CHAPITRE PREMIER
LÉSIONS DE l'axe SPINAL ET TROUBLES FONCTIONNELS CONSÉCCTIFS.
L'axe spinal, constitué ainsi que nous l'avons indiqué, est un composé d'éléments nerveux multiples qui, au point de vuean«-
RAPPORTS DES LÉSIONS ET DES TROUBLES FOHCTIOHNELS. 5ifi.
toinique, pourrait être défini : Y ensemble des cellules spinales (cellules des cornes postérieures antérieures et centrales) reliées entre elles et reliées à la substance grise de la couche optique et du corps strié; et au point de vue purement physiologique, le substratum organique à l'aide duquel se révèlent les phénomènes inconscients et automatiques (pi. II et III).
On peut donc lé considérer d^une façon synthétique comme formé par des réseaux de cellules combinées entre elles à Faide de processus antéro-postérieurs dirigés presque horizontalement, et rattachés aux régions supérieures à Taide d'une série de fibres ascendantes secondaires. On comprend comment cette simple disposition organique des parties permet d'établir des divisions très-naturelles dans Texposition de ses manifeslalions morbides ; aussi allons-nous successivement passer en revue :
I. Les troubles fonctionnels qui surviennent lorsque les régions véritablement actives de Taxe spinal (les diverses catégories de cellules) sont directement en jeu.
IL Ceux qui sont consécutifs aux lésions propres des Tibres verticales ascendantes.
Nous allons donc examiner successivement, les lésions de la substance grise spinale, puis celles des fibres blanches qui en émergent.
m. D*un autre côté, il est bon de remarquer que Taxe spinal, mesure qu'il se constitue de bas en haut par la juxtaposition et à la stratification d'éléments nouveaux, présente dans sa conteiluré des modifications profondes. Si, d'une part, les fibres secondaires postérieures, latérales et antérieures, s'entrecroisent en partie ta niveau de la région bulbaire (pi. II et III), d'une autre part, au niveau de la région de la protubérance, un élément nouveau vient s'adjoindre à elles, et se combiner, comme un contingent' supplémentaire, avec la masse nriéme de tous les éléments spi-, naux : ce sont les expansions terminales des fibres pédonculaires cérébelleuses.
On comprend donc comment^ lorsque des lésions variées viennent a intéresser les divers systèmes d'éléments nerveux dont l'ensemble constitue l'axe spinal, des troubles fonciionneb très** dissemblables peuvent successivement apparaître; ,commeni^. lorsque ce sont les régions supérieures qui sont désorganisé»^
5ia XtSIONS BB LA 8UBSTARCB GRISE SHIOLE.
(la protubérance en particulier, dont la substance grise représente la sphère de l'activité cérébelleuse) , des phénomènes morbides nouveaux peuvent venir se surajouter, et masquer les caractères propres des perturbations fonctionnelles d'origine purement spinale (phénomènes convulsifs) ; comment, en un mot, les lésions des segments supérieurs de Taxe spinal (pL VIII, IX et X) peuvent se révéler par une symptomatologie excessivement variable, puisqu'il suffit qu'elles s'étalent de quelques millimètres, soit en avant, soit en arrière, pour intéresser différentes catégories de fibres nerveuses centripètes (lésions diverses du quatrième ventricule), et même les foyers dMnnervation qui entretiennent le jeu des grands appareils de la vie organique (!)•
§ 1*'. — liéMtoM» de la «iilNiUuiee crise spfaMde»
Les études anatomiques et physiologiques que nom avons successivement exposées nous ont montré que la substance grise de Taxe spinal était essentiellement constituée par deux systèmes d'éléments nerveux nettenient isolés, quoique pouvant, dans une certaine mesure, agir d^une façon synergique :
Que le premier était représenté par l'ensemble des cellules gelatineuses associées, à l'aide de prolongements an téro* postérieurs, aux cellules antérieures qui sont en regard d'elles (pi. XXX¥Iily fig.7).
Que ces groupes d'éléments nerveux, combinés j'un avec l'autre, formaient une série de petits appareils excito-moteurs, régolièrement stratifiés dans toute la hauteur dé l'axe, et isolés physiologiquement par Marshall-Hall, sous le nom d'arcs dtasial» tiques.
Que le second était constitué par l'ensemble des cellules de la région centrale grise, lesquelles, grâce à leurs anastomoses multiples dans le sens vertical, et à leurs connexions avec les différents groupes de cellules ambiantes, devenaient en quelque sorte
(i) On sait en effet que les lésions de la protubérance sont souvent accompignées d*un ralentissement considérable des pulsations artérielles, et de phénomènes asphyxiques. (Vojet le chapitre spécial relatif aux lésions de la protubérance, p. 529 et auiv.)
ATAXIB LOCOMOTRICE. 517
les points de convergence de toutes les réactions dont le système nerveux est le siège, et la région véritablement sympathique.
Nous allons examiner tout d'abord les phénomènes pathologiques qui suivent la dissociation des appareils spinaux purement excito-moteurs.
L Dans les conditions normales du fonctionnement des appa* reils du système nerveux spinal, les actions excito-motrices s'exercent avec une régularité parfaite, en dehors de toute intervention de Tencéphale, et par la seule disposition anatoniique des parties (i). Le stimulus excùo-moteur est transmis des régions périphériques d'od il émane, à Taide des fibres radiculaires posté* rieures, aux cellules des cornes correspondantes, et de là répercuté aux cellules des cornes antérieures, situées en regard des précé-* dentés : celles-ci réagissent à la suite en produisant des réactions motrices coordonnées, tandis que la notion récurrente de l'effet accompli est transmis simultanément au sensorium à l'aide des fibres fasciculées postérieures. Ce sont la des phénomènes con* stants, dont les appareils spinaux à chaque instant du jour sont successivement le siège; ils s*opèrent d'une façon inconsciente et en quelque sorte à notre insu; la régularité et la coordination les caractérisent essentiellement.
Nais lorsque par le fait de la dissociation progressive du sub^ straium à Faide duquel ces fonctions si bien rhythmées s'accomplissent, ou bien, lorsque par suite d'un trouble fonctionnel quelconque (tel qu'un arrêt dans la production de la force excito-motrice, ou un défaut de conductibilité des réseaux par lesquels elle se propage), elles viennent à être suspendues, on Toit apparaître alors une série de symptômes très*significatifs, qui portent principalement sur l'enchaînement des mouvements volontaires, lesquels àewienneniincoordonnés. Ce sont ces troubles particuliers des facultés réflexes que Ducbenne (de Boulogne) a
(1) Il est à noter que chex l'homme» comme chet les animaux mis en expérience, les actions excito-motrices s'exécutent parfaitement bien lorsque la moelle a été séparée de l'encéphale. Chei un sujet dont la moelle avait été interrompue dans sa continuité par une fracture du rachis, au niyeaa de la région dorsale. Doyen a pu constater l'abolition complète de la transmission des impressions conscientes et U persistance des actions réaexcf . (fiulktim ijk la Société onaiomique^ 1367, p. 21.)
ilè LÉSIONS Di Là substaucb grise spinale,
très-heureusement isolés et décrits dans ces derniers temps, sou la dénomination A*ataxie locomotrice (1). • En effet, les individus devenus ataxîques accomplissent leurs mouvements d^une façon bizarre. Veulent-ils marcher, ils pn>* jettent follement leurs muscles en avant, en frappant fortement h sol avec leurs talons-, ces mouvements sont, ainsi que le dit Duchenne (de Boulogne) (2), quelquefois tellement brusques et violents, que le corps en est ébranlé à chaque pas et qu'ils ea perdent Téquilibre. Plus tard, s'ils veulent faire quelques pas, on les voit agiter violemment leurs membres de la manière la plus étrange sans pouvoir les diriger. Veulent-ils faire acte de leurs membres supérieurs et de leurs mains, ils décrivent pareillement une suite de mouvements disharmoniques, sont maladroits, ne saisissent qu'après une série d'oscillations les petits objets dont ib veulent s'emparer, et même en projetant ainsi en différents sens les différents segments de leurs membres, arrivent à se frapper eux-mêmes et à se donner des souflletSy ainsi qu'il résulte d'une observation rapportée parHutin (3).
Que se passe-t-il dans ces cas, et quels sont les éléments nécessaires k l'accomplissement physiologique des fonctions locomotrices qui viennent à faire ainsi accidentellement défaut?
L'incitation de la volitiou, descendue des régions supérieures encéphaliques, rencontre alors une série d'appareils spinaui excito* moteurs dont les éléments dissociés (par le fait même de la propagation passive de la dégénérescence des racines posté* rieures, voy. page A87) ont cessé d'être rattachés, comme dans les conditions physiologiques, au sensorium. La volonté commande encore d'une façon régulière, parce que les fibres fascieulées antérieures ont été respectées (pK IV, fig. 6 [//], et pi. III, fig.2 {9 et 10]); mais les notions de l'effet accompli, et de la réaction consécutive des différents arcs spinaux diastaltiques^ a cessé de remonter au sensorium par le fait de la dégénérescence des fibres fascieulées postérieures (pi. III, fig. 1 [6]). Les stimulations de la volition sont par conséquent régulièrement transmises et
(1) Àrchivei générales de médecine^ 1859, 1. 1., p. 3S.
(S) De réketriêotum ioeaiisée, 2« édit., Paris, 1861, p. 555.
(3) BHlleHm d» iû SoeOtê tmatamique. Parts, 1827.
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irrégulièrement traduites. Seulement, au moment oii elles entrent en conflit avec la sphère de Tactivité automatique, loin de rencontrer les arcs spinaux en bon état, comme des appareils toujours montés qui n'attendent, pour entrer en action, que l'arrivée de la cause provocatrice de leur réaction, elles ne trouvent plus qu'un mbstratum délabré, dont les éléments dissociés n'offrent plus ni rharmonie, ni la solidarité de leur constitution primitive. Ainsi n'expliquent :
a. L'intégrité de la transmission du stimulus de la volition avec son instantanéité et sa force physiologique, puisque les faisceaux spinaux antérieurs sont respectés, et que les foyers de Tînnervation cérébelleuse périphérique avec lesquels ils sont en connexion ne sont pas éteints (pi. IV, fig. 5 [/, g\).
b. La multiplicité des phénomènes ataxiques, qui varieront entre eux, suivant que la dégénérescence qui les provoquera siégera dans tel ou tel segment de l'axe spinal.
c. L'extinction progressive des impressions de la sensibilité inconsciente (par le fait de la dégénérescence passive des différents éléments spinaux), et l'influence compensatrice que prennent à leur place certaines impressions homologues inconscientes, les impressions optiques excito-motrices en particulier.
Celles-ciy véritables succédanés des impressions sensitives, arrivent en effet, au bout d'un certain temps, à acquérir une influence slimulatrice telle sur les cellules motrices antérieures« qu^elles commandent leurs réactions automatiques au lieu et place des sensitives qui se sont peu à peu éclipsées, et suffisent presque seules à entretenir Taccomplissement journalier de certains actes; locomoteurs. Vient-on, en effet, à les supprimer tout d'un coup, les malades, privés subitement de ce dernier contingent d'incita^ tion excito-motrice, ou bien chancellent sur leurs jambes, ou bi«n sont frappés d'une telle incertitude dans leurs mouvementSi qu'ils ne peuvent plus progresser.
d. L'apparition de ces douleurs si caractéristiques, qui se révèlent lorsque les régions postéro-latérales de l'axe spinal, ou bien lorsque les fibres dolorifères des racines postérieures (intéressées par le travail de désorganisation qui frappe sur leurs congénères excito-motrices) viennent à leur tour à être envahies isolément.
e. Les troubles généraux qui surviennent enfin du o6lé des