OBSERVATION IX
Recueillie par M. Duflocq, interne des hôpitaux.
Insuffisance et rétrécissement aortiques. — Pouls capillaire du front et pouls sous-anguéal.
D..., corroyeur, âgé de 44 ans, entré à l'hôpital Necker le 8 mars 1883, salle Saint-Luc, lit n° 23, service de M. le professeur Potain.
Pas de maladies antérieures ; mais nombreux excès alcooliques.
Le malade se plaint de douleurs dans l'épaule gauche. Il tousse depuis cinq mois, mais il n’y aurait jamais eu d’expectoration notable. Depuis quelques temps il a maigri et perdu ses forces. Jamais il n’a eu les jambes enflées.
L'examen du poumon fait reconnaître qu’en avant la sonorité est normale des deux côtés. A l’auscultation, la respiration est rude à gauche. En arrière, on trouve de la submatité dans les régions correspondant aux 2/3 supérieurs du poumon gauche. Des deux côtés râles sibilants disséminés, peu abondants.
L'auscultation du cœur fait reconnaître un double souffle
St
à la base. Le souffle diastolique a un timbre musical, il est aigu et sibilant. Le souffle systolique, rude, s’entend dans. les carotides, il se propage dans toute l’étendue de la région précordiale, mais il est presque nul vers la pointe.
Dans l'artère crurale, on entend un double souffle. — Pouls sans caractère bien net.
Interrogé de nouveau, le malade se rappelle avoir eu des douleurs retrosternales, et aussi des battements dans les tempes et quelques vertiges, mais ces phénomènes l'ont peu inquiété.
Le malade sort très amélioré le 26 avril.
7 juin. — Il rentre à l’hôpital, parce qu’il a perdu ses forces. Il est essoufflé quand il marche, a de l'oppression la nuit et tousse davantage. Son appétit a diminué, mais la langue est bonne.
L'examen des poumons fait entendre des râles sibilants sous les deux clavicules. En arrière, on trouve toujours de la submatité au sommet droit. Des râles sibilants et ronflants sont disséminés dans la hauteur des deux poumons, avec prédominance aux bases.
L'examen du cœur montre que la pointe est abaissée jusqu’au 6° espace. Mêmes bruits que précédemment à l’auscultation. La matité aortique dépasse d’un centimètre le bord du sternum. — Le double souffle crural s'entend toujours très nettement. — Les artères radiales et temporales sont dures. — Pouls de Corrigan peu prononcé.
Le pouls capillaire du front est parfaitement net. Le pouls sous unguéal, très net aussi, surtout sous les ongles des indicateurs.
Pression dans la radiale. — 16 centimètres.