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CHAPITRE PREMIER

LÉSIONS DE l'axe SPINAL ET TROUBLES FONCTIONNELS CONSÉCUTIFS.

L'axe spinal, constitué ainsi que nous l'avons indiqué, est un composé d'éléments nerveux multiples qui, au point de vue ana-

RAPPORTS DBS LÉSIONS ET DBS TROUBLES FCNICTIONNELS. 616

toroique, pourrait être déGni : Vensemble des cellules spinales (cellules des cornes postérieures antérieures et centrales) reliées entre elles et reliées à la substance grise de la couche optique et du corps strié; et au point de vue purement physiologique, le substratum organique à l'aide duquel se révèlent les phénomènes inconscients et automatiques (pi. II et III).

On peut donc le considérer d'une façon synthétique comme formé par des réseaux de cellules combinées entre elles à l'aide de processus antéro-postérieurs dirigés presque horizontalement, et rattachés aux régions supérieures à Taide d'une série de fibres ascendantes secondaires. On comprend comment cette simple disposition organique des parties permet d*établir des divisions très-naturelles dans Texposition de ses manifestations morbides ; aussi allons-nous successivement passer en revue :

I. Les troubles fonctionnels qui surviennent lorsque les régions véritablement actives de Taxe spinal (les diverses catégories de cellules) sont directement en jeu.

II. Ceux qui sont consécutifs aux lésions propres des fibres verticales ascendantes.

Nous allons donc examiner successivement, les lésions de la substance grise spinale, puis celles des fibres blanches qui en émergent.

m. D'un autre côté, il est bon de remarquer que Taxe spinal, mesure qu'il se constitue de bas en haut par la juxtaposition et a la stratification d'éléments nouveaux, présente dans sa contexture des modifications profondes. Si, d'une part, les fibres secondaires postérieures, latérales et antérieures, s'entrecroisent en partie aa niveau de la région bulbaire (pi. II et III), d'une autre part^ au niveau de la région de la protubérance, un élément nouveau vient s'adjoindre à elles, et se combiner, cx)mme un contingent supplémentaire, avec la masse même de tous les éléments spinaux : ce sont les expansions terminales des fibres pédonculaires cérébelleuses. ,

On comprend donc comment, lorsque des lésions variées viennent à intéresser les divers systèmes d'éléments nerveux dont l'ensemble constitue l'axe spinal, des troubles fonctionnels trèsdissemblables peuvent successivement apparaître; comment,, lorsque ce sont les régions supérieures qui sont désorganisées'

610 LÉ$l(m8 DB Lk SUBSTANCE GRISB SPINALE.

(la protubérance en particulier, dont la substance grise représeoto la sphère de Tacli vite cérébelleuse), des phénomènes morbides nouveaux peuvent venir se surajouter, et masquer les caractères propres des perturbations fonctionnelles d'origine purement spinale (phénomènes convulsifs) ; comment, en un mot, les lésions des segments supérieurs de Taxe spinal (pi. VUI, IX et X) peuvent se révéler par une symptomatologie excessivement variable, puisquMl suffit qu^elles s'étalent de quelques millimètres, soit en avant, soit en arrière, pour intéresser différentes calégories de fibres nerveuses centripètes (lésions diverses du quatrième ventricule), et même les foyers d'innervation qui entretiennent le jeu des grands appareils de la vie organique (1).

§ i•^ ^ tiéfllOM de la 0iik0tMiee «rtoe «ptaftle. .

Les études anatomiques et physiologiques que nous avons soccessivement exposées nous ont montré que la substance grise de Taxe spinal était essentiellement constituée par deux systèmes d'éléments nerveux nettement isolés, quoique pouvant, dans une certaine mesure, agir d'une façon synergique :

Que le premier était représenté par Tensemble des cellules gela* tineuses associées, à l'aide de prolongements an téro» postérieurs, aux cellules antérieures qui sont en regard d'elles (pi. XXXVIIIi fig.7).

Que ces groupes d'éléments nerveux, combinés j'un avec Tautre, formaient une série de petits appareils excito-moteurs, régulièrement stratifiés dans toute la hauteur de l'axe, et isolés physiologiquement par Marshall-Hall, sous le nom A'arcs diastaltiques.

Que le second était constitué par l'ensemble des cellules de la région centrale grise, lesquelles, grâce à leurs anastomoses multiples dans le sens vertical, et à leurs connexions avec les différents groupes de cellules ambiantes, devenaient en quelque sorte

(1) On sait en effet que les lésions de la protubérance sont souvent accompagnées d'un ralentissement considérable des pulsations artérielles, et de phénomèBes asphyxiques . (Voyei le ebapitre spécial relatif aux lésions de la protubérance, p. &29 ettuif.)

ATAXIB LOCOMOTRICE* 517

les points de convergence de toutes les réactions dont le système nerveux est le siège, et la région véritablement sympathique.

Nous allons examiner tout d*abord les phénomènes patholo* giques qui suivent la dissociation des appareils spinaux purement excito-moteurs.

L Dans les conditions normales du fonctionnement des appa* reils du système nerveux spinal, les actions excito-motrices s'exercent avec une régularité parfaite, en dehors' de toute intervention de Fencépbale, et par la seule disposition analomique des parties (1). Le stimulus excito-moteur est transmis des régions périphériques d'oii il émane, a l'aide des fibres radiculaires posté* rieures, aux cellules des cornes correspondantes, et de là répercuté aux cellules des cornes antérieures, situées en regard des précédentes : celles-ci réagissent A la suite en produisant des réactions motrices coordonnées, tandis que la notion récurrente de Teffet accompli est transmis simultanément au sensorium à l'aide des fibres fasciculées postérieures. Ce sont là des phénomènes con* stants, dont les appareils spinaux à chaque instant du jour sont successivement le siège; ils s'opèrent d'une façon inconsciente et en quelque sorte à notre insu ; la régularité et la coordination les caractérisent essentiellement.

Mais lorsque par le fait de la dissociation progressive du sulh stratum à Faide duquel ces fonctions si bien rhylhmées s*accomplissent, ou bien, lorsque par suite d'un trouble fonctionnel quelconque (tel qu'un arrêt dans la production de la force excito^motrice, ou un défaut de conductibilité des réseaux par lesquels elle se propage), elles viennent à être suspendues, on voit apparaître alors une série de symptômes très-significatifs, qui portent principalement sur l'enchaînement des mouvements volontaires, lesquels àevienneniincoordonnés. Ce sont ces troubles particuliers des facultés réflexes que Duchenne (de Boulogne) a

(1) n est à noter que chez l'homme, comme chei les animaux mis en expérience, les actions cicito-motrices s'exécutent parfaitement bien lorsque la moelle a été séparée de l'encéphale. Chez un sujet dont la moelle avait été interrompue dans sa continuité par une fracture du rachis, an niveau de la région dorsale, Doyen a pu constater l'abolition complète de la transmission des impressions conscientes et la persistance des actions réflexes. (Builitim de la Sodété anatçmiquit iSA7, p. 2i.)

6i8 LÉSIONS DE LA SUBSTANCE GRISE SPINALE.

très-beureusement isolés et décrits dans ces derniers temps, soas la dénomination A^ataxie locomotrice (1).

En effet, les individus devenus ataxiques accomplissent leurs mouvements d^une façon bizarre. Veulent-ils marcber, ils projettent follement leurs muscles en avant, en frappant fortement le sol avec leurs talons-, ces mouvements sont, ainsi que le dit Ducbenne (de Boulogne) (2), quelquefois tellement brusques et violents, que le corps «n est ébranlé à chaque pas et qu'ils en perdent T'équilibre. Plus tard, s'ils veulent faire quelques pas, on les voit agiter violemment leurs membres de la manière la pins étrange sans pouvoir les diriger. Veulent-ils faire acte de leurs membres supérieurs et de leurs mains, ils décrivent pareillement une suite de mouvements disharmoniques, sont maladroits, ne saisissent qu'après une série d'oscillations les petits objets dont ils veulent s'emparer, et môme en projetant ainsi en différents sens les différents segments de leurs membres, arrivent à se frapper eux-mêmes et a se donner des soufflets, ainsi qu'il résulte d'une observation rapportée parHutin (3).

Que se passe-t-il dans ces cas, et quels sont les éléments nécessaires à l'accomplissement physiologique des fonctions loco* motrices qui viennent à faire ainsi accidentellement défaut t

L'incitation de la volition, descendue des régions supérieures encéphaliques, rencontre alors une série d'appareils spinaux excito-moteurs dont les éléments dissociés (par le fait même de la propagation passive de la dégénérescence des racines posté* rieures, voy. page A87) ont cessé d'être rattachés, comme dans les conditions physiologiques, au sensorium. La volonté commande encore d'une façon régulière, parce que les fibres fasciculées antérieures ont été respectées (pi. IV, fig. 6 [//], et pi. III, fig. 2 [9 et 10]); mais les notions de l'effet accompli, et de la réaction consécutive des différents arcs spinaux diastaltiques^ a cessé de remonter au sensorium par le fait de la dégénérescence des fibres fasciculées postérieures (pi. III, fig. 1 [6]). Les stimulations de la volition sont par conséquent régulièrement transmises et

(4) Archives générfiles de médecine^ 1859, t. I., p. 30.

(5) De félectrùahon iocaiisée, 2* édît., Paris, 1861, p. 555. (3) Bn/letins de la Société anaiomîque, Paris, 1827.

àtaxib locomotrice. 510

irrégulièrement traduites. Seulement, au moment où elles entrent en conflit avec la sphère de l'activité automatique, loin de rencontrer les arcs spinaux en bon état, comme des appareils toujours montés qui n'attendent, pour entrer en action, que l'arrivée de la cause provocatrice de leur réaction, elles ne trouvent plus qu'un substratum délabré, dont les éléments dissociés n'offrent plus ni l'harmonie, ni la solidarité de leur constitution primitive. Ainsi 8'espliquent :

a. L'intégrité de la transmission du stimulus de la volition avec son instantanéité et sa force physiologique, puisque les faisceaux spinaux antérieurs sont respectés, et que \es foyers de l'innervation cérébelleuse périphérique avec lesquels ils sont en connexion ne sont pas éteints (pi. IV, fig. 5 [/, g]).

b. La multiplicité des jbéitQmènes ataxiques, qui varieront entre eux, suivant que la dégénérescence qui les provoquera siégera dans tel ou tel segment de l'axe spinal.

c. L^extinction progressive des impressions de la sensibilité inconsciente (par le fait de la dégénérescence passive des différents éléments spinaux), et l'influence compensatrice que prennent à leur place certaines impressions homologues inconscientes, les impressions optiques excito-motrices en particulier.

Celles-ci, véritables succédanés des impressions sensitives, arrivent en effet, au bout d'un certain temps, à acquérir une influence stimulatrice telle sur les cellules motrices antérieures, qu'elles commandent leurs réactions automatiques au lieu et place des sensitives qui se sont peu à peu éclipsées, et suffisent presque seules a entretenir Taccomplissement journalier de certains actes locomoteurs. Vient-on, en effet, à les supprimer tout d'un coup, les malades, privés subitement de ce dernier contingent d'incitation excilo-motrice, ou bien chancellent sur leurs jambes, ou bitn sont frappés d'une telle incertitude dans leurs mouvements, qu'ils ne peuvent plus progresser.

d. L'apparition de ces douleurs si caractéristiques, qui se révèlent lorsque les régions postéro-latérales de l'axe spinal, ou bien lorsque les fibres dolorifères des racines postérieures (intéressées par le travail de désorganisation qui frappe sur leurs congénères excito-motrices) viennent à leur tour à être envahies isolément.

e. Les troubles généraux qui surviennent enfin du côté des

620 LÉSIONS DE Là SUBSTANCE GRISE SPINALE.

viscères de la vie organique, lorsque Uprocesstês morbide, gagnant les régions les plus centrales de la substance grise spinale, porte atteinte à Tintégrité des foyers d'innervation qui tiennent sous leur dépendance les conditions de leur entretien journalier.

Voici, du reste^ le résumé d^un certain nombre d'observations qui montrent que les choses se passent bien ainsi que nous Tavons indiqué, et que les fibres radiculaires postérieures» la substance gélatineuse où elles s'éparpillent, et les fibres fasciculées postérieures qui en émergent, peuvent être simultanément intéressées dans leur constitution intime, sans que les régions antéro-latérales en ressentent le contre-coup.

Obs. I. — Homme,nrenle-8ix ans. Cécité; mouvements désordonnés; il sa donnait lui-même des soufflets que sa ii|au| ptrcevait à peine ; ne sentait pas quand il était assis. Depuis la région éocipitale jusqu'à son extrémité inférieure, la mœlle, dans sa moitié postérieure, y comprise la substance grise jusqu'à la commissure centrale, se trouvait convertie en une matière jaunâtre transparente et brillante comme une forte solution de gomme ; les raciaei postérieures étaient dégénérées pareillement; les régions antérieures et les racines correspondantes étaient respectées : atrophie des nerfs optiques. (Bulletini de la Société analomique^ 4 827, p. 477, obs. d'Hulin.)

Obs. II. — Homme, quarante-huit ans. Douleurs vagues, paralysie incomplète des mouvements, impossibilité de diriger régulièrement les jambes ; les mouvements volontaires s'exécutent encore bien, le malade étant couché; affaiblissement de l'œil gauche. La substance grise hypertrophiée (?} remplissait tout l'intervalle des deux cordons postérieurs ; racines correspondantes dégénérées; intégrité des régions et des racines antérieures (4). {Bullethu de la Société anaUmique^ 4834, obs. de Monod, p. 57.)

Obs. m. — Homme, trente-huit ans. Symptômes caractéristiques de l'ataxie locomotrice. Dégénérescence des racines et des faisceaux postérieurs; intégrité des régions antéro-latérales et des racines antérieures ; état régressif des cellules de la substance grise des régions postérieures (obs. insérée dans le mémoire d*Hipp. Bourdon, Archives de médecine, 4 864, t. II, p. 522 etpl., fig.2.)

Obs. IV. — - Homme, trente-cinq ans. Âtaxie locomotrice caractérisée, etc. Dégénérescence grisfltre des racines et des faisceaux*, postérieurs; intégrité

(i) Il est évident que cette prétendue hypertrophie de la substance g^rise n*est qu'une erreur d'interprétation, et qu'il s'a^t bien ici d'une dégénérescence des faisceanx postérieurs, ayant la même apparence que celle de la substance gris« ambiante.

LÉaiOm DB8 FIBRES SPINALKS A8CSNDA1ITB8. 621

ralâtive des régionB aDtériearw et des racîDes correspondantes. Hypérémie de la substance grise des cornes postérieures ; dispariiion des petites cellules. (Obs. communiquée par M. le docteur Oulmont à la Société médicale des hôpitaux et insérée dans le second mémoire de Bourdon^ Archivée de médecmej 4862, t. II, p. 397.)

Obs. y. — Homme, quarante-sept ans. Symptômes d*ataxie locomotrice, etc. Dégénérescence des racines et des cordons postérieurs; intégrité des régions antéro-iatérales et des racines antérieures ; disparition des éléments de la substance grise des cornes postérieures. (Obs. communiquée par M. le docteur Marrotte, dans le service duquel elleaété recueillie à la Société médicale des hôpitaux, Union médicale^ 4862, p. 468.) (4)

II. Les lésions primilives, exaclement localisées aux régions centrales de la moelle épinière sont encore trop incomplètement isolées et connues, pour que nous essayons d'en retracer une symptomalologie rationnelle. Nous renvoyons, du reste, i ce que nous avons indiqué déjà au sujet du rôle qu'elles paraissent jouer dans la production d'un grand nombre de phénomènes dits sympathiques, tant dans les conditions physiologiques de l'organisme que dans ses conditions morbides (page S06).

Nous rappellerons seulement que la région centrale grise de Taxe spinal semble avoir un retentissement direct sur les phénomènes trophiques des régions périphériques avec lesquelles elle est en connexion, et qu'ainsi sa désorganisation progressive parait entraîner, lorsqu'elle est localisée dans les régions inférieures, Tatrophie secondaire de la totalité des masses musculaires des membres inférieurs (2).

§ 2. — I«é»loiui de0 flbres «finales «m«b4miImi.

L^ensemble des fibres spinales ascendantes est constitué, avonsnous dit, par un nombre infini de fibrilles verticales juxtaposées,

(1) Voyez encore l'intéressant travail d'Arthur Edwards, Sur fanatomie patho^ logique et le traitement de Vataxie locomotrice (thèse de Paris, 1863).

(2) Hutin^ dans un cas d'atrophie complète de la moelle à la rég^ion lomhalre, a tignalé Tatrophie concomitante des membres inrérieurs {Bulletins de la Société anatomique, 1827, p. 159). Dans un cas semblable, où le tissu de la moelle était huhuré dans toute son épaisseur, nous avons constaté pareillement des atrophies concordantes de certains nerfs périphériques, et l'atrophie avec dégénérescence graiMeiise du tissa musculaire où ils allaient se distribuer.

622 LÉSIONS DBS FIBRBS SPINALES ASCENDANTBS.

reliant isolément les diiïérents segments de Taxe spinal aux régions supérieures du système nerveux.

Tandis, en effet, que nous avons vu les fibres des faisceaux postérieurs établir la solidarité des différents dépôts de substance gélatineuse avec ces mômes régions, et celle des faisceaux antérieurs être dans les mômes rapports, vis-à-vis de la substance grise des cornes antérieures, nous avons noté, d'un autre côté, que les fibres latérales de Taxe, et celles qui ramènent au sensorium les impressions de la périphérie viscérale, avaient pareillement une répartition isolée. Ces différents groupes d'éléments nerveux centripètes, indépendants dans leur localisation anatomique et dans leur mode de fonctionnement physiologique, sont aussi indépendants, au point de vue des diverses dégénérescences qui peuvent les atteindre.

Après avoir parlé des troubles fonctionnels qui suivent les lésions des faisceaux postérieurs (voy. pages 517 et USS et suif.). il nous reste à passer en revue ceux qui suivent les lésions isolées, soit des fibres antérieures, soit des fibres latérales, soit des fibres grises qui ramènent au sensorium de la vie organique les diverses impressions recueillies à la périphérie des plexus viscéraux.

I. Lésions des faisceaux antérieurs. — Lorsque les faisceaux antérieurs sont intéressés isolément dans leur continuité, les incitations volontaires cessent d'être transmises aux régions sousjacentes de Taxe spinal; il y a alors yèv\{d\AQ paralysie de la motricité, et en môme temps on voit souvent apparaître des contractures permanentes dans les régions envahies.

Obs. I. — Chez un malade dont le faisceau antérieur du côté droit seulement avait été intéressé par un instrument tranchant, il y avait paralysie absolue du mouvement de toutes les parties situées au-dessous do la lésion ; la sensibilité était intacte. (Obs. de Bégin, rapportée par Longet, Analomie et physio^ logie du système nerveux, Paris, 4 842, 1. 1, p. 334.)

Obs. II. — Homme, vingt et un ans. Paralysie complète du mouvement dans les membres inférieurs ; persistance de la sensibilité; ramollissement des cordons antérieurs de la moelle au niveau de la région dorsale. (Obs. de Serres, Journal de phyiiologie expérimentale^ 4 825, t. V, p. 264, rapportée par Longet, loe, eit,, p. 338,)

Obb. III. — Paralysie complète du mouvement et rétraction des membres

UÉSIONS DIS riBRKS 8PIMALI8 ÀMXNDAMTftS. 62t

ioférieurs; intégrité da Bentîment. RamollisBement des fiiisceaàx àntériean de la moelle. (Obe. de Royer-Collard, Journal de phymlogie expérimintalât citée par Longeti hc, ct(., p. 340).

Obs. IY. *— Paralysie complète du mouvement dans les membres abdo^ minaux, avec conservation de la sensibilité. Lésion des faisceaux antérieurs. (Ëm. Constantin, Thèse de Pari$, 4 830. p. 24.)

Obs. y. — Paraplégie complète du mouvement; sensibilité intacte. Compression des faisceaux antérieurs par une tumeur. (Obs. de Cruveilhier, Àfui' Umie pathologique du corps humain, 32* livraison, in-folio.)

Obs. YI. — Paralysie du mouvement des membres abdominaux. Compression et atrophie des parties antérieures de la moelle ;' entière conservation de la sensibilité. (Obs. de Hutin, Bibliothèque médioale, 4 828, t. I, p. 2».)

II. Lésions des faisceaux latéraux, — Il s'en faut de beaucoui) que les observations de faits relatifs aux dégénérescences des fibres latérales de Taxe soient aussi multipliées et aussi précises que celles dont nous venons de rapporter le résumé, et qui concernent les faisceaux antérieurs.

Les matériaux cliniques véritablement utilisables font presque partout complètement défaut; car, d'une part, on songe peu, dans le récit des autopsies, à donner une énumératîon exacte des régions de l'axe spinal qui sont ou isolément respectées, ou simultanément envahies, et d'une autre part, l'attention des observateurs n'a pas encore été attirée sur ce point d'une façon spéciale.

Depuis quelques années que je suis à la recherche de faits de ce genre, je n'ai eu qu'une seule fois Toccasion de rencontrer un fait bien caractéristique :

Il s'agit d'une femme qui succomba jeune encore aux suites d'une affection tuberculeuse des organes respiratoires. Elle était en même temps paraplégique, et pouvait encore remuer volontairement les membres inférieurs étant couchée ; elle était presque complètement anesthésique et analgésique, puisqu'elle n'avait, dans les derniers mois de son existence, aucune notion d'énormes eschares qui avaient détruit une vaste surface des téguments de la région sacrée. J'ai constaté, à Pautopsie, outre une atrophie assez notable de la moelle à la région lombaire, une induration trèscaractéristique des régions postéro-^latèrales» qui étaient le siège

bik LÉSIONS DBS FIBHBS SPIHALBS ASCBNBAimB.

d'une dégénérescence scléreuse parfaitement délimitée. La pie* mère en ce point était épaissie et très^dhérente au tissu spinal.

Ce fait m'autorise donc, d*une manière directe, à admettre que les fibres postéro-latérales de la moelle jouent un grand rOle dans la transmission au sensorium des impressions sensitives, puisque leur destruction entraîne immédiatement la perte de la notion de certaines désorganisations partielles du tégument cutané.

Les fibres senti tives dolorifères peuvent être isolément atteintes dans un point quelconque de leur continuité intra-spinale; il en résulte, suivaht le mode d'action de la cause désorganisatrice, soit des byperesthésies, soit des anestbésies localisées.

Andral a vu chez un jeune sujet, en eiïet, une tumeur tuberculeuse intra-rachidienne, comprimant la moelle au niveau de la région cervicale, s'accompagner d'une byperestbésie générale du tégument cutané, avec sentiment de douleur très-vive dans les actes de la contraction musculaire volontaire (1).

Goupil a noté inversement Tanestbésie de la face, chez un sujet dont les fibres sensitives avaient été détruites par une tumeur occupant les régions supérieures de la protubérance (2).

in. Lésions des fibres conductrices viscérales. — Nous n'avons que fort peu de chose à dire relativement aux symptômes qui accompagnent les diverses dégénérescences des conducteurs nerveux chargés de ramener dans les régions centrales les impressions périphériques irradiées des divers appareils viscéraux. Sur ce point encore, les matériaux précis font presque complètement défiant.

Nous savons, ainsi que nous Tavons indiqué déjà (page 8iO), que les impressions des divers viscères, après s'être amorties avec les fibres radiculaires postérieures, dans les diiïérents dépôts de substance grise de l'axe spinal, sont reprises par une série de conducteurs secondaires qui les importent dans les régions centrales du sensorium de la vie organique, et que, juxtaposées au

(i) Clinique médicale^ t. Y, p. 694,

(2) Yoyex plus loin, Lésions de la protubérance, obs. XV.

Voyez encore ù ce 8i;get une observation présentée à la Société anatomlqoe par Potain (1864) ; elle est relative à un sujet qui a offert une anestbésie complète dans tout un côté du corps, atec destruction d'une certaine portion de la protubérance éa Mé oppoaé.

UkSlOnS DU OUATRliMB TBMTRIGUUU 626

milieu des fibres blanches ambiantes, elles s'entrecroisent à la région bulbaire, et s'étalent au niveau de la paroi antérieure du quatrième ventricule avant de poursuivre leur direction ascensionnelle ultérieure (pi. XII, fig. 2 et 3, et pL XIV, fig. 1, 2, S).

U est incontestable que chaque groupe de conducteur centripète parcourt son trajet ascendant d'une façon isolée, puisque chacun d'eux peut être isolément intéressé (1) : il est probable encore qu'ils se répartissent d'une manière indépendante au nive^tu du quatrième ventricule , et que les fibres qui représentent» par exemple, les éléments centripètes des viscères thoraciques et abdominaux, ont une localisation spéciale; mais jusqu'ici les recherches anatomiques ont été presque impuissantes pour établir nettement leurs localisations respectives.

Il faut cependant faire une exception en faveur des fibres grises qui paraissent tenir sous leur dépendance Tinnervation vasomotrice des capillaires hépatiques, et dont les lésions peuvent influencer médiatement la fonction glycogénique, en produisant ainsi le diabète (2).

Cette catégorie de conducteurs centripètes, après s'être étalés avec leurs congénères, au niveau des parois du quatrième ventricule, sont croisés dans leur direction ascendante à droite et à gauche, par deux foyers de ramifications vasculaires qui, dans les conditions normales de la circulation de l'encéphale, ne se montrent que sous l'apparence de réseaux à peine apparents. Ils correspondent à peu près aux régions indiquées en à et 5, fig. 2, planche XIV. Mais lorsque, sous des influences encore peu précisées actuellement, les phénomènes de la circulation capillaire viennent localement à être exaltés, et que la période d'éréthisme des phénomènes circulatoires se prolonge, il s'ensuit de petites hémorrhagies interstitielles ou un état d'hypérémie chronique,

(1) Chez un nyet dont la moelle était comprimée par une tumeur au niveau dé U région oerricale^ on nota^ outre des symptômes du côté des facultés locomotrices, une paralysie des réservoirs pelviens. (Obs. de Gérin-Roxe, Builetins de la Société anaiomique, 1859^ p. 282.)

(2) Voyez l'intéressant travail de Fischer sur le diabète consécutif aux lésions tranmatiques^ où Ton trouvera Texposé des principales questions de pathologie que soulève Tétude physiologique du diabète. (Archives de médecine, U II, 1802, p. 25S.)

626 LtSIONS DU QUATRIÈME VBNTIIICULB.

localisé dans toute celte région. Les fibres centripètes de Tinner* vation hépatique investies de toutes parts, sont alors, par le fait même de ces hypérémies répétées qui les altèrent insensiblement et les ramollissent, placées dans les mêmes conditions où elles sont mises artificiellement, lorsqu'une lésion expérimentale, telle qu'une piqûre du quatrième ventricule, vient à interrompre leur continuité; les phénomènes de la glycosurie apparaissent alors. Ce sont là, dans l'un et l'autre cas, des désorganisations de tissu équivalentes^ qui amènent pareillement à leur suite des perturbations fonctionnelles équivalentes.

Tel est, à notre avis, le mécanisme en vertu duquel une lésion isolée des fibres du quatrième ventricule peut amener, par une suite de réactions enchaînées, le passage du sucre dans l'urine. On comprend très-bien comment la lésion isolée du quatrième ventricule ne doit être qu'une des conditions multiples qui président à l'apparition des symptômes diabétiques, et comment toute autre désorganisation, qui atteindra ces mêmes fibres régulatrices de la circulation hépatique en un point quelconque de leur continuité, depuis leur origine à la périphérie jusqu'à leur pmnt d'arrivée dans les régions centrales, avant et après leur apparition au niveau du quatrième ventricule (1), pourra, par cela même, déterminer indiÔeremment le trouble de la fonction glycogéniqne, et médiatement la glycosurie.

Dans le diabète spontané (2), en effet, ainsi que nous Tavons établi à l'aide d'une série de présentations de pièces anatomiqnes devant plusieurs sociétés savantes, certaines catégories de fibres grises qui passent au niveau du quatrième ventricule sont plus oo moins intéressées dans leur continuité : on trouve ordinairement dans ces cas, soit un pointillé vasculaire très-fin localisé dans les régions latérales du quatrième ventricule (pi. XIV, fig. 2 [5, 6' et A, 6']), soit même de petites hémorrhagies interstitielles occupant quelquefois la substance grise des régions 7, 8 et 8' de la figure 1, planche XI, ou les régions homologues des figures précédentes.

(i) Schiff a démontré, en cfTet, qu'elles remontaient jusque dans la couche optique. (Mémoire de Fischer, loc. eit.^ p. 260 et 272.)

(2) Comptes rendus de la Société de biologie^ 3* série, t. Il, Paris, 1860, p. 29, et Bulletins de la Société anatomique, Paris, 1861, p. 43^ 290, 541.

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