‹ Recherches sur le pouls capillaire visibleChapitre 4 sur 33 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Sous le nom de pouls capillaire visible, nous nous proposons d'étudier certains phénomènes caractérisés essentiellement par des changements de coloration isochrônes aux mouvements du cœur, aisément percepübles sur certaines parties du corps dans divers états pathologiques. Au moment de la systole cardiaque, on voit apparaître en ces points une rougeur plus ou moins intense, qui disparaît pendant la diastole pour faire place à une pâleur notable. Ces phénomènes, liés à la brusque arrivée du sang artériel dans les points examinés, sont toujours accompagnés de changements de volume des parties, mais ces variations de volume sont souvent beaucoup plus difficiles à constater que les changements de coloration.

Le pouls capillaire a été signalé pour la première fois par Lebert (1), qui a noté, chez un sujet atteint

(4) Lebert, Handbuch d. Prat. medicin., [, p. 125. Ruault,. 1

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mes

d’anévrysme aortique, une vive rougeur des pommettes à chaque systole cardiaque; mais ce fait exceptionnel était resté isolé.

En 1868, Quincke, alors assistant du professeur Frerichs à la clinique de Berlin, fit des recherches cliniques sur le pouls capillaire et publia un mémoire à ce sujet (1). Les ongles des doigts, la main, l’avant-bras et le pied sont les parties du corps où il aurait pu constater le pouls capillaire, très fréquemment chez les sujets sains, plus souvent encore dans des cas de chlorose légère et surtout d'insuffisance aortique. Il cite en outre deux cas de cette dernière affection où il a constaté le pouls capillaire non seulement aux ongles des mains, mais aussi dans le fond de l’œil, à l’aide de l’examen ophthalmoscopique.

Le mémoire de Quincke, intitulé : Remarques sur le pouls capillaire el veineux, passa à peu près inaperçu. Il est en effet peu étendu, et ne donne guère de renseignements sur le mode de production et la valeur séméiologique du pouls capillaire. L'auteur affirme bien que c’est dans l'insuffisance aortique qu’on observe le mieux ce phénomène; mais il ne paraît pas attacher d'importance à la manière employée pour le rechercher. En indiquant différentes manœuvres (pressions également réparties sur le doigt, etc.) destinées à le faire mieux apparaître, et en

(1) Quincke, Berliner Klinische wochenschrift, 1868, no 34.

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n’attachant pas plus d'importance au pouls capillaire ainsi produit qu’à celui qui se voit sans leur secours, il a méconnu la valeur diagnostique de ce signe, ou tout au moins ne l’a pas suffisamment mise en relief.

Il n’a été publié jusqu'ici aucun autre travail sur

ce sujet. Les ophthalmologistes, il est vrai, ont étu-

dié avec soin le pouls du fond de l'œil, dans divers états pathologiques. En 1871, Otto Becker communiqua au Congrès ophthalmologique de Heidelberg les résultats de recherches qu’il avait faites avec Sichting à la clinique du professeur Friedreich, sur des malades atteints d’affections cardiaques, et publia l’année suivante, dans les Archives d’ophthalmologie de Berlin (4), un travail intitulé : Sur les mouvements du sang visibles dans la rétine humaine. Il indiqua la fréquence des battements artériels de la papille chez les malades atteints d'insuffisance aortique, mais ne put observer que rarement les changements de coloration signalés par Quincke. D’autres observateurs, Grandclément (2), Pflüger(3),ne parlent pas de ces changements de coloration de la papille elle-même, qui constituent le vrai pouls capillaire du fond de l'œil, non plus que les auteurs qui, comme Schæn et Heilfreich, ont étudié plus particulièrement le pouls veineux rétinien.

(1) Becker, Archiv. f. ophthalmolog., 1872, p. 207. (2) Grandclément, Lyon médical, 1814, p. 136. (3) Pflüger, A!lgemeine Wiener med. Zeitung, 1875, n° 39.

De

La seule observation de pouls capillairesous-unguéal publiée en France, appartient à M. Gripat. En 1873, cet observateur montra à la Société anatomique le tracé sphygmographique d’un homme atteint d’insuffisance aortique, qui présentait très nettement ce phénomène (1). Voici comment le bulletin de la Société anatomique rend compte de-ce détail : « Le présentateur signale en passant un fait intéressant qu'il a constaté sur ce malade. Au moment de la diastole artérielle, les ongles des mains ont une vive couleur vermeille qui vient instantanément, et disparaît de même pour faire place à la blancheur anémique de la matrice pendant la systole artérielle ; il semble qu'un nuage de sang ait passé rapidement sous l’ongle. » On voit que M. Gripat tenait le fait pour exceptionnel, et ne paraissait pas avoir connaissance du travail de Quincke. MM. Potain et Rendu citent cette observation comme un fait curieux et isolé (2).

On a eu l’idée, en Angleterre, de rechercher le pouls capillaire sur une tache vaso-motrice qu'on fait apparaître sur le front du sujet en le frottant avec le dos de l’ongle jusqu'à ce que l'irritation ainsi produite ait amené un changement de coloration sensible. Malgré de patientes recherches bibliographiques, nous n'avons pu arriver à savoir quel auteur a mis le premier en pratique ce procédé. Nous savons

(1) Gripat, Bulletin de la Société anatomique, 1873, p. 415.

(2) Potain et Rendu, Dict. encyclopédique, article Cœur, 1876, tome XVIIE, p. 559.

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seulement qu'il a été indiqué par Waller fils, de Londres, à M. Déjerine, qui a été, croyons-nous, le premier à l’utiliser en France et à reconnaître sa valeur au point de vue du diagnostic de l'insuffisance aortique.

Sur le conseil et sous la direction de notre cher maître et ami, M. Tapret, qui avait pu observer et faire observer à ses élèves le pouls capillaire de l’ongle et du front dans un grand nombre de cas de maladie de Corrigan, nous avons entrepris à ce sujet une série de recherches dont les résultats sont exposés dans ce travail. Nous devons à l’obligeance de ce médecin distingué des hôpitaux nos plus intéressantes observations. D’autres ont été recueillies dernièrement dans différents services des hôpitaux, soit par nous, soit par les internes de ces services qui les ont généreusement mises à notre disposition. Nous aurions pu en publier un nombre plus considérable, mais nous avons jugé convenable de ne pas allonger inutilement notre travail en reproduisant des faits presque identiques. M. Déjerine, dont les excellents conseils ne nous ont pas non plus fait défaut, a bien voulu nous communiquer une intéressante observation.

Mais les signes physiques n’ont de valeur clinique qu’autant qu’on connaît les conditions pathogéniques qui les font naître. Il nous restait à rechercher le mode de production du pouls capillaire et les condi-

tions nécessaires à son apparition. C’est là une ques- Ruault. 2

tion de physiologie neuro:vasculaire ‘que la ‘pathologie expérimentale: peut seule chercher à résoudre. Pour arriver à la solution du‘problème, nous avons mis à profit quelques expériences de M. 1e professeur Marey, et celles plus récentes de M. François-Franck sur l’insuffisance aortique expérimentale. M. Franck a bien voulu nous associer à un assez grand nombre d'expériences, et nous donner d'importantes indications qui ont notablement allégé notre tâche, en nous faisant connaître les travaux antérieurs au nôtre. Peut-être trouvera-t-on que certaines de nos assertions, en ce qui regarde la pathogénie du pouls -eapillaire, ne sont pas suffisamment démontrées. Nous reconnaissons, en effet, que de nouvelles recherches sont nécessaires à la solution définitive de la‘quesüon; toutefois, la pathogénie que nous avons mdiquée nous a paru rendre suffisamment compte des faits observés.

Nous avons divisé notre ‘travail en trois parties :: dans ‘la première, nous ‘exposerons les différents moyens de-rechercher et de constater le pouls:eapildaire; dans la seconde, nous chercherons à ‘en äindiquer ‘la pathogénie; enfin, en ‘troisième lieu, mous tenterons d’en établir la valeur séméiologique en -nous:appuyant à larfois sur la pathologie expérimentale:et l'observation clinique.

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