LÉSIONS DE LA SUBSTANCE CORTICALE. 6A
La progression devenant de plus en plus impossible il reste dans un état d'abattement continu et s'éteint insensiblement. On trouve, à Tautopsie, la moitié antérieure du ventricule droit complètement effacée et remplie par une tumeur blanchâtre, dure au toucher, arrondie à sa surface, et ayant refoulé en arrière le genou antérieur du corps calleux vers le corps strié, qui lui-même est aplati et refoulé stir la couche optique; ces deux derniers organes ont leur couleur normale, mais leur consistance semble un peu moins grande que celle des parties du côté gauche, etc.
§ 3. »- I«éflloiM de la milMtaoee eortieale.
Les recherches d'anatomie et de physiologie que nous avons précédemment exposées nous ont amené à conclure que la substance grise des circonvolutions était le dernier terme d'arrivée des impressions sensorielles; que c'était bien là, en déGnitive, qu'après avoir subi l'action métabolique des différentes agglomérations de cellules interposées sur leur passage, elles venaient se disséminer, pour être reprises par les cellules cérébrales, métamorphosées en idées, et devenir, sous des formes nouvelles, les matériaux indispensables à l'accomplissement des opérations de l'entendement, etc.
D'après ces données, l'état d'intégrité du substratum qui reçoit CCS impressions, et la vitalité des éléments qui les élaborent, étant les conditions matérielles indispensables aux manifestations intellectuelles, on comprend naturellement comment, lorsque Tun des mille chaînons à travers lesquels elles évoluent viendra i être interrompu, comment, lorsque les cellules cérébrales ellesmêmes, intéressées dans leurs aptitudes dynamiques (soit par le fait d'une sorte de stupeur locale, soit par le fait d'extravasalions plastiques), seront dissociées dans leurs connexions réciproques, les opérations délicates de rintellect aux manifestations desquelles elles concourent d'une façon si active, seront ipso facto entravées, et cela d'une façon d'autant plus accentuée, qu'une plus forte proportion d'entre elles aura été intéressée.
C'est, en effet, ce qui arrive dans la réalité des choses. Nous avons déjà vu qu'à la suite de certaines lésions de l'encéphale, des troubles variés de la mémoire pouvaient apparaître (voy. page 368) ; que certaines lésions localisées en un point de la périphérie corticale pouvaient, dans certaines circonstances, porter
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atteinte à renchatnetnent des actes multiples qui constituent le langage articulé, etc. (voy. page 402). Il nous reste, pour confirmer nos assertions, à passer rapidement en revue les cas dans lesquels le fonctionnement intellectuel étant réduit au minimum^ la substance organique à Taide duquel il se révèle, est pareillement dégénérée dans une proportion équivalente; nous voulons parler de la démence proprement dite.
L*état de démence en eiïet, qu'il soit simple, et succède i une usure spontanée des éléments du cerveau (démence sénile) , ou qu'il soit consécutif à des troubles circulatoires chroniques, ayant dissocié lentement les éléments de la substance corticale (paralysie générale), constitue le spécimen le plus saisissant, capable île faire comprendre la solidarité intime qui relie les manifestations fonctionnelles aux appareils qui les exécutent. La disparition des facultés intellectuelles suit en effet les mêmes phases régressives que l'atrophie des éléments hislologiques; et ce n'est assurément pas un spectacle dénué d'intérêt, que de constater qu'en même temps que s'eficctue la dissociation et l'extinction graduelle des opérations de Tentendement, les régions corticales où elles s'opèrent et où elles se combinent, sont frappées du même coup, cl présentent dans leurs cléments fondamentaux, soit des dégénérescences variées, soit des nécrobioses^ soit des déchirures, et des interruptions dans la continuité de leurs réseaux.
I. Nous rappellerons tout d'abord que la démence, quelles que soient les causes qui l'ont provoquée, n'est que la période terminale où convergent toutes les vésanies, et qu'elle est caractérisée, au point de vue symptomatique, par un état d'apallîie progressive, une imbécillité croissante, et l'abolition de toutes les facultés intellectuelles et morales.
Après avoir présenté, dans les premiers temps, d*îs troubles variés de la mémoire, de l'hébétude dans les opérations du jugement, de l'incohérence dans les idées d'abord puis dans les mots, et finalement dans leurs actions, les déments perdent peu à peu la notion exacte des choses de la réalité; les impressions sensorielles n'arrivent plus dans leur centre perceptif (\u% d'une façon confuse et vague, elles stimulations qu'elles y déterminent restent sans portée, elles sont amorties sur place, et ne provoquent plus a
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leur suite ces réactions automatiques qui mettent en jeu Tacti vi té des cellules cérébrales; celles-ci à leur tour frappées d'inertie restent silencieuses et muettes, comme un membre paralysé qui n*obéit plus au stimulus de la volitioii. Entraînées déjà en pleine période dinvolution et ayant plus ou moins subi le travail nécrobiosique, ces cellules ont cessé par avance de participer aux pbénomènes de la vie de l'organisme, et sont mortes en quelque sorte par anticipation. A mesure que ce processus régressif s'accomplit dans le cerveau des déments, les dernières lueurs de leur intelligence tendent de plus en plus à disparaître. Ils perdent plus ou moins la mémoire des choses présentes et passées, oublient leurs proches, leurs affaires, les soins de leur fortune, savent à peine où on les conduit, s'égarent dans les rues, oublient leur propre nom, et se laissent tnener avec une indifférence passive. La réflexion, le jugement, la spontanéité des opérations de l'entendement cessent peu à peu de s'accomplir, ils répondent tantôt assez juste à quelques interrogations, puis bientôt divaguent, rient et pleurent sans motifs, et marchent sans but. Finalement, ils arrivent bientôt aux dernières périodes, dans lesquelles Taffaiblissement général ayant fait des progrès continus, ils ne peuvent plus se tenir debout, et ne prononcent qu'à peine quelques paroles inintelligibles, ce qui annonce à la fois, et le trouble profond apporté aux éléments de leur substance corticale, et l'atleinte non moins réelle subie par leurs facultés locomotrices. Les déments alors, devenus gâteux, incapables de s'habiller ou de manger tout seuls, tombent insensiblement dans un état complet do stupidité végétative, ils vont môme jusqu'à perdre les instincts de conservation individuelle, et se laisseraient mourir de faim si l'on n'avait pas soin de leur servir les aliments (1).
Chez de pareils sujets, l'étude des circonvolutions cérébrales présente les particularités suivantes :
a. Elles offrent, la plupart du temps, des modifications d'aspect et de coloration qui permettent d'apprécier à la simple vue les chan-
(1) Voici quelques cxeroplcs de déments, empruntés à l'intéressant travail de Marcé^ Sur la démence sénile (Gazette médicale, 1863) : Om. II, m, W, XVIII. ~ Kires et pleurs sans motifs. Ois. VII. -« L..., soixante-deux ans, se laisse aller à des divagations, ne peut