TROUBLES FONCTIONNELS DE LA FACULTÉ DU LANGAGE ARTICULÉ. S
et traduisent alors, par une réaction numotone^ et toujours identique, les incitations multiples qui leur arriyent de toutes parts (1).
Il est encore une série de phénomènes morbides qui, se rapprochant des faits précédemment énoncés, offrent cependant quelques points de dissemblance. Les malades qui en sont Tobjet ne sont plus, comme les aphasiques proprement dits, privés de la faculté d'exprimer leurs pensées par la destruction des appareils cérébraux destinés à les traduire : il y a seulement chez eux une erreur d'appropriation des termes choisis, une sorte A'ataxie dans les opérations de l'entendement, en vertu de laquelle la vue d'un objet extérieur, loin de déterminer (ainsi qu'une longue pratique nous en a donné à tous le pouvoir) une émission de sons conventionnels habituels, se dévie au contraire dans une direction vicieuse, et suscite alors une réaction phonétique imprévue et bizarre. Il se passe en effet ici, ainsi que nous Tavons indiqué déjà, dans la sphère de l'activité cérébrale, des phénomènes comparables à ceux qui se développent dans la sphère de l'activité .spinale chez les individus atteints à'ataxie dans leurs manifestations locomotrices, et qui, voulant accomplir un acte moteur quelconque, oscillent en dehors du but à atteindre, et produisent ainsi des divagations fonctionnelles variées, en désaccord avec l'incitation volontaire qui les a primitivement provoquées.
(1) n est à noter que dans les cas â' aphasie rapportés par Broca^ la lésion cérébrale canse des troubles fonclionels, occupait un seul hémisphère, et que les malades pon?aient encore accomplir une série de mouvements volontaires variés avec leur langue. Ces faits impliquent donc que l'incitation initiale qui provoque les mouvements variés de la langue^ n'est pas de même nature que celle qui provoque, d'une manière coordonnée, ceux du langage articule, et que la motricité de la langue est régie, comme celle de la plupart des autres appareils moteurs^ par des sources d'innervation multiples.
On peut donc dire que les opérations cérébrales, qui se révèlent par le langage écrit et le langage articulé, exigent le concours simultané des parties homologues de chaque hémisphère, dont toutes les molécules dotrent vibrer en quelque sorte à r unisson; et que lorsque l'un d'eux vient à cesser d'agir, l'activité de son congénère est par le fait même neutralisée. L'émission de l'influx volontaire propre à l'articulation des sons, doit donc être physiologiquement bilatérale : du moment qu'elle est réduite de moitié, l'hémisphère resté sain ne peut suppléer à ce point de vue son congénère, la fonction est frappée d'hémiplégie.
Un malade cité par Marcé (1), lorsqu'on lui présentait divers objets, les désignait en général avec justesse, mais lorsqu'il loi arrivait de se tromper, il appelait dans la même séance une plume, un drap; un crachoir, une plume; une bague, un crachoir, etc
Un autre, dont l'observation a été rapportée par Hérard (î), présentait des symptômes analogues. L'articulation des sons était distincte et facile, mais les mots dont il se servait ne traduisaient plus ses idées. Venait-on, par exemple, à lui demander comment il se portait, il répondait chapeau ou tout autre mot dénué de sens, etc. (3).
Relativement à la question de savoir la part qui doit être faite à la localisation de la lésion cérébrale dans la production des troubles de l'a/^Ao^ze, nous nous sommes sulBsamment expliqué sur les conditions variées qui président aux manifestations extérieures de l'activité cérébrale, et sur la complexité des actes cérébraux en vertu desquels l'impression sensorielle primordiale, successivement élaborée, arrive à se révéler sous une forme sensible, pour que nous nous croyions autorisé à dire que la faculté d'émettre des sons articulés ne nous parait pas devoir être exdvr^ sivement localisée dans un département circoniscrit de la périphérie corticale. Une opinion qui serait ainsi formulée se trouverait à notre avis, non-seulement en désaccord à priori avec les lois de Y évolution physiologique de la pensée, mais encore àpa^triori avec l'expérience et les données nécroscopiques.
Que les désorganisations de certaines régions antérieures do cerveau aient une participation plus grande que d'autres â la production des symptômes de Yaphasie, c'est là un fait incontestable et parfaitement établi, à l'aide d'un nombre de faits nécroscopiques aujourd'hui suffisamment imposant et qui concorde, du reste, avec les présomptions que nous avons précédemment émises, au sujet du point d'émergence de la substance grise corticale des fibres cortico-striées les plus antérieures (pi. I, Gg.2[l]
(1) Marcé, Mémoire sur ^existence d*un principe coordinateur de l'écriture {Mém. de la Soc. de biologie, Paris, 1856, p. 100).
(2) Union médicale, 12 février 1848.
(3) Des cas analogies ont été signalés dans les leçons cliniques du pro^essfv Trousseau, et rapportés dans la Gazette médicale de 1864, n<» 10.
TBODBLIS FOKGTKMilIBLS DE Là FACULTÉ DU LANGAGE ARTICULÉ. âOl
IS [1, 2]) ; mais il ne s'ensuit pas nécessairement que la désoranisation d'autres régions du substraium organique a l'aide oquel l'impression sensorielle primordiale, provocatrice du son rticulé, accomplit la série de ses évolutions successives, ne puisse
son tour produire de résultats analogues.
n existe, en effet, des exemples d'aphasie, dans lesquels on a onstaté une lésion des régions moyennes de la périphérie céréirale : ces lésions intéressaient vraisemblablement les voies de ropagation des impressions sensorielles, dans les périodes inter* iiédiaires de leurs transformations (1) (pi. I, 6g. 2 [a, ci]).
U est dit, d'une autre part, dans le récit nécroscopique des ftfafiervations citées par Broca, que si certaines circonvolutions Ultérieures étaient partiellement intéressées, la substance grise lu corps strié était aussi le siège d'altérations organiques conconitantes. Ce fait semblerait indiquer qu'au moins dans certains «s à* aphasie^ le trouble fonctionnel relatif a rémission de sons articulés, n'a pas seulement pour cause une désorganisation de la obstauce corticale des circonvolutions frontales; mais encore, |Q'il est sous ta dépendance de l'interruption des conducteurs centrifuges (fibres cortico-slriées) au moment où celles-ci réparissent au sein de la substance grise du corps strié, l'influx excito- DOteur qu'elles soutirent des grosses cellules de la substance frise corticale (pi. I, fig. 2 [1, 2], et fig. S [1, 6, 2]), etc..
Voici du reste, le résumé de plusieurs observations qui, quelque incomplètes qu'elles soient pour la plupart, n'en démontrent pas moins que la faculté du langage peut être abolie, consécutivement à les lésions variées et multiples des appareils cérébraux :
Cm. I. — Conservation de rintelligence; impossibilité d'articuler les sons, distnictîoii de la partie postérieure de la convexité cérébrale. (Craveilbier, AmaUmie patholopque du corps humain^ XXI* livraison, p. 6 et 6. }
ûw. II. — Hémiplégie da mouvement à droite, datant de six ans, inpombilité d'articuler les sons; foyer dans le noyau externe du corps strié, [todeors dcatrices dans la substance corticale. (Id., id.)
Ofts. III. — Hémiplégie complète du mouvement et incomplète du sen-
(i) ObienraUon de Gharcot présentée à la Société de biologie, 1S63; et rapportée par Aoburtin, Mémoire sur les (ocalisatùmt cérébrales [Gazette hebdomadaire, 1862, p. A56).
AOt THÉORiB 1^8 PONCTIONS M CRtJBlkV.
tîment à droite, impossibilité d'articoler les sons ; lésions de la coodl^ sptfqN et da corps strié, kystes dans la protubérenoe. (Id., id.) ' Obs. IV. — Hémiplégie droite, articulation des sons imposaible; 1^ corfi strié gauche est détruit dans sa totalité. (Id., id.)
Obs. y. — Hémiplégie gauche avec impossibilité d'articuler les som; les circonvolutions postérieures droites sont sillonnées de cicatrices; pelit foyer dans le corps strié (4). (Td., id.)
Obb. YI. — Femme de quatre-vingts ans, perte subite de la parole^ mutisme qui dura trois ans, pas de paralysie des organes des sens, la langae se remuait très-aisément et sortait de la bouche quand on le demandait ait malade, conservation des facoltés intellectuelles. Deux ramollissements di volume d un gros pots situés, l'un à gauche, au niveau et en dehors de Fettrémité postérieure du corps strié gauche; l'autre, au niveau da centre ûfébj à droite. (Àndral, Clinique médieaie, t. V, p. 438.)
Obs. Yli. — Homme de quarante-six ans, hémiplégie subite à dniM^ conservation de rintelligeace, violente céphalalgie à gauche, le malade nepirii pas; tumeur du volume d'un œuf de poule dans l'hémisphère gauche, à k réunion du tiers antérieur avec le tiers moyen du cerveau, eu dehors éi corps strié, et se prolongeant au-dessous de lui, là où devrait être son noyas extra- ventriculaire ; ramollissement de la substance corticale au nivean di corps strié gauche (2). (Observ. de Garon, Bulletins de la Société muUomifutj 4868, p. 344.)
II y a donc des aphasies qui peuvent être rapportées, soit i mie destruction d'un point quelconque de la périphérie corticale, 5«l à une interruption des Qbres blanches qui en émergent, soit même à une désorganisation de la substance grise du corps strié, iQ moment où les fibres corlîco-striées entrent en conflit avec les fibres spinales ascendantes. Comme on le voit, Tétude du méci-
. (1) Nous renvoyons encore, à ce propos, aux judicieuses remarques que Orufiflfcier a déjà formulées au siûet de la multiplicité des opérations phy8iologic|M« et Vmtendemcnt qui aboutissent à Témissiou de sons articulés «suint «t préds, et k l'impossibilité de les localiser dans une sphère circonscrite d« U périphérie coHkak. (Anatomie pathologique du corps humain, XXI 11^ livraison, p. 3.)
(2) Voyez plus loin, à propos des lésions du corps strié, une obscnation d'Aïdral, dans laquelle il Lst dit qu'une femme hémiplégique qui ne parlait pas> < présenté une lésion isolée du corps strié, du coté opposé à son hémiplégie (obs. III-
On peut constater encore, d'après l'examen des faits consignés à propos àes lésions de la protubérance, que les désorganisations de cette région sont parnUement susceptibles d'influer sur la coordination des mouvements propres à Ti tion des sons.
TROUBLES FOifCTKHmELè'DB LA FACULTÉ DU LAtlttAGE ÉCRIT, %ÔS
fiifsine de Vaphasie soulève une série de problèmes secondaires, dofit les données sont encore trop incomplètes pour qu'on puisse en déduire quelques appréciations positives. '
S 6. — «irMiMM fiMMltoBBeto «« la ftMiÉMé d« taBtftge éeHt.
La faculté d'écrire et de transmettre i l'aide de signes gra«- |iies les diverses opérations de Tentendement peut, dans eer- ; circonstances, simultanément disparaître avec la faculté du ;e articulé (1), ou bien être isolément respectée (2), ou encore être isolément abolie. Et, chose remarquable! cette aptitude toute spéciale que possède Tentendement humain de ^révéler au dehors, à Taide de signes sensibles, son activité propre, «Are, lorsqu'elle vient à être intéressée, un cortège de symptômes tout à fait comparables à ceux que nous a présentés l'examen des firinrbations diverses de la faculté du langage articulé.
1*" Il résulte, en effett de l'intéressant travail de Marcé sur ce sii}et| qu'il y a des malades qui perdent la faculté de transmettre leur pensée à l'aide des signes conventionnels babil uellement employés par eux; iU l'expriment a Taide de barres, de ronds, de tracés illisibles qui ne font partie d'aucun alphabet connu; de m^oie que l'on voit certains aphasiques traduire leurs idées a )*«îde de sons bizarres qui n'appartiennent a aucun vocabulaire (3). Il y a évidemment, dans ces circonstances parallèles, une destruojUoD, ou une suppression momentanée de l'action du svbstratum organique au sein duquel les impressions sensorielles anlérieure* ment acquises sont mises en dépôt, et d'où elles émergent pour ;ie révéler en manifestations motrices précises et coordonnées*
2^ Il en est d'autres (et ces cas se rencontrent plus fréquem« peni) qui peuvent encore copier une phrase qu'ils ont sous les
(1) Marcé, loc. cit., obs. m.
(2) Trousseau, Clinique médicale de rifôtel-IHeu, Paris, 4864, t. II, p. 571; et Marcé, obs. i, p. 100. — Le malade qui fait l'objet de cette observation, lorsqu'on l'interrogeait, répondait par une série de mots tout à Tait inintelligibles ou bien lyant un sens totalement différent de celui qu'il voulait lui donner. Pour dire qu'il le fofiffrait nullement de la tête, il disait : les douleurs ordonnent un avantage tarifs tpic, par écrit, 41 répondait par ces mots : je ne sooffre pas de la tête.
(3) Id., ioc, cit., obs. vi et vni.
àOh THÉORIE DES FONCTIONS DU CERVEAU.
yeux ; mais il leur est impossible d'assembler les mots en syllabes, de manière à traduire une pensée dont la manifeslatioD exige une certaine durée.
Un malade, dans ces conditions, pouvait reproduire par le dessin limage des objets qu^on lui indiquait. Il pouvait aussi copier son nom lorsqu'on le lui plaçait devant lui ; mais il était impossible d^écrire sous la dictée (1).
Un autre auquel on présentait un mouchoir en lui disant d'écrire le mot qui servait à le désigner, ne le pouvait spontanément; mais si l'on écrivait le mot devant lui, il le copiait exactement (2). Un autre, invité à écrire son nom, n*arrifiit qu'à tracer des caractères illisibles (3). Un autre enfin, lorsqu'oa lui dictait un mot polysyllabique, écrivait régulièrement la pr^ mière syllabe, tandis qu^il n'assemblait que d'une manière incohérentes les syllabes subséquentes (A).
Ces exemples divers correspondent assez bien à ces cas d*€g^ sie^ dans lesquels les malades ne pouvant spontanément prononcer le nom propre d'un objet qu'on leur présente, sont cependant capables de le trouver, lorsqu'on leur offi'e sous la forme auditÎTe, ou qu'on le prononce devant eux; ou bien encore lorsque les aidant dans l'effort d'expression phonétique qu'ils tentent d'accom* plir, on les enlève par une sorte A^entrainemerU communiqué, et que l'on prononce tout haut en leur présence la première syllabe du mot qu'il veulent articuler : ils achèvent à la suite et (ffo* noncent le mot d'une manière concordante (6).
S"" Il se présente encore des exemples dans lesquels, par une sorte de défaut d'adaptation de la manifestation motrice à l'impression sensorielle qui la provoque, les sujets ainsi atteints ne peuvent plus réagir d'une manière coordonnée. Ils sont alors frappés d'ane sorte d'ataxiey en vertu de laquelle leur main trahit leur pensée et trace sur le papier des caractères en désaccord avec leurs idées;
(1) Marcé, loc» cit,, obs. vii> p. 105; et obs. i^ p. 100.
(2) 1(1., obs. V, p. 103.
(3) Obs. Yi, p. lOil.
(4) Obs. X, p. 108.
(5) Un malade, nommé Giraldon, dont Tobservation est rapportée dans k immoirc de Marcé, ne pouvait panrenir à prononcer son nom que lorsqu'on uOcuiMi devant lui les premières syllabes (id., obs. ti, p. 107).
TBOCBLBS PONGTlOniCBLS DE LA FACOLTÉ DU LANGAGE ÉCRIT. f05
tel qui veut écrire bàtan^ par exemple, écrit bauru (1) : on lui prononce à haute voix le mot qu^il a écrit, il s'impatiente contre lui-même, hausse les épaules de dépit, et proteste ainsi que ce n'est pas là le mot qu'il a voulu écrire.
Ces exemples multiples sont analogues à ceux que nous avons signalés précédemment; ils correspondent à cette catégorie de malades qui prononcent des mots i la place les uns des autres, et qui, ayant conscience de leurs erreur^, s'impatientent pareillement contre eux-mêmes.
Quant à la faculté de pouvoir lire à haute voix, les déviations qu'elle est susceptible de présenter dans les conditions anormales du fonctionnement intellectuel, ne nous paraissent pas encore assez suffisamment étudiées pour que nous en donnions actuellement une appréciation séméiologique. Nous rappellerons seulement que cette opération intellectuelle, qui se rattache a la fois à la faculté du langage articulé et à la faculté du langage écrit, semble cependant avoir des connexions plus intimes avec la première qu'avec la seconde, puisque sur douze observations rapportées dans le travail de Harcé, dans lesquelles il est dit qu'on a songé à faire lire les malades, on a noté que l'abolition de la faculté du langage articulé entraînait à sa suite l'abolition de la faculté de lire à haute voix et d'interpréter intelligemment^ la valeur de signes graphiques conventionnels en sons vocaux concordants.
Il est encore une autre série de faits non moins curieux qui ressortent de l'examen des différentes opérations de l'entendement dans certaines conditions morbides, et qui prouvent, d'une manière péremptoire, l'indépendance fonctionnelle de certaines régions de la périphérie cérébrale. Il est en effet intéressant de constater que, si certaines désorganisations de la substance cérébrale peuvent, en restant locales, ne déterminer que des symptômes purement locaux, les autres régions demeurées intactes sont encore aptes, comme auparavant, a continuer la série de leurs manifestations fonctionnelles.
n n'est pas rare, en effet, de rencontrer des malades qui ont
(1) Obfenration x, p. 108.
A06 THÉMII PB8 FOfICTIOl» DU GBYSàD.
perdu soit isolémenli soit simultanément^ les facultés du langige écrit et du langage articulé, et qui cependant consenrent eooors une aptitude toute spéciale pour le caleul, et pour oertatns jeux^ société exigeant une certaine contention d^espril; qui n'écrirent qu'avec de grandes difficultés les mots qu'on leur demande, et qui tracent avec prestesse les chiffres (1). Il en est d*autm encore qui, devenus aphasiques et privés de la faculté de commoniquer avec leurs semblables i Taide du langage artîeulé, ont encore une sphère d'activité cérébrale] suffisante pouf leur parmettre de gérer leurs affaires, et de conduire leur maison am autant d'intelligence qu'avant leur maladie (2).
Les opérations intellectuelles si complexes dont nous venoos d'esquisser le merveilleux mécanisme, et qui constituent pour la majorité des hommes les moyens d'expression à Taide desquels ils manifestent en signes sensibles les divers modalités de leur esprit et de leurs passions, ne s'accomplissent pas toujours a l'aide des mêmes appareils, lorsque par suite d'un vice de conformation congénital par exemple, tel ou tel ordre d'impressions sensorielles destiné à susciter les réactions motrices coordonnées de la volition, vient à faire défaut.
Il est. en effet, bien curieux de constater combien les impressions sensorielles de provenances variées (à propos des réactions motrices qu'elles déterminent, soit dans les régions de l'activité spinale, soit dans celles de Tactivité cérébrale), deviennent aptes à se suppléer les unes les autres, et combien certaines d'entre elles, les impressions tactiles chez les aveugles, les impressions visuelles chez les sourds-muets, sont susceptibles de devenir par une sorte de transposition artificiellement provoquée, les agents normaux de manifestations motrices liées a la faculté géoérek d'expresion.
I. Chez Taveugle, Ce sont, en effet, principalement les impres-
(1) Marcé, obs. xi, p. 110; etobs. ii.
(2) Trousseau, Clinique médicale de C Hôtel-Dieu, Pafis, ISÔâ, t. II.
OPÉRATIONS DE l'bNTEMDBIUIIT CKZ LB8 ATIMLBS, ETC. A07
iioDB taeiiks qoi sont succédanées des impressions visiielles et qui tiennent éclairer son jugement : c^est avec les nerCs de la sensi* bilité tacUle digilale que Taveugle touche, serU et voit (pi. I,
La pulpe de ses doigts promenée avec une prestesse et une agilité incomparables à la surface de saillies typographiques agglomères en mots dans les livres à son usage, apprend par l'exercice à rattacher chaque impression spéciale, dont il acquiert ainsi ime notion isolée» à chaque objet extérieur que ce signe physique représente. Il en résulte bientôt, que chacune de ces impressions tactiles ainsi gravée dans son esprit, se trouve convertie en matériaux à Taide desquels il constitue des jugements, et lui rappelle Tolyet eitérieur dont elle est TefBgie ; de la même manière qu'un enfant qui perçoit Timpression visuelle et graphique du mot arbre f par exemple, apprend peu a peu que cet assemblage de. lettres et l'impression qu'il en reçoit, représentent l'objet en question, et que toutes les fois qu'une impression identique se reproduira dans son esprit, cette impression sera pour lui la rqirésentation exacte de l'objet qui la provoque.
Commoy d'une autre part, Faveugle, à mesure qu'il prend conaftissance par le tact des caractères typiques et des objets dont ils sont les représentations, est instruit simultanément i savoir que e^ différents objets s^exprimentà leur tour par des sons articulés dissemblables, peu à peu le souvenir du son articulé propre à exprimer phonétiquement l'objet en question, s'accolle dans son eaprit à celui de l'impression tactile, et c'est ainsi que méthodiquement éduqué, il peut arriver non-seulement a pouvoir lire pour lui-même, mais encore a lire pour autrui, en se servant de langage des autres hommes. Il parvient en effet par une itorte d'action substitutive incessante de son cerveau, i/ran^;EM)ier les impressions sensorielles provocatrices de la lecture à haute. IfOix (qui arrivent à l'esprit des autres hommes sous la forme TÎsuelle, et chez lui sous la forme d'impressions tactiles), en langage commun et compréhensible pour tous.
IL Chez le sourd-muet, c'est par un artifice de môme ordre que les idées se révèlent^ et se font jour au dehors. Les impressions auditives, qui sont les agenls iniiisnensables o^
A08 THÉORIE DBS FONCTIONS DU CKIIVBAU.
les seules incitations des réactions du langage articulé, venant i faire défaut chez lui, ce sont alors les impressions visuelles qui jouent le rôle d'impressions succédanées provocatrices du langage dactylologique. L'entendement du sourd-muet ne puise en effet ses matériaux dMnstruction qu*à une seule source d'impressions sensorielles, aux impressions visuelles seules : i ce point de vue, le sourd-muet se trouve moins heureusement doté que l'aveugle, chez lequel les impressions tactiles et les impressions acoustiques, concourent en commun à la manifestation des moyens d'expression.
Privé du moyen expéditif de la parole, le sourd-muet exprime ses émotions et ses idées avec une mimique significative et one multiplicité de mouvements digitaux qui frappent les autres hommes ; ses mains, ses doigts deviennent en quelque sorte des appareils phonétiques supplémentaires, c'est avec eux qu'il s'exprime et qu'il parle. Habitué par un long apprentissage à désigner chaque objet extérieur ou chacune de ses impressions par un groupement méthodique de ses doigts disposés de telle ou telle façon, ces mouvements conventionnels sont devenus insensiblement, pour lui, les moyens d^exprimer ces mêmes objets extérieurs ou ses impressions. Chez les muets, comme chez ceux q« entendent, c'est donc toujours une impression optique ayant pris racine dans l'entendement, et transformée en idée^ qui provoque médiatement des manifestations expressives en accord avec son origine : chez les uns, ces idées se résolvent en mouvements suecessifs et coordonnés des doigts qui prononcent en quelque sorte des syllabes enchaînées; chez les autres, elles se décèlent à Faide de réactions motrices coordonnées des appareils vocaux qui produisent des sons groupés en syllabes successives. Dans Ton et l'autre cas, c'est toujours une opération cérébrale identique ao fond qui s'accomplit; c'est toujours une impression visuelle primordiale qui est réfléchie vers des localisations différentes de la substance corticale affectées à la motricité volontaire ; chez les muets, ce sont les muscles des doigts; chez ceux qui entendent, ce sont les muscles phonateurs qui la traduisent.
Le muet peut lire et écrire, parce qu'il se souvient, et que son cerveau absorbe et travaille automatiquement les impressions
DBS MANIFESTATIONS PASSIONNELLES. A09
sensorielles, comme celui des autres hommes. Il a, en effet, peu à peu appris, comme le jeune enfant, que chaque objet extérieur peut âtre représenté par un signe graphique spécial; il s'est liabitué pareillement à évoquer dans son esprit Tobjet lui-même ï la vue du signe physique qui l'exprime; il parvient de cette lorte à associer une idée précise à un signe précis, et à pénétrer linsi pas à pas, à Taide d'une active participation de son esprit, lu sein du domaine des connaissances ambiantes.
C^est ainsi que le sourd-muet, s'il ne peut s^associer aux manifostations bruyantes et sonores de l'activité humaine, peut de lui-même se perfectionner par la culture de son esprit, et s'assimiler les diverses créations de la pensée, soit qu'elles lui apparaissent MNis la forme du langage quotidiennement écrit, ou sous celle du tangage traditionnellement transmis.
lie muet peut écrire à l'aide des signes usuels, d'abord parce |a'il voit, et ensuite parce qu'il se souvient : il a appris, en effet, ^ si l'impression, perçue par chaque objet extérieur, se traduisait par une série de mouvements réguliers des doigts, elle se trouvait pareillement avoir un mode d'expression équivalent, dans le groupement d'un certain nombre de signes graphiques. C'est de la sorte, que dans son esprit une même impression sensorielle, une même iéée^ finit au bout d'un certain temps d*études, par être revêtue d*ane double apparence représentative; l'apparence qui lui est propre en langage dactylologique d'une part, et d'autre part Papparence graphique qui lui appartient dans le langage écrit. Ces deux modes de la manifestation extérieure de la pensée étant pour lui équivalents, il les emploie alternativement, suivant les convenances et les appropriations diverses du moment, et du BÛUeu où il se trouve : il entre ainsi par cette voie en relation directe avec les personnes qui l'environnent et dont il s'approprie im des moyens d'expression : l'écriture est, en effet, le terrain commun sur lequel se rencontrent simultanément le sourd-muet Bt les autres hommes.
Dans cette série de chapitres qui touchent à la physiologie du cerveau, nous n'avons abordé que l'étude des principaux phé-
tiomènef qui intéi^sseoi exclusivement le$ opérations de i'^itond»menl : nous avons» par conséquent, eoinplétemeni laissé dans Tombre ceux qui sont en rappoi't avec les manifestations pasiUmfèêlUs de l'être humain. L'étude imagée des mouvements aBedift variés qui se passent en nous a été jusqu'ici abordée avec ua grand talent descriptif par les philosophes et les romanciers : e'eit elle, en définitive qui, sous des apparences variées, alimente ince»samment les inspirations de l'art dramatique et les créations rooiùesques ; mais, pbysiologiquement parlant, cette Caca nouvelle aous laquelle se présente l'être humain en est encore à trouver mo historien véridique : la physiologie morbide des passions est one ceuvre a peine ébauchée par quelques rares médecins philosopha, elle attend encore ses Cabanis et ses 6erdy«
Quelle est en effet, au milieu des mille réseaux de la substance corticale, la zone spéciale où se répartissent les impressions en accord avec nos passions? La sphère où elles se manifestent eitelle nettement isolée (pi. XX, fig. A), nettement stratifiée, soit au*dessus, soit au-dessous de celle qui sert aux manifestatioos purement intellectuelles? Y a-t-il des éléments anatonûquea, do cellules spéciales qui soient particulièrement les agents essentids à l'aide desquels elles se révèlent? Ces cellules qui leur servent de supports, sontrelles isolées au hasard, ou groupées méthodiquemeat à côté de celles qui servent aux diverses opérations de Tralendement ? Jusqu'à quel point s^influencent'-elles dans leurs diverses modalités dynamiques? Jusqu'à quel point, enfin, cet régions passionnelles sont-elles directement ou médiatement en rapport avec les zones de la substance corticale, d'où partent les détermi* nations motrices ? ces réactions motrices ainsi iprovoquées ptf ces incitations succédanées, souvent tumultueuses, ont-*elles hieD le caractère d'actes moteurs voulus^ au même titre que ceux qui succèdent à une élaboration té fléchie d'une impression nettemenl sensorielle ?
Ce sont là autant de problèmes, insolubles actuellenmit, qui n'ont même été jamais posés sous la forme d'interrogations aoatomiques, et dont la solution, qui est assurément bien digoe d'appeler les méditations des physiologistes futurs, sera appelées jouer un grand rôle dans l'étude raisonnée des divers mobiles des actions humaines, et par suite à préciser, d'une façon plus nette
0KS IIÀ]flFB8TATiaEf8 PAS9IOIIIfILlJ»« Ml
et plus scientifique, la pari qui doit être faite dans la responsabilité de leurs actes à ceux qui, d*une façon ou d*une autre, ont présenté, d'une manière transitoire ou permanente, quelques signes de perturbation mentale, ou des symptômes non douteux de désorganisation de la substance cérébrale elle-même.
C'est surtout à l'étude attentive de lliomme malade par le cerveau qu'il conviendra surtout de s^adresser pour poursuivre avec succès cet ordre spécial de recherches phrénopathiques. C'est dans l'observation analytique des nombreux exemples de déviation des manifestations psychiques si fréquentes dans le domaine de l'aliénation mentale, qu'il conviendra de descendre, pour trouver la clef de ces nombreux et insolubles problèmes. Chez celui, en effet, dont les facultés intellectuelles ont été déjà intéressées d'une façon ou d'une autre, l'expérience prouve que les actes purement moraux, et les passions affectives sont modifiés parallèlement dans leurs modalités apparentes : l'état morbide les isole et les dissocie de leurs combinaisons, comme il isole et dissocie les diverses facultés de l'entendement. L'aliéné n'est plus seulement un être à part, qui a rompu avec le monde de la saine raison et avec celui du sens commun ; il a en même temps quitté celui du sens moral, et abandonné les liens qui le rattachaient i ceux qu'il affectionnait auparavant.
C'est à ces conditions morbides nouvelles de l'être jhumain, i ces troubles psychologiques mis en saillie par l'état morbide qu'il faudra avoir recours pour suivre pas à pas les progrès de la décadence du sens moral à mesure que le niveau de la raison s'abaisse :. il faudra ainsi raccompagner dans ses déviations successives, le dépister lorsqu'il n'est qu'obscurci, le vivifier lorsqu'il présente mcore quelques traces, et l'envisager dans ses modalités les plus étendues, depuis le moment où il apparaît chez l'homme vérita^ blement complet avec son épanouissement le plus achevé, jusqu'à celui, où dans ses phases d'anéantissement le plus absolu, il ne se révèle plus alors que sous des formes indécises, tel qu'il apparaît chez ces mauvaises natures dont Moreau (de Tours) (1) a rapporté' de si frappants exemples.
(1) lloroau (de Toun}^ Psychologie morbide, Paris, 1850, p. 814, 388, 884.
âl2 THÉORIE DES FONCTIONS DU GBRYBàU.
Ces individus, misérables en effet, arrivés à un état de d^ada^ tion morale excessif, soit par un vice d'organisation congénitale, soit par des habitudes de dépravation acquises, attestent d'oDe manière flagrante les rapports intimes qui existent entre la faculté d'apprécier exactement les choses qui sont du domaine du sens commun, et celle qui inspire nos jugements sur les faits qui relèvent du sens moral; ils nous montrent en même temps, combien la sphère cérébrale oix régnent les passions affectives, et celle où siègent les manifestations purement intellectuelles, sont unies par les liens d'une stricte et intime solidarité.
Nous nous sonunes jusqu'ici particulièrement occupé des questions physiologiques qui touchent d'une manière plus ou moins immédiate au système des fibres convergentes supérieures et inférieures : nous devons actuellement nous arrêter quelque peu sur le rôle de cet autre système de fibres blanches cérébrales, (fibres commissurantes) , qui, paraissant au premier abord jouer dans l'arrivée de nos impressions sensorielles un rôle secondaire, n^en sont pas moins des agents indispensables au parfait accomplissement des fonctions de l'entendement, puisque leur absence entraîne, jusqu'à un certain point, le défaut de développement des facultés intellectuelles, et dans certains cas Tidiotie et l'imbécillité (1).
Les fibres commissurantes cérébrales, plongeant par chacune de leurs deux extrémités au milieu des divers groupes de cellules homologues dans chaque hémisphère, jouent par cela même le rôle de véritables traits d'union entre ces mêmes régions. Elles paraissent donc être pour chaque circonscription de la périphérie corticale des appareils anastomotiques par excellence, qui confondent en une résultante unique deux impressions bilatérales; elles les fusionnent et les mettent en quelque sorte à l'unûson. Ce sont en un mot les véritables agents de Tunité d'action de nos deux hémisphères cérébraux (2).
(1) Comptes rendus des séances de la Société de biologie: Voyex, 3* sér., U IV, p. 94, année 1862, Absence congénitale des corps calleux sans troubles fondiomielt.
(2) Si la plupart de toutes nos perceptions sensorielles primitiTement gémiiéef,
DES COMMISSURES CÉRiBRALBS. AiS
h II est vraisemblable d'admettre que nos impressions olfac^ tives, optiques, acoustiques, gustatives, etc., importées dans les régions centrales du système nerveux à Taide de conducteurs doubles, et déjà conjuguées entre elles d'un côté à l'autre, dans chaque centre de la couche optique, rencontrent encore dans les dernières phases de leurs migrations (au sein des réseaux de la substance corticale), une nouvelle série de fibres commissurantes qui sont pour elles comme de véritables moyens de fusionnement supplémentaires, et que par contre, les impressions tactiles qui sont si franchement unilatérales, échappent peut-être, au moment où elles sont disséminées dans les régions centrales, à rintervention des fibres commissurantes. Nous avons indiqué déjà, que les centres de la couche optique dans lesquels ces dernières impressions paraissaient plus particulièrement localisées, étaient précisément ceux qui nous avaient semblé jusqu^ici dépourvus de fibres de cette espèce (pi. XII, fig. S [3]) (voy. page 2A2) : il est probable que dans les régions de la périphérie corticale, elles se trouvent dans les mêmes conditions, et que c'est a cette absence de moyens anastomotiques appropriés, qu'il faut attribuer cette indépendance unilatérale qui les caractérise si bien.
n. Certaines régions de la périphérie corticale, d^où partent les actes de la motricité volontaire, offrent pareillement dans chaque hémisphère, une indépendance fonctionnelle complète.
Ainsi, tandis que les zones de la substance corticale d'où émergent les incitations motrices destinées à mettre en activité les appareils musculaires du tiers supérieur du tronc (c^est-à-dire les régions antérieures des deux lobes cérébraux) sont entraînées d'un mouvement unanime dans leurs manifestations dynamiques (1), cette simultanéité d'action des régions corticales homologues cesse de se révéler quand il s'agit de rémission du principe inci-
à U périphérie sont^ à Taide de ce système de fibres copimissurantes converties en une perception unique, ce fait n'est] pas général ni constant. H y a en effet des perc^tioiis sensorielles qui demeurent unilatérales^ de même qu'il y a des phénomènes aflérents à la motricité cérébrale qui sont aussi unilatéraux.
(1) Nous avons précédenunent indiqué^ page 380^ le fusionnement complet qui existe entre les deux sources bilatérales d'incitations motrices parties des lobes cérébraux antérieurs, et la disposition particulière des appareils musculaires périphériiiiies coi^iugués sur U ligne médiane, auxquels ces incHiftioDs sont destinées.
âl2 THÉORIE DES FONCTIOIfS DU GBRVBàU.
Ces individus, misérables en effet» arrivés à un état de dégradi^tion morale excessif, soit par un vice d'organisalion congénitale, soit par des habitudes de dépravation acquises, attestent d'une manière flagrante les rapports intimes qui existent entre la faculté d'apprécier exactement les choses qui sont du domaine du sens commun, et celle qui inspire nos jugements sur les faits qui relèvent du sens moral; ils nous montrent en même temps, cooh bien la sphère cérébrale oix régnent les passions affectives, et celle où siègent les manifestations purement intellectuelles, sont unies par les liens d'une stricte et intime solidarité.
Nous nous sommes jusqu'ici particulièrement occupé des questions physiologiques qui touchent d'une manière plus ou moins immédiate au système des fibres convergentes supérieures et inférieures : nous devons actuellement nous arrêter quelque peu sur le rôle de cet autre système de fibres blanches cérébrales, (fibres commissurantes), qui, paraissant au premier abord jouer dans l'arrivée de nos impressions sensorielles un rôle secondaire, n^en sont pas moins des agents indispensables au parfait accomplissement des fonctions de l'entendement, puisque leur absence entraîne, jusqu'à un certain point, le défaut de développement des facultés intellectuelles, et dans certains cas Tidiotie et l'imbécillité (1).
Les fibres commissurantes cérébrales, plongeant par chacnw de leurs deux extrémités au milieu des divers groupes de celluhi homologues dans chaque hémisphère, jouent par cela même k rôle de véritables traits d'union entre ces mêmes régions. Bhi paraissent donc être pour chaque circonscription de la périphérie corticale des appareils anastomotiques par exeeUenoe, qui eo9fondent en une résultante unique deux impressions hihtifém; elles les fusionnent et les mettent en quelque sorte i T Ce sont en un mot les véritables agents de l'oiiité deux hémisphères cérébraux (2)« -.»
(1) Comptes rendus des séances de ia Sodiit^ p. 9à, année 1862, Absence ctmginitai»
(2) Si la plupart de toutes nw
DES COMMISSURES CÉRiBRALBS. AÏS
I. Il est vraisemblable d'admeltre que nos impressions olfac^ tives, optiques, acoustiques, gustalives, etc., importées dans les régions centrales du système nerveux à Taide de conducteurs doubles, et déjà conjuguées entre elles d'un côté à l'autre, dans chaque cetitre de la couche optique, rencontrent encore dans les dernières phases de leurs migrations (au sein des réseaux de la substance corticale), une nouvelle série de fibres commissurantes qui sont pour elles comme de véritables moyens de fusionnement supplémentaires, et que par contre Jes impressions tactiles qui sont si franchement unilatérales, échappent peut-être, au moment où elles sont disséminées dans les régions centrales, à Tintervenlion des fibres commissurantes. Nous avons indiqué déjà, que les cetUres de la couche optique dans lesquels ces dernières impressions paraissaient plus particulièrement localisées, étaient précisément ceux qui nous avaient semblé jusquUci dépourvus de fibres de cette espèce (pi. XII, fig. S [3]) (voy. page 2A2) : il est probable que dans les régions de la périphérie corticale, elles se trouvent dans les mêmes conditions, et que c'est à cette absence le moyens anastomoiiques appropriés, qu'il faut attribuer cette odépendancc unilatérale qui les caractérise si bien.
n. Certaines régions de la périphérie corticale, d'où partent les *.tes de la motricité volontaire, offrent pareillement dans chaque misphère, une indépendance fonctionnelle complète. Ainsi, tandis que les zones de la substance corticale dw ergent les incitations motrices destinées à mettre en activileiB «reils musculaires du tiers supérieur du tronc (c'est-i^fiieiB ions antérieures des deux lobes cérébraux) sont entralnés/a ivement unanime dans leurs manifestations dynamifiB X,. ) simultanéité d'action des régions corticales ) de se révéler quand il s'agit de rémission du
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A12 THÉORIB DES FONCTIONS DU GBRYBàU.
Ces individus, misérables en effet, arrivés à un état de dégradation morale excessif, soit par un vice d'organisation congénitale, soit par des habitudes de dépravation acquises, attestent d'une manière flagrante les rapports intimes qui existent entre ta faculté d'apprécier exactement les choses qui sont du domaine du sens commun, et celle qui inspire nos jugements sur les faits qui relèvent du sens moral; ils nous montrent en même temps, combien la sphère cérébrale ofi régnent les passions affectives, et celle où siègent les manifestations purement intellectuelles, sont unies par les liens d'une stricte et intime solidarité.
Nous nous sommes jusqu'ici particulièrement occupé des questions physiologiques qui touchent d'une manière plus ou moins immédiate au système des fibres convergentes supérieures et inférieures : nous devons actuellement nous arrêter quelque peu sur le rôle de cet autre système de fibres blanches cérébrales, (fibres commissurantes) , qui, paraissant au premier abord jouer dans l'arrivée de nos impressions sensorielles un rôle secondaire, n^en sont pas moins des agents indispensables au parfait acconiplissement des fonctions de l'entendement, puisque leur absence entraîne, jusqu'à un certain point, le défaut de développement des facultés intellectuelles, et dans certains cas Tidiotie et l'imbécillité (1).
Les fibres commissurantes cérébrales, plongeant par chacune de leurs deux extrémités au milieu des divers groupes de cellules homologues dans chaque hémisphère, jouent par cela même le rôle de véritables traits d'union entre ces mêmes régions. Elles paraissent donc être pour chaque circonscription de la périphérie corticale des appareils anastomotiques par excellence, qui confondent en une résultante unique deux impressions bilatérales; elles les fusionnent et les mettent en quelque sorte à Vumsscn. Ce sont en un mot les véritables agents de Tunité d'action de dos deux hémisphères cérébraux (2).
(1) Comptes rendus des séances de la Société de biologie: Voyei, 3* sér., U IV, p. 9à, année 1862, Absence congénitale des corps calleux sans troubles fimctioimeis.
(2) Si U plupart de toutes nos perceptions sensorieUes primitiTement gémiié»,
DBS COMMISSURES CÉRiBBALBS. AÏS
L II esl vraisemblable d'admettre que nos impressions olfac-* tives, optiques, acoustiques, gustatives, etc., importées dans les régions centrales du système nerveux à l'aide de conducteurs doubles, et déjà conjuguées entre elles d'un côté à l'autre, dans chaque centre de la couche optique, rencontrent encore dans les dernières phases de leurs migrations (au sein des réseaux de la substance corticale), une nouvelle série de fibres commissurantes qui sont pour elles comme de véritables moyens de fusionnement supplémentaires, et que par contre, les impressions tactiles qui sont si franchement unilatérales, échappent peut-être, au moment où elles sont disséminées dans les régions centrales, à l'intervention des fibres commissurantes. Nous avons indiqué déjà* que les centres de la couche optique dans lesquels ces dernières impressions paraissaient plus particulièrement localisées, étaient précisément ceux qui nous avaient semblé jusquMci dépourvus de fibres de cette espèce (pi. XII, fig. 3 [3]) (voy. page 2A2) : il est probable que dans les régions de la périphérie corticale, elles se trouvent dans les mêmes conditions, et que c'est à cette absence de moyens anastomotiques appropriés, qu'il faut attribuer cette indépendance unilatérale qui les caractérise si bien.
n. Certaines régions de la périphérie corticale, d^oii partent les actes de la motricité volontaire, offrent pareillement dans chaque hémisphère, une indépendance fouctionnelle complète.
Ainsi, tandis que les zones de la substance corticale d'où émergent les incitations motrices destinées à mettre en activité les appareils musculaires du tiers supérieur du tronc (c^est-à-dire les r^ons antérieures des deux lobes cérébraux) sont entraînées d'un mouvement unanime dans leurs manifestations dynamiques (1), cette simultanéité d'action des régions corticales homologues cesse de se révéler quand il s'agit de rémission du principe inci-
à la périphérie sont^ à l'aide de ce système de fibres commissurantes converties en nue perception tmique, ce fait n'est] pas général ni constant. Il y a en effet des perceptions sensorielles qui demeurent unilatérales^ de même qu'il y a des phénomènes •llérents à la motricité cérébrale qui sont aussi unilatéraux.
(1) Nous avons précédemment indiqué^ page 380^ le fiisionnement complet qui «dite entre les deux sources bilatérales d'incitations motrices parties des lobes cérébraux antérieurs^ et la disposition particulière des appareils musculaires péripkériqnet coiûagués sur la ligne médiane, auxquels ces indtatioBs aont desUnéet.
A12 THiOElB DES FONCTIONS DU GBRYBàU.
Ces individus, misérables en effet, arrivés à un état de dégrada^ tion morale excessif, soil par un vice d'organisation congénitale, soit par des habitudes de dépravation acquises, attestent d'une manière flagrante les rapports intimes qui existent entre ta faculté d'apprécier exactement les choses qui sont du domaine du sens commun, et celle qui inspire nos jugements sur les faits qui relèvent du sens moral; ils nous montrent en même temps, combien la sphère cérébrale ofi régnent les passions affectives, et celle où siègent les manifestations purement intellectuelles, sont unies par les liens d'une stricte et intime solidarité.
Nous nous sommes jusqu'ici particulièrement occupé des questions physiologiques qui touchent d'une manière plus ou moins immédiate au système des fibres convergentes supérieures et inférieures : nous devons actuellement nous arrêter quelque peu sur le rôle de cet autre système de fibres blanches cérébrales, (fibres commissurantes), qui, paraissant au premier abord jouer dans l'arrivée de nos impressions sensorielles un rôle secondaire, n^en sont pas moins des agents indispensables au parfait accomplissement des fonctions de l'entendement, puisque leur absence entraîne, jusqu'à un certain point, le défaut de développement des facultés intellectuelles, et dans certains cas Tidiotie et l'imbécillité (1).
Les fibres commissurantes cérébrales, plongeant par chacune de leurs deux extrémités au milieu des divers groupes de cellules homologues dans chaque hémisphère, jouent par cela même le rôle de véritables traits d'union entre ces mêmes régions. Elles paraissent donc être pour chaque circonscription de la périphérie corticale des appareils anastomotiques par excellence, qui confondent en une résultante unique deux impressions bilatérales; elles les fusionnent et les mettent en quelque sorte à Vtmisson. Ce sont en un mot les véritables agents de Tunité d'action de nos deux hémisphères cérébraux (2).
(1) Comptes rendus des séances de la Société de biologie: Voyei, 3* sér., U IV, p. 9à, année 1862, Absence congénitale des corps callettx sans troubles fonctioimfls.
(2) Si U plupart de toutes nos perceptions sensorielles primitiTement gémtwéitj
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L II est vraisemblable d'admettre que nos impressions olfac-^ tives, optiques, acoustiques, gustatives, etc., importées dans les régions centrales du système nerveux à l'aide de conducteurs doubles, et déjà conjuguées entre elles d'un côté à l'autre, dans chaque centre de la couche optique, rencontrent encore dans les dernières phases de leurs migrations (au sein des réseaux de la substance corticale), une nouvelle série de fibres commissurantes qui sont pour elles comme de véritables moyens de fusionnement supplémentaires, et que par contre, les impressions tactiles qui sont si franchement unilatérales, échappent peut-être, au moment où elles sont disséminées dans les régions centrales, à l'intervention des fibres commissurantes. Nous avons indiqué déjà, que les centres de la couche optique dans lesquels ces dernières impressions paraissaient plus particulièrement localisées, étaient précisément ceux qui nous avaient semblé jusqu^ici dépourvus de fibres de cette espèce (pi. XII, fig. 3 [3]) (voy. page 2A2) : il est probable que dans les régions de la périphérie corticale, elles se trouvent dans les mêmes conditions, et que c'est à cette absence de moyens anastomotiques appropriés, qu'il faut attribuer cette indépendance unilatérale qui les caractérise si bien.
n. Certaines régions de la périphérie corticale, d^où partent les actes de la motricité volontaire, offrent pareillement dans chaque hémisphère, une indépendance fouctionnelle complète.
Ainsi, tandis que les zones de la substance corticale d'où émergent les incitations motrices destinées à mettre en activité les appareils musculaires du tiers supérieur du tronc (c^est-à-dire les régions antérieures des deux lobes cérébraux) sont entraînées d'un mouvement unanime dans leurs manifestations dynamiques (1), cette simultanéité d'action des régions corticales homologues cesse de se révéler quand il s'agit de rémission du principe inci-
à la périphérie sont^ à l'aide de ce système de fibres commissurantes converties en nue perception umque, ce fait n'est] pas général ni constant. Il y a en effet des perceptions sensorielles qui demeurent unilatérales^ de même qu'il y a des phénomènes afférents à la motricité cérébrale qui sont aussi unilatéraux.
(1) Nous avons précédemment indiqué^ page 380, le fusionnement complet qui ttdite entre les deux sources bilatérales d'incitations motrices parties des lobes cérébraux antérieurs^ et la disposition particulière des appareils musculaires péripkériqnet coiyagiiét sur la ligne médiane^ auxquels ces incitalioBs sont destinées.
ftlA THÉran MBB POMGTfOm DU GBRfEAU.
tateur destiné aux appareils musculaires des régions moyenne et inférieure du tronc.
Le principe ineiiateur qui provoque, en effet, la mise en aetifilè de ces divers systèmes de muscles, est élaboré d'une manière oomplétemeiit indépendante dans chaque hémisphëre, et rencontre {lareiilement dans les systèmes divers de muscles auxquels il est destiné (ceux de nos membres supérieurs et inférieurs), une indépendance complètement concordante, de sorte que les méniei dispositions qui existent au moment de l'émer^nce de cet intkn excitiMnoteur volontaire dans les régions centrales, se retrouYeat ealquées dans les régions périphériques du système musculaire qu'il excite : au moment de son origine et au moment de sa distribution terminale, il est toujours unilatéral. Nous mouvons, en effet, notre bras gauche, notre jambe gauche d'une manière «parfaitement isolée, sans que les appareils musculaires du c(Mé opposé se trouvent entraînés dans cette série de mouvements, comme cela se voit dans les régions supérieures du tronc pour iesqueiles Tindépendance fonctionnelle des muscles pharyngiens, igiottiques, linguaux, etc., de chaque côté est complètement nulle.
Ces régions cérébrales d'od part Tinflux volontaire destiné m muscles du tiers moyen et du tiers inférieur du corps sont-elles primitivement fusionnées dans chaque hémisphère? et n*arrivoDSnous que par l'eflet d'une longue habitude, à les rendre indépendantes Tune de l'autre, comme nous voyons certains mouvements isolés de nos doigts, acquérir par l'exercice une autonomie fonctionnelle très-marquée ? ou bien ces foyers dMnnervation exdlomotiîce volontaire échappent-ils aux irradiations du système des fibres commissurantes ? Ce sont encore là des questions que Fana- ^omie seule nous paraît dans Timpossibilité de résoudre et qui attendent leur solution de recherches ultérieuress.
m. Il est curieux, en tenant compte de ce double phénomioe de Vuniié de certaines de nos impressions sensorielles primitifs' ment doubles, et de la duplicité de certains foyers d'îndiatioa excito-molrice volontaire au sein de la substance corticale, de» représenter idéalement la mise en activité successive des divers appareils encéphaliques d^un homme en observation devant du objets microscofMques, par exem|^ ^u'il iongne d'«Mi malmt(à
DM ooMnMjRBU cimlMâLm. 116
l'œil gauche) et qui les dessine avec la main droite (pi. I, fig. 5).
Nous avons exposé précédemment les rtUoni qui nous portaient à admettre que le principe incitateur volontaire qui provoque les mouvements réfléchis des membres supérieurs était localisé dans les régions moyennes dé la périphérie corticale, et, comme conséquence, que la main droite soutirait son principe d'action des région^ moyennes de Thémisphère gauche. Dans le cas qui nous occupe, rœil du côté gauche étant seul ouvert (comme les impressions visuelles comcientes sont entrecroisées) c'est Thémisphère droit seul, qui reçoit et qui élabore l'impression sensorielle eotrecroisée [2, 3, 1] : or, comme ce n'est pas lui qui réagit pour susciter les mouvements appropriés de la main, il faut que l'im» pression sensorielle proi^ocatrice de ces réactions motrices, soit répercutée eo quelque sorte par contre coup, dana l'hémisphère op|M>sé.
. Il faut donc, pour pouvoir dessiner un objet en ne le regardant que d'un seul œil, qu'une série d'actes cérébraux complexes en eux-mêmes s'accomplissent : il faut que l'impression sensorielle pplîque ae mette, de part et d'autre» à runissan dans chaque bémisphère; qu'elle se propage ainsi transversalement avec toute son intensité et tous ses caractères, et qu'elle provoque, comm0 i|0 véritable écho de l'impression primordiale, la réaction des ^ues motrices de la périphérie corticaU qui lui sont immédiate» ment subordonnées [A].
Le parfait accomplissement de cette série d'actions et de réaciîons enchaînées semble pouvoir impliquer, par cela même, la préci* sion des moyens anastomotiques interposés entre certaines ridions de la périphérie corticale (et entre autres, celle des régions céré* braies antérieures). On pourrait peut-être ainsi en induire l'état jd'intégrité des commissures cérébrales, et en particulier celui de certaines portions du corps calleux (1).
(1) Os indaeHons ne sertMit fMrfMtcineiit légitiaieê, q^'aolftiit ^'il sera Mea déraontré que diet Thonnie, eomme chez les asIiiiauK, les impressions fisMllefe eonscientef y/ont tontes se répartir dans les régioM de la périphérie corticile^ d« eôlé oppose à eelui d'où elles proviennent et qu'il n'y a pas, rsmontnnt dans diaqvê hémbphère, d'impressions directes non ontrecroisées (pi. l, flg. 5 [2, S, i]).
Cbes les animaux en effet, ainsi qu'il résulte des eipéneactts dn Fla—s, TdMfttion d'un hémisphère entraine la perte de la vision ât l'iril da aèlé sppMé à la
AlO RÉGIONS MOTRICES DU STSTftifB NBRYEUS.
QUATRIÈME SECTION
RÉGIONS DU SYSTÈME NERVEUX EN RAPPORT AVEC LES PHÉNOMÈNES DE LA MOTRICITÉ.
DU GIIYBLIT IT DIS APPAUIU DB L*IllHllTAnOII CAlÉBILLBim HÊMTMàWIfiL
Si Ton se reporte aux principaux détails anatomiques que nous avons indiqués à propos de l'étude du cervelet proprement dit, et des appareils de rinnervation cérébelleuse, on peut se rappder que nous avons insisté sur ces différents points et dit :
Que le cervelet, véritable foyer continu d'innervation, travaillant d'une manière isolée, et indépendante des autres départeineots du système nerveux central élaborait, en vertu d'une véritable autonomie fonctionnelle, Pinflux moteur qu'il déversait incessamment à l'aide de ses pédoncules, vers les régions antérieures de Taxe spinal ;
Que la substance grise des olives supérieures et inférienres, celle de la protubérance, celle du locus niger^ celle des noyaux jaunes du corps strié, représentaient une série non interrompue de lacis plexiformes, et par suite la sphère périphérique de son activité, et le substratum indispensable à sa dissémination (pi. II etIU,fig.2);
Que Tinflux cérébelleux déversé sans discontinuité, a l'aide de trois séries de conducteurs bilatéraux dans une direction centrifuge, était particulièrement en rapportavec les régions motrices de l'axe spinal du côté opposé (pi. I, fig. h) ;
Qu'à leur dernière période d'atténuation, les agents deladiss^ mination de Pinnervation cérébelleuse n'étaient plus représentés, que par une série de petites cellules, accoUées tout d'abord comme
lésion (voy. page 3d6); quoique dans ces cas les deux iris soient encore sionnables. Ce fait implique donc que si les impressions inconscientes ré/lexettt mélangent, et se répartissent aussi bien (celles qui sont directes et ceUes qui tsâ entrecroisées) au sein de la substance gélatineuse des tubercules quadryumanXi il n*en est pas de même pour celles qui sont destinées à entrer en conflit atec k> manifestations purement intellectuelles. (Flourens, Recherches sur le système aerveux, 2« édition, Paris, 1SA2, p. 81).
INNERVATIOM CÉRÉBELLEUSE* &17
des filaments volubiles le long de la continuité des fibres antérieures spinales, et groupées ensuite à la surface de grosses cel« Iules du corps strié*, et qu*en un mot, Tappoint d'éléments morphologiques émanés médiatement du cervelet, et répartis au sein de la substance grise du corps strié, complétait avec ceux qui appartiennent a Taxe spinal (Qbres des faisceaux spinaux anté« rieurs) et ceux qui proviennent de la périphérie corticale (Obres cortico-striécs), une véritable trilogie constituée par trois sources d^incitations nerveuses de provenance variée, réunies et combinées ensemble (pi. IV, fig. 6 [9]).
Ceci posé, il nous reste à voir maintenant ce que disent les faits de la physiologie expérimentale.
Nous allons successivement examiner les phénomènes qui apparaissent lorsque :
1* L'influx cérébelleux est intéressé dans Tintégrité du substra^ ium qui le produit, c'est-à-dire lorsque Ton enlève des portions plus ou moins considérables de lobes cérébelleux aux animaux mis en expérience ;
2" Lorsqu'il est pareillement intéressé à son moment d'émergence, par suite de l'interruption des conducteurs qui l'exportent (section des pédoncules cérébelleux) ;
S* Lorsque les lésions expérimentales portant exclusivement sur les expansions cérébelleuses périphériques, intéressent les réseaux de la substance grise de la protubérance, du locus niger du corps strié, etc., à Taide desquels il opère sa dissémination.
I. Tous les physiologistes sont unanimement d'accord sur ce point : c^est que la substance propre des lobes cérébelleux est complément insensible aux irritations mécaniques et aux mutilations dont elle peut être le siège (1). C'est déjà là une donnée importante, qui concorde d'une manière satisfaisante avec les faits anatomiques tels que nous les avons déjà indiqués, et d'une autre part avec les observations cliniques.
Tous les expérimentateurs sont encore presque unanimes, lorsqu'ils décrivent les troubles fonctionnels qui apparaissent chez les animaux, soit mammifères, soit oiseaux, lorsqu'on vient à les
(1) Nous aTODS indiqué en effet (page 130) Tabsence complète d'éléments spigfflfitifr^ aUant se distribuer au milieu de la substance même du cenrelet. tors. 27
nii RÉGIONS HOTRICBS ÊIU STSTÈSË fflRiVEUX.
priver (l'utiè pdrlion plus ou mdins notable de leart lobes tktt^ belleux. < Qutind on enlève, dit Flourens^ soit sur Aeê pigeoni, soit sur des miimtnifères, des portions SilcceMitès dû c^riM, on voit que Tanimal perd gradûelleilient la faculté de tolef^ di marcher, puis enfin celle de se tenir debout^ On peut flllisii ptf des coupes habilement ménagéesi^ ne supprimer que le yoI| m le vol et la marche, ou la marche et la slatioDi En dis^ostM du cervelet, on dispose de tohs les mouvements codrdollliél de la locomotion, cotnme en disposant des lobes cèrébtmiaL tiÉ dispose de toutes les perceptions (l)i » Loriget A signalé M phénomènes analogues : « Prenez deux pigeons^ dit-il : i Tin, enlevez entièrement les lobes cérébraux^ à Tautrâ la moitié Ai cervelet) le premier i le lendetnain^ sera solide sur ses (lattes; le second vous offrira la démarche incertaine de Tivresse (2)i > Ul intéressantes recherches de Wagner^ entrëfiriseÉ et |fourtulties depuis longues années sur ce point spécial de là physiologie èi système nerveux, l'ont conduit à des conclusions analogues (3)é Nous avons entrepris nous-môme sur de petits mamroiièni« sur des oiseaux et des poissons, une série d'expériëtioes qai iDot complètement confirmatives des faits rapportés ^ar les auteurs qn nous venons de citer (A); aussi pensons-ndus être sufifeamnMsl autorisé, en nous appuyant sur ces témoignages mfiltipks» â dite:
(1) Flcrttrèti^^ àysièmê neh}éuai, PdHs, 4842, fl» édît., p. M,
(2) Longet, Anatomie et physiologie du système netneui^, 1. 1, ^t 7iQ.
(3) Wagner, Journal de physiologie. Paris, 1861.
(à) Les résultats de nos vivisections, pratiquées sur dé petits mâmmdèhs, soit identiques avec ceux indiqués par Flourcns et Longet, aussi ne faisons-nous que hfpeler les principales qui ont [porté sur des pigeons, et qui nous dnt surtout fnppé pdi* leur netteté, et leilt- similitude prcsqlie cditlplète (vu Tattilude bipède de cêsuimaux) avec ces troiibies de la locmnotioii si cai'âctct-lstiquds ((iic Ton Otorve ^o l'homme en état d'ivresse. Les pigeons en cftbt, atitquels noiii avioti# eilletéi*' cessivement différentes portions du cervelet, se mouvaient en chancelant, tel toutes les directions, d'une manière tout à fait irrégulière ; placés sur une table» N sur leur bâton, ils cherchaient incessamment à se maintenir en équilibre, tastot èh baldhçàht Ictlhë ailes, tatliot à l'aide dt letif ^UCiJc j lia léttiblaient être duf uu état de titubitidil cdntihuélle, et tottjoUH fcut* le |iôliii de tottibèl* soit en àttfl soit en arrière, par suite du défaut complet do stabilité dans leurs attitvdff m^ ressivcs.
Sdr des poissons de rlviènij à forMd t)iate, iei fhéttonlèttei qdl ittlTdK tes lUitionA partielles dn eenrelet Knit »nw>ri filtfs tppirélltt. LSNVl'Mi i 1
flflIBIIirATtOlf CÉRÉBBLLEtJSR. âlO
QiM» le eerteUt^ complètement insensible par iui'^inéme, exerce niie influence prépondérante sur les manifestations de la motri-» cité;
Que la Taculté de produire dA mouf ements disparaît i mesure qM le cervelet est enleré, c'est-à-dire que les puissances loco* mMricee sont intéressées d'une façon proportionnelle à la quan* tilé de iubstance cérébelleuse supprimée;
Que les mourements de la locomotion» après des destructions fWUelles et successires du cervelet, détiennent désordonnés» mal équilibrés, par suite de l'inégale distribution de rinneryatiotl o^belleuse dans chaque moitié du corps ^
Qu'en un mot» la faiblesie et Y hésitation des actes locomotMrs, sont les phénomènes les plus saillants qui apparaissenti lorsque l'on vient à tarir les foyers d'innervation à l'aide de liqtieUe ils se manifestent.
II. Les lésions isolées du cervelet proprement dit, portant anr la substance blanche et la substance grise (c'est^-à-^dire sur rappareil générateur de l'innervation cérébelleuse), sont done etraetérisées par un état de faiblesse générale et de dépression dèH facultés locomotrices. Ce sont là des phénomènes constants, 8«r ^interprétation seule desquels les physiologistes peuvent
t éttUvé qiISlqilél frafments dtl cervelet (après àtolr détruit Ift paroi dd tfknt) •ft qv'iMi «bftndoiiiie raninial à lui-même dniis nn baquet d'eau^ on est rarpris di constater l'allure toute nouyelle qu'il prend. La trouble profond apporté à Tinnar- ▼ation cérébelleuse locomotrice fait que ces phénomènes d'hésitation et de titubàtion dans la démarche qui sont propres aux oiseaux^ se traduisent chez les poissons ftt des motltementfl dé natation lents et incertains j ils se résument en une sorte dé bHaasitmat latéral irréguUer^ qui porte à comparer immédiatement ce poissoa à «I corpt flottant dépounru de last, et réduit par cela même à l'élat d'équilibre
n nous est arriré de constater pareillement^ quand la lésion aTait probablement intéressé les fibres efîérentes du cerrelet^ que le poisson^ au moment où il était dSM l*eati, accomplissait une série de mouvements rotàtoires suivant soa i itSi todl à fait comparables à ceux que présentent les mammifères lorsqu'on toi mémea appartili nerveux. Ces mouvamants rotatoires, dont on pemt mirre très-facilement dans ces cas les diverses phases^ nous ont paru n'être qu'une exagération passagère de ces mouvements d'oscillation latérale dont nous venons de parler, et ne devoir être H^ortés qu'à uas ^fédOBllflancé dé TiflAervitlonteérébeUeuse^ inégalement répartie dans ehaque moitié dtt eofpe.
420 RÉGIONS MOTRlCtS bU SYSTÈME MBRVEUX.
varier, mais qui n*en sont pas moins des fails acquis à la science, el aussi positifs dans leurs manifestations que rinseosibililé do tissu cérébelleux lui-même.
Lorsqu'au contraire, les lésions portant sur les conducteon centrifuges de l'innervation cérébelleuse, déjà motliGée ptr l'action métabolique des cellules du corps rhomboidal, intéressent les libres eflerentes pédonculaires, des phénomènes toot nouveau apparaissent (pi. I, fig. à et pi. H) ; ce sont alors, soit des mouvements de manège, soit des mouvements de rotâtk» suivant Taxe du corps, qui se manifestent chez les animaux miseo expérience.
Les investigations des physiologistes ont presque toujours porté jusqu'ici, soit sur les pédoncules inférieurs, soit sur les pédoncules moyens.
Magendie a particulièrement étudié cette série de singolien troubles fonctionnels dans ses nombreuses e]&périences (1). cSi l'on pratique, dil-il, sur un mammifère la section d'un des pédoncules {crura cerebelli)^ l'animal se met à tourner selon son axe, sur le côté lésé. La lésion du pédoncule gauche amène II rotation de droite à gauche. > Il a encore signalé très-netteoieot la situation particulière que prenaient les globes oculaires à la suite des lésions portant sur le cervelet. Les piqûres des pédoncules inférieurs lui ont aussi paru provoquer des mouvements convulsifs (ti). Les sections des pédoncules moyens faites pir Flourens, Longet et la plupart de tous les autres expérimentateurs de notre époque, ont amené des résultais analogues.
Nous avons répété ces expériences sur de petits mammifères : les sections que nous pratiquâmes après avoir mb l'encéphale à nu, portaient principalement sur les pédoncules moyens au moment où ils sortent du cervelet; dans ces circonstances les phénomènes observés furent ceux-ci : la lésion intéressant le côté gauche, par exemple, nous constatâmes qu'il en résultait immédiatement une sorte d'hémiplégie du côté opposé, en vertu de laquelle les membres sains du côté gauche opéraient une série de mouvements de progression excentrique autour de
(1) Magendie^ Journal de physiologie, t. IV, p. 339.
(2) Magendie, Système nervfux^ t. I, p. 180.
imnervàtion cérébelleuse. fl21
la portion droite du corps, frappée d'inertie. L'animal, emporté alors par cette force prépondérante dans tout un côlé de son corps, roulait plusieurs fois sur lui-même suivant son grand axe, ou bien s*incurvait ensuite en formant une courbe dont la concavité répondait au côté lésé (1).
Quoique toutes ces expériences, par la complexité des phéno* mènes qu'elles provoquent, soient d'une interprétation souvent Irës-difiBcile, il n*en ressort pas moins de leur étude attentive que les lésions unilatérales limitées à une série de fibres pédon^ culaires, ont le privilège de déterminer l'apparition de mouvements rotaloires, et que la cause unique de ces mouvements doit être rapportée à un défaut d'équilibration entre les courants Derveux parallèles, à direction centrifuge, qui émergent directement des réseaux de cellules du corps dentelé, et médiate* ment de la substance grise cérébelleuse (pL I, fig. &, pi. II et pi. IV, fig. 5). Les mouvements de manège ou de rotation sur Taxe du corps, qui ne sont que des dérivés les uns des autres, ne nous paraissent pas devoir être expliqués par un autre mécanisme (2).
Magendie, du reste, avait été déjà, à la suite de ses expériences, frappé d*une idée semblable : convaincu que les mouvements qui se combinent pour produire soit la station, soit la progression, n'étaient physiologiquement possibles que par l'équilibration régulière de forces opposées à direction trans-
(1) Ces phénomènes, qui apparaissent comme une explosion subite aussitôt qu'on ièsê les fibres afférentes du cervelet, disparaissent insensiblement. Ainsi^ chez les inimaux que nous mimes en expériences, s'ils ne succombaient pas au bout de quelques heures par une sorte d'épuisement d'influx nerveux, nous pûmes constater (|a*en^on huit à dix heures après, les mouvements d'entraînement latéral avaient cessé; mais il persistait chez eux un état de prostration considérable, qui les empêchait de se tenir sur leurs membres. Ces animaux ainsi mutilés succombaient emiroii au bout de ting^t-quatre heures.
(2) Il se produit dans ces cas un phénomène de statique tout à fait comparable i celui que Ton décrit eu physique, sous le nom de tourniquet hydraulique. On sait en effet qae, quand un liquide est contenu dans un cylindre creux, mobile suivant son grand axe, et pourvu à sa partie inférieure de deux igutages soudés en sens inverse, si on donne issue au liquide d'un seul côté, l'équilibre des forces qui se taisaient obstacle sur les parois du vase venant à être rompu Tappareil se met spontanément en mou? ement, en opérant une série de tours suiTant son in^and axe .
kit RÉGIONS MOTBICiEft PU ftYSTÊUIB ffffRTEUX.
versale, irradiées de choque lobe cérébelleui, il fut oooduit i donner une solution aussi simple qu'ingénieuse i eelte quai» tîon.
Chez un animal, en effet, entraîné d'un oôtà par une section préalable d^un de ses pédoncules cérébelleux, il fit la même 0|ié> ration du côté opposé : l'animal, restitué ainsi & ses copditbns d'équilibre physiologique, resta complètement immobile iliai quelque position qu'on lui faisait successivement .prendre (1). Wagner a répété les mêmes expérieneas, et est arrifé à du résultats identiques (2).
Ainsi donc, nous voyons par l'exposé de ces expériences faites sur des animaux vivants, que les inductions qui nous avalent été inspirées parla seule disposition anatomique des parties reçoivent une confirmation satisfaisante dans le domaine de la physiologie expérimentale.
Nous avons, en effet, vu jusquMci que le cervelet était un appareil générateur d'un influx nerveux sut generis; que cet influi, accumulé d'une façon continue, se disséminait vers les régioas motrices de Taxe spinal sous forme d'un courant constant, 4 l'aide des fibres cérébelleuses efférentes; qu^il était réparti en proportion égale & l'état physiologique dans chaque côté du corps; que l'harmonie des actes moteurs dérivait de sa juste équilibratioa dans chaque côté ; qu'enfin il suffisait d'interrompre son cours dans un côté du corps, pour voir apparaître d'une manière subite, ml des momeimni» d^ manège, soit des mimyemmiU i^ routm sur l'axe, phénomènes similaires dont la cause unique ne doit être rapportée qu'à une inégalité d'action entre les deux forces bilatérales qui se répartissent dans les régions motrices de Tsxe spinal, et à une prépondérance exagérée de Puoe d'elle3 (S).
m. Relativement à l'étude des prineipatix ptiémymènes qui intéressent U sphère de l'innervation cérébelleuse périphérigoc, les ç^émnc§S d^ pbysiologiçte^ n'ont pas encore élé êS^
{i) Magcndic, Journal de phynologie, t. IV, p. 40Î.
(2) Journal de physiologie de Brown-Séquard, 1861, p. 397.
(3) G'Mt éTidemment par suite d'une fausse interprétation de faits Judidense*
IWBfiy^TlON CÉRÉPPLLEUSE. 481
DHll|tiplié66 fwr quA nPMS puissions eq donner Act|i#])^ent une ^promtîon exacte.
Nous nous eonientffon^ de rappaler, provisoirement, que Tinner- Wllthi^ (B^rébellaiis^ périphérique, disséminée avep les résçaus da ffAh^ fïeipvmm^ qui lui savent de ^upporls^ autour de$ fibrille» dm f^sca^MX »piQ«MX antérieurs (pi, (Y, Qg. 5) qu'elle enve^ lopp» de touto pfitrt Êomme d'une sort^ 4'^^^osphère nerveuse (depuis le |3oll^t du bulbe jusqu'w niveau d^ 1a substance grise dtt mrps »triié), se poncentre, ^v^qI 1^ mon^nH pu elle est définie tiyWimt' dî^éminée, dans deux noy^^^ de substance u^rveuse j[le$ olives inOèriPures et supérii&urps) qui \\^\ servent Umf. d'abord de point d'amortissement, d'où elle est secoudi^rpment; irradiée ^ d^3 directions iniultiples.
pe||^(^l>fprvé9 d'aiUeurs par Ftourcns (ainsi que nous l'avons rappelé page 418), i^ue ce physiologiste a été copduit à considérer le cervelet comme le siège exclusif du prÎBcipe qui coordonne les mouvements de locomotion. {Loc, cit. y p. 510.)
Il y a ici, à notre avis, une simpU) affaire de logique qui doit seule être discutée.
Quê veai-^o signifier, «n effet, en 4i»aiU que le cervelet est un appareil coordinateur des mouvements locomoteurs ?
On implique par cela même immédiatement l'idée qua ces mouvements locomoteurs étant préalablement disharmoniques en eux-mêmes, l'action du cervelet a pm^ Ji»ut de les restituer à leurs conditions physiologiques et de les régulariser; et il même manière que, si l'on trouvait une substance capable de rendre les ■oaTements d'un paraplégique ataxique réguliers et harmoniques, on serait porté ^ 4ve <|ue celle substance est l'agent coordinateur de ces mêmes mouvements.
Jlf/lis ejy est-il ainsi pour ^e cas actuel? On intéresse plus ou nyoins le cervelet, ti les mouvements deviennent à la suite plus ou moins irréguliers, faut-il en conclure que le cervelet a pour but exclusif de les coordonner normalement? évidemment •on. Car il y a là une donnée concomitante qui domine et précède ce processus, deai V asthénie : le premier phénomène quit suit toute lésion cérébelleuse, soit eipérimentefe, soit pathologique, c'est en effet une débilité qui porte tout d'abord IHr ^ f9Hf^o^? ^otri/ces, et l'incoordifiatiou ne fait q^e suivre : l'incoordination de$ mouvements n'est (}onc encllc-méfne qu'un pbénomène secondaire.
Pe cefvelet n'iptervient donc logiquement dans la régularité et la coordination 4e noe actes moteurs, que parce qu'il leur donne une force sthénique sui generis^ tgd leur permet de s'accomplir : son rôle est uniquement de fournir aux fonctions JMlnc^s BU ipfluz stimulateur particulier; et cet influx, par la seuJ^ disposition 4Kf fèf^tm où il se dissépûne, est distribué d'i;Lne fAQpn régulière, harn^nique et coordonnée.
TeUe est^ à notre avis, la manière d'interpréter les faits qui résultent des expériences physiologiques et des études cliniques, relativement aux troubles fonctionnels qpn ssivent les lésions du cervelet.
àià RÉGIONS MOTRICES DU SYSTÈME NfetJfnSUX.
Les réseaux de substance grise des olives supérieures el inférieures, sont en eflet, comme les divers amas de substance ganglionnaires, de véritables foyers générateurs de fibres et de cellules nerveuses nouvelles (ph II et III, fig. 2) : on est donc amené à penser, que s'il y a génération de nouveaux éléments nerveux aux dépens de leur masse, l'intensité des actions nerveuses doit être multipliée en raison directe du nombre dt ces éléments; aussi ces deux intumescences gangliformes nous piraissent-elles devoir être considérées au point de vue de l'innervation cérébelleuse, comme de véritables appareils récepteurs et multiplicateurs^ destinés à la recevoir, à la transformer, et à en multiplier les effets.
Remarquons encore que ces appareils doivent en même temps servir à changer la direction do l'influx cérébelleux afférent, grâce 4UX fibres nouvelles auxquelles ils donnent naissance : celles-ci se trouvant étalées et répandues sur une grande surface, sont, par cela même, d'autant plus aptes à propager dans les directions les plus diverses l'innervation à laquelle elles servent de nK)yen de dissémination (pi. II et II, fig. 2).
L'innervation cérébelleuse commence à se répandre au pourtour des faisceaux spinaux antérieurs, au niveau de la région bulbaire de l'axe spinal. Là, eu égard au peu d^abondance relative de la substance grise d'origine cérébelleuse (pK VII, fig. 1 [16]), ses manifestations doivent être accusées avec une intensité moyenne ; mais peu à peu, la masse totale de cette substance grise, qui donne en quelque sorte la mesure de sa puissance dynamique, va successivement en augmentant, et il arrive un moment où, accumulée en assez fortes proportions pour constituer par sa seule interposition les régions de la protubérance, du locus niger it Sœmmering, les noyaux jaunes du corps strié, elle représente, Dar la richesse et la multiplicité de ses réseaux, l'amplification progressive du champ de l'activité cérébelleuse périphérique. C'est effectivement dans ces diverses circonscriptions du système nerveux que ses manifestations dynamiques se révèlent avec leor maximum d'intensité, et tous les physiologistes savent que l'excitation des régions antérieures de la protubérance détermine particulièrement l'explosion des phénomènes convulsifs, c't»t-â-
IMNERVÀTION CÉRÉBELLEUSE. &26
dire une série de secousses intermittentes et désordonnées dans les divers départements du système musculaire (1).
Les lésions expérimentales des pédoncules cérébraux, qui portent à la fois sur les fibres des faisceaux spinaux antérieurs et sur les réseaux de la substance grise du locus niger (pi. XVIII, ôg. 7), sont accompagnées de mouvements de rotation sur l'axe, de mouvements de manège, et même de contracture de tout un côté. Il semble résulter de ce fait que la lésion qui a produit ces troubles locomoteurs, a rompu, comme dans les cas précédents, Téquilibre entre les deux forces bilatérales qui émergent normalement du cervelet dans des directions opposées.
On est donc provisoirement porté à admettre qu'il y a peu de variations apparentes dans les diverses perturbations fonctionnelles qui apparaissent, lorsque ce sont les conducteurs eiïérents du cervelet eux-mêmes qui ont été intéressés dans leur continuité, ou bien lorsque la mutilation a porté sur les plexus de substance cérébelleuse périphérique^ et que Tinnervation cérébelleuse, à quelque hauteur qu'on interroge ses propriétés dynamiques (à la région bulbaire, a la région de la protubérance et à celle des pédoncules cérébraux), se révèle constamment par des manifestations réactionnelles identiques (pi. XVIII).
rV. L*étude physiologique que nous venons de faire jusqu'ici des phénomènes propres à l'innervation cérébelleuse périphérique, nous a montré quel rôle prépondérant cette source d'innervation était appelée à jouer, par l'intermédiaire des fibres spinales antérieures, dans l'accomplissement des phénomènes de la motricité volontaire (pi. IV, fig. 5). Or, comme il y a dans l'économie toute une autre série dactes moteurs qui sont soustraits à l'empire delà volition (mouvements des muscles respiratoires, mouvements du cœur, etc.), et comme ces actes moteurs coordonnés nes'ac-
(1) On est naturellement amené à se demander si ces contractions spasmodiquet, dont le système musculaire est ainsi accidentellement le siège, ne seraient pas précisément sous la dépendance de Tinterniption passagère de Tinflux nerTeux irradié du cenrelet^ et si une simple lésion traumatique légère, une minime irritation de la surface de la protubérance, n'auraient pas précisément pour résultat de rendre le cours de l'innervation cérébelleuse interrompu, de continu qu'il était aaparaTint, et de faire* qu'elle se révèle sous forma de saccades répétées.
iSS RÉGIONS MOTBieeS W fiV^TiaiB HBRYEDX.
compliiftent pas moins à l'aide d'une série d'arcs spinaux diasUl? tiques, sous TipQuence d'incitations eentripètes exciio^mobrieei (voy. p^ges fiOO etsuiv.), nou^ sommes naturellement amené i nous demander :
Si ees divers are^ exeito^moteurs intrarspinanx^ qui serrent aux phénomènes de la vie organique, ne seraient pas, eomme tous leurs iiomologues afifectés aux manifestations motrices de la vie animale, reliés apx régions supérieures du système nerveux, et stimulés aussi par Tinnervation céf ébelleuse ; si, en ub mot, les cellules motrices spinales, d*où partent les fibres radieur laires qui mettent en mouvement les muscles cardiaques et diapbragmatiques, ne soutireraient pas pareillement, comme celles qui provoquent les mouvements vobntaîresde nos menabree, eli., une portion quelconque de l'innervatiofi du iserveiet^ à l'aide 4'une collection de fibres verticales, jouant à leur égard la même rôle qu'accomplissent les fibres des faisceaux antérieurs vîsra-vis des autres cellules motrices de Taxe spinal ?
Cette série de questions dont on entrevoie les appIietUenf fécondes, puisque si elles étaient résolue^ elles nous permettraient d'affirmer que les phénomènes moteurs de la vie animale et de la vie organique s'opèrent à Taide d^un mécanisme identique, nous paraissent actuellement échapper à une solution satisfaieante. Il leur manque un point d'appui essentiel, c'est-â-dire la (iémonstration anatomique de l'existence de ces fibres verticales Aseendantes, allant s'amortir au sein des réseaux de la substance grise de la protubérance. Peut-être cette eatégorie de conducteurs nerveux existe-t-elle d'une manière indépendante, mais jusqu'à présent, je n'ai pas été assez favorisé pour pouvoir en reconnaître manifestement l'existence.
Si ces inductions physiologiques étaient confirmées, elUs seraient assurément aptes à jeter quelque jour sur le mécanisme de l'apparition de certains phénomènes interprétés jusqu'ici d'une façon incomplète : sur la rapidité de la mort, par exemple, qui survient, par arrêt des mouvements respiratoires, d'une façon si ij)^pn)préhensible jusqu'ici chez un animal qiuquel on coupe (ransversalement h régioq ^ijpérieqre du bufbe. Ce fajt n'irn^ piiquert-il pas de lui-mAme que l'are excitOrmoUar à l'ainje duquel s'opère ia série rfaytbmée des mouvements respiratoires
IKMERVÂTIOH CéRÉBBLLEUSE. A97
(pi. VU)» a é(é instantanément privé d'une source d'innervation indispensable, d'ob il soutirait préalablement son principe d'action ; et que la section du bulbe a interrompu la continuité du courant descendant de l'incitation cérébelleuse (l)f
Faut-il voir encore dans ces paralysies isolées des réservoirs pelviens survenant chez les individus atteints de désorganisations encéphaliques, l'expression lointaine d'un trouble dans la répartition de l'influx cérébelleux, le long des conducteurs longitudinaux qui sont en connexion avec les cellules motrices de la région lombaire? Ce sont encore là des questions actuellement tout à fait insolubles.
V. L'innervation cérébelleuse paraît intéresser d'une façon beaucoup plus directe les fonctions locomotrices des appareils musculaires intrinsèques et extrinsèques des globes oculaires.
Magendie (2) avait déjà noté dans ses expériences les mouvements désordonnés accomplis par les globes oculaires chez les animaux dont il lésait les lobes cérébelleux; la plupart des autres physiologistes, avec des interprétations différentes, ont constaté le même phénomène. Dans ces derniers temps, Leven et Ollîvier, dans une série de recherdies originales sur la physiologie et la pathologie du cervelet, ont apporté des données nouvelles à ces faits acquis, et prouvé que, chez l'homme, le strabisme et certaines amauroses pourraient bien trouver leur expli^ cation physiologique dans un trouble quelconque de Tinnervation du cervelet (8).
Gomme on l'a déjà pressenti, cette opinion est complètement «n aecord avec les faits analoœîiiufis que noM avons précédemment établis, et avec les données physiologiques que nous «n avons déduites. Pour nous, en effet, les déviations des globes oculaîrest dans les cas de lésion du cervelet^ ne sont autre chose que la répéUUon, sur qn petit groupie ie pjqscles, des pl^non^èqeç de
(1) On sait eo eflet quft les lésions de U protubérance sont accompagnéef d'une rareté excessife des mouvements respiratoires qui s'/^Kécutent avec ufi rhfttaye tout ipécial (voyez plus loin le chapitre relatif aux lésions de la protubérance).
(2) Magendie, Journal de physiologie , t. IV, p. 899 «t auir.
(S) Lefcn et Oiiivier, Recherches sur la physwiùgiê et la pfiiMo^if du fifrvelet (Archives de médecine, 1862, t. II, p. 512).