

^ Ch. A. François Franck et Hallion. Circulation et innervation vaso-motrice du pancréas. Arch. de physiologie, p. 670.

* Physiologie, chapitre m, page 117.

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