I. Les observations de vices de conformation de Tencéphale
constatés chez de jeunes enfants à une époque très-rapprochce de la naissance, déposent encore en faveur de notre manière de voir :
Ainsi, Breschet (1), chez un enfant qui ne vécut que cinq jours, constata que le cerveau n*élait représenté que par une couche mince de substance nerveuse, occupant les fosses moyennes et latérales du crâne ; il n^y avait ni couches optiques, ni corps strié.
Chez un autre qui ne vécut que onze jours, Thémisphère gauche était représenté par une poche membraneuse; la couche optique et le corps strié n'existaient plus qu'à l'état de vestiges.
Chez un enfant de trois ans, faible, petit, continuellement couché, par suite d'une faiblesse très-accentuée de tout le côté droit, lliémisphcre cérébral gauche fut trouvé imparfaitement développé; la couche optique et le corps strié du côté correspondant étaient atrophiés.
Cruveilhier (2), chez un enfant de neuf mois, qui offrait une disparition presque complète des lobes cérébraux, constata pareillement une atrophie concomittante des couches optiques.
IL Si maintenant, nous passons à Texamen des lésions accidentelles survenues dans la structure du cerveau, pendant le cours de la vie, nous voyons les mêmes lésions enchaînées se produire, et les dégénérescences des régions périphériques retentir également sur la nutrition des régions centrales.
Voici le résumé de quelques observations que nous avons réunies sur ce sujet :
Obs. XXVI. — Homme, soixante-dix-sept ans. Hémiplégie ancienne; mouvements convulsifs, etc. Membranes épaissies et légèrement opaques ; la pie-mère, en arrière est unie d'une façon assez intime à la substance céré* braie, on ne peut Ten détacher que difficilement ei par petits lambeaux; les régions postérieures de chaque couche optique sont le siège de foyers de ramollissement. (Andral, Clinique^ t. V, p. 557.)
Obs. XXVII. — Ramollissement de la couche corticale du cerveau, occupant les lobes moyens et supérieurs du côté droit ; la couche optique corres-
(1) Breschet, De? vices de conformation de V encéphale (Archives de médecine, t. XXV, 1831, p. /i55).
(2) Anatomie pathologique du corps humain^ VHI'livr., in-folio.
610 ANATOlilfi PATHOLOGIQUR SPÉCULB.
pondante présente un ramollissement eonoommitant. (Rostan, TtêUé éà ramoUi9iement cérébral^ p. S7.)
Obs. XXVIII. — Il 8*agil d'un aliéné à Taulopsie duquel oo rencoatn une vive injection des méninges, avec ramollissement des régions anlérieuni du cerveau; la couche optique et les corps striés étaient ramollis. (Id., p. 440.)
Obs. XXIX. — Ramollissement du tiers postérieur de rhémisphère gauche; la couche optique correspondante est affaissée, elle contient dans son milin un petit foyer de ramollissement. [Bulletins de la Société anatomiqu^, 1864, p. 4 39, obs. de Potain.) /
Obs. XXX. — Néoplasme du vdlume d'un œuf de canard, dans TépaisMtf du lobe antérieur gauche; ramollissement ci rcon voisin ; le corps strié esta partie ramolli dans sa partie externe et antérieure ; la couche optique, d'an coloration jaunâtre, est un peu molle. [Archives générales de médecine^ I8€4| p. 64, obs. II de Lancereaux.)
Obs. XXXI. — Atrophie du lobe cérébral droit ; le corps strié et la coodw optique sont en partie détruits par un ancien foyer hémorrbagique. (Id., obs. III.)
Obs. XXXIÏ. — Femme, soixante-sept ans. Ancienne hémorrhagie sooiméningée ; atrophie de la couche optique correspondante beaucoup plus frih noncée que celle du corps strié. (Obs. de Tauleur, recueillie à la Salpétriën, 1865, no«9.)
Obs. XXXI II. -^ Femme, soixante-cinq ans. Destruction de la subslaMI corticale au niveau du lobe moyen droit; elle est remplacée par un tissa jii^ nâtre in61tré de sérosité (ancien foyer hémorrbagique) ; Tatrophie porte Ml le corps strié et principalement sur la couche optique correspondante. (Idit ^ n°98.)
A ces divers exemples, recueillis ça et là dans les auteurs, not** pouvons encore ajouter ceux que nous avons extraits des remai^ ^ quables recherches de Calmeil sur les maladies inflammatoires fei ' cerveau (!)•
Sur près de cinquante observations, dans lesquelles cet autesr a tenu simultanément compte de Tétat anatomique de la sih^ stance grise corticale, et de celui des noyaux gris centrtf|^ (sauf peut^tre quatre ou cinq exceptions), les couches optiqiMîiC les corps stHés tlont presque toujours intéressés, lorsque lesÉj^ convolutions sont elles-mêmes plus ou moins désorganisées* Ainsi, qtiatid les cireotivolutions sont détrtiites, violacées, tÊff^
(1) CalmeU, 1>n(têéeèHudMeÊmil$»uii(^i^«^ i«tauM firfl.1^
SOLIDARITÉ DRB APPAREILS CÉRÉBRAUX. ftll
UnlCRi dit-il, lés corps striés éi les couches optiqueë sont réduits â rétat de proéminences informes (1) : quand elles semblent atrophiées^ saAs être ramollies, les corps striés et les couches optiques sont rabougris et déformés (2) : lorsque le volume des lobes cérébraux est diminué d'une façon notable, les corps striés et lés coiiahes optiques sont également atrophiées (S).
Eti regard de cette série de fattd eônflrmAtif^ qui tiennent tôils déposer en faveur des idées anatomiques que nous avons émises au sujet de la structure du cerveau^ il est juste dé placer déut faits négatifs qui, par tela même qu^ils sont empruntés à un ÉUleur recommandable, semblent contredire, dans une certaine mesure, le témoignage de ceui que nous venons dé rappeler.
Ces M[i àont empruntés au travail de CazaUvielh; ils coticernèttt les observations II et IV, en voici le résumé t
Ob8. II. *^ (P. 4 4.) Femtne, cinquante et an ans» Paralysie congénitale fc droite ; contraction du bras oorrespendant { aensibililé et intelligence obtdses. Les circonvolutions sont moins développées du côté gauche que du côté droit ; les corps striés et les couches optiques ne présentent pas de différences appré* ciables; les nerfs des membres atrophiés et ceux du côté sain sont également développés,
Obs. VI. — [P. 20.) Femme, vingt-sept ans. Hémiplégie incomplète à droite ; sensibilité et intelligence obtuses ; te metnbre supérieur paralysé est susceptible dé quelques mouvetnents volontaires ; le knembrô infériettr eolt^pondant M de même longueur que son congénère. Altération profbnde de la sabstanoe corticale eveo ramollissement, principalement localisée au lobe antérieur gauche; elle est constituée par une matière jaunâtre, trèsmolle en quelques points et très-ferme en d'autres, avec une multitude de petites cavités kystiques; la ooache optique et le corps strié sont à Véêat narmalt
En analysant avec attention les détails de ces observation!!, On tie peut s^empécher de ret^onnattre, que si elles semblent donner Un démenti a la loi de solidarité des différents dépôts de substance grise, cette exception n'est en réalité qu'apparente.
(1) Lac. mt,i t. H, p. 189.
(2) Uk. cit., i.l, p. 362.
(S) Loci t'it.^U I, p. ASS.
512 ANATOHIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE.
a. Il est dit en effet, dans le récit de Tobservation II, que la couche optique du côté atrophie ne présentait rien d'anormal : mais cette seule assertion est aujourd'hui complètement insuffisante : l'auteur s'est contenté de n'en décrire que la configuration extérieure; il ne dit rien de son intérieur, des variétés de nuances et de consistance que ses diverses régions pouvaient isolément qjjDTrir. Cette lacune est d^autant plus regrettable qu'il a soin d'ajouter que les fibres blanches qui en émergent étaient concurrement altérées; il n^en faudrait pas davantage actuellement pour en induire la dégénérescence passive de quelques centres au moins.
D'une autre part, les nerfs des membres atrophiés sont signalés comme ayant un volume égal à ceux du côté sain. Ce simple énoncé nous porte naturellement à supposer que l'état d'intégrité des cordons nerveux périphériques a pu peut-être contrebalancer l'influence atrophiante irradiée de la périphérie corticale, et contribuer pour quelque chose dans la persistance de Tétat apparent du volume de la couche optique et du corps strié (1).
b. L'autre observation ne nous parait guère plus démonstrative, parce que la lésion qui a frappé sur le lobe cérébral atrophié ne porte, en définitive, que sur sa région antérieure, et qu^une portion considérable de ce même lobe avait été respectée, ainsi qu'en témoigne l'auteur lui-môme (page 22). Il ne s'agit donc pas ici, comme dans l'observation I, d'une véritable atrophie ayant frappe simultanément sur toutes les régions d'un hémisphère, et entraîné à sa suite Tatrophie secondaire des régions centrales : le travail atrophiquc est resté purement local. Il n'est rien dit non plus
(i) Ces noyaux de substance prise qui sont, ainsi que nous l'avons figuré, plaDrlK»!, figure 1, et planche II, les points de convergence communs à l'ensemble des librM convergentes supérieures et inférieures, sont à la fois susceptibles de ressentir k: contre-coup des lésions survemies dans les régions périphériques de tel ou tel sy>U'iDt de libres convergentes. Si, dans la majorité des cas, ce sont les lésions de la >ub>taii«v cérébrale qui portent avec le plus d'intensité sur elles : il n'est piis à dire pour cela que les expansions des autres périphéries sensorielles ne peuvent pas dtt«rmincr, de même, des atrophies consécutives dans les régions centrales où elle* f«* répartissent.
Vrolfk, cité par Andral, rapporte en effet l'autopsie d'un jeune garçon de qo*torie ans, aveugle depuis l'àgc de quatre mois, dont les nerfs optiques atropbirf avaient entraîné l'atrophie secondaire des couches optiques qui ne pressentaient plus que le tiers de leur volume. (Andral, Anatomie pathologique, t. 11, p. 872
de Taspect intérieur, ni même de la conGguralion apparente des diverses saillies de la couche optique. La malade d'ailleurs n'avait que vingt-sept ans : c*est la moins âgée de toutes celles dont l'observation a été rapportée par Cazauvielh ; on pourrait donc en induire avec quelque apparence de raison, que les lésions passives des régions centrales n'ont pas encore eu le temps nécessaire pour se déceler comme dans les exemples précédents, lesquels sont relatifs à des sujets de trente ans, de quarante-deux ans, de cinquante-neuf ans et de soixante-huit ans. Enfin, les membres inférieurs chez elle ne présentaient pas de raccourcissement. Ce fait unique^ qui n'a pas été signalé à propos des autres malades, implique encore la persistance de l'état physique des nerfs péri*phériques et, par suite, leur influence trophique compensatrice sur la nutrition des noyaux centraux où ils viennent se répartir.
Ces observations, réduites a leur juste valeur par une interprétation rigoureuse, ne nous paraissent donc pas contredire les faits anatomiques que nous avons précédemment signalés ; bien plus» elles les confirment puisqu'elles nous montrent que les noyaux de substance grise centrale, rendez-vous général des fibres convergentes inférieures et supérieures, sont également aptes à subir le contre-coup des lésions qui siègent à la périphérie de ces deux systèmes de conducteurs nerveux.
En résumé, il ressort des faits que nous venons de passer successivement en revue, que dans l'immense majorité des cas (36 fois sur 38) , les dégénérescences atrophiques des régions périphériques du cerveau retentissent d'une manière passive sur les noyaux de substance grise des régions centrales avec lesquelles elles sont en connexion. Ces divers départements du système nerveux central sont donc aussi bien associés dans les conditions normales que dans les conditions morbides de leur fonctionnement; leurs connexions intimes qui se révèlent d'une manière si évidente, sont assurément la plus légitime confirmation des descriptions anatomiques dont nous avons précédemment retracé les détails.
614 RikPPORTS DBS LÉSIONS ET DES TROUBLM rOMCTlOlIlIBLS.
DEUXIÈME SECTION
LÉSIONS DES DIFFÉRENTS DÉPARTEMENTS DE L*AXE SPINO-CÉRÉBRAL ET TROUBLES QUI LES ACCOMPAGNENT.
Nous avons envisagé jusqu'ici les différents départements do système nerveux exclusivement au point de vue des lésions primitives et des dégénérescences secondaires qu'ils peuvent présenter. Nous n'avons fait ainsi, en quelque sorte, que Tanatomie inanimée^ abstraction faite des manifestations fonctionnelles. Il nous reste maintenant à les envisager en action, et à passer toat d'abord en revue les perturbations fonctionnelles qui suivent leurs diverses désorganisations. Nous nous réservons, dans un chapitre ultérieur, de traiter des phénomènes morbides que présentent leurs propriétés dynamiques perverties.
I. Nous commencerons donc, en suivant le même ordre que nous avons employé jusqu'ici, par Tétude des phénomènes pathologiques qui ont pour substratum les appareils de l'axe spinil proprement dit.
II. Abordant ensuite celle des désorganisations cérébrales, nous étudierons successivement l'influence des lésions isolées des couches optiques, de la substance corticale et du corps strié, sur les fonctions auxquelles ces divers départements de substance grise sont isolément départis, etc.
III. Enfin, en parlant du cervelet, nous passerons en revue les troubles variés qui apparaissent, lorsque les foyers centraux de l'innervation cérébelleuse, ou les régions périphériques dans lesquelles elle se dissémine, sont isolément ou simultanément désorganisés.