CHAPITRE PREVIIER
EXAMEN MICROSCOPIQUE DE L’ALOÉ PERFOLIATA.
§ 1. —LesAuoÈs, plantesaussi remarquables par l’élégance de leur port que par la singularité de leurs formes, appartiennent à Yhexandrie monogynie de Linnée et à \a famille des Liliacées, qui forme un des groupes des dicotylédones corolliflores D. C. Leurs feuilles épaisses et charnues , fermes et cassantes, garnies de bords dentés et piquants, les distinguent de tous les végétaux connus. A l’époque de la floraison, un long pédoncule s’élance du centre des feuilles, et se trouve couvert en très-peu de temps de fleurs tubulées quelquefois bilabiées, et toujours disposées en épis. Un grand nombre d’espèces présentent dans la conformation et la .structure des feuilles une ressemblance frappante, et toutes seraient également susceptibles de servir à l’extraction du suc d'aloès; mais comme on le retire surtout de Yaloë perfoHcita , et que d’ailleurs cette variété est réellement celle qui fournit le suc le plus estimé, j’ai cru devoir en étudier la structure avec plus de détails. J’ai pu, du reste, me convaincre , en examinant d’une manière générale les feuilles de plusieurs autres espèces (aloë Ungiiœformîs, A. spicata, etc., etc.), que la disposition des divers (issus était identique avec celle du végétal sur lequel ont porté mes observations.
Lors(|u’on examine à l’œil nu les feuilles de Yaloë perfoliata, on distingue très-facilement (rois couches différentes ; la première est formée par un épiderme incolore; la seconde par un parenc/ij/me très-consistant coloré en vert; la troisième, qui occupe toute la partie centrale, consiste en une pulpe mucilagineuse et incolore, qui présente au papier de tournesol une réaction acide très marquée. Un grand nombre de vaisseaux parcourt longitudinalement l’épaisseur du parenchyme, et ils sont surtout visibles dans la partie engainée et presque complètement incolore
(les feuilles. Lorsqu’on place une jeune feuille entre l’œil et la lumière, il est très-facile de distinguer tous ces wameaux, et on en remarque souvent quelques-uns qui traversent toute la masse de la pulpe mucilagineiise , et semblent relier ainsi l’une à l’autre les deux couches du parenchyme. Lorsqu’on déchire dans toute son épaisseur une feuille d’a/oès, et qu’on l’abandonne au contact de l’air, on voit les vaisseaux dont je viens de parler se remplir d’un suc jaune pâle qui se rassemble peu à peu à leurs extrérhités rompues. Ce suc brunit rapidement sous l’influence de l’air, et éprouve une suite de modifications sur lesquelles je reviendrai bientôt.
Quant à la pulpe mucilagineuse, elle acquiert, après un ou deux jours d’exposition à l’air, une couleur violette d’une grande beauté, dont l’im portance a été depuis longtemps signalée par FAnaoNi et Guvton- Morvcau (1). Cette coloration est due à la présence d’un acide organique, incolore par lui-mème, mais qui jouit de la propriété de se teindre en violet dés qu’il se trouve en contact avec l’oxygène qu’il absorbe avec une grande rapidité. Le temps rn’a manqué pour examiner avec détails ce nouvel acide, et j’ai seulement pu constater qu’il sature parfaitement les bases, et qu’il affecte dans ses combinaisons salines les colorations les plus variées. Ainsi il prend une couleur pourpre magnifique lorsqu’on verse dans sa solution aqueuse quelques gouttes d’acide nitrique étendu , de chlore dissous dans l'eau, ou de cyanure rouge de potassium et de fer. Les sels de cuivre font apparaître une teinte verte qui se rapproche beaucoup de celle de émeraude', enfin, sous l’influence des sels de fer au maximum , et surtout du perchlorure, cet acide forme une combinaison soluble dans l’eau et communiquant à ce liquide une belle couleur pensée. Tous ces composés si diversement nuancés sont susceptibles de se fixer sur la soie sans le secours d’aucun mordant, et pourraient être employés pour l’aquarelle. Je me suis servi de la combinaison ferrique pôur représenter les parties violettes de Valoë perfoliata, dont j’ai l’honneur de mettre la peinture sous les yeux de mes juges.
(1) Jnn. de Chimie, t. XXV, p. 299.
Dès que je pourrai reprendre l’étude de ce corps si intéressant et dont les applications seront peut-être nombreuses un jour, je me ferai un devoir d’essayer d’en connaître la véritable nature... J’ai pensé qu’il était convenable de présenter ces observations préliminaires avant de décrire les divers tissus tels qu’ils apparaissent sous le champ du microscope, parce qu’il me sera plus facile, maintenant, de bure voir comment, en se contentant d’examiner ces feuilles à l’œil nu , on a pris pour des vaisseaux propres, des vaisseaux aériens qui ne sont réellement remplis de «MC qu’après qu’on a arraché les feuilles de la tige et qu’il s’est opéré une sorte de déplacement sur lequel je demanderai la permission d’insister dans quelques instants.
STnUCTÜRE OE l’ÉI'IDERME.
g 11 . — Lorsqu’on examine au microscope l’ép/derme de l’Aloë perfoliata, on remarque qu’il est entièrement formé par la juxtaposition de cellules hexagonales parfaitement incolores et d’une régularité presque géométrique (fig. A). Comme les aloès sont au nombre de ces végétaux qui empruntent presque uniquement à l’air atmosphérique les matériaux propres à leur existence, il était naturel de penser que l’epidcme de ces plantes serait pourvu d’un grand nombre de stomates. 11 m’a été eependant impossible d’en distinguer un seul, et j’ai remarqué seulement que l’intérieur de ces cellules était assez régulièrement tapissé d’une foule de petits points transparents que plusieurs phytotomistes ont pris pour des pores et que M. Richard a démontré n’être autre chose qu’un amincissement de la paroi interne de la membrane utriculaire. L’absence des stomates tient sans doute à ce que Vépiderme, comme tout le reste de la feuille, est sans cesse baigné par un suc albumino’ide qui renferme plus de 95 O/q d’eau. Or, on sait, depuis les observations si curieuses de M. Amici, que les stomates, sous l’influence de l’humidité, se gonflent par leurs bords à un tel point qu’ils ne laissent plus passage aux gaz 5 leur existence sur ['épiderme des feuilles A'aloès serait donc superflue, puisque ces organes, par le seul fait de la présence d’un suc très-aqueux, seraient tenus constamment fermés. Le grand nombre de
vaisseaux aériens qui se trouvent presque immédiatement en contact avec Vépiderme supplée d’ailleurs à l’absence des stomates, et ils semblent avoir été créés par la nature prévoyante pour jouer le même rôle que ces organes.
Bénédiot de Saussure (4762), IIkdwig (4793'), M. Adolphe Bron- GNiART (Annales des sciences naturelles, 4834), et enfin M. Richard ont remarqué qu’il existe à la surface de l’epidenne d’un grand nombre de plantes et surtout dans les feuilles, une membrane incolore constituant une pellicule excessivement ténue sans aucune organisation apparente, et parsemée çà et là de quelques fentes en forme de boutonnières qui correspondent aux parties centrales des stomates. Dans l’espérance de parvenir à isoler celle pellicule, j’ai fail macérer pendant quaire ou cinq jours plusieurs lames tVépiderme dans une solution assez concentrée de potasse caustique, puis j’ai lavé ces fragments à l’eau bouillante et à l’eau froide. Les étendant alors encore humides sur une fouille de papier et les comprimant légèrement, je les ai fait sécher avec précaution, et j’ai vu, pendant cette dessiccation graduée, les lames d’épic/mne commencer à se détacher en deux ou trois petits feuillets dont il était facile de poursuivre la séparation avec le tranchant d’un bistouri trés-elfilé. En examinant au microscope ces divers feuillets, j’y ai toujours remarqué la même disposition en cellules hexagonales, et je n’ai jamais pu constater la présence d’une pellicule granuliforme et inorganisée.
Si les illustres |)hyioloniistes dont je viens de citer les noms avaient remarqué la présence de cette membrane chez tous les végétaux soumis à leurs observations, je me serais bien gardé d’annoncer qu’elle n’existe [las à la surface des feuilles d’aloès, car ce que j’aurais pris pour un cas particulier, pour une exception, n’aurait été que le résultat de mon inexpérience en cette matière; mais comme les savants qui ont traité ce sujet sont loin d’avoir à cet égard une profonde conviction, il m’a semblé ulih; de faire connaître le résultat négatif auquel j’étais arrivé.
TISSU vasculaire.
§ III.— Entre ïépiderme et \c parenchyme se trouvent disposés, parallèle-
ment entre eux, les vaisseaux aériens dont j’ai déjà fait mention. Ces vaisseaux, surtout visibles à la base des feuilles, ainsi que j’ai essayé de le représenter dans cette aquarelle, sont formés par une lame trèsétroite et très-mince, roulée en forme d’bélice et imitant ainsi les ressorts élastiques de bretelles. Ce lil ou spiricule est double, et il est facile d’en distinguer les deux parties lorsqu’on presse un peu fortement entre deux lames de verre les trachées placées sous le champ du microscope. Cette disposition est représentée par les lettres d et d 'dans hjig. C.
La facilité avec laquelle on peut dérouler la spiricule double de ces trachées m’a permis de constater qu’il n’existe jamais, à l’extérieur de l’hélice, un tube membraneux faisant en quelque sorte l’olfice de fourreau. Quant à la nature de la spiricule elle-même, il m’a semblé qu’elle était formée par un corps plein, et il m’a été impossible, quel qu’ait été le grossissement employé, d’y distinguer ce tube intérieur ou pneumatophore dont Hedwk; a fait le premier mention.
Lorsqu’on enlève avec précaution une feuille de la tige, de manière à ne pas déchirer la moindre portion de son tissu et qu’on examine au microscope l’extrémité engainée, on distingue très-facilement, à cause de sa transparence et de son peu d’épaisseur, les vaisseaux qui la sillonnent. On remarque alors que tous ces vaisseaux sont parfaitement incolores, qu’ils ne contiennent dans leur intérieur que de l’air, et qu’en un mot, ils présentent en tous points l’organisation des trachées. En séparant du reste de la feuille un fragment que je venais d’examiner, j’ai vu ces trachées se remplir peu à peu d’un suc coloré en jaune qui s’écoule ensuite par leurs extrémités. Il est alors très-dilïicile de distinguer la nature des trachées, car ce suc, qui n’est autre chose que le suc d'aloès lui-même, absorbe l’oxygène de l’air avec une grande rapidité en prenant une teinte tellement foncée qu’on distingue avec peine les tours de 1 hélice, et qu’il est alors presque impossible de ne pas confondre ces vaisseaux aériens ainsi gorgés de suc avec les vaisseaux propres et les vaisseaux latexifères dont l’organisation a été si bien décrite par M. Scuultz de Berlin (Reeueil des savants étrangers, 4841).
Il peut paraître singulier que par le seul fait de la rupture des tissus, le suc d'aloès se porte sur les trachées et les remplisse complétcmènt ;
oepfindarii, si Ton oxnniine la structure singulière de ces feuilles, il est facile de se rendre compte de cette anomalie. En effet, la pulpe intérieure consiste en un tissu celluleux excessivement lâche et souvent interrompu, dont l(!S intervalles sont remplis par un suc mucilagineux très-épais, et ce tissu laisse si diiricilement passage aux gaz, qu’il n’est pas rare d’y voir stationner pendant un temps souvent très-long, des séries de bulles d’air disposées en chapelets qu’on ne peut faire mouvoir qu’en faisant subir à la feuille une certaine pression. Or, comme la pulpe intérieure entoure les trachées d’un lacis très-serré et que le suc t/M/oès circule précisément dans les méats intercellulaires du tissu vasculaire, on conçoit qu’au moment de la rupture, le mucilaye, se répandant au dehors, ferme les extrémités des vaisseaux aériens et empêche ainsi l’accès de l'air extérieur. L’oxygène de l’air contenu dans l’intérieur de cos rameoMa; est alors absorbé par le suc d’aloès qui s’élance dans celte nouvelle issue avec d’autant plus de rapidité que la raréfaction produite est plus considérable et que les tubes au sein desquels se passe cette ascension sont plus capillaires. Lorsque la proportion du suc est sulïisante, l’épanchement se fait avec assez de force pour soulever le mucilage qui recouvre les extrémités desrajsscaMa;, et on le voit alors tomber goutte à goutte entraînant avec lui une portion du liquide visqueux contenu dans la pulpe. Dans les pays chauds, où les nloès se développent avec tant de vigueur et contiennent une si grande proportion du sac auquel ils ont donné leur nom, on se contente de couper les feuilles par la base et de les placer au-dessus d’un certain nombre de tonneaux : le suc s’écoule de lui-même par les trachées midé d’une petite proportion de mucilage visqueux, puis est immédiatement recueilli et séché au soleil dans des vases à fond plat. Les oloês venus en serre sont malheureusement bieri loin de donner un rendement aussi considérable, et c’est à peine si j’ai pu extraire quelques centigrammes de suc pour l’examiner au microscope et suivre ses métamorphoses.
suc d’aloès.
§ IV. — On a déjà vu que le suc d'aloès tant qu’il est soumis à l’influêncede la vie végétative est parfaitement incolore, puisqu’en plaçant
une feuille mince et transparente entre l’œil et la lumière ou en examinant au microscope l’extrcmité engainée d’une feuille, on ne peut distinguer la moindre trace de coloration jaune : il reste donc maintenant à étudier les changements qu’il éprouve et l’aspect (|u’il présente lorsqu’il est resté exposé à l’action de l’air atmosphérique.
Pour obtenir quelques gouttes de suc d'aloès, le plus pur possible, j’ai taillé en biseau l’extrémité inférieure d’une jeune feuille, puis, après avoir attendu que les trachées se remplissent de suc, j’ai enlevé avec une batiste très-fine l’excès du mucilage visqueux, qui s’écoulait de la pulpe. De cette manière, le liquide contenu dans les trachées exsudant plus librement, je pus en faire tomber quelques gouttes dans la petite cavité d’une lame de verre et rexamin(3r au microscope. Je vis alors que ce suc se composait d’un liquide aqueux à peine coloré en jaune clair, tenant en suspension une foule de corpuscules opaques et de formes trèsvariables qui lui donnaient un aspect lactescent, assez semblable à celui que présente le suc de la grande chélidoine. D’instants en instants, les corpuscules prenant une teinte beaucoup plus brune, le suc se colore davantage et devient enfin complètement opaque. La fig. E représente les diverses teintes que j’ai observées dans une des gouttes recueillies sur la lame de verre. La coloration des points d’un rouge violacé qu’on y remarque par places provient de ce qu’une petite quantité du mucilage de la pulpe intérieure s’étant mélangé au suc et ayant subi l’influence de l’air a acquis celte teinte particulière. Du reste , que ce mélange ait lieu on non , le suc d'aloès rougit très-sensiblement le tournesol : cependant, comme au sein môme de la plante, il se trouve sans cesse en contact avec le mucilage acide delà pulpe, j’avoue que cette réaction n’inspire pas une grande confiance, et je n’en aurais pas fait mention si je n’avais reconnu que le principe auquel le suc d’aloès doit ses propriétés, joue le rôle d’un acide très-faible, semblable en cela à la plupart des matières colorantes.
Curieux de savoir si le suc d'aloès, tel qu’on le relire de la plante, n’éprouvait pas plus d’altération lorsqu’on l’abandonnait au contact de l’air que les solutions aqueuses de celui qui est depuis longtemps desséché, j’en fis tomber une trentaine de gouttes dans une petite cavité, creusée au milieu d’une lame de verre longue et étroite, je plaçai
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line sficonde lame sur la pn mière et j’abandonnai quelques jours ce peiit système à lui-méme. Comme les doux lames n’étaienl pas parfaitement planes, l’air pouvait facilement pénétrer jusqu’au suc et l’évaporation se faisait très-lentement; j’avais soin du reste, d’y faire tomber de temps en temps quelques gouttes d’eau distillée pour prévenir une dessiccation complète. Quinze jours après, la surface du liquide se trouva recouverte d’une légère moisissure qui présentait au microscope les caractères du pénicillium glaucum, dont l’organisation et le mode de développement ont été si bien décrits par MM. ândhal et Gavarret (1). .
Celte pellicule enlevée, j’examinai de nouveau le liquide restant après y avoir ajouté quel((ues gouttes d’eau distillée pour en diminuer l’opacité. Je remarquai alors que \g suc présentait la môme constitution physique, sauf la couleur qui était devenue beaucoup plus foncée. Ayant alors laissé le li(|uide s’évaporer spontanément, j’obtins sur les parois du verre une sorte de vernis en couche mince et transparente, de couleur hyacinthe et parsemé de petits points jaunes dorés.
Quant au développement du pemcillium glaucum, il est évident qu’il ne peut être attribué qu’à l’action exercée par l’air sur l’albumine végétale, légèrement acide, contenue dans le suc soumis à l’observation. Ainsi, le suc d'aloôs n’éprouve aucune espèce d’altération lorsqu’on l’expose longtemps au contact de l’air tel qu’il exsude des vaisseaux aériens, c’està-dire en prévenant sa dessiccation. On verra plus loin que non seulement il en est de môme pour les solutions de suc du commerce, mais encore qu’il peut ôlre employé avec avantage pour arrêter les progrès de ces mélarnorphoses particulières désignées sous le nom de combustion lente ou érémacausie.
RARENCnVME.
§ Y. — Le Parenchyme de Valoëperfoliata se compose de deux ou trois couches d'utricules de formes trè.s-dilférentes, ainsi que cela a lieu chez presque tous les végétaux , mais il présente cela de [larticulier que la couche la plus voisine de l’épiderme, est formée par un réseau souvent
iiUnnales dechim. et de phyi ., 5'* série, t. VIII, p. 385.
très-régulier dont les cellules affectent la forme de petits rectangles allongés (fig. D). J’ai observé de plus qu’il n’y a aucune différence d’organisation entre le Parenchyme de la face supérieure et celui de la face inférieure des feuilles, (ilette circonstance particulière méritait d’être mentionnée, car elle se présente très-rarement dans le règne végétal. Ainsi que dans la plupart des plantes grasses , les cellules du Parenchyme forment un tissu très-serré, presque complètement dépourvu de lacunes. Du reste, comme les méats intercellulaires correspondent ordinairement à l’ouverture des stomates , et que, si je ne me trompe, ces stomates n’existent pas dans l’épiderme des feuilles d’aloès, il n’est pas étonnant qu’on remarque fort peu d’espaces vides dans ia couche parenchymateuse de ce végétal, et d’ailleurs, le grand nombre de trachées qu’on y observe supplée à la fois à l’absence des stomates de l’épiderme et des lacunes du Parenchyme.
Quant aux gi’ains de chromule qui tapissent l’intérieur des cellules du Parenchyme et donnent aux feuilles d'aloès leur couleur verte, ils ne présentent dans leur constitution physique rien de particulier et ressemblent en tous points à ceux qu’on observe dans les autres plantes.
PÜLPE MüCILAUINEUSE.
§ VI. - Lsi pulpe qui occupe la partie centrale des feuilles est formée par un tissu très-lâche dont les cellules regorgent d’un suc acide et gluant, qui contient une très-forte proportion d’eau et d’albumine. Lorsqu’on dessèche dans le vide une lamelle de ce tissu , elle perd à peu près 80% d’eau et se colore à peine en violet pâle : si on l’examine alors au microscope, on observe plus facilement la structure des cellules et il est facile de remarquer qu elles sont formées par une membrane incolore excessivement mince, souvent interrompue et laissant entre ses divers contours des lacunes considérables. On distingue cependant quelques larges cellules présentant une forme globuleuse assez régulière; mais plus généralement elles sont disposées sans symétrie et semblent, pour la plupart, avoir été brisées par la compression que le suc, dont elles sont remplies, leur a fait éprouver.
Si la dessiccation a eu lieu à l’air libre et à une douce chaleur, on ob-
serve moins facilement au microscope la disposition des utricules ù cause de la teinte violette foncée qu’elles ont acquise; mais on y remarque une foule de petites bulles de gaz (|ui sont restées fixées aux parois celluleuses et, si on instille quelques gouttes d’iiuile d’olives tiède sur un fragment desséché, on voit ces bulles disparaître peu à peu à mesure que l’huile les atteint et finir par être absorbées complètement. Ce phénomène d’absorption de l’air par les huiles a été signalé depuis longtemps par M. Doyère, qui a fait ressortir tout l’avantage qu’on peut en retirer dans les études microscopiques. Toutes les fois, en effet, qu’un grand nombre de bulles d’air se trouvent disséminées dans les lacunes d’un tissu soumis à l’observation , on est singulièrement gêné par les reflets irisés que projettent ces petits sphéroïdes gazeux et on ne peut parer à cet inconvénient qu’en ayant recours à l’artifice dont je viens de parler.
UAPIllDES.
§ VU. — On trouve , groupés en faisceaux dans l’intérieur même des utricules dont se compose le tissu cellulaire des tiges et des racines de la plupart des plantes connues, un plus ou moins grand nombre de cristaux très-déliés, et d’une transparence parfaite auxquels M. De Candolle a donné le nom de Rapliides (du grecPatft;» l^oç, (jï), aiguille) ; Kieseu (1) et M. Richard (2), ont reconnu que les Rapliides n’étaient autre chose que des cristaux le plus souvent insolubles, tels que ceux d'oxalate, de carbonate ou de phosphate de chaux. Il est excessivement rare qu’on remarque la présence de ces sels autre part que dans les liges et les racines; je crois donc ne pas devoir passer sous silence une circonstance où on les retrouve en proportion considérable, jusque dans les extrémités des feuilles. 11 n’est peut-être pas, en effet, de plante qui en renferme une aussi grande quantité que les aloès. Il suffit, pour les compter par centaines, d’examiner au microscope la plus petite parcelle du tissu cellulaire de ces feuilles, et alors on distingue avec un grossissement convenable la forme cristalline du sulfate de chaux neutre (S0 *,CaO).
Dans le but de m’assurer, d’une nianière plus certaine, de leur
(t) Organographie des plantes, p. 9^1.
(2) Eléments de botanique , p 21.
composition, je fis sécher quelques feuilles A'aloès, et les uaiiai, après les avoir réduites en poudre, par un excès d’acide nitrique étendu auquel j’ajoutai un peu d’eau régale. Après quehiues heures d’ébullition tous les éléments organiques furent brûlés, et j’obtins un liquide transparent qui, évaporé à siccité, lavé et repris par l’eau distillée, m’a fourni des cristaux de sulfate de chaux.
Ici, se terminent les observations microscopiques incomplètes, je l’avoue, en plus d’un point, que j ai cru devoir faire connaître, et que je demanderai la permission de résumer actuellement en peu de mots :
1" L'épiderme des feuilles de l'aloë pcrfoliata est dépourvu de stomates.
‘2“ Entre l'épiderme et le parenchyme se trouve une multitude de trachées yuan a prises longtemps pour des vaisseaux latexifères : l'ensemble de ces trachées constitue le tissu vasculaire de la plante.
3" Le suc d'aloès circule à travers les méats intercellulaires du système vasculaire , et ne s'infiltre dans les trachées qu après la rupture des tissus. Ce suc, tel qu'il existe dans la plante, constitue un liquide acide et incolore, retenant en suspension une multitude de corpuscules opaques d’une excessive ténuité qui lui donnent un aspect lactescent. Dés qu’il a le contact de l'air, il en absorbe l'oxygène avec une grande rapidité et prend une couleur jaune qui devient ensuite de plus en plus foncée.
4° Le parenchyme est remarquable par la régularité de la première des couches celluleuses dont il se compose , et pur la constance que présente sa structure soit à la face supérieure, soit à la face inférieure des feuilles.
5° La pulpe qui occupe la partie centrale des feuilles est formée par un réseau très-lâche de tissu cellulaire dont les mailles irrégulières sont remplies d'un suc mucilagineux sensiblement acide, et qui se teint, sous l’influence de l’air, en rouge violacé. On distingue toujours au sein de cette pulpe une infinité de bulles d’air symétriquement disposés en chapelets longitudinaux.
6“ Dans toutes les parties de la plante on pénètre le tissu utriculaire, on observe une multitude de raphides qui présentent dans leur forme cristalline et leurs réactions chimiques tous les caractères du sulfate de chaux.
Il me reste maintenant à décrire les propriétés physiques et chimiques du suc d’aloès, ainsi que les métamorphoses qu’il subit sous rinlluence des réactifs.