SES
traces.
On a vu déjà aux paragraphes II et III comment, au moyen de l’acide chlorhydrique, on pouvait isoler l’acide ulmique de sa combinaison avec la potasse, et retrou ver les autres sels dans le résidu de l’incinération du suc. Il ne me reste plus qu’à insister sur la séparation de l'acide galliquc et de l'albumine.
La réaction que les sels de fer au maximum présentent avec la solution aqueuse d’aloès, fut pour moi le premier indice de la présence de l’acide gallique dans le suc du commerce : je crus même longtemps l’avoir isolé le premier; mais ayant eu plus lard l’occasion de lire une note
(le M. Peretti, insérée dans le Journal de Chimie médicale (i), je vis que ce chimiste en avait déjà signalé la présence.
Toutefois, comme dans cet extrait fort abrégé du travail de M. Peretti il n’est nullement question du procédé employé pour séparer l’acide gallique, je crois devoir indiquer celui que j’ai suivi et qui m’a toujours réussi.
De l’aloès réduit en poudre fut épujsé à froid pacX^ afin
que do tous les sels que le suc renferme il n’y eût d’entraînés dans la liqueur fdtrée que l’ulmate de potasse et une petite quantité de sulfate de chaux et de carbonate de potasse; j’évaporai cette solution au bainmarie jusqu’à ce qu’elle eût perdu la moitié de son poids, et j’y versai un excès d’acétate de plomb neutre. Il se fit un léger précipité jaune floconneux (a), qui était un mélange degallate, d’ulmate et d'albuminate de plomb, contenant des (races de carbonate el do sulfate de plomb. Je laissai ces flocons se déposer tranquillement jusqu’au lendemain; ils furent alors séparés de la liqueur, lavés avec soin, et décomposés par un courant d’hydrogène sulfuré. L’acide ulraique se précipita avec le sulfure de plomb, et il resta dans la liqueur claire, surnageant le magma noir, un mélange d’acide gallique, d’hydrogène sulfuré, d'acide acétique et d’albumine, plus une quantité insignifiante d’acide sulfurique. Par une ébullition suffisamment prolongée, l'hydrogène sulfuré et l’acide acétique furent entraînés avec la vapeur d’eau ; l’albumine végétale s’étant coagulée, put être séparée par filtration, et la liqueur laissa cristalliser après refroidissement de \’acide gallique en aiguilles d’une forme d’autant plus nette, que la solution renfermait une petite quantité d’acide sulfurique dont la présence est loin de nuire à la beauté dts cristaux.
Revenant ensuite à la solution d’où le précipité (a) avait été séparé, et qui, outre le suc d’aloès, renfermait de l’acétate de potasse et de l’acétate de chaux formés par double décomposition , plus un excès d acétate de plomb, j’y versai une quantité suffisante d’ammoniaque; l'oxyde
(t) 2» série, t. IX, p, 387,
(le plomb précipité entraîna tout l’aloès contenu dans la liqueur, et forma ainsi une sorte de laque d’un jaune orangé assez pur, passant en quelques minutes au jaune verdâtre sous l’influence de la lumière solaire. Celte la<jue, promptement séparée et lavée avec de l’eau bouillie, fut décomposée à l’abri du contact de l’air par un courant d’hydrogène sulfuré. L’opération achevée, je vis le sulfure de plomb recouvert par une couche d’un liquide parfaitement incolore, qui, décanté avec soin et évaporé dans le vide, ne donna pas trace de cristaux et se dessécha simplement en une sorte de vernis écailleux à peine coloré en jaune. Je me suis servi de ce produit ainsi préparé pour y rechercher la présence de l’azote et en faire l’analyse par l’oxyde de cuivre; afin de distinguer l’aloès purilié du suc brut du commerce, j’ai cru devoir l’appeler aloétine.
L'aloéüne se présente sous forme d’écailles presque incolores si on a opéré le plus possible au contact de l’air, très-solubles dans l’eau et l’alcool, peu solubles dans l’éther, et complètement insolubles dans les huiles fixes ou essentielles. Par la calcination en vases clos, elle ne donne pour résidu (ju’un charbon brillant et volumineux, qui disparaît complètement par l’incinération. — L’aloétine ne se colore nullement sous l’influence des sels de fer au maximum ou au minimum, et ne donne pas de pré-cipité avec l’acétate de plomb; elle se comporte, du reste, avec les divers réactifs, comme l’aloès succotrin. (Voy. ^ I.)
- Si l’on a opéré la dessiccation de l’aloétine au contact de l’air,les écailles que l’on obtient, au lieu d’être presque incolores , possèdent une teinte rouge très-intense due à une légère absorption d’oxygène Sauf la différence de coloration, elle n’a subi d’ailleurs aucune modification dans ses propriétés chimiques , et c’est à peine si l’analyse de l’aloétine altérée à l’air présente des résultats différents de ceux obtenus avec l’aloétine des- I séchée dans le vide. On pourra donc abréger de beaucoup celte purifica- ' lion, en se contentant de la dessécher au bain-marie ou par l’exposition au soleil toutes les fois qu’on n’aura pas besoin d’obtenir un produit d’une pureté rigoureuse.
L’aloétine possède au plus haut degré les propriétés purgatives et le goût amer du suc d’aloès ordinaire ; pour l’emploi thérapeutique, 8 par-
lies d’aloétine représentent dO parties d’aloés succotrin et 50 parties d’aloès du Cap.
M. Peretti (d), outre l’acide gallique, a trouvé dans l’aloès des résinâtes de chaux et de potasse, dont l’ensemble constituerait, suivant lui, la matière savonneuse décrite par Trommsdorff (2), et de plus trois matières colorantes : l’une, d’un jaune vif ; l’autre , d’un jaune brun, et la troisième, d’un rouge brillant.
Pour obtenir \e principe pourpre , M. Peretti épuise d’abord la poudre d’aloès par l’eau distillée, puis par l’eau de chaux. dOO parties d’aloès lui ont fourni parce procédé 2 parties seulement de principe pourpre, possédant la propriété de se dissoudre en rouge dans l’alcool et de prendre une couleur jaune par l’acide sulfurique. Quant aux autres matières colorantes, leur préparation n’est pas décrite dans la note que j’ai eue sous les yeux.
Je ferai d’abord observer que Trommsdorff n’avait donné le nom de principe savonneux qu’à cette partie de l’aloès soluble à froid dans l’eau, et non aux résinâtes de chaux et de potasse dont parle M. Peretti. De plus , ces prétendus résinâtes ne sont autre chose que de Vulmate de potasse mélangé d’aloès non altéré et de carbonate de chaux, ainsi qu’il est facile de le prouver en traitant le suc du commerce par l’acide chlorhydrique. Enfin, je crois pouvoir prouver en quelques mots que les trois principes colorants isolés par M. Peretti, et sur lesquels je regrette de ne pas avoir plus de détails, ne sont qu’une altération plus ou moins profonde de l’aloétine. En effet, lorsqu’on expose au contact de l’air une solution de cette substance, on lui voit prendre successivement toutes les nuanees du jaune brun et du rouge pourpre. En desséchant rapidement une pareille liqueur au moment où elle a pris une nuance bistre bien caractérisée, on obtiendra une matière colorante brune, et si on a attendu un peu plus longtemps, on aura le principe pourpre. Celle dernière méthode serait plus certaine et plus avantageuse que celle dont M. Peretti a fait usage pour extraire le principe pourpre, car il est certain que si ce
(1 ) Note déjà citée-
(2) Ann. de chim., t. LXVIII, p. H.
chimiste avait opéré sur de l’aloès purifié au moins par une simple solution dans l’eau, il n’aurait jamais pu obtenir la matière colorante rouge : en elïet, lorsque la poudre d’aloès aurait été épuisée par l’eau distillée, il ne serait plus rien resté sur le liltre et l’eau de chaux serait devenue inutile.
ANALYSE ÉLÉMENTAIRE DE l’aLOÉïINE.
§ V. — .dçote. — Le suc d’aloès, ainsi que j’ai déjà eu occasion de l’observer, ne.doit plus être compté au nombre des corps azotés, car lorsqu’il est aussi complètement purifié que possible, l’analyse n’y décèle plus la présence de Vazote en quantité suffisante pour pouvoir être exprimée dans la formule; ainsi que j’ai pu m’en assurer par le procédé de MM. Varrentrapp et Will. Voici les résultats auxquels je
suis arrivé :
1" Aloétine.Of-.bGS.
Filtre et sel double séché à t00<">..0»f-,207
Tare du filtre séché à tOO»»-.
Poids du sel double de platine et d’ammoniaque. . . 0»f-,066 D’où : azote. .... 0,741 0/0.
2" Aloétine. . . . 0,416.
Filtre et sel double séché à 100®' ..O»'-,177
Tare du filtre séché à 100®®'.0»'-,137
Poids du sel double. . . . 0*'-,040 D’où : azote. ..... 0,608 0/0.
5* Aloétine.'0«'-,505.
Filtre et sel double séchés à 100®'-.0*' ,198
Tare du filtre séché à 100®'.0s'-,157
Poids du sel double.0",061
D’où : azote. . . . 0,766 0/0. ^
Les personnes habituées à ces sortes d’expériences savent que de pareils résultats ne peuvent être considérés que comme des erreurs inévitables d’analyse; il serait donc superflu de les discuter, et je crois pouvoir en conclure que Valoès pur ou aloétine ne. contient pas d’azote.
Carbone et hydrogène. ~~ Les formules chimiques ne devraient,à la rigueur, s’appliquer qu’aux composés susceptibles d’une cristallisation régidière. On est, en effet, assez porté à admettre que les molécules sont toujours disposées de la môme manière et en même nombre dans des cristaux de forme constante. Cependant, il est un certain nombre de corps amorphes {albumine, fibrine, caséine, etc.), engendrés sous l’influence de la vie organique, qui présentent un si grand intérêt qu’on n’a pu s’empêcher de les soumettre à une analyse aussi exacte que s’ils avaient présenté les formes cristallines les mieux arrêtées. Certes, on ne peut obtenir des résultats très-rigoureux avec de semblables composés, mais il est possible, du moins, d’atteindre une approximation plus que suffisante pour établir des points de comparaison entre leurs différentes espèces. C’est en suivant cette marche et en se contentant d’approcher le plus possible de la vérité qu’on est arrivé à trouver, par exemple, que les corps albuminoïdes présentaient une composition constante quelle que fût leur origine, et cette conclusion n’est certainement pas sans intérêt.
Guidé par ces considérations , j’ai cru qu’il serait utile de faire l’analyse élémentaire de ïaloétine et d’en donner la formule, non comme l’expression exacte de sa composition , mais comme un symbole présentant un certain degré d’approximation, et étant surtout plus facile à retenir qu’une composition en centièmes. Cette restriction faite, voici les résultats d’analyse que j’ai obtenus :
I. — 0,360 de matière ont donné : 0,359 d’acide carbonique et 0,360 d’eau ;
U. — 0,450 de matière ont donné : 0,458 d’acide carbonique et 0,442 d’eau ;
Ce qui donne O/q :
1 , 11. Poifi»
Trouvé. Trouvé. Théorié. de l'équivalenl.
Carbone. 27,39 27,68 27,69 450 G‘.
Hydrogène. i\,\\ tt.tl
Oxygène.61,50 61,21 61,54 1000 0‘».
USAGES ET APPLICATIONS DE l’aLOÈS.
§ VI. —Le suc d’aloès est employé depuis longtemps en médecine e-omme purgatif, et entre dans la composition d’un grand nombre de médicaments tels que les Pilules écossaises, les Élixirs de Garus, de longue vie, de propriété de Paracelse, etc. On en prépare aussi une teinture alcoolique et un extrait aqueux fait à froid.
M. Braconnot (1) a remarqué que l'aloès cesse de purger lorsqu’on l’administre mêlé à de la noix de Galle en poudre : cette propriété neutralisante que possède la noix de Galle se conçoit aisément quand on se rappelle que le tannin précipite les infusions récentes de ce suc. — L’aloèsagit aussi comme antiseptique, et les chirurgiens font souvent usage de sa teinture alcoolique pour déterger les ulcères anciens, prévenir les caries et arrêter les gangrènes dont la marche est souvent si rapide.