POLYCHROMATISME D'INTENSITÉ DE LA PIGMENTATION
L'intensité de la pigmentation ne semble constante que pour certains phénotypes de structure, comme les bifasciatum, les pseudo-bijasciatum, peut-être les trifasciatum, les sub-decoloratum. Elle est au contraire très variable pour les uniforme.
Des intensités diverses conduisent, pour un même phénotype de structure et une pigmentation de même nature, à des aspects colorés notablement différents, qu'il est pratiquement impossible de décrire ou de classer exactement. J’ajouterai seulement aux quelques indications fournies au cours de la description des types structuraux la description sommaire d’un phénotype très caractéristique, présent à Primel, dans une population de la forme albifrons, et qu’on pourrait nommer ultra-nigrum.
Ce phénotype diffère des uniforme de type habituel par la coloration extrêmement intense, franchement noire, de l’ensemble du corps. Seules, les impressions musculaires, une plage extrêmement réduite sur la ligne médio-dorsale du cinquième segment thoracique et quelques taches sur le pléotelson demeurent incolores. Mais la région frontale de la tête est complètement pigmentée et aussi foncée que le reste du corps. Les bases des antennules et des antennes possèdent également de nombreux chromatophores (fig. 1v, PI. I).
B. — Étude génétique du polychromatisme.
Les J. m. présentent, en tant que matériel génétique, de nombreux avantages. L'espèce est très commune, et la plupart de ses phénotypes peuvent être récoltés, en toutes saisons, dans l’une ou l’autre de ses populations naturelles. Très résistante, elle s’élève facilement, dans des conditions standard, et se reproduit toute l’année. Sa taille assez petite permet des élevages assez nombreux et l’observation au binoculaire suffit à la détermination des phénotypes. Les J. m. ne sont pas hermaphrodites ; les femelles portent leurs œufs dans un marsupium ventral ; pour quelques phénotypes, les jeunes peuvent, dès la naissance, être triés sans ambiguïté ; dans d’autres cas, où les caractères du polychromatisme se manifestent plus tardivement, il est facile de suivre, par simple observation, la réalisation progressive du phénotype, étant donné
qu'aucune métamorphose brutale ne rompt le cours régulier du développement des individus libres.
Sans être court, le cycle n’est pas très long, des Jaera âgées de un mois et demi étant capables de se reproduire. Les expériences de génétique (et d’hybridation que nous étudierons ultérieurement) durent cependant six mois au moins : toutes les femelles récoltées dans la nature sont en effet déjà fécondées, et peuvent donner plusieurs portées sans nouvelle fécondation ; il est certain que des spermatozoïdes s’accumulent dans un réceptacle séminal 1, après un premier accouplement, et suffisent à féconder plusieurs portées, ce qui n'exclut pas d’ailleurs, pour les femelles prélevées dans les populations naturelles, Ja possibilité d’accouplements multiples. Pour avoir la certitude d’effectuer des croisements dirigés entre conjoints choisis, il faut donc isoler, quatre ou cinq jours au plus tard après leur naissance, les jeunes nés de ces femelles, et attendre leur puberté : j’ai observé en effet des tentatives d’accouplement entre des mâles de bonne taille et des jeunes Jaera de stades IT ou IIT et j’ai pu m’assurer que certaines de ces fécondations étaient effectives. Le fait que des femelles soient fécondées pour plusieurs pontes est d’ailleurs parfois avantageux, notamment lorsque le mâle utilisé dans certains croisements, destinés à l’obtention de phénotypes rares, meurt en cours d'expérience, et compense en partie le plus grand inconvénient des J/. m., du point de vue génétique, qui tient au nombre relativement faible des descendants que comporte chacune des portées successives.
En moyenne, les portées obtenues ne comprennent en effet pas plus de quinze à vingt jeunes. Des portées de l’ordre de 40 à 50, qu'on obtient quelquefois à partir de grosses femelles récoltées dans la nature, sont très exceptionnelles en élevage. Les portées se succèdent assez exactement à trois semaines d'intervalle, mais il est rare qu’une femelle en donne plus de quatre à cinq. Il en résulte que, dans les cas les plus favorables, les descendances de chaque couple ne dépassent guère cent à cent vingt-cinq individus, et restent souvent très en decà de ces chiffres.
Les caractères génétiques des divers phénotypes seront étudiés par rapport à un phénotype fondamental, que j'ai défini, chez les J. m., en raison de sa fréquence dans les populations naturelles, comme un nigrum-uniforme, et qui constitue, dans les espèces offrant un polychro-