CARACTÈRES GÉNÉRAUX
§ I.—Les caractères îles divers sucs daloès que fournit le commerce ont été trop bien indiques par M. Guidourt pour qu'il me soit permis d’en faire la description; aussi me contenterai-je de présenter un rapide résumé des observations consignées dans son excellent ouvrage (1).
Aloès succotrin vrai. - Cette sorte se présente sous forme de masses transparentes dans toute leur épaisseur, d’un brun rougeâtre, et répandant une odeur aromatique agréable, assez semblable à celle de la myrrhe. Sa surface est brillante et comme polie, mais sa cassure est terne et présente l’aspect ainsi que la couleur du succin jaune lactescent. L’aloès succotrin se ramollit à une douce chaleur, et donne une poudre d’un beau jaune doré : il paraît être produit par l’aloë perfoliata.
Aloès iiÉPATiQUr; vrai. — Cet aloès est opaque, très-dur, et dilDcile à rompre ; il a la couleur du foie, et c’est de là que lui vient son nom. Il coule en s’arrondissant comme de la poix lorsqu’on le soumet à l’action de la chaleur ; son odeur est du reste semblable à celle de l’aloès succotrin. M. Guibourt pense avec raison que cette seconde sorte est produite également par Valoë perfoliata , et celle opinion est d’autant plus probable que le succotrin et l’hépatique ne dilfèrent réellement que par leur couleur, ce qui peut provenir très-bien de ce que les procédés à l’aide desquels on les extrait sont dissemblables. S’il est vrai, par exemple ,
(1) Histoire des drogues, t. Il, p. 413.
que pour recueillir lesuccotrin on coupe la partie inférieure des feuilles, puis qu’on laisse le suc s’écouler naturellement le long des trachées et tomber au fond des tonneaux au-dessus desquels les tronçons se trouvent placés, il n’est pas étonnant que le suc ainsi recueilli soit beaucoup moins mêlé de ce liquide mucilagineux contenu dons la pulpe que si on l’avait préparé en hachant les feuilles, les faisant bouillir quelque temps dans l’eau , puis évaporant la décoction obtenue, ainsi que cela se passe pour l’hépatique. Or on a vu que la pulpe mucilagineuse, qui occupe la partie centrale des feuilles, acquiert à l’air une couleur \iolette trèsfoncée; par conséquent , les sortes de suc d’aioés qui auront été préparées par décoction en retiendront une grande quantité, présenteront une couleur plus sombre que celle du succotrin, et surtout plus uniforme, car l’air aura fait éprouver à toute sa masse la même altération. Quant au succotrin qui est recueilli tel qu’il exsude du végétal, puis est aussitôt desséché au soleil, les couches extérieures, immédiatement en contact avec l’air, seront plus sensiblement attaquées que la partie interne qu’elles préservent; aussi cette sorte, qui est de toutes la plus estimée, présente des nuances très-différentes et de plus en plus pâles de la périphérie au centre des fragments qu’on en sépare.
Aloès du cap de Bonne Espérance. —Cet alocs constitue une espèce fort commune et très-facile à distinguer du succotrin. Il arrive en caisses d’un poids considérable, est opaque en masse à cause de sa couleur foncée et d'un rouge terne dans ses lames minces. La poudre est jaune avec un reflet verdâtre; sa saveur très-amère et son odeur sont au moins aussi dé.sagréables que celle de Vipécacmnlia.
Aloès hépatique faux. — Lorsque l’aloès du Cap présente, même en lames minces, une opacité presque complète et que sa couleur est plus foncée, on le fait quelquefois passer p’our de 1 aloès hépatique, dont, sauf la couleur et l'opacité, il ne possède aucune des qualités. Il est facile du reste de le distinguer do ce dernier, car il est sec, fragile , peu fusible, et sa poudre aflécte une teinte Jaune verdâtre toute particulière.
Aloès des Bardades. — Cet aloès est envoyé de la Jamaïque et de la Barbado, renfermé dans de grandes calebasses. Il pré.sente dans sa masse un peu moins d’opacité, est moins fragile que l’aloés du Cap, et donne
une poudre d’un jaune rougeâtre sale qui brunit beaucoup à la lumière. Il paraît provenir de Valoë sinuala. W.
A 1 . 0 ÈS DE l’Fnoe ou Mozambrun.— Cette espèce d’aloès est peu connue et provient probablement de Valoë perfoUala, Le procédé qu’on emploie dans l’Inde pour le préparer est sans doute très-défectueux, car il ne présente nullement, malgré son origine, l’apparence du succotrin et se trouve souvent mêlé d’impuretés : il est du reste, à cause de ses défauts et de son prix élevé, très-rare dans le commerce.
Aloès Caballin,— L'aloès Cabattin ne constitue pas par lui-méme une sorte particulière, car il s’obtient avec les résidus et les dépôts de chaudières, séparés avec soin dans la préparation des espèces précédentes. Aussi se présente-t-il le plus souvent sous forme de masses noires, complètement opaques, et remplies d’impuretés.
En résumé, le vrai succotrin est la plus estimée de toutes les sortes d’aloés que fournit le commerce, mais son prix élevé l’a rendu de plus en plus rare en France, et comme sous son nom on vend très-souvent de Valoès du Cap, je crois, afin de convaincre de son authenticité , devoir faire connaître les caractères de celui que j’ai eu entre les mains et que je dois à l’extrême obligeance de M. Ciievalmer.
Cet aloès venu d’Angleterre se présente sous forme de petites masses du poids de 100 grammes environ , dont les contours brillants et comme polis sont d’une belle couleur hyacinthe foncée, et qui, placées entre l’œil et la lumière, possèdent une transparence parfaite dans toute leur épaisseur. Il répand une odeur qui tient à la fois de celle de la myrrhe et de Vipccacuanlia , qu’on peut exalter par le frottement. Si on le brise en gros fragments, on remarque dans la cassure, à partir de la surface extérieure, ces dégradations de teintes particulières au succin jaune lactescent. En regardant à la loupe quel(|ues-un8 des petits éclats produits, on distingue sur un fond hyacinthe plus ou moins pâle une foule do petits points d’un jaune doré. — Cet aloès se ramollit déjà à la température de •+- 70®“ cl fond complètement à •+• 75®®; il se dissout facilement dans l’alcool et très-imparfaitement dans l’éther. L’eau froide en dissout la trente-sixième partie de son poids, mais celle solution n’est jamais parfaitement transparente, môme après avoir été filtrée : une goutte exa-
minée au microscope présente l’aspect du suc d’aloès tel qu’il exsude de la planle, et l’on y distingue une foule de petits Corpuscules']nune clair qui nagent dans une liqueur transparente, ftiiblemenl colorée. Cependant si on laisse exposée à l’air une solution aqueuse d’aloès faite à froid , la liqueur s’éclaircit dés le second jour et les globules disparaissent complètement; les jours suivants, elle prend une teinte de plus en plus foncée qui, au bout de quelques mois, est d’un pourpre magnifique. En évaporant alors cette solution ainsi altérée et achevant la dessiccation au bain-marie ou par l’exposition au soleil, on obtient dos écailles d’un rouge si foncé qu’elles paraissent noires. Je me suis assuré que celte coloration était due à une absorption d’oxygène et qu’un effet analogue se produisait pour le suc du commerce desséché, dont les couches superficielles présentent toujours une teinte plusou moins pourprée.
Quoi qu’il en soit, lorsque Valoès a subi ainsi l’influence de l’air, il acquiert des propriétés nouvelles, il est en elïél beaucoup plus soluble à fioid dans l’eau et devient susceptible de communiquer à la soie une teinteaventurine très-riche. — Les précipités qu’il donncavec les réactifs diffèrent pour la plupart de ceux qui se forment avec une solution récente : aussi ai-je cru utile, afin qu’on puisse en faire la comparaison , de mettre en regard les divers termes des deux séries de réactions obtenues avec ces deux sortes de solutions :