‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 2)Chapitre 2 sur 141 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ces recherches, commencées depuis bientôt six années, ne devaient former d'abord qu'une série de monographies sur difiTérents points de la structure du système nerveux cérébro-spinal. Frappé, comme la plupart des observateurs contemporains, des obscurités et des incertitudes que présente encore le diagnostic des maladies du système nerveux; convaincu» d*aulre part, qu'une bonne analomie a été et sera toujours le point de départ indispensable de tout progrès scientifique et de toute description nosologique rationnelle, j'avais formé le projet d'apporter quelque précision dans la description des éléments complexes dont se compose le système nerveux central, et de généraliser les méthodes qui, mises en œuvre par Stilling, Lenhossek, Schroder van der Kolk, KôUiker, Virchow, Jacubowitsch, J. Dean, F. Clark, etc., ont donné dans ces derniers temps des résultats si nets et si inattendus (1).

(1) n est en effet curieux de constater combien en France, au xix* siècle^ la partie dcscriptiTe du système nerveux, faite même par les auteurs les plus autorises, est

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A mesure que je m'avançai dans celle voie, je m'aperçus que l'élude analomique pure ne montrait qu'un coin du tableau, et ne donnait que des résultats stériles, sans portée immédiate ; je vis qu'il fallait animer ces appareils dont je m'étais altaché à retracer les détails, les envisager en action, et poursuivre cette étude non-seulement dans les conditions de leur fonctionnement nortnal, mais encore dans les diverses phases do leur activité morbide. J'ai donc été naturellement amené à faire de la physiologie et de la pathologie, et à diviser ces recherches en trois parties, qui s'enchaînent et se complètent les unes les autres.

I. — La DESCKiPTiOM AMATOMiQUE scrt, CD quelque sorte, de base à tout l'ensemble : elle s'appuie sur une série de dessins que j'ai faits moi-môme d'après nature, et dont tous les détails sont lîldiqués minutieusement dans la partie vraiment analytique de ce travail.

J'ai essayé, en outre, de représenter à l^àide de figures idéales, construites d'une façon synthétique (planches I, II, III, IV), la marche, la direction et les rapports théoriques des diiïérents groupes d'éléments nerveux entre eux, de manière à donner utie

tneore abandonnée au hasard et aux InterprétaUons indÎTidueiles les plus arbitraires ; pour la masse encéphalique, on en est encore à faire en quelque sorte^ sans s*en apercevoir, de ranatomie des fbrmes. C'est ainsi que la plupart des duteiifa, lorsqu'ils décritent le cerreau^ indiquent successivement, sans méthode flie, tout ce qui frappe la me ; une fois qu'ils ont mis les cavités ventriculaires à découvert, ils décrivent soit le corps strié, soit les piliers de la voûte, soit la coucte optique, soit le corps calletlx, sans chercher à isoler ou à relier ce qui est distinct eu réuni dans la nature ; et ils font, sans s'en douter, quelque chose d'aussi illogique que si, ouvrant l'abdomen, ils décrivaient successivement par plans ce qui frappe les regards, le mésentère, l'intestin, la vessie, le foie, la rate, puis la colonne vertébrale, l'aorte et les reins, etc., sans chercher à apprécier les connexions ou l'indépendance de ehaeun de ces différents appareils entre enx.

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idée de l*ensemble des flbres et des appareils du système nerveux cérébt-o-spinal (1).

Je ttlè! suis appuyé, autant que eéla m'a été possible, dans la partie ttnatomiqtie, sur le témoignage de l'anatoinie pathologique et de Tanalomie comparée. C'est ttîwl, qu'après avoir fait la comparaison des diflërentes formes sous lesquelles se présente, d'une façon (lermariente, le système nerveux central deâ diverses classes de vertébrés, avec les formes par lesquelles passe successivement Tembryon humain dan^ ses phases de perfectionnement, j'ai obtenu une conception générale de la disposition du système nerteux central des vertébrés, et trouvé pour ainsi dire sa formule ttnatomique fixe.

Je suis ainsi (larvenu à constituer d'une façon synthétique ces deux grands systèmes de fibres, que j'ai appelés système des fibres convergentes inférieures et système des fibres convergentes supérieures , et à montrer, au point de vue de la contexture générale des éléments nerveux, la fixité etTimportance des deux noyaux centraux de substance grise (la couche optique et le corps strié), qui sont les points communs de convergence et la clef de tout le système.

J'ai donc passé successivement en revue les principaux détails anatomiques qui concernent : l"" le système des fibres convergentes inférieures, lesquelles contribuent à la constitution de Taxe spinal proprement dit, en rattachant à ce département spécial du système nerveux la description du cervelet et de ses aimexes ; et 2* le système des fibres convergentes supérieures dont les éléments constituent en partie le cerveau.

C'est ainsi qu'en faisant l'étude analytique des divers éléments dont la combinaison constitue le système nerveux central, en

(1) Tous ces dessins ont été, sous ma direction, reproduits avec un rare talent d'exccation par M. Léfeillé.

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rapprochant dans une descriplion commune les éléments nerveux qui me paraissent homologues, el en isolant ceux qui me semblaient dissemblables, j'ai fait des groupements et des divisions naturelles, et simplifié le plus possible en laissant en quelque sorte les faits parler eux-mêmes.

i"" Relativement à Taxe spinal, par exemple, j'ai donné une formule générale de la disposition des racines postérieures, et montré que dans les régions les plus inférieures de cet axe aussi bien que dans les régions les plus élevées, le tracé du même plan anatomique se retrouvait constamment, et que les mêmes fibres centripètes obéissaient partout aux mêmes lois de distribution; j'ai encore cherché à spécifier le mode d'émergence, la direction et la terminaison des différents systèmes de fibres spinales, et à séparer nettement le système des fibres fasciculées postérieures de celui des fibres fasciculées antérieures et latérales de l'axe.

2* Relativement au cervelet, j'ai vérifié la plupart des données acquises et signalées par Purkinje, Gerlach, et démontré de plus le rapport et la combinaison de ses fibres cfférentes (les pédoncules cérébelleux) avec les régions antérieures, exclusivement motrices, de l'axe spinal ; j'ai insisté pareillement sur le mode de dissémination périphérique des éléments cérébelleux, et montré leur pénétration jusqu'au sein de la substance grise du corps strié,

S"" Quant au cerveau proprement dit, j'ai confirmé les faits indiqués déjà par K'élliker au sujet des fibres cérébrales qu'il a appelées fibres convergentes, et généralisé ce qu'il n'avait qu'entrevu 5 j'ai montré que presque toutes les fibres blanches cérébrales se groupaient au pourtour de la couche optique comme

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une série de rayons, et que les fibres des pédoncules cérébraux se terminaient exclusivement dans la substance du corps strié, sans remonter jusque dans la couche corticale.

J*ai donné une description complète de la couche optique et des divers noyaux isolés de substance grise dont elle est constituée {centres de la couche optique), puis, signalé la continuité de la substance grise du troisième ventricule avec celle des régions centrales de la moelle; j'ai enfin décrit une catégorie spéciale de fibres spiroïdes, émanées de la substance corticale, et allant directement se perdre dans l'intérieur même de la masse du corps strié (fibres cortico-striées) , etc., etc.

IL — Dans la description physiologique, j'ai suivi un ordre d'exposition calqué sur celui qui m'avait précédemment servi.

Ayant reconnu que parmi les conducteurs centripètes qui s'acheminaient vers les régions centrales du système nerveux, s'il y a une catégorie d^entre eux qui s'amortit dans les divers segments de l'axe spinal, il en est d^autres qui remontent vers le sensariumj je suis arrivé à admettre d'une façon générale que, parmi toutes les impressions recueillies à la Surface des expansions sensorielles, il en était un certain nombre qui, destinées à demeurer inconscientes, n'étaient aptes qu'à éveiller des réactions purement automatiques, tandis que les autres, élaborées par le sensoriiim, étaient neliemant perçues , et entraient en conflit avec les phénomènes de l'activité psychique.

Par suite, j'ai été amené à faire une étude comparée de ces deux ordres d'impressions sensorielles, au point de vue dos réactions automatiques qu'elles provoquent et des transformations qu'elles subissent, et à trouver que la couche optique dans laquelle les impressions conscientes viennent préalablement se concentrer avant d'être irradiées vers la périphérie corticale, jouait le rôle d'un véritable sensorium commune.

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Dans un chapitre intitulé : Théorie des fonctions cérébrales^ j'fti envisagé sous un jour tout nouveau les diverses aptitudes du cerveau en activité, les principaux phénomènes qui consti* tuent la mémoire et l'imagination, les opérations du jugement, et j'ai tenté de faire une analyse des diverses opérations de Yen* tendeinent qui concourent à la production du langage articulé ou du langage écrit, etc.

J*ai fait voir combien la physiologie du cervelet était liée aux données anatomiques précédemment formulées, et quel rôle prépondérant ce foyer d'innervation névrosthénique jouait non-seulement dans l'évolution des actes purement somatiques de l'organisme, mais encore dans les divers phénomènes qui sont à proprement parler du domaine de l'activité psychique.

III. — La PARTIE CLINIQUE est la confirmation des données anatomiques exposées dans la première partie.

Après avoir étudié d'une façon générale les diverses altérations du tissu nerveux, en tant qu'élément anatomique, j'ai tenu à prouver, à l'aide du mode de propagation des dégénérescences passives des différents départements du système nerveux, la stricte solidarité qui les relie les uns avec les autres.

J'ai ensuite cherché à spécifier, à faide des manifestations symptomatiques, le rôle dynamique de chacun de ces différents départements, et montré, de la sorte, que si la couche optique était, ainsi que l'anatomie l'indique, le point de convergence et Tavant-dernière étape de toutes les impressions sensorielles» sa destruction, en totalité ou en partie, était suivie de l'abolition concomitante, générale ou partielle, de ces divers ordres d'impressions sensorielles ;

Que si la substance grise du corps strié était exclusivement en rapport avec révolution des actes de la motricité, ses lésions étaient

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parallèlement accompagnées de perturbations du côté des fonctions motrices;

Que si la substance grise des circonvolutions était le dernier terme où venaient aboutir les impressions sensorielles, et le subttrtUum organique au sein duquel elles évoluaient pour se transformer et entrer en conflit avec les phénomènes de l'activité psychique, la destruction graduelle de cette sphère d'activité nerveuse entraînait, du même coup, l'extinction de ses propriétés dynamiques, et finalement l'apparition plus ou moins rapide des symptômes de la démence;

Que si le cervelet» enfin, était exclusivement en rapport avec les régions affectées à la motricité, ses désorganisations, limitées ou généralisées, étaient suivies de perturbations exclusivement localisées du côté des phénomènes moteurs ; et, qu'en un mot, il était possible de préciser, à l'aide des troubles fonctionnels apparents, quels étaient les divers départements du système nerveux central intéressés par une lésion quelconque.

Enfin, dans un résumé synthétique, qui forme le dernier chapitre de la partie clinique, j'ai essayé de grouper en propositions générales, les différents détails symptomatologiques que j'avais successivement passés en revue, et de formuler leur valeur sémiologique intrinsèque.

Tel est le plan que j'ai suivi et le but que je me suis proposé d'atteindre dans celte longue série de recherches. J'ai voulu, en un mot, à l'aide d'une anatomiedu système nerveux» mieux assise qu'elle ne l'était jusqu'alors et aussi rigoureuse que possible, qu'on pût pénétrer plus avant dans le domaine encore si peu précisé de la pathologie nerveuse, et donner un point d'appui solide et vraiment rationnel aux éludes symptomatologiques et cliniques/ Je n^ignore pas que ce travail laisse encore bien des Inconnues à résoudre, bien des lacunes à combler, car on dissèque

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le cerveau depuis Galien, a dil M. E. Serres (1), et il n'est pas d*analomiste qui n*ait laissé quelque chose depuis ce temps à faire à ses successeurs. Esclave de Texactilude avant tout (ainsi qu'il ressort de Texposé de la méthode anatomique à laquelle j'ai eu recours), j'ai eu pour but de réduire les chances d'erreur au minimum, en laissant, en quelque sorte, les faits se grouper eux-inômes; aussi puis-je dire que ce travail est, à mes yeux» à la fois une œuvre de patience et une œuvre de bonne foi (2).

Honore déjà, il y a deux ans, des encouragements de TAcadémic des sciences, je me suis attaché depuis ce temps à compléter et perfectionner mes recherches. Je m'estimerai heureux s'il m'était permis de m'associer au mouvement scientifique de mon époque, et d'apporter ma faible part de labeur à ce fonds commun de données scientifiques que tous les hommes de progrès voient avec orgueil s'enrichir, tous les jours, d'acquisitions nouvelles. Plus heureux encore je m'estimerai si ce travail était jugé digne des maîtres vénérés qui m'ont guidé dans l'élude de la

[{) Anaiomie comparer du rervenu f/nns hs quatre rlnsispft des nnimnuù: xniéx lerti'fjres, Paris, 4827.

i2) C'est à dessein que j'ai omis Hc faire ua exposé historique des phases successives pur lesquelles a passé Tctudc du système nerveux. Ce chapitre spécial a dé déjà traité avec un rare talent par plusieurs savants. Ost pour éviter des redites stériles que je me suis abstenu, et que je renvoie aux auteurs qui se sont occupés de cette question. On lira, avec un grand intérêt, ce que MM. Serres vi Fouille ont écrit sur ce point. Néanmoins, si je n*ai pas réuni en chapitre le résumé critique des travaux des principaux auteurs qui m'ont précédé, j'ai tenu à cœur de remonter aux sources et de consulter la plupart des recherches originales faites sur le système nerveux, tant celles de mon époque que celles des époques antérieures : c'est ainsi que j'ai successivement compulsé les œuvres de Willis, Vicnssens, Vicq d'Aiyr, Arnold, liaillarger, Ch. Bell, Cl. Bernard, Calmeil, Cruveilhier, Gall, Gratiolet, Flourcns, I^uret, Longet, MûUer, Rolando. Ticdcniann, etc.

Kn décrivant chaque détail anatomique, j'ai, autant que cela m'a été possible, (ité exprei«sément le nom de l'auteur qui en a donné le premier une indication précise, afin «l'indiquer la part qui doit être faite historiquement à chacun d'eux.

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médecine, et digne du savant corps des médecins des hôpitaux (le Paris auquel j*ai l'honneur d'appartenir.

Qu'il me soit permis, en terminant, de remercier HN. Rayer et Lponget des marques d'encouragement qu ils m'ont accordées jusqu'ici, et M. Charles Robin, mon maître et mon ami, du cordial et sympathique appui quMI adonné à mes débuts.

Octobre 1864.

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