C’CIO
Le chloraloïlc, ainsi qu’on a pu le voir, ressemble au cliloranile par un grand nombre de propriétés. Ainsi, comme lui, il ne contient pas d’hydrogène et n’est formé que de carbone, de chlore et d'oxygène; comme lui, il est insoluble dans l’eau et l’alcool froid, soluble dans l’alcool bouillant et dans l’éther, volatil sans décompositions; tous deux enlin proviennent du traitement d’une matière colorante par le chlore. Le chloraloïlc diffère cependant du chloranile par I altération qu’il éprouve dans son contact avec les bases alcalines. On sait, en elTet, que le chloranile (C CP 0®) se transforme sous l’influence de la potasse et de la soude caustique en acide cliloranilique (C CI. 0”) ; il perd alors 1 équiv. de chlore qu’il échange contre
4 équiv. d’oxygène. Le chloraloïle (C” Cl. 0') se décompose enacidecarboniqiie et en chlore qui s’unissent tous deux à l’excès d’alcali : la (’aible porportion de chlore et la grande quantité de carbone qui entrent dans .sa molécule sont peut être les causes de ce mode particulier d’allération.
D. — Résine brune (a^—La lésine brune, qu’on sépare si facilenient, au moyen de l^ilcool froid, du chloraloïle avec lequel elle prend naissance sous l’inflnencedu chlore, se présente, après la dessiccation, sous forme d’écailles brillantes do couleur bistrée et n’oifrant aucune trace de cristallisation. Llle est soluble dans l’alcôol et l’éther, insoluble dans l’eau , se comporte avec les bases comme un acide faible et donne avec c(dles-ci des sels foncés incristallisables et sans intérèl. L’acide nitri(|uc concentré converiil la résine brune en acide oxalique, et il se dégage en même temps des vapeurs piquant vivement les yeux et contenant, sans doute, tout le chlore que le corps résineux renferme.
L. — Corps bleu. - J’ai déjà dit que, lorsque le produit brut provenant de l’action du chlore sur la solution acqueuse d’aloès, avait été épuisé successivement par l’eau, l’alcool froid et l’alcool bouillant, il restait sur le filtre des flocons bleus entremêlés de cristaux de sulfate de cliaux. Ces flocons présentent quelquefois une couleur aussi intense que le bleu de Prusse et paraissent être formés entièrement d’albumine végétale coagulée et colorée par l’acide chlorhydrique. La petite quantité de matière bleue qui se forme ne m'a pas permis de m’assurer de sa composition ; j’ai pu seulement constater qu’elle se détruisait par la chaleur en dégageant de l’ammon iaque, qu’elle ne so décolorait pas parla iwtasse, et qu’épuisée en partie par l’alcool, elle donnait une solution présentant, à s’y méprendre, le dichro’isme des teintures aqueuses de tournesol. Une propriété assez singulière que possèele l’acide chrysammique et que le hasard a fait découvrir à M. BAauiîswii., m’avait d’a- Imrd conduit à penser que la formation du corps bleu était due a une antre cause que celle que je viens d’énoncer, En efl’et, il sulfil d’une trace d’acide clirysaoimique pour communiquer au* corps résineux une teinte bleue plus ou moins prononcée. Il n’était donc pas impossible d’admettre que le chlore, en oxydant une partie de l’aloès, ait formé de l'acide ehrysammicpie rpii, en agissant sur l’excès de résine brune.
aurait produit une coloration bleue plus ou moins sensible; mais, comme j’ai reconnu que, non-seulement il ne se formait pas d’acide chrysammique par l’action du chlore sur l’aloès, mais encore que la résine brune ne se colorait nullement en bleu sous l’influence de cet acide, j’ai dû abandonner cette manière do voir et m’en tenir à des conjectures plus ou moins probables.
H. — Aloès en solution alcoolique. — L’action que le chlore exerce sur la solution alcoolique d’aloès est au moins aussi curieuse que celle qui donne naissance au ctiloraloïle, mais comme les éléments de l’alcool concourent à la formation des corps clilorogénés qui se produisent en grand nombre, les phénomènes sont un peu plus compliqués.
Avant d’essayer de les soumettre à une discussion analytique, je vais exposer ce qu’on observe à première vue lorsqu’on fait passer un courant de chlore humide à travers une solution concentrée d’aloès faite avec l’alcool à 0,80 (33° li*). Dès les premières bulles de chlore, la liqueur, déjà très-foncée, brunit encore davantage, puis elle s’éclaircit peu à peu , prend une teinte orangée pâle, et finit par se séparer en deux couches ; la première est formée d'alcool tenant en dissolution de l’huile chloralcoolique, de l'acide chlorhydrique, de l’èther acétique, etc.; la seconde, qui occupe la partie inférieure du vase, est demi-fluide et se compose en grande partie d'une sorte de résine rouge orangée (d;, retenant avec opiniâtreté une forte proportion d’huile chloralcoolique. Si on sépare cette résine du reste de la liqueur et qu’on la dissolve dans l’alcool pour la soumettre de nouveau à l’action du chlore, elle est, au bout de quelques Jours, complètement détruite, et il ne reste qu’un mélange des corps chlorés dérivant de l’alcool à 0,80. Si, au lieu de continuer le courant de chlore jusqu’à destruction complète de l’aloès, on l’arrête au moment où la solution alcoolique passe du rouge orangé au jaune pâle, on obtient comme principal produit de réaction un corps chloré parfaitement crislailisablc , que j appelle chloraiise. Comme l’action du chlore s'exerce tout d’abord sur l’aloès, et qu’on arrête l’opération avant qu’il soit complètement détruit, il en résulte qu’il s’est alors formé très-peu de corps chloralcoolique, et la purification du chlonUise est beaucoup plus facile. Comme cependant ce corps
se détruit sous l’infiuence de l’acide chlorhydrique, il est nécessaire de le soustraire proinptemenl à l’action de la liqueur acide au sein de laquelle il s’est formé. Pour y parvenir, on verse la liqueur alcoolique (d’une couleur orangée pâle) dans une large capsule qu’on chauffe au bain-marie à 00 ou 80““ environ; en opérant sur un litre de liquide, deux heures suffisent pour séparer la majeure pai tie de l’acide chlorhydri(pie de l etlicr acétique et de l’aldéhyde qu’il contient. On ajoute alors à la liqueur restante le double de son volume d’eau froide; il se fait un précipité abondant de couleur jaune serin presque entièrement formé de chloralise, imprégné d’huile chloralcooli([ue et de résine rouge orangée. Quand il est complètement déposé, on décante le liquide surnageant qu’on met de côté pour le faire servir à de nouvelles précipitations; on jette sur un filtre le chloralise impur pour le débarrasser de la plusgrandcparliedela liqueuracidedontil eslimprégné. On le reprend ensuite par l’eau distillée, puis on fait bouillir la solution. L’acidechlorhydriquese volatilise, et comme la résine rouge orangé n’est maintenue en solution que par sa présence, elle se sépare en flocons bruns qui nagent au milieu d’une liqueur à peine colorée en jaune paille et qu’on verse immédiatement sur un filtre mouillé. Les dernières traces de résine sont alors retenues sur le papier, et il passe une solution qui, par le refroidissement, laisse déjioser une poudre jaune ne pré.sentant à l’œil aucune apparence cristalline, mais qui, examinée au microscope, apparaît sous forme de petites aiguilles disposées en groupes étoilés. Lecdiloralise retient encore des traces d huile chloralcoolique qu’on ne peut lui enlever que par la dessiccation et par un lavage avec de petites quantités d’éther froid. Il ne reste plus, pour l’obtenir parfaitement pur, qu’à le reprendre par l’alcool. Celte dernière solution , abandonnée à l’évaporation spontanée, le laisse déposer en petites aiguilles soyeuses et flexibles, d’un jaune-soufre, douées d’un grand éclat et complètement inodores.
A. — Propriéiés du cidontlise. Le chloralise est peu soluble dans l’eau froide et dans l’éther môme bouillant, mais il se dissout en toutes proportions dans l’alcool et dans l’eau bouillante. Les cristaux aiguillés qui se dépo.sent d’une solution alcoolique, examinés au mieroscope, alfeclenl la forme de prismes à quatre pans à poinlements très-aigus.
Soumis à l’action de la chaleur, le chloralise fond, sans s’altérer, à la température de 70®% et ne dégage pas d’eau s’il a été bien séclié. A iSO®®, il se tuméfie considérablement et se colore en rouge brun; vers 200®® il se décompose complètement, et on voit passer à la distillation une huile brune entraînée par des vapeurs d’acide chlorhydrique aqueux.
La potasse, la soude ou l’ammoniaque le dissolvent en jaune brun; si on sature l’alcali par un excès d’acide, il se précipite des flocons jaune orangé qui ne présentent aucune analogie avec le chloralise. Lorsqu’on fait bouillir ce dernier avec la potasse ou la soude, en solution étendue ou concentrée, il donne naissance, comme le chloraloïle, à un mélange de carbonate et de chlorure de potassium. Les acides nitrique, chlorhydrique et sulfurique le dissolvent facilement ; si on verse immédiatement un excès d’eau dans ces solutions acides, le chloralise en est précipité sans altération, mais si on les abandonne quelque temps à ellesmêmes, il est complètement décomposé. Le chloralise qui présente, par le mode d’altération qu’il éprouve sous l’influence des bases, quelques points de ressemblance avec le chloraloïle, en diffère par sa composition élémentaire, sa non-volatilité et enfin par sa solubilité dans l’alcool et dans l’eau.
B. — Dosuye du chlore contenu dans le chloralise. — J’ai suivi, pour doser le chlore contenu dans le chloralise, la même marche que pour le chloraloïle.
Voici les résultats de l’expérience :
- 1. —0,322 de matière séchée à 100®® ont exigé, pour la précipitation complète du chlore, 34 centim. cub. de liqueur normale et 10 centim. cub. de liqueur décime, et qui correspond à 32,45 de chlore 0/q.
Il- — 0,608 de matière séchée à 100®®:
Liqueur normale, 60 centim. cub. ;
Liqueur décime, 39 centim. cub.
Ce qui correspond à 32,77 de chlore O/o-