DR LÀ LECTURE SILENCIEUSE ET DE LÀ LECTURE À HAUTE VOIX
Téritablement ataxiques^ il ait la notion auditive récurrente de ce quil a dit et des effets vocaux qu^il a voulu produire; de mémo que dans la sphère de Taclivité automatique il est complètement indispensable pour que nos mouvements soient entre eux régulièrement coordonnés, que nous ayons la notion récurrente des eflTorts accomplis par nos différents muscles en action, laquelle nous permet ainsi d'en régler le but et la portée (1).
On comprend, d'après cet exposé analytique des opérations multiples qu'accomplit incessamment Tentendement humain lorsqu'il décèle extérieurement son activité à Taide des moyens d'expression qui constituent soit le langage articulé, soit le langage écrit, combien ces manifestations en elles-mêmes sont complexes et délicates, et de combien d'actes enchaînés elles se composent. n suffit en efTet de l'interruption d'un des anneaux multiples qui les relient, pour les voir, ipso facto^ s'interrompre, et cesser de se révéler d'une façon régulière et coordonnée.
Que l'impression sensorielle auditive ou visuelle provocatrice de réactions motrices vienne à faire défaut, soit par un vice de conformation congénital des appareils nerveux sensoriels,
(1) Qai ne sait qu'il existe une certaine catégorie de malades aphasiques qui ont perdu^ par suite de certaines destructions de la substance même de leur cerveau, la faculté de rectifier, à l'aide d'une impression auditive récurrente, les erreun d'adaptation des termes qu'ils emploient, et que ce n'est que lorsqu'on s'adresse à leur jugement en parlant à leurs yeux, en remplaçant une impression auditive par une impression visuelle succédanée, que l'on parvient à leur faire comprendre qu'ils se sont trompés.
Un malade qui était dans ce cas, et qui avait du reste conservé une somme de fuoltés intellectuelles suffisante pour qu'on lui laissât l'administration de sa maison, prononçait itérativement des mots les uns pour les autres. Un jour il lui arriva de prononcer le mot jardin, voulant dire lit, de le répéter plusieurs fois et d'être pris d'un accès de violente colère en voyant qu'on ne comprenait pas ses ordres ; on lui fit alors écrire l'objet qu'il voulait signifier, et lorsque la vue du signe graphique lui eût fait voir que le mot qu'il avait articulé ne représentait pas sa pensée, ferreur se dévoila î il se lamentait alors, faisait des excuses et comprenait que, •cul, il était en défaut, etc. (Observ. de Bourdin, Gazette des hôpitaux, 1864, avril, p. 202.)
Ck>mbien de fois du reste n'arrivc-t-il pas à la plupart d'entre nous, dans la chaleur d'une improvisation, de perdre la notion de l'adaptation régulière de certains mots, et de les prononcer les uns k la place des autres, et d'avoir ainsi de Téritables ataxies peisagères des actes moteurs propres h. l'art icnlation des sons !
306 THÉORIE DES FONCTIONS DU CBRVBiU.
comme chez les sourds-muels et les aveugles, soit par une désorganisation accidentelle du substratum organique à travers lequel elle évolue; qu'elle soit intéressée dans sa période ascensioondle, dans sa période de décours ou dans les phases intermédiaires de ses transformations (lorsqu'elle se propage à travers les mille réseaux de la substance corticale); quel que soit, en un mot, le point de son circuit qui soit partiellement désorganisé, du moment que la continuité a cessé d'être complète, elle ne se décèle plus extérieurement en signes sensibles régulièrement coordonnés.
Les modifications pathologiques variées dont la substance cérébrale peut devenir le siège, peuvent dans certaines circonstances permettre d'étudier séparément, avec une grande finesse d'analyse, chacune des diverses opérations intellectuelles dont nous venons de désigner les principaux phénomènes. La faculté d'écrire et la faculté du langage articulé peuvent être, soit isolément abolies ou respectées, soit simultanément détruites.
§ 5. — TronklM fonett^ineki 4e I» tmmmiié ûm laagime «HaeiÉlé.
L'élude des phénomènes morbides dans lesquels la faculté du langage articulé est partiellement abolie, fournit une série de données précieuses destinées à jeter un certain jour sur les phases diverses par lesquelles passe normalement le processus physiologique de la pensée humaine, pour se faire jour au dehors et se manifester sous forme de sons vocaux articulés et coordonnés.
L'abolition de la faculté du langage articulé que, depuis les travaux de Bouillaud (1) et les dernières recherches de Broca (2), on serait tenté de considérer comme étant liée à une désorgani* sation partielle de la périphérie corticale, est désignée actuellement sous la dénomination d'aphasie (3).
(1) Bouillaud, Recherches expérimentales sur les fonctions du cervau et de ses lobes antérieurs^ mémoire lu à l'Académie des sciences en septembre 1827, inséré dans le Journal de physiologie de Mayendie, t. X, p. 36.
(2) Broca, Bulletins de la Société anatomique^ 1861, p. 333.
(3) Le symptôme abolition de la faculté du langage articulé a été isolé, et désigné spécifiquement par Broca tout d'abord sous la dénomination d'aphémie. Le mot aphasie (de a, privatif et de çâoi;, parole) a paru préférable à Utiré et Briau, et Trousseau l'a définitivement adopté. Voyez, à ce siget, les lettres eiplh