SUBORDINATION DE LA SUBSTANCE CORTICALE
optiques exercent sur le fonctionnement physiologique de l'activité cérébrale ; — et II. si les modifications passagères et durables dont leur tissu peut devenir accidentellement le siège, ne sont pas aptes à retentir pareillement sur les opérations de Tentendement et à en troubler l'harmonie ?
I. Sur ces différents points on trouve dans les collections scientifiques des données suffisantes qui permettent de se prononcer affirmativement.
Ainsi, dans le mémoire de Marcé sur la démence, les faits de ce genre ne sont pas rares : les symptômes de la démence ont été en effet notés un certain nombre de fois, concurremment avec une lésion des couches optiques (1). Dans deux cas de ce genre qui nous ont passé sous les yeux, nous avons pareillement constaté des rapports analogues : les couches optiques étaient criblées d'aréoles çl de vides qui indiquaient une dissociation profonde de leurs éléments constitutifs ^ dans ces circonstances l'extinction des phénomènes intellectuels était presque complète.
Calmeil a signalé des faits semblables et noté très-souvent les variations de consistance, de coloration que présentaient les couches optiques, lorsque la substance corticale offrait des modifications anatomiques analogues (2).
II. D'une autre part, en se transportant dans le domaine des faits purement physiologiques, on rencontre une série de cas curieux qui prouvent l'énorme influence que la suppression
(1) Marcé, loc. ciU Sur 38 observations de (iémencc séiiile rapportées dans ce travail, avec abolition plus ou moins complète des manifestations intellectuelles :
Les couches optiques ont été trouvées altérées 21 fois;
L'état dans lequel elles ont été rencontrées, n'a pas été noté 13 fois;
Et 4 fois seu/empuf il est dit qu'n//ps tt\H(nenf pns' lé.s'écs.
(2) Ainsi il est dit, dans son Traité des malndios inflammatoires du cen^fiatty Ptiris, 1859, t. I, p. 69 : « La substance corticale est rose et injectée, les couches optiques et les corps striés sont légèrement violacés; p. 73, substance corticale violette et molle par places : les deux couches optiques et les corps striés sont zébrés de violet et de gris; p. 172, pointillé de la substance corticale : les couches optiques et les corps striés sont de coloration lie de vin; p. 51 /i, circonvolutions \iolacces: les couches optiques et les corps striés sont couleur de chair saiijnante, etc. » Voyez à la suite, p. 216, 293, 302, 316, 329, 341, 343, 358, 369, 382, 402, 423, 440, 461, 472, 525, 543, 555, 625, 645; t. Il, p. 15, 149.
d'un« catégorie quelconque d'impressions sensorielles exerce sur la régularité du jeu des éléments corticaux. Il semble que, pour que riiarmonie des opérations qu'ils accomplissent se maintienne, il faille qu'il y ait une pondération régulière dans la répartition des stimulations sensorielles qui viennent impressionner les diverses régions de la périphérie corticale, et que la prédominance exclusive de quelques-unes d'entre elles venant à absorber a leur profit Tactivité des cellules cérébrales, détruisent ainsi les conditions générales de l'équilibre, et entraînent ipso facto le trouble et la disharmonie dans l'ensemble des manifestations de l'intellect.
Ainsi, chez les individus qui deviennent accidentellement aveugles, Dumont a noté des troubles psychiques variés, des changements dliumeur, des symptômes de mélancolie d'autant plus accusés que les malades étaient plus incapables de distinguer le jour d'avec la nuit (1).
Bouisson a communiqué à TAcadémie de médecine un fait qui présente avec ceux que nous venons de rapporter, les plus grandes analogies (2).
« Il s'agit d'un homme de cinquante ans alteint de cataracle double, qui fut conduit sans renseignements à Thôpilal de Saint- Éioi à Montpellier; il présentait en môme temps des symptômes de démence conGrmée (incohérence des idées, défaut de spontanéité intellectuelle). L'opération fut faite sur les deux yeux par abaissement, dans la mémo séance. Le dixième jour l'appareil fut enlevé et aussitôt le malade s'écria : j'y vois I Ce fut, ajoute Bouisson, la première parole raisonnable qu'il eût encore prononcée. A mesure que la vue se fortifiait, il devenait en même temps plus docile, la mémoire reparaissait, le cercle des idées s'élargissait, etc. ; il put donner bientôt quelques informations sur son état, son habitation antérieure, et se souvenir qu'il avait perdu la vue depuis environ trois ans. Un mois et demi environ après, il put regagner son domicile et pourvoir à son existence. •
(1) Dumont, Influence de la cécité sur les fonctions intellectuelles (Moniteur des hôpitaux, 1857, p. 245 et 265).
c Sur 120 avcuf^lcs, dit-il, en laissant de cote ceux qui sont atteints de lésions cérébrales appréciables, il y on a 27 avec des désordres intellectuels variant depuis l'bypochondrie jusqu'à la manie, avec hallucinations et démence. »
Ce travail est appu}é du récit d'une douzaine d'observations concordantes.
(2) Bulletin fie l'Arn/lénie de médecine^ séance du 8 octobre 1860, t. XXVL p. 6.