‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 2)Chapitre 91 sur 141 · TROUBLES DES PHÉNOMÈNES CIRCULATOIRES. A · texte numérisé non relu

TROUBLES DES PHÉNOMÈNES CIRCULATOIRES. A

bles survenus dans Tinnervation vaso-motrice qui les régit, se déchaîner, et devenir inopinément des agents perturbateurs, portant au milieu de la trame délicate des éléments nerveux le désordre et la dévastation (1),

Tantôt en effet sous Tinfluence d'une suractivité fonctionnelle qui s*éveille dans leurs parois, ils deviennent le siège de raptus subits, amenant ainsi des congestions partielles, douées d*un caractère à' activité et de véhémence des plus manifestes; ils sont alors turgides, et gonflés par le liquide sanguin qui s'y accumule et distend tous leurs réseaux : ce sont alors des phénomènes de congestion, soit partiels, soit généralisés, qui prédominent.

Tantôt, par suite d'un effort bypérémique plus violent, ou d'un défaut de résistance de la paroi vasculaire, la continuité du circuit est rompue, le vaisseau cède et le sang s'infiltre au milieu des réseaux nerveux ambiants, dont il dilacère ainsi au loin la trame fragile. On se trouve alors en présence d'une nouvelle série de phénomènes qui ne sont le plus souvent que le dernier acte d'un processus simplement congestif au début, dans lequel la présence du sang extravasé vient jouer le rôle d'élément complicateur.

Nous allons donc aborder, en premier lieu, les principales questions qui sont relatives aux phénomènes de la congestion dans les centres nerveux, pour arriver ensuite à celles qui louchent directement aux hémorrhagies proprement dites.

(i) Quoique les faits ctpcrimentaux n'autorisent pas encore à admettre avec une certitude absolue que la région bulbaire tient sous sa dépendance rinnervatton fa^o-motricc des capillaires de l'encéphale, les Taits pathologiques, qui dissèquent en quelque sorte les fonctions nerveuses en les isolant, permettent de jeter quelque jour sur cette question. Dans Tattaquc d'épilepsie, par exemple, dont les premières phases ne sont qu'une surexcitation fonctionnelle de la région bulbaire, l'innervation des capillaires de l'encéphale est frappée du même coup, la face pâlit à ce moment, et, comme l'a démontré Brown-Séquard, l'anémie cérébrale s'ensuit, entraînant du même coup la perte de connaissance.

N'est-il pas d'ailleurs, dans l'ordre des faits physiologiquci, d'observation vulgaire, que les pandiculations et les bâillements qui précèdent d'une façon si caractéristique la période du sommeil, et qui ont évidemment pour substratum la région bulbaire, impliquent par cela même, que cette région se trouve à ce moment le siège d'une modification fonctionnelle passagère dans l'enchainement physiologique des fonctions quVlle accomplit?

4tt2 AMATOmS PATHOLOGIQUE GtNÉRALB.

Les effets de la congestion du tissu nerveux se décèlent, sdt sous Tapparence de taches de coloration rosée, soit sous celle de marbrures irrégulières, ou de zones à contours plus ou moins difFîis. Dans toutes ces circonstances le phénomène constant qui est en quelque sorte la caractéristique de la léiion, c'est l'état de réplétion et de turgidité dé tout le système des canaux sanguins.

I. Les réseaux capillaires semblent alors beaucoup plus multipliés par suite de leur turgescence et de leur injection générale, dans les régions que l'on examine : ils sont littéralement gorgés de globules, et par cela môme déformés çà et là le long de leur continuité ; ils forment ainsi des saillies et des varicosités multiples, et se présentent sous l'aspect de sinuosités serpentines au milieu des éléments nerveux.

Les globules entassés les uns sur les autres sont encore reconnaissables dans certains capillaires ; mais quand la stase s'est prolongée ils perdent peu à peu leurs contours, s'agglutinent entre eux insensiblement, et forment un magma plus ou moins décolore dans lequel il est assez diflScile de retrouver les caractères propres de l'élément globulaire. Les parois des capillaires participent dans ces cas à la dissociation des éléments du contenu; ceux-ci s'inGltrent de proche en proche dans leur épaisseur sous forme de granulations plus ou moins foncées, et se présentent sous l'apparence de grains hématiques rougeàtres, amorphes le plus souvent, mais quelquefois revêtus de la forme cristalline (1).

Les phénomènes de congestion simple du tissu nerveux ne se bornent presque constamment qu'à cette simple distension des capillaires, avec ralentissement partiel de la circulation ; c'est en

(1) J'ai rencontré quelquefois cher des paralytiques généraux (principaieioeBt au milieu des réseaux capillaires de la substance corticale du cerTclct) une traa»formation spéciale des globules sanguins dans les capillaires de cett€ région : tl» étaient agglutinés entre eux, avaient pcnlu complètement leur coloration canrtéristique, et constituaient ainsi dans les conduits vasculaires un magma jaunâtrf, d'aspect vitreux, analogue à des branches de corail, et pouvant être extrait du tisw nerveux ambiant, sous forme de iietites ramesccncos solides, de coloration jaune ambrée.

de; la congestion du tissu nbrvbux. 40S

quelque sorle une période d'érétbisme à laquelle fait place d'une manière plus ou moins complète le retour à Tétat normal. Mais au bout d'un certain temps, lorsque la stase sanguine se prolonge, elle laisse transsuder les matériaux les plus ténus du contenu des vaisseaux*, c'est la sérosité qui s'infiltre tout d'abord, puis la sérosité teintée de matières hématiques, puis enfin ce sont des matériaux plus complexes, qui passent sous forme d*exsudat8 fibrino-albumineux, etc. Il en résulte comme conséquences immé« diates, que les régions encéph«iliques, qui sont le siège de ces troubles circulatoires, inoiTensifs quand ils ne sont que passagers, peuvent devenir, lorsqu'ils se renouvellent, le siège de petites désorganisations locales : elles s'imbibent de fluides, perdent leur consistance physiologique, et tandis que la matière amorphe fondamentale se dissocie, les éléments nerveux cessent dès lors de se trouver dans leurs conditions habituelles de milieu : de là des troubles fonctionnels multiples, lents â se révéler, il est vrai, mais d'autant plus sérieux qu'ils auront été latents pendant un temps plus prolongé : leur cause initiale est toujours au début une série de phénomènes congestifs surajoutés, dont les effets se multiplient les uns par les autres.

II. Ces modifications intimes qui surviennent ainsi dans l'état des capillaires du tissu nerveux sont caractérisées, à l'œil nu, dans la substance grise, par une teinte plus accentuée qui varie du rose vif au rouge sombre, de la coloration écarlate, violacée, a celle de la chair saignante (1), et par un certain degré de diffluenca locale, due principalement à l'extravasalion d'une certaine pro« portion de sérosité hématique. Dans la substance blanche, les teintes par lesquelles cet état hypérémique des capillaires se révèle, varient naturellement suivant leur état de plénitude : on y rencontre alors, soit sous la forme discrète, soit sous la forme con- Quente, des Ilots de vascularisation partielle; mais en général, quoique la congestion de la substance blanche soit pareillement accompagnée de l'infiltration d'une certaine quantité de sérosité, on peut dire que sous TefTort d'un même raptus congestif, étant dépourvue de matière amorphe interposée entre ses éléments, elle

'f ) Voycx plus loin le rhapiiro rclntiraux léftions de la subttanct corticale.

A6i ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉKÉRALB.

résiste davantage, et so trouve par conséquent moins eiposée àsa ramollir.

III. Nous n'avons jusqu'ici considéré les phénomènes congeslib que pendant une période éphémère de leurs manîfestationSt lorsqu'ils se présentent sous une forme fugitive, et avec Tallured'un processus à marche rapide et aigué; mais il s*en faut de beaucoup que dans les centres nerveux, la manière d*ètre de rhypérémie vasculaire se présente toujours avec la même physionomie. Que de fois n'arrive-t-il pas de constater au contraire, que loin de se déceler avec un appareil d'éréthisme passager, Thypérémie des voies circulatoires se révèle par une sorte d*état de passivité d'emblée ? Les vaisseaux frappés d'atonie se laissent alors distendre dès le début, et donnent par conséquent accès i une série de courants sanguins, qui perpétuent, au milieu des éléments nerveox, un état fluxionnaire permanent doué d'un caractère de chronicité primordiale. Qu'arrive-t-il alors? C'est que l'on voit les matériaux purement trophiques du liquide sanguin, mis à pro6t par les éléments du tissu conjonctif des parois capillaires, concourir i former des néoplasies, lesquelles, doublant en quelque sorte cette paroi môme, arrivent à lui former une gatne qui la renforce; de là cet épaississement si spécial de certains canaux vasculaires, de là cette fixité plus grande, et cette résistance à la traction si caractéristique que présentent certains d'entre eux, soit à la surface, soit au milieu même de la substance corticale : caractère analomique qui forme une des lésions les plus constantes que l'on rencontre chez les paralytiques généraux.

Cette formation autogénique d'éléments nouveaux de tissu conjonctif est donc un travail histologique complexe, dans l'évolution duquel la stagnation, d'une part, du liquide sanguin, par les matériaux qu'iUmporte avec lui, et d'une autre part, la réaciion praUférante des parois vasculaires, jouent simultanément un grand rôle. Elle peut assurément être considérée comme une forme particulière de congestion plastique^ intermédiaire à la congestion simple dont elle a franchi les limites, et à la congestion exsudative en deçà de laquelle elle se trouve : elle est plus que la congestion, 1 cause de ses tendances exsudatives, et elle n*est pas cependant l'inflammation à son début, à cause de l'absence d'éréthisme pri-

DRS HÉMOHRHAGieS DL TISSU NERVEUX. &6i

iordial, et à cause de son inaptitude a la formation de produits nrolents.

Cette forme d'hypérémie chronique se décèle à l'œil nu avec des iractères à peu près identiques avec ceux que nous avons indiaés précédemment, à propos de la congestion passagère du tissu enreux. Les plexus capillaires semblent former une trame à lailles très-rapprochées; ils constituent ainsi des plaques d'un 9Uge plus ou moins violacé ; les grosses veines apparaissent turides au milieu d'eux, et presque constamment leurs réseaux ypérémiés, loin d'être localisés à une région ou à des points limi- §s comme dans les congestions simples, s'étalent au contraire ur une grande surface et tendent à se généraliser à distance, omme les manifestations morbides auxquelles ils donnent nais* ioce. Ajoutons encore que la sérosité qu'ils laissent exhaler 'infiltre au milieu des tissus en beaucoup plus fortes proportions [oe précédemment, et qu'elle amène, par cela même, un edissoiation moléculaire des régions ambiantes, et par conséquent des amollissements de tissu, disséminés sur une grande étendue (1).

§ 2. — • Des hémorrhasie» da tl«sa nerreu.

I. Lorsque la période d'éréthisme qui a présidé a l'apparition des ihénomènes congestifs se prolonge, et que les parois vasculaires, Ki trop faibles pour résister à Timpulsion du courant sanguin qui

(i) U est vraiment bien remarquable de noter que^ si dans les conditions pbysioogiques de la circulation des centres nerveux^ le plasma exsudé des capillaires est e féritable stimulus qui met en jeu l'activité de leurs cléments, cette stimulation rinftante doit être néanmoins maintenue dans certaines limites. 11 arri\c eu effet pmir eux une période de saturation au bout de laquelle^ après avoir été surmenés St/broéff en quelque sorte, par suite d'une suractivité intempestive, ils ne réagissent ^Int. C'est en vain que les courants sanguius leur fournissent à profusion les élénents réparateurs, ils restent silencieux et ne donnent plus aucun sijjue d'eicitabililc irginiqoe.

C'c»t ta moins ce que l'on est à même de constater pour certaines lésions clvoniques, soit de l'axe spinal, soit de la masse encéphalique ; et ce n'est pas nus une certaine surprise que l'on voit ces mêmes régions qui sont littéralement mortes an point de yuc des réactions fonctionnelles, être parcourues impunément ptr de Bombreax courants sanguins qui circulent au milieu des éléments bistolo- 1 comme les courants d'un liquide inerte. C'est ce que l'on constate eu effet rétode analytique de la moelle épinière chez les ataxiques ; dans celle de la

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