TEINTURES
J’ai fait quelques essais dans le but de savoir si le suc d’aloès pouvait être appliqué à la teinture, et tout en confessant mon inexpérience en cette matière, je demanderai la permission d’exposer le plus brièvement possible cette partie de mes recherches.
Je me suis servi pour ces essais d’une solution d'aloès saturée à froid et abandonnée au contact de l’air Jusqu’à ce qu’elle prenne une belle teinte pourpre, ce qui demande un ou deux mois. On peut cependant abréger de beaucoup cette opération en ajoutant à la liqueur quelques gouttes do potasse caustique*, l’absorption est alors bien plus rapide.
Quant aux infusions récentes d’aloès, il est impossible d’en tirer parti, quelle que soit la nature des mordants; non-seulement les couleurs obtenues avec de pareilles solutions ne sont pas uniformément fixées sur le tissu , mais encore elles ne résistent môme pas au lavage par l’eau bouillante.
La solution pourpre altérée à l’air ne donne de teintures solides que
(t ) Annales de chimie, t. I.XVIII, p. 33.
quand on a versé dans le bain bouillant une certaine quantité A'acide nitrique. La laine, et surtout la soie, plongées dans un pareil mélange, prennent alors des teintes aventurine ou orange pourrie très-riches qui résistent aux lavages par l’eau de savon bouillante et aux avivages.
Tissu.laine.
(a) Bain : solution pourpre d’aloès.. 100,00
Acide nitrique. 10,00
Alcool. 4,00
On fait bouillir quelques instants le mélange d’aloès et d’acide nitrique; on ajoute ensuite l’alcool, et on relire du feu dès que le premier signe d’effervescence se manifeste. Quand la réaction est achevée, presque tout l’acide est alors chassé ; on chauffe de nouveau le bain jusqu’à l’ébullition, et on y plonge à deux reprises la laine en'l’avivant à chaque fois au vinaigre.
L'échantillon n“ 1 a été ainsi préparé.
L'échantillon n® 2 a subi de plus un lavage à l’eau de savon bouillante.
L'échantillon n“ 3 a été passé au bleu de Saxe après être sorti du bain d’aloès. La teinte verte obtenue ne résiste pas à l’eau de savon.
Tissu. soie écrue.
Bain. (a).
Échantillon n® 4. Soie plongée à trois reprises dans le bain à la température de 50 à 60®“. Simple lavage à l’eau tiède.
Échantillon n® 5. Soie plongée à trois reprises dans le bain tiède. Avivage au vinaigre. Lavage à l’eau de savon tiède. Cet échantillon a un peu pâli, mais la nature delà nuance et l’éclat n’ont pas changé.
Échantillon n®6. Soie plongée dans un bain de bleu de Saxe, après avoir subi le même traitement que le n®5, Couleur verte ne résistant pas à l’eau de savon.
Telles sont les seules teintures que j’ai pu obtenir avec l’infusion d’aloès altérée à l’air; j’espère cependant qu’elles pourront trouver leur application à cause du bon marché de la matière première et du peu de frais <iue nécessiterait son emploi : considérations qui ne sont pas à dédaigner poui' ces sortes de teintures toujours livrées à bas prix par le commerce.
Je dois enlin ajouter qu’il rn’a été impossible de fixer avec avantage la couleur de faloès sur lè fil ou le coton; les teintes produites sont ternes, pâles, et ne résistent pas au lavage à l’eau bouillante.
ACTION DES COUPS OXÏDANTS SUR LE SUC d’aLOÈS.
§ \I1. —Lorsqu’on soumet l’indigo à l’action des corps oxydants, il donne une série de produits de dérivation fort bien définie, dont le premier terme est l’isaiine et le dernier l’acide picrique. Déjà , pour l’aloès, M. ScnuNCK (J) a fait connaître une foule de produits intéressants formant également une succession continue de corps contenant une proportion d’oxygène de plus en plus forte à mesure ([u’on approche du dernier terme, c’est-à-dire de l’acide c/irj/so/èpiV/we, si «semblable à l’acide picrique par ses propriétés et sa composition, (|ue plusieurs chimistes, et entre autres M. üoutin , l’avaient confondu avec ce dernier.
Curieux de savoir si on ne pourrait pas obtenir dans la série aloétique lin terme correspondant à l’isatine, j’ai soumis l’aloès à l’action des divers corps oxydants le plus ordinairement mis en usage. Je n’ai pu malheureusement atteindre le but que je m’étais proposé, malgré le soin que j’ai pris de varier la nature et les proportions des agents employés.
Je n’ai donc à exposer que des réactions négatives, si l’on veut bien me permettre cette expression : je ne reculerai pas cependant devant cette lâche ingrate, car en rendant compte de mes eflbrts infructueux, j’aurai du moins évité un insuccès à d’autres qui .seraient tentés de suivre la même voie.
(i) lievue ment., t. Vil, p. 231.
ACTION DE l’acide CHROMIQUE.
l. Lorsqu’on TOrse peu à pou 100,00 parties cVacide sulfurique dans un mélange contenant 100,00 de bichromate de potasse, 600,00 d'eau et 200,00 d’aloès, on remarque qu’il se produit un dégagement de chaleur considérable en même temps que l’odeur si caractéristique de l’acide formique et de Vessence de reine des prés se répand dans l’air. La première réaction passée, on verse le tout dans une cornue spacieuse munie de son récipient, et on distille à une très-douce chaleur. Si on conduit l’opération avec lenteur, les gaz se dégagent bulle à bulle, et il passe à la distillaiion un liquide incolore acide et odorant. Lorsqu’au contraire la réaction s’effectue trop brusquement, il se produit tout à coup une quantité d’acide carbonique si considérable, qu’une mousse volumineuse ne tarde pas à monter dans le col de la cornue, et déborde quelquefois dans le récipient.
Quoi qu’il en soit, la réaction est terminée lorsque le mélange contenu dans la cornue prend une teinte verte très-prononcée.
Le liquide passé à la distillation , saturé par la potasse ou la litharge, donne un sel qui*posséde toutes les propriétés si caractéristiques des formiates et sur lesquelles il est inutile d’insister.
Quant au résidu, il se compose d’acide ulmique mêlé à de l’aloès non altéré ainsi qu’aux produits résultant de l’action de l’acide sulfurique sur le bichromate de potasse. Pour séparer ces derniers de l’acide ulmique, il suffit d’ajouter au mélange un grand excès d’eau; les sels sont alors dissous et l’acide se sépare à l’état pulvérulent.
Pensant que l’excès d’acide sulfurique employé pour décomposer le bichromate de potasse pouvait avoir nui à l’extraction du corps neutre que j’essayais de produire, j’eus recours à l’emploi de l’acidec/iromi^Me libre préparé par la méthode de M. Fritzsche ; mais je ne fus pas plus heureux dans cette nouvelle tentative : je n’obtins encore que de l’acide/ormiqMc et de l’acide ulmique en môme temps {(u’il se [iroduisit une odeur trèsagréable, due sans doute à la présence d’une petite quantité d’es^encf d'Ulmaire.
ACTION DE l’acide NITRIQUE FAIBLE.
II. — De ce qu’avec ïacide cliromique je n’avais pas atteint le but que je m’étais proposé, il n’en résultait pas qu’il serait impossible de réussir en employant d’autres agents d’oxydation; car si, la plupart du temps, Vacide chromique ou un mélange de bichromate de potasse et d’acide sulfurique donne des produits de dérivation très-nette, il arrive aussi très-souvent qu’en agissant avec une trop grande énergie, il brûle les éléments combustibles sur lesquels se porte son action, et n’engendre alors que des corps qui sont en quelque sorte l’expression d’une destruction organique complète (acides oxalique, formique, carbonique , picrique , etc.).
J’eus donc recours à un autre corps oxydant, Vacide azotique. Lû encore mes efforts furent loin d’ôtre couronnés de succès, et je flottai longtemps entre deux écueils sans pouvoir séparer le corps que je cherchais d’autant plus obstinémentqu’il m’échappait sans cesse. En effet, lorsque je faisais usage d'acide nitrique très-étendu, je n’obtenais, après le refroidissement, qu’une masse visqueuse et filante semblable à de l’extrait humide d’aioés laissé longtemps au contact de l’air; lorsqu’au contraire je forçais la dose d’acide, je retombais, après un temps plus ou moins long, sur l’un desacides découverts par M. Sciiunck.
ACTION des AUTRES CORPS OXYDANTS.
III. — On admet généralement que toutes les fois qu’un composé organique est converti en acide ulmique, sous l’influence d’une force oxydante quelconque, c’est qu’il renferme trop de carbone pour pouvoir fournir des produits de dérivation définis et cristallisables. Comme l’aloès me donnait précisément cette réaction, je fus amené à penser qu’en enlevant cet excès de carbone sous forme d’acide carbonique, sans toucher è {'hydrogène, j’obtiendrais indirectement un corps plus oxydé. J’eus recours alors à {'hydrate de chaux ou de baryte dissous ou délayé dans l’eau ; mais je n’obtins que des solutions plus ou moins foncées d’aioés corn-
biné à l’un ou à l’autre de ces deux oxydes, d’où on pouvait le précipiter presque sans altération par les acides. Espérant alors que la chaux ou la baryte auraient plus d’action si elles étaient employées à l’état caustique et anhydre, je les mêlai en poudre fine avec de l’aloés, et soumis le tout à l’action d’une chaleur ménagée. J’obtins alors un produit liquide de toute autre nature que celui que je cherchais, et que je décrirai plus tard sous le nom à’aloisol.
Enfin, avant de sortir de cette voie de déceptions dans laquelle je marchais depuis longtemps déjà, j’essayai d’étudier l’action qu’exerçerait le chlore sur une solution aqueuse ou alcoolique d’aloès. Cette fois encore, comme pour la chaux et la baryte, il se produisit des réactions différentes de celles que je pensais obtenir, et il se forma deux corps chlorés dont l’un présente une grande analogie de composition avec le cliloranile, et que, pour cette raison, j’ai cru devoir appeler cù/om/oï/e.
C’eût été abuser de la générosité de l’École que de poursuivre plus longtemps ces tentatives infructueuses, et, d’ailleurs, il me restait à peine le temps d’examiner les propriétés des trois corps nouveaux que j’avais réussi à produire. Je regrette d’avoir été dans la nécessité de changer de plan ; car m’imaginant tout d’abord réussir à compléter la série aloétique par la découverte d’un corps neutre correspondant à l’isatine, j’avais pensé qu’il serait bon d’ajouter quelques détails à l’histoire des autres produits d’oxydation del’aloès. Il n’aurait pas été, en effet, sans intérêt de comparer ces deux séries, terme à terme, surtout pour les corps qui présentent entre eux une grande analogie de propriétés. Dans ce but, j’avais préparé les acides et les sels déjà signalés pas M. ScHUNCK, avec d’autant plus de soin, qu’ils devaient servir à l’analyse. Un jour peut-être je pourrai reprendre cette étude comparative; mais, quant à présent, je ne puis que présenter à ce sujet quelques remarques générales.
A. — Acide chrysammique. — M. .Schunck (1) prépare l’acide chrysaminique par le procédé suivant :
(1) JRevue icienlif., t. VII, p. 255.
« On traite l’aloès par huit parties d’acide nitrique (1) : dès que la » première réaction est passée, on met le liquide dans une cornue et » l’on distille l’excès d’acide nitrique, puis on ajoute de nouveau et par » portions successives trois ou quatre parties d’acide nitrique concentré, » et l’on distille une seconde fois. Il se manifeste alors une réaction » modérée; elle continue pendant quelques jours, en même temps qu’il » se développe du bioxyde d’azote. Dès que la plus grande partie de » l’acide nitrique a été éloignée par la distillation, on ajoute de l’eau » au liquide jusqu’à ce que le tout soit précipité. On obtient ainsi une <> masse jaune verdâtre qui, examinée avec attention, se présente sous » la forme de petites écailles brillantes. On la recueille sur un filtre et » on la lave jusqu’à ce que les eaux de lavage, jaunes d’abord , aient une » teinte pourpre. Elle se compose alors presque uniquement d’acide » ohrysammique. »
M. SciiUNCK., pour achever la purification de cet acide, le convertit en chrysammate de potasse qu’il décompose ensuite par l’acide nitrique. Ce procédé, excellent par lui-même, n’a d’autre défaut que d’être trop long; dans le but d’abréger un peu les manipulations, je me suis permis de le modifier légèrement. Voici comment j’ai opéré; j’ai pris;
Aloès. t kil.
Acide nitrique d’une densité de ; 1,52. 18
La moitié de l’acide nitrique fut introduite dans un vaste ballon et soumise à l’action de la chaleur; au moment de l’ébullition, je lis tomber peu à ()eu l’aloès divisé en fragments du poidsde4à Sgrammesenviron. De cette manière, l’action de l’acide ne pouvant s’exercer que graduellement et non sur tous les points du suc, ainsi (jue cela arrive lorsqu’on l’emploie finement pulvérisé, l’opération ne présente aucun danger et il ne se fait pas de débordement. Lorsque l’aloés fut dissous, j’ajoutai par petites portions le reste de l’acide nilri(|ue, et je continuai à maintenir le mélange en pleine ébullition pendant six ou huit lieurcs. Au bout de ce temps, la formation de l’acide chrysammique est achevée; il ne reste
M) Le degré n’est pas indiqué.
plus qu’à conduire le reste de l’opération comme M. Schunck l’a conseillé. En suivant ce procédé, douze heures sulBsent pour convertir i kil. d’aloès en acide chrysammique accompagné des autres produits de dérivation qui se forment en môme temps que lui. On peut cependant abréger encore cette préparation en ajoutant à cette seconde portion d’acide nitrique un peu d’alcool; mais alors il faut opérer sur un feu très-doux et surveiller constamment la marche de la réaction : cet inconvénient ne compense pas, ce me semble, réconomie de temps.
De tous les produits résultant de l’action de l’acide nitrique sur l’aloès, Vacide chrysammique est, sans contredit, le plus curieux, tant par la beauté de ses combinaisons salines que par la multiplicité de ses métamorphoses. C’est lui qui communique à l’acide polijchromatique de M. Boutin ses propriétés tinctoriales, ainsi qu’il me sera facile de le prouver bientôt. Il donne avec la potasse et la soude deux sels très-peu solubles (pii présentent les reflets mordorés de la murexide et du sulfomolybdate de potasse. Les combinaisons qu’il forme avec la magnésie, l’oxyde de zinc, l’oxyde de cuivre, etc., cristallisent en aiguilles ou feuillets d’un rouge pourpre magnifique par transmission et jaune doré par niflexion. Mais de tous les produits auxquels il donne naissance dans son contact avec les bases, celui qui mérite le plus de fixer l’attention est le corps qui se forme lorsqu’on fait bouillir une solution aqueuse d’acide chrysammique sursaturée d’ammoniaque. On obtient, après le refroidissement, une grande quantité de petites aiguilles d’un vert doré qui, loin de présenter les réactions des sels ammoniacaux, se comportent, au contraire,comme un acide. M. Scuunck qui, le premier, a signalé la formation de ce corps, ne lui a pas donné de nom particulier. Comme ses propriétés chimiques se rapportent à celles des acides amidés, je le nommerai provisoirement acide chrysammamique (1).
La formation de ce corps peut s’expli(|uer parfaitement en admettant
(1) Il peut paraître singulier que, sans soumettre à l’analyse les produits de réaction auxquels l’acide chrysammique donne naissance, je me sois permis de leur appliquer de nouveaux noms; mais je ferai observer que ceux-ci n’oiit été adoptés que pour abréger le discours et faciliter l’intelligence des métamorphoses.
qu’un équivalent d’ammoniaque, en agissant sur 2 équiv. d’acide chrysammique, a donne naissance à i équiv. d’acide chrysammamique et I équiv. d’eau, ainsi que l’exprimerait la Cormule suivante :
2 fC’Az'H^O'’) + AzH’ = C’"Az*FPO’'’ + HO (acide chrysammamique ).
Cette manière d’interpréter la réaction serait plus rigoureuse si l’on pouvait prouver que l’acide chrysammique, en agissant sur l’ammoniaque, produit d’abord du chrysammate d’ammoniaque qui se décomposerait déjà à la température de l’ébullition de l’eau en chrysammamate d’ammoniaque, puis en acide chrysammamique. Cependant je n’ai pu obtenir ce sel môme en opérant à froid et en faisant évaporer les solutions dans le vide. Malgré toutes les précautions que j’ai prises, je n’ai eu que du chrysammamatc d’ammoniaque en petits cristaux violets dont les solutions, après une ébullition de quelques minutes , donnent, par refroidissement, de l’acide chrysammamique en aiguilles d’un beau vert doré. Lorsqu’on verse de l’acide nitrique, ou mieux, de l’acide sulfurique dans une solution bouillante d’acide chrysammamique, la liqueur, ainsi que l’a remarqué M. Sciiunck, se colore en pourpre pâle et laisse déposer, après le refroidissement, un nouveau corps qui se présente sous forme de feuillets noirs doués de l’éclat adamantin; la liqueur surnageante renferme en solution du nitrate ou du sulfate d’ammoniaque. Comme cette substance possède tous les caractère d’un corps neutre et que, soumise pendant quelques heures,’au sein de l’eau, à une température de lOO®', elle régénère de l’acide chrysammamique, je crois pouvoir en conclure qu’elle constitue l’anhydride de ce dernier acide, et je l’appellerai, en conséquence, chrijsammalide (4), pour me conformer aux |)rincipes de nomenclature posés par M. Gerhardt, et admis déjà par un grand nombre de chimistes.
Une réaction encore observée par M. Schunck, vient donner plus de
(t) U serait peut-être plus rigoureux d’appeler ce corps chrysammamide ; mais, d’un autre côté, si on vient un jour à découvrir l’amide de l'acide chrysammique, il faudra nécessairement lui donner ce dernier nom : c’est pourquoi j’ai cru devoir m’arrêter au mot clirysamtnalide.
poids à cette manière de voir. Ce chimiste a remarqué que si on fait bouillir de l’acide chrysammique dans de l’acide sulfurique, ce dernier le dissout sans dégagement (f acide sulfureux et le convertit en un corps qui se présente sous forme de feuillets noirs: or, ces feuillets noirs sont identiques avec ceux que je viens de nommer c/jrj/scrmma/ic/e et régénèrent, comme eux, l’acide chrysammamique lorsqu’on les fait bouillir longtemps dans l’eau. On est ainsi conduit à relier l’une à l’autre ces deux réactions, et je crois qu’on peut les représenter par les formules suivantes :
1" Action de l’acide sulfurique sur Tacide chrysammamique :
SO®,HO = SO'’AsH*,IiO + G^'H^Az» O®* (chrysammalidej.
2° Action de l’acide sulfurique concentré sur l’acide chrysammique libre :
2(C‘“H®Az*0“) + SO’,HO = C®'’H®As*0®‘-f-S0»,3H0.
Ainsi, dans le premier cas, l’acide sulfurique, en agissant sur l’acide chrysammamique, lui enlève \ équiv. d’ammoniaque, plus 1 équiv. d’eau, etformedu sulfate d’ammoniaque qu’on retrouve dans la liqueur et du chrysammalide qui se précipite; dans le second cas, l’acide sulfurique enlève simplement 2 équiv. d’eau à 2 équiv. d’acide chrysammique qu’il condense en un seul.
L’acide chrysammamique ne donne pas de précipité avec le nitrate d’argent, le sulfate de cuivre, le sublimé et le chlorure de baryum ; mais il précipite en violet le sous-acétate de plomb.
En résumé :
1° L'acide chrysammique , par son contact avec l'ammoniaque , forme sans doute d'abord du bichrysamrnate d'ammoniaque :
2(C“'H®Az®0‘’)AzH®.
2" Le bichrysamrnate d’ammoniaque est converti à froid en chrysammamate d'ammoniaque ;
(C®»H»As”0”), AzH'.
3” Le chrysammamate d'ammoniaque, à la température de l'ébullition de l'eau , perd son ammoniaque , et il reste de l'acide chrysammamique :
1" T'acide chrysammamique, sous l'influence des acides nitrique et sulfurique très-étendus et bouillants, perd I équiv. d'ammoniaque et i équiv. d’eau qui sont enlevés à sa propre molécule, et il reste du chrysammalide :
L’acide ctirysammique, sous l’influence de l’acide sulfurique bouillant et concentré, donne également du chrysammalide, en perdant 2 équiv. (Peau par chaque molécule double.
Quelle que soit son origine, le chrysammalide, par l’action plus ou moins prolongée de l’eau bouillante, régénère de l’acide chrysammamique.
1" ['acide chrysammamique, semblable en cela aux autres acides amidés, régénère « son tour de l'acide chrysammique et de l'ammoniaque, lorsqu’on le traite par les alcalis ou par les acides énergiques.
Ces résullats devraient, malgré la grande vraisemblance (|u’ils présonlenl, être appuyés par des analyses rigoureuses; aussi je prie MM. les IVofosscurs de vouloir bien ne les considérer (pie comme une sorte d’engagement (jue je contracte de cherclier à approfondir, par la suite, œ sujet intéressant.
b. — Acide chrysolépique. — L'acide chrysolépique présente une analogie frappante avec l’acide picrique. Tous deux ont la môme composition en centièmes; tous deux forment des sels alcalins très-peu solubles, détonant avec violence par la chaleur, et donnent enfin du ctiloranil, ainsi (lue l’a remarqué M. Hoffmann (1), lorsqu’on les traite par un mélange d’acide chlorhydrique et de chlorate de potasse. J’ai pen.sé qu’en égard à tant de points de ressemblance, il serait bon d’insister sur les différences que présentent ces deux acides lorsqu’on examine leurs sels :
Ührysolcpate de potasse.
Prismes à 4 pans cannelés aux extrémités; un des sommets du prisme est taillé en bi.seau, l’autre en pointe effilée. Couleur ; pouj'pre par transmission, violette par réflexion.
Picrate de potasse.
Longs prismes à 4 pans, jaunes et chatoyants, sans cannelure, ne présentant pas le dichroïsme, bien moins solubles que le chrysolépate de potasse.
(1) rtnn. chim phys., série, t. XVf, p. 18(>,
Chrysolépate de soude.
Prismes à 4 pans Irès-eflîl , cannelés dans toute leur longueur. Couleur ; pourpre par transmission, d’un vert doré par réflexion.
Chrysolépate d’ammoniaque.
Petites aiguilles prismatiques d’un brun foncé, avec le reflet violet métallique de l’iode.
Chrysolépate d'argent.
Petites aiguilles d’un rouge brun par transmission, et d’un rouge verdâtre par réflexion. Ce sel détone violemment par la chaleur.
.^cide chrysolépique et acétate de plomb.
L'acide chrysolépique forme avec l’acétate de plomb 3 sels : le premier (a) est tribasique et sous forme d’une poudre jaune insoluble: le deuxième (6) est soluble et formé par l’union du sel (a) avec un équivalent d’acétate de plomb; il cristallise en tables rhombo'idales incolores sur les faces et colorées en rouge sur les côtés; le ti-oisième (c) est un sel neutre unibasique et soluble.
Picrate de soude.
Petits prismes à 4 pans, d’un jaune doré très-vif, très-solubles.
Picrate d'ammoniaque.
Longs et beaux prismes chatoyants; couleur rubis par transmission, jaune doré par réflexion.
Picrate d’argent.
Petites aiguilles d’un jaune d’or, groupées en étoile; fusent comme le nitre, mais ne détonent pas par la chaleur.
Acide picrique et acétate de plomb.
L’acide picrique ne forme avec l’oxyde de plomb qu’une seule combinaison sous forme d’une poudre jaune insoluble. — Cette différence entre les acides picrique et chrysolépique est la plus caractéristique.
C. — Acide polycliromatique et cijanil. — M. Boutin (i), en traitant l’aloès par l’acide nitrique du commerce, a obtenu une poudre rouge presque insoluble dans l’eau qu’elle colore cependant en pourpre, et à laquelle il a donné le nom d’acide polychromatique. Je me suis assuré que ce produit était un mélange d’aloès résinifié, insoluble dans l’eau bouillante, et d’acide chrysammique : en lavant, en effet, l’acide polychromatique avec de petites quantités d’éther, on enlève la partie résinifiée; si on sature le résidu par le carbonate de potasse et qu'on dissolve dans un grand excès d’eau bouillante, on obtient, après le refroidissement, des feuillets mordorés de clirysammaie de potasse.
(1), Ilevue scientif., t. I, p. 100,
En recueillant les produits delà distillation, M. Boutin en a isolé un liquide incolore, volatil, très vénéneux, auquel il a donné le nom de ajanilel dont il n’indique pasd’ailleurs autrement la préparation. Ce corps (|ue M. ScHUNCK a vainement tenté d’obtenir et qui se produit très-accidenlellement, n’est autre chose, si je ne me trompe, qu’un mélange, en proportions variables, d’acide formique et-d’acide cyanhydrique. Voici du moins ce que j’ai observé au sujet d’un liquide que j’ai obtenu deux fois seulement, en préparant de l’acide chrysammique, et qui m’a paru posséder les propriétés, assez vagues du reste, attribuées au ctjanil par M. Boutin. J’ai recueilli les premières portions de liquide passées à la dislillation pendant la préparation de l’acide chrysammique et les ai soumises à l’action d’un froid de — 20à — ‘i5°cent. : la masse, à demi congelée j fut placée, pendant (juelques minutes, sur un lit d’amiante qui occupait le fond d’un petit entonnoir. Un liquide verdâtre pr. squc entièrement formé d’acide nitrique s’écoula bientôt; je versai alors les cristaux dans un verre à pied légèrement échaulfé. En quelques secondes le tout se liquéfia, et je pus distiller la liqueur sur du chlorure de calcium. J’obtins alors un liquide qui, versé dans l’eau, tombait au fond du vase, mais disparaissait bientôt après. La solution aqueuse de ce corps, dont le poids s’élevait à 3 grammes environ, saturée par du carbonate de soude et soumise à l’évaporation, fournit un mélange de cristaux confus, imprégnés d’une forte odeur d’amandes amères. Ces cristaux desséchés au-dessus de l’acide sulfurique et traités par l’alcool froid ont perdu les ^ de leur poids. Cette solution alcoolique contenait un sel donnant, avec le nitrate d’argent, un précipité facile à reconnaître à ses propriétés pour du cyanure d’argent.
La portion insoluble dans l’alcool était entièrement composée de formiale de soude, sel déliquescent, développant par l’acide sulfurique l’odeur si connue de l’acide formi(|ue, réduisant les sels d’argent, etc.
I.a seconde fois que j’obtins du cyanil, je pus en recueillir à peu près \ grammes. Je leséiendis d’eau et saturai la solution acide par l’acétate de plomb. Il se forma aussitôt un précipité blanc de cyanure de plomb qui, calciné dans un petit creuset de porcelaine, me donna du carbure de plomb. La liqueur filtrée fut évaporée sulfisammenlet me fournit quel-
ques petits cristaux trés-reconnaissables de formiate de plomb dont le poids s’élevait à 2®'-,75.
On peut donc conclure de ces expériences que le cyanil, ou du moins, le corps que j’ai obtenu analogue au cyanil de M. Boutin, était un mélange d’acide cyanhydrique cl d’acide formique.
J’ai toujours remarqué que les premiers produits provenant de la distillation d’un mélange d’acide nitrique et d’aloès répandaient une odeur très-sensible d'essence d'amandes amères, d'acide formique et d’essence de reine des prés. Lorsqu’on saturait parla litharge le liquide odorant provenant de cette opération, le parfum propre aux fleurs d’ulmaire persistait seul et se trouvait même singulièrement exalté.
Dans les derniers produits de la distillation, il se développe une odeur bien plus forte d’amandes amères, et la production de l’acide formique ainsi que celle de l’essence de reine des prés semble s’arrêter.
Si l’on veut bien se rappeler ce qui a été dit au §11 de ce chapitre, on pourra en conclure que dans la première action oxydante exercée par l’acide nitrique sur l’aloès du commerce, la partie la plus pure (abéline) et les corps étrangers (acide ulmique, ligneux, etc.) sont attaqués simultanément; de là l’odeur d’acide formique et d’essence d’ulmaire. Dans la seconde phase de l’opération, l’aioétine est déjà convertie en acides particuliers, et il ne reste plus à attaquer que les impuretés; l’acide formi(iuc et l’essence d’ulmaire cessent alors de se produire, et il ne se dégage qu’une très-petite quantité d’acide cyanhydrique mêlé de gaz carbonique. Outre ces produits secondaires, il se forme une quantité considérable d’acide oxalique, et je ne doute pas que si un jour l’aloès est appliqué en grand à la teinture, la production de ce dernier acide ne soit mise à profit avec un grand avantage.
D. — Application des acides clirysammique et clirysolépique à la teinture sur soie. — M. Boutin (1) a tiré un parti trop heureux de l’acide polychromatique, sous le rapport de ses propriétés tinctoriales , pour que j’aie la prétention d’améliorer les procédés qu il a suivis; mon but est seulement de démontrer que ce chimiste a attribué à un produit com-
(1) Revue scientif., 1.1, p. 103.
plexc, d’une composition sans cesse variable , un pouvoir colorant qui n’appartenait qu’à l'acide chrysammique. Cette observation mérite d’autant plus d’être faite que l’on s’elïbrce toujours en teinture d’obtenir des matières colorantes d’une pureté parfaite, afin de produire des nuances plus nettes et plus riches. Il y aura donc maintenant un grand avantage à employer de l’acide chrysammique pur qui ne contienne pas une trace d’aloès résineux. Les nuances obtenues seront alors beaucoup plus uniformes et ne présenteront plus çà et là ces petits points noirs qu’offrent presque toujours les étoffes teintes avec l’acide polychromatique.
J’ai l’honneur de présenter plusieurs échantillons de soie écrueou apprêtée qui ont été teints en diverses couleurs avec l’acide chrysammique. Je me suis presque toujours servi dos mordants prescrits par M. Boutin.
Tissu.Soie écrue.
Bain (a), acide chrysammique. . . t, 00.
Kau distillée..500, 00.
Mordant : alun.
Couleur : rouge feu.
On alunc la soie à froid et on la plonge à trois reprises dans le bain (a) à la température de 50 à 60“®. (Échantillons n"‘ 1 et 2.)
Tissu.Soie écrue.
Bain (a), auquel on ajoute quelques gouttes d’ammoniaque.
Mordant : alun.
Couleur : rose violacé.
On alunc la soie à froid et on plonge à trois reprises dans le bain à la température de 50 à 60“^ (Échantillon n" 3.)
lit.
Tissu.Soie écrue, étoffe desoie, satin broché;
Bain {b}, acide chrysammique. 2,00.
Eau distillée. 500,00.
Ammoniaque. 5,00.
Couleur : violet scabieuse.
On fait bouillir quelques instants la solution ammoniacale d'acide
chrysammique pour chasser l’excès d’alcali et donner naissance à l’acide chrysammamique. On laisse tiédir ensuite le bain et on y plonge la soie ou le salin à plusieurs reprises , selon l’intensité de la couleur qu’on veut obtenir. L’avivage se fait avec l’acide acétique à étendu de 100 fois son poids d’eau. (Échantillons n"“ 4, 5 et 6.)
Tissu.Soie écrue.
Bain. (a).
Mordant : 1 “ Sel double de crème de tartre et de protochlorure d’étain ; 2“ acide tartrique et protochlorure d’étain.
Couleur : bleu de ciel.
Lorsque le bain (a) est en pleine ébullition , on y verse une solution aqueuse et concentrée du sel double jusqu'à ce qu’il se produise une teinte violette très-sensible ; on ajoute ensuite une solution récente d’acide tartrique et de protochlorure d’étain , puis enfin quelques gouttes d’ammoniaque et le bain est alors tourné au bleu. On procède à la teinture de la soie comme précédemment et on avive avec l’acide tartrique en solution étendue. (Échantillon n'’7.)
Les nuances intermédiaires s’obtiennent en variant un peu les mordants : c’est ainsi qu’en employant un bain chrysammique tourné au violet par le sel double on obtient les diiïérents tons du lilas (échantillon n" 8). Les nuances rosées se produisent en alunant fortement la soie et le bain ; les nuances Corinthe en ajoutant au bain un excès d’acide tartrique. Enfin lorsqu’on veut communiquer un éclat mordoré aux couleurs déjà fixées sur l’étoffe, il suffit de passer la soie dans une solution tiède de chrysammate de potasse. Toutes ces teintures, surtout le violet scabieuse, sont très-solides. Cette dernière, loin de passer au soleil, devient, au coniraire , plus foncée ; les acitles tartrique, citrique et acétique n’agissent pas sur elle, à moins qu’ils ne soient très-concentrés. L’acide chlorhydrique étendu ou concentré la détruit ; il en est de même du chlore. Un morceau de soie violette plongé dans l’acide sulfurique concentré est réduit en une bouillie
jaune sale clans lac|uolle cependant la matière colorante n’est pas détruite , il sulïit d’ajouter immédiatement un grand excès d’eau pour voir reparaître la couleur violette presque sans altération.
On peut utiliser, pour la teinture en jaune, les eaux mères d’où l’acide chrysammiquc! a été séparé et qui contiennent de l’acide chrysolépique. La coloration jaune d’or obtenue ((échantillon n" 9) est trèssolide, mais l’étoffe est toujours plus ou moins fatiguée.
Lorsqu’on lave dans une eau légèrement alcaline, les soies teintes en jaune par l'acide chrijsolépique, on obtient de très-belles nuances bois et aventurine à reflets dorés (échantillon n“ 10). Enfin si on plonge dans le bain chrijsolépique les soies teintes en bleu par l’acide chrysammiquc, on produit des teintes vert pomme et vert émeraude très-solides (échantillons n"* 11 et 12).
ACTION ne L> CHAUX CAUSTIQUE SUR UE SUC d’aLOÈS.
§ VIII. — On a vu dans le paragraphe précédent, comment j’avais été amené à essayer l’action de la chaux caustique sur l’aloès, je n’ai plus (|u’à décrire les phénomènes qui s’accomplissent dans cette circonstance, ainsi que les principales propriétés du liquide auquel j’ai donné le nom d'aloïsol.
Voici le mode de préparation qui m’a le mieux réussi :
Aloès. .100,00
Chaux caustique. . . '..W.OO
On réduit ces deux substances en poudre fine et on les passe ensemble au tamis de soie; de cette manière le mélange est bien plus intime et la réaction s’accomplit plus nettement. Il est bon également de ne pas employer des proportions plus fortes que colles qui sont indiquées afin d’éviter la formation de produits secondaires qu’il est très-difficile ensuite de séparer. La poudre est introduite dans une petite cornue de grès ou de verre lutée , munie de son récipient ; on chauffe très-modérément , jusciu’à ce qu’on voie se dégager des fumées blanches accompagncies (,1<! gaz inflammables : à ce moment on retire le feu et on laisse
l’opération continuer d’elle-môme. La réaction est alors très-vive , l’appareil se remplit tout à coup de fumées blanches et opaques; des gaz inflammables se dégagent en abondance, il se fait dans l’intérieur de la cornue une sorte de trépidation et on voit suinter sur les parois de l’allonge des gouttes huileuses de couleur citrine. Il faut avoir soin de refroidir sans cesse le récipient pour empêcher les vapeurs d’entraîner avec elles ce produit huileux presque entièrement formé A’aldisol. Il est surtout important de ne pas chercher à diminuer la durée de cette première partie de l’opération en chauffant davantage, la réaction serait alors tellement violente que l’appareil sauterait en éclats. Lorsque le dégagement de gaz et do vapeurs a cessé le liquide huileux distille sans mélange de produits gazeux. On peut à ce moment augmenter la température sans inconvénient, on ayant soin toutefois de la régler de telle manière que la liqueur passant à la distillation ne tombe que goutte à goutte. On arrive ainsi progressivement justju’cà la chaleur rouge, mais au delà de ce terme, il ne distille plus qu’une eau laiteuse à peine chargée à'aldisol. On sépare alors les produits condensés dans le récipient et on donne un violent coup de feu. Dans cette seconde phase de l’opération , il se passe des phénomènes semblables à ceux qui se produisent lorsque dans la distillation sèche, de l’aloès pur on a atteint la température de 140®“. Pour en revenir à la première partie de la distillation avec la chaux , je dois ajouter (|ue Valdisol sc formant en trèspetite quantité, il est indispensable de répéter cin(| ou six fois la même opération et de réunir les produits dans un seul flacon hermétiquement bouché. Après douze heures de repos, les liquides obtenus se séparent en (leux couches bien distinctes : la première est formée A’aldisol encore impur et très-acide qui occupe la partie supérieure ; la seconde est une eau acide et légèrement opaline. Il arrive aussi quelquefois qu’au fond du vase , il se trouve quelques gouttes d’une huile jaune verdâtre non volatile , entraînée à la distillation avec les vapeurs. On enlève avec une pipette la couche à’aldisol et on l’agite avec de l’eau de baryte jusqu’à ce que toute réaction acide ail disparu : on le dessèche ensuite en le mettant en contact pendant plusieurs jours avec du chlorure de calcium dans des tubes scellés à la lampe afin d’éviter une réoxydation. Pour obtenir
Valdisol parfaiternenl pur, il ne reste plus.qu’à le distiller une ou deux lois au bain d’huile et à recueillir seulement la portion passant à 130"'. Comme l'alo'isol absorbe l’oxygène de l’air avec une grande facilité surtout à la température de 130"', on devra séparer le premier tiers du produit distillé et le réserver pour l’analyse. Le derniejç tiers sera suiïisamment pur pour servir à l’élude des produits de réaction. Les tubes dans lesquels auront été recueillies l’une et l’autre de ces deux parties seront scellés à la lampe et conservés à l’abri de la lumière solaire. Cent parties d’aloès ne donnent qu’une partie i\’aldisol con^plétement pur.
1. Propriétés de l’alo'isol. — Préparé d’après la méthode qui vient d’être indi(|uée , Valoisol normal .se présente sous la forme d’un liquide incolore ou d’un jaune ambré très-pâle ; il possède une odeur vive et pénétrante qui rappelle à la fois celle de l'huile de pommes de terre et de l'essence damandes amères; il est complètement insoluble dans l’eau et se dissout en toutes proportions dans l’alcool et l’éther. L’aldisol bout à 130"; sa densité à l’état liquide et à -f- 15" est de 0,877; un froid de — 20“" ne le solidilie pas.
iJaloisolse comporte chimiquement comme un aldéliyde ; ainsi ,, il absorbe l’oxygène de l’air avec une telle rapidité qu’il sullit de le verser d’un vase dans un autre pour qu’il s’aciditie très-sensiblement cl rougisse le papier de tournesol.
Mis en contact à l’état anhydre avec le gaz ammoniac sec, il l’absorbe rapidement si la température est très-basse, et se transforme en un liquide huileux soluble dans l’alcool, mais insoluble dans l’éther et dans l’eau.
Ce liquide huileux , qui est .sans doute Valoïsol ammoniacal , est si peu stable qu’à 1 ou 2"' au-de.ssus de 0”', il se sépare déjà en aldisol et en gaz ammoniac qui se dégage. Si on ajoute un peu d’acide sulfurique refroidi à do ïaloisol ammoniacal plongé dans un mélange réfrigérant, il ne se manifeste aucune réaction; mais dés que ces deux corps sont soustraits à l’influence du froid, il se produit une action chimique très-vive et un voit se séparer une grande quantité d’alo’isol.
Pour obtenir l’uloisul ammoniacal, il suflit de faire passer un courant
de gaz ammoniac sec dans une soluliori clhérée anhydre d’aloïsol entourée d'un mélange léfrigérant. On voit bientôt tomber au fond du vase une huile très-fluide à la température de — 20““ et qui ne peut être conservée que sous l’influence d’un grand froid ou d’une forte pression.
Si on relire Valdisol^ammoniacal du mélange réfrigérant et qu’on l’expose à l’action d’une température de 1 ou 2““, il se sépare en gaz ammoniac qui se dégage et en aloïsol normal qui disparaît dans la liqueur éthérée. Rn faisant passer de nouveau dans cette solution un courant de gaz ammoniac, on reproduit encore faloïsol ammoniacal, lequel se décompose de nouveau eh ses deux éléments, de sorte qu’on aurait ainsi une série de combinaisons et de décompositions, pour ainsi dire illimitées. Je n’ai pu vaincre les dilïicultés inhérentes à l’analyse d’un composé aussi éphémère, et il m’a été impossible de mesurer exactement le volume de gaz ammoniac que l’atoïsol absorbe lorsqu'on le met en contact avec ce dernier, sous le mercure. En effet, l’absorption n’a lieu que par un froid de . - 20““ environ, de sorte que si, au moment où le niveau ne change plus, on enlève le mélange réfrigérant qui entoure la cloche; le gaz ammoniac s'est en grande partie séparé de la combinaison avant qu’on ait eu le temps de lire la division.
Lorsqu’on chauffe légèrement dans un petit ballon ou un tube de verre un mélange d’aloisol en solution alcoolique, d’ammoniaque et de nitrate d’argent, on voit les parois du vase se tapisser d’une couche d’argent métallique qui du jour au lendemain prend un aspect miroitant. En variant les doses du sel d’argent, on obtient des dépôts métalliques de nuances très-variables, mais se rapprochant plus on moins du violet et du bleu. Il est à remarquer que les diverses teintes ne se produisent (|ue si l’argent s’est déposé eh couche assez mince pour être facilement traversé par la lumière. On ne saurait donc admettre l’opinion des physiciens qui prétendent que l’or seul a la propriété de laisser passer les rayons bleus lors(ju’il présente une grande minceur. Déjà on a vu au paragraphe I de ce chapitre que l’or réduit par l’aloés présentait, à s’y méprendre, l’aspect de l’argent métallique ; j'ajouterai que si on place entre l’œil et la lumière un tube tapissé d'une pareille couche d’or, on
remarque que les rayons violets traversent seuls l’enduit métallique , ainsi que cela a lieu quelquefois pour l’argent. Je crois qu’il serait mieux de dire que ces métaux agissent simplement sur la lumière comme lames minces. La couleur que l’or ou l’argent affectent dans ces circonstances ne dépendrait plus alors de la nature du métal , mais de l’épaisseur de la couche déposée. M. Dpcquerel (1), en recouvrant divers métaux de couches très-minces d’oxyde de plomb a obtenu les colorations les plus variées : d’un autre côté, M. Dul’ÂSQuiEii (2) a prouvé qu’un grand nombre de corps opaques métalliques ou non métalliques produisaient une couleur bleue constante lorsqu’on les tenait en suspension dans l’eau à l’étal de poudre impalpable. Il en résulte que la couleur affectée par un corps 0 [)aquc amené à un grand état de division ne dépend pas de sa nature, mais de son épaisseur.
Souvent les aldéhydes se changent spontanément en corps isomères dans lesquels la molécule se trouve plusieurs fois condensée. J’ai vainement essayé d’obtenir avec l’a/oïso/de semblables transformations, et je n’ai pas mieux réussi à préparer un hydrate en suivant la méthode au moyen de laquelle M. Bussv (3) s’est procuré \’œnanlhol hydraté.
IJaldisol, exposé au contact de l’air, en absorbe l’oxygène avec rapidité : il se colore en rouge brun, se transforme en un acide plus lourd que l’eau, auquel je donnerai le nom d’«dt/e aloïsûiue. On peut rendre ce |iliénomène d’oxydation plus sensible en s’y prenant de la manière suivante : au fond d’un verre à expérience, on place un morceau de potasse caustique qu’on arrose légèrement d’éther, puis on verse par-dessus, avec précaution, une certaine quantité d’eau qui ne peut alta(|uer la potasse qu’au tant que l’éther est déplacé: celle substitution dos deux liquides s’opère assez lentement pour qu’on ail le temps d’ajouter autant d’eau qu’il est nécessaire ; on est certain alors que les couches supérieures ne contiennent pas d’alcali. On verse ensuite quelques grammes d'aloïsol
(1) Comptes-rendus de l'Ac. des Seiences. 1843, t. XVII, p. 1.— 1844, t. XVIII, p. 197.
(2) Mémoire déjà cité.
(3) Journ. de Pharm., 3' série, t. VIII, p. 321.
qui, étant plus léger que l’eau , se tient à la surface ; mais bientôt, subissant l’action oxydanle de l’air, il se transforme on acide aloïsique ; celui-ci, traversant le liquide sous forme de larges gouttes rougeâtres, tombe au fond du vase et disparaît dans l’excès d’alcali dont les couches inférieures sont saturées.
Si, au lieu d’abandonner Valdisol à un mode d’oxydation aussi peu énergique, on le soumet à l’action de 1 acide azotique, de l’oxyde de cuivre, de l’acide chromiquc ou de l’eau chlorée, il éprouvé une altération bien plus profonde et qui mérite, je crois, d’être mentionnée.
Action de l'acide cliromique sur l’uldisoL Dans une très-petite pipette j’introduisis 2 à3 grammes d’a/oïso/; les deux extrémités effilées furent recourbées parallèlement à elles-mêmes et les pointes brisées. Je fis tomber la pipette dans une petite cornue contenant une solution faite avec tO»'' d’acide cliromique cristallisé, et d’eau. Le bec de la cornue était effilé et recourbé à angle droit à la lampe; un tube bouché par un bout servait de récipient et plongeait dans l’eau froide. Je chaulfai alors graduellement la solution cliromique; le liquide contenu dans l’intérieur de la pipette dilaté peu à peu par l’action de la chaleur, s’échappait par les deux extrémités, se mêlait à l’acide cliromique et subissait ainsi trés-lenteme.nt son influence. Pendant une demi-heure que dura la réaction , il se produisit un dégagement constant de vapeurs d'eau el d'acide carbonique en môme temps qu’il se répandit une odeur très-sensible d’amandes amères. L’eau condensée dans le récipient était laiteuse, très-odorante et nullenientacide. Pensant qu’il s’éiait formé del’essence d’amandes amères, et désirant en obtenir une plus grande quantité, je recommençai l’opération avec 10®''- d’aloïsol divisés en deux pipettes, et je me servis du môme récipient contenant encore l’eau laiteuse recueillie à la première distillation. Le liquide obtenu était tellement opaque qu’il ressemblait à du lait ; je l’agitai avec un peu d’éther qui l’éclaircit sur-lechamp. La solution éthérée fut décantée, puis abandonnée au contact de l’air dans une petite capsule de verre : il ne resta, quelques instants après, qu’une légère couche huileuse qui, au bout de deux ou trois jours, fut transformée en petites aiguilles aplaties et prismatiques faciles à reconnaître pour de Vacide benzoïque.
I-orsqii’au lieu (l’ijne soluiion d’acitle chromique on emploie l’oxyde de cuivre, on donne naissance à la môme réaction; seulement il fbul employer un grand excès d’oxyde et chauffer jusqu’à ‘200“®.
Il esl évident, d’après ce qui précède, que Valoïsol, sous l'influence de l'acide chromique ou de l'oxyde de cuivre, esl transformé en eau, acide carbonique cl essence d'amandes amères.
La formule suivante rend , du reste, parfaitement compte de la réaction :
+ 0“ = C“tl®0’ + C*0» 4- H'O*.
c’est-à-dire (pie deux équivalents d'aloïsol, plus six équivalents d’oxygène, donnent un équivalent d’essence d’amandes amères,, plus deux équivalents d’acide carbonique, plus six équivalents d’eau. L’acide nitrique faible convertit également l'aloïsol en essence d’amandes amères , mais comme les produits recueillis à la distillation sont nécessairement acides, Je ne pouvais être convaincu de la formation de l’essence, et j’étais plutôt porté à croire qu’il s’était formé de \'acide cyanhydrique. Si l’acide nitrique est concentré, l’action est tellement vive qu’il y a une sorte d’explosion : il se produit une huile épaisse cl goudronneuse presque entièrement formée d’acide aloïsique, qui disparaît bientôt à son tour et se trouve convertit; en acide picrique et en une résine d'un beau rouge orangé imprégnée d’une forte odeur d'amandes amères, etenireméléede cristaux d'acide oxalique. Je n’ai pu rcmar(|uer dans ces derniers produits d’oxydation la présence de Vacide benzoïque, sans doute entraîné par les vapeurs nitreuses.
L’eau chlorée transforme Valdisol en acide aloïsique sans qu’il paraisse se former d’autres corps ; il se développe simplement une légère odeur d’amandes amères.
II. Jnedyse de l’aloïsol. — L’analyse de Yaldisot présente quelques difïicutlés, quoique son point d'ébullition soit assez élevé. Pour peu que l’oxyde île cuivic (|ui entoure l’ampoule dépasse une certaine teral)ératnrc, il se produit des vapeurs d’aldisol en quantité très appréciable, et dont on reconnaît la présence à une légère odeur d’amandes amères et d’alcool amylique qui se tiéveloppe aussitôt. Comme d’un autre côté , lorsque j’employais de l’oxyde moins chaud, j’avais toujours
un excès d’eau, je pris le parti d’envelopper d’amiante les ampoules et de les introduire, ainsi préservées, dans le tube .< analyse. Pour éviter une perle de temps, le tube était rempli d’avance, aux trois quarts, d’oxyde, et abandonné au refroidissement à l’abri du contact de l’air. J’introduisais ensuite l’ampoule entourée d’amiante, et il n’y avait plus alors qu’à verser le reste de l’oxyde de cuivre et à étirer l’extrémité du tube à la lampe, ainsi que cela se pratique d’ordinaire :
1 — 0,4,10 de matière ont donné 0,292 d’eau.
11. — 0,635 de matière ont donné 1,428 d’acide carbonique et 0,449 d’eau.
Il[. 0,389 de matière ont donné 0,860 d’acide carbonique.
IV. — 0,197 de matière ont donné 0,439 d'acide carbonique et 0,139 d’eau.
D’où on a 0/0 :
Poids de