‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 113 sur 133 · LÉSIONS DE LA SUBSTANCE CORTICALE · texte numérisé non relu

LÉSIONS DE LA SUBSTANCE CORTICALE

jaunâtres foncées en couleur, et quelquefois même de cristaux d'hématoïdine, qui indiquent Texistence dfe transsudations antérieures de la matière colorante du sang.

d. Quant à la matière amorphe, qui sert de gangue à tous ces éléments combinés, elle est souvent très-cohérente et les granulations qui la constituent, au lieu d'être grisâtres comme dans les conditions physiologiques, sont au contraire jaunâtres et teintées par une série de petites exsudations hématiques moléculaires. On y rencontre très-fréquemment des proportions fort variables de corpuscules amyloldes.

Nous devons faire remarquer encore, que ces lésions de la substance grise corticale, rarement primitives, sont presque toujours accompagnées de désorganisations profondes intéressant les régions centrales, et, qu'en somme, les dégénérescences des régions cérébrales périphériques, ne sont le plus souvent que la propagation passive de lésions complexes, portant soit sur la substance blanche des hémisphères, soit sur la substance grise de la couche optique et du corps strié.

II. Quelle que soit l'origine du proceasus pathologique qui aboutit à la dégénérescence de la substance corticale, qu*il soit l'effet de la sénescence simple des élémenls corticaux ou de fluxions chroniques des membranes cérébrales, comme dans la paralysie générale, le résultat terminal est toujours le même, ce sont toujours les symptômes delà démence qui se révèlent dans l'un et l'autre cas. Dans ces dernières circonstances (c'est-à-dire dans les phases ultimes de la paralysie générale), les caractères à Taide desquels se traduit la période régressive des éléments cérébraux sont toujours identiques, ce sont toujours des défaillances de la mémoire que l'on constate, des incohérences d'idées, des absences de réflexion et de jugement, et finalement l'extinction graduelle et progressive de tout acte de spontanéité intellectuelle et dedémonstralion affective.

Il suffît, pour s'en convaincre, de lire les observations XXXVI, XXXVII. XXXVIII, XXXIX, etc., du Iravail de Marcé (I), et de parcourir le récit détaillé des faits rapportés par Calmeil, qui sont autant d'exemples confirmatifs des assertions que nous venons d'émettre.

;i) Marco, lor. rit.

DÉMENCR. 658

Chez les aliénés paralytiques qui ont succcimbé en effet à une période plus ou moins éloignée du début de leur maladie, et qui ont présenté alors des phénomènes d^excilation et de délire aigus, Calmeil a constaté presque toujours, qu avec une perversion profonde des facultés intellecluelleSy il existait concurremment des désordres graves dans Taspect extérieur et la structure des régions corticales.

Dans ces exemples, la turgescence ot l'état d*éréthisme du système capillaire sont en accord avec Tacuilé des symptômes, et les phénomènes d'exaltation tumultueuse que certains sujets ont présentés. Calmeil a noté que les circonvolutions étaient tantôt injectées, violacées (1), ardoisées, turgescentes, teintées d'une coloration framboisée, et d'autres fois amincies, de coloration fouillée, et semblables à de la chair crue, ou à de la chair saignante.

Quoiqu'il y ait un contraste frappant entre les symptômes de surexcitation offerts par celte catégorie de malades, et l'apathie profonde, voisine delà stupidité, qui caractérise les déments propre* ment dits, ces manifestations morbides de l'activité cérébrale, différentes en apparence, n'en ont pas moins un fond commun. Chez les uns, c'est la suractivité seule des phénomènes circulatoires qui communique une exaltation maladive aux éléments cérébraux, chez les autres, la période de collapsus survenue soit primitivement, soit consécutivement, réduit en quelque sorte par usure leurs aptitudes fonctionnelles au néant. Dans l'un et l'autre cas, ce sont exclusivement les éléments de la substance corticale qui sont enjeu; ce sont eux dont les manifestations dynamiques passent successivement de l'état de paroxysme continu à l'état d'extinction absolue, et des conditions maxima aux conditions minima.

m. Nous pourrions encore citer comme complément de preuves a l'appui des faits précédents, le détail des imperfections intellectuelles observées chez diverses catégories d'idiots.

Nous nous bornons actuellement à rappeler que ces ôlres dégénérés, dans les types les plus complets, présentent, au point de vue des manifestations de l'activité cérébrale, les plus

(1) Calmeil, Traité (fn.< mahdiex inflnmmntoirefî du r/»rvfinff. P.iris, 1859, t. I, p. 37, 187, 293, 349, â22, 660, 664.

grandes analogies avec les dénienls : c'est en quelque sorte la répétition du même tableau que Ton retrouve. Ainsi, les uns vivent dans un continuel état de torpeur et d'hébétude pour les impressions sensorielles ; ils sont presque inertes, sans aucune idée, sans aucun souvenir, savent à peine s'habiller ou manger tout seuls, tandis que d'autres ont à peine les instincts de la brute, et n'arrivent à produire comme signes expressifs qui les rattachent encore à l'humanité, que quelques sons rauques et inarticulés qui traduisent leurs besoins les plus impérieux.

L'agencement de leur cerveau présente des désordres concordants. Outre qu'il est, dans la totalité de sa masse, atrophié, il offre quelquefois un arrêt de développement de tout un lobe : les circonvolutions sont surtout remarquables par l'absence de profondeur des sillons qui les séparent ; elles sont petites, serrées, manquent par places, ou sont remplacées par du tissu cellulaire ou par une poche kystique distendue par de la sérosité, etc. (1).

§ 4, — SnkordlBAtloB de racttvité de la «nlMiUiBee eerUeale à rinl^crHé de eelle de« couebes optique*.

Les détails d'anatomie normale sur lesquels nous avons précédement déjà tant insisté, à propos des rapports de la couche optique avec lu périphérie corticale (pi. IV, fig. 2), les faits d'anatomie pathologique que nous venons de passer en revue, nous donnent la démonstration complète des connexions naturelles qui, dans la période de l'activité cérébrale, relient de part et d'autre ces deux départements de substance nerveuse.

Etant admis donc que la couche optique esl le noyau central et, en quelque sorte, la clef de la contoxturc des éléments cérébraux ; et, d'une autre part, le point de concentration où aboutissent toutes les impressions sensorielles avant d'être irradiées vers les différentes régions de la périphérie corticale, nous sommes naturellement porté à nous demander : — L quelles sont les influences que les dégénérescences et les lésions diverses des couches

(1) Voyez la reprosciital ion de fcrveaux d'idiots dans VA nntomie pathologique de Cruveiiliier, livr. V*", in-folio ; l'arlicie Idiotie, par Esquirol [DictioMnair^ (fes sciences médicales, t. XXIII, p. 515), et Thôsos dr Paris, l^\en, 1861.

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