‹ Recherches sur le système nerveux des poissonChapitre 18 sur 46 · DE LA MOELLE DES POISSONS OSSEUX · texte numérisé non relu

DE LA MOELLE DES POISSONS OSSEUX

La moelle, cette partie de l'axe nerveux central qui s'étend dans l'intérieur du canal vertébral à partir de l'extrémité postérieure du quatrième ventricule ou de l'origine des nerfs pneumogastriques, présente en général, chez les Poissons osseux, la forme d'un cordon cylindrique qui va en diminuant graduellement de diamètre, d'avant en arrière, pour prendre un aspect filiforme en approchant de sa terminaison. Elle est revêtue d'une membrane mince (pie-mère) contenant, chez beaucoup de Cyprins, un pigment noir. Lorsqu'on enlève cette membrane, on aperçoit sur la face inférieure un sillon médian très peu marqué, le sillon longitudinal inférieur, et sur la face supérieure un autre sillon médian, le sillon longitudinal supérieur. Les racines spinales antérieures naissent à quelque dislance du sillon inférieur, les racines postérieures sont près du sillon supérieur. Dans un certain nombre de Poissons osseux (Labre, Gardon, Perche, Baudroie, Nase), la moelle avant de se terminer, est pourvue sur son trajet d'une sorte de renflement ganglionnaire. Chez la Perche, la face antérieure est plane et même légèrement déprimée en gouttière; la face postérieure est convexe avec un sillon médian assez profond. La moelle affecte vers son extrémité postérieure, la forme d'un ruban très aplati, graduellement rétréci jusqu'à l'extrémité. Un peu

(I) Celte preuve à elle seule serait de peu de valeur.

(i) f'i. viii.ng. 11.

DK LA MOELLK DES i'OlSSONS OSSEUX. 9'.»

avant sa terminaison, ce ruban offre sur sa face inléricure un petit renflement semi-ovalaire; au delà, il se continue en un filet très grêle de 2 millimètres environ de longueur. A quelques millimètres au-dessus de ce renllomentjl existe plusieurs paires de nerfs d'un volume plus considérable que les précédentes et que les suivantes; ces paires sont pourvues d'un ganglion volumineux situé à certaine distance de la moelle, par suite de rallongemeut des racines. Dans le Gardon, la moelle conserve un volume assez considérable jusqu'aux approches des deux ou trois derniers ganglions pour ensuite s'effiler peu à peu. Au delà de la dernière paire de ganglions spinaux, elle devient très mince, mais elle se renile presque aussitôt pour former le ganglion terminal, rendement dont la convexité, de même que chez la Perche, est tournée vers la face inférieure. Chez le Gadus Pollachius, la moelle présente aussi un reiillement terminal. Chez la Lote, les cordons antérieurs de la moelle s'aperçoivent nettement sur presque toute son étendue; la portion effilée qui la termine offre dans une longueur de plusieurs centimètres (5 à 6 sur un individu de taille moyenne), une série d'étranglements successifs qui rappellent jusqu'à un certain point l'aspect de la chaîne nerveuse des Animaux articulés. Des nerfs émergent de chacun de ces renflements. Chez le Nase, la moelle épinière se termine par un renfiement nerveux très marqué, dont l'extrémité porte un filament. Les ganglions qui avoisinenl la pailie inférieure de la moelle sont très volumineux. La moelle du Ci/priuus dobiilu a la iiirnie terminaison que celle du Nase. Chez les Trigles, elle se termine par un filet très grêle que l'on peut suivre dans le canal jusque dans la portion supérieure de la nageoire caudale, comme chez les Poissons hétérocerques. On aperçoit en arrière du quatrième ventricule, sur le trajet des cordons postérieurs, plusieurs paires de renflements qui correspondent à des origines nerveuses. La Trifjla adrhitica possède trois renflements réunis entre eux et trois isolés, la Trujla lijra cinq. Des renflements de même nature existeraient aussi chez les Polynèmes, d'après Mûller. La moelle dti Brochet se termine en s'effilant graduellement de manière à finir par un filet d'une extrême minceur ; je n'ai pas vu de renflement terminal. Celle des Lophius et des Orthagorisciis présente des caractères remarquables. Dans la Baudroie (1), la moelle allongée est volumineuse et décroît rapidement d'avant en arrière à partir du pneumogastrique. La portion de la moelle qui lui succède continue également à décroître, de telle sorte que, vers la fin du premier cinquième du canal vertébral, le cordon s'arrête ; vers le milieu du tronc, il se trouve à peu près égal en volume à l'un des premiers nerfs spinaux : à partir de là, sa décroissance est assez faible; néanmoins il devient toujours de plus en plus grêle. J'ai pu le suivre ainsi jusqu'à la racine de la nageoire caudale, où il se termine par un renflement grisâtre, fusiforme, aplati d'avant en arrière, et présentant sur sa face antérieure un Iractus blanchâtre, qui forme la continuation du cordon médullaire. Ce renflement grisâtre se termine en arrière par un filet nerveux blanchâtre. La moelle ainsi constituée, m'a paru émettre des nerfs dans tout son trajet; seulement ces nerfs deviennent extrêmement grêles au niveaude la portion rétrécie de la moelle. Dans cette dernière partie, le cordon médullaire se trouve renfermé dans l'intérieur du faisceau formé par les racines spinales qui sont ici très longues, et représente une sorte de queue de cheval. Chez les Cyclostomes, la moelle épinière est aplatie

(1) Les divers auteurs (Arsakyi, Leun^t et Graliolet, Stannius) qui ont parlé de Li moelle des Lophiiis décrivent tous retic moelle comme 1res courte et se terminant à une faible dislance du cerveau. M. Vulpian est le premier, je crois, qui n'ait point commis cette erreur et qui ail reconnu que la moelle s'étend beaucoup plus loin en s'amincissant.

d'avant en arrière à la façon d'un ruban : elle est élastique et extensible. Dans l'Ammocète (larve du Pclfomyion Planeri) où je l'ai étudiée, elle forme un cordon qui s'étend en diminuant insensiblement de largeur jusqu'à l'extrémité du corps(i). Elle offre les mêmes caractères dans les Pctromyzon marinus et flimatilis. « Dans l'Amphioxus, dit Owsjannikoff, la moelle, aplatie dans sa portion moyenne, un peu plus épaisse en avant, se termine en arrière par un long fdament creux qui n'est point composé de fibres nerveuses, mais de cellules cylindriques faisant suite à celles qui tapissent intérieurement le canal central de la moelle. Vers l'extrémité antérieure, on aperçoit une fosse ovale dans laquelle s'ouvre le canal médullaire. Cette dépression ayant quelque ressemblance avec le quatrième ventricule des autres Poissons est revêtue de cellules épithéliales. Les parties situées en avant et sur les côtés correspondraient au cerveau. Contrairement ;i une opinion précédemment émise, la moelle est" uniforme dans toute son étendue, ses bords sont droits et sa surface dépourvue de toute espèce de renflements. On trouve intimement unie à sa surface, une membrane très mince, riche en éléments celluleux, vraiment comparable à la pie-mère des autres Vertébrés. »

Des rappoiis fjénéraux de la substance blanche, de la substance fjrise et du. canal central. — La moelle des Poissons, de même que celle des animaux supérieurs, se compose de substance blanche et de substance grise. Les contours de la substance grise ne restent exactement les mêmes ni dans toute la région de la moelle, ni chez tous les Poissons. Quelques anatomistes faisant usage d'une comparaison déjà employée au sujet des Mammifères, ont assimilé la forme de la substance grise à celle d'une H majuscule ; d'autres, tels que M. Stieda, l'ont comparée à une croix verticale. Pour donner à ce rapprochement plus de latitude, je supposerai la forme de la substance grise semblable à une étoile à six branches inégales, irrégulières et inégalement espacées, étoile dont le centre répondrait au canal central. Deux de ces branches sont dirigées suivant l'axe vertical de la moelle, la branche située au-dessous du canal central, mince, effilée vers le bas, s'étend jusqu'à la pie-mère du sillon longitudinal inférieur, la branche verticale supérieure vers le sillon supérieur; les quatre autres branches sont obliques : deux sont dirigées de haut en bas vers le point d'implantation des racines inférieures, ce sont les cornes inférieures; les deux autres de bas en haut vers le point d'implantation des racines supérieures ; on peut leur appliquer le nom de cornes supérieures.

En outre des prolongements fondamentaux que je viens d'indiquer, on voit naître des contours de la substance grise, des prolongements secondaires qui s'irradient vers la surface extérieure de la moelle; ces prolongements constituent des faisceaux rarement indivis, le plus souvent ramifiés, qui s'étendent jusqu'à la pie-mère, où ils se terminent en s'élargissant un peu. En s'anastomosant entre eux, ces faisceaux constituent une sorte de réseau à larges mailles dans lesquelles se trouvent circonscrite la substance blanche ; celle-ci forme donc ainsi des îlots plus ou moins séparés.

Tels sont les rapports généraux de la substance grise et de la substance blanche. Ces rapports peuvent offrir des variations légères, soit dans les différents points de la moelle d'un même Poisson, soit chez des Poissons d'espèces différentes; mais ce sont là des particularités d'ordre secondaire

(,1) D'après Valentin, la moelle épinière des Chimères serait également rubanéc et élastique dans sa partie postérieure.

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