‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 115 sur 133 · SUBORDINATION DE LA SUBSTANCE CORTICALE · texte numérisé non relu

SUBORDINATION DE LA SUBSTANCE CORTICALE

Celle remarquable observation de récupération simultanée du sens de la vue et de la raison, emprunte a Theureuse initiative du savant chirurgien de Montpellier rautorité d'un fait purement expérimental. On ne peut démontrer d'une façon plus saisissante rénorme influence que prennent les impressions sensorielles, non-seulement sur l'origine et la formation des idées, mais encore sur Texercice régulier des manirestations intellectuelles.

Les impressions optiques paraissent ne pas être seules aptes à provoquer des troubles psychiques lorsqu'elles viennent a cesser d'envoyer dans le cerveau le contingent de leurs stimulations habituelles : les faits observés par Michéa semblent pareillement démontrer que la disparition des impressions douloureuses et tactiles peut déterminer non-seulement des troubles dans les diverses opérations de Tentendement, mais encore des séries de conceptions délirantes appropriées. Ainsi, il résulte de certaines observations citées dans le mémoire de cet auteur (1), que les individus en question, frappés d'anesthésie et d'analgésie (si tant est que ces troubles divers de la sensibilité soient primitifs), se disaient morts des pieds à la tête, parce qu'ils étaient analgésiques sur certains points du tégument cutané, que d'autres se croyaient transformés en des objets imaginaires, etc. Marcé rapporte le fait d'un nionomane sans cesse tourmenté par la crainte de voir adhérer à ses doigts des aiguilles, des épingles, avec d'autres corps d'un petit volume, aussi examinait-il ses mains à chaque instant du jour, t J'ai constaté par un examen réitéré, dit-il, qu'il y avait une anesthésie complète de la main, et que ce fait n'était pas sans influence sur la production de l'idée délirante principale à laquelle se rattachait d'ailleurs toute une série de fausses conceptions (2). »

Nous avons insisté précédemment avec des détails suffisants sur le rôle considérable que les impressions sensitives conscientes

(1) Michéa, De V anesthésie de douleur dam V aliénation ^ et de son influence pathoginique sur certaim modes de délires partiels (Gazette hebdomadaire, 1855, p. 719).

(2) Marcé, Dei aUérations de la sensibiiilè, 1860, ibûsc d'agrégation, p. 38.

étaient appelé à jouer dans rexercice régulier des opérations de rentendemenl, et sur les réactions automatiques récurrentes qu'elles provoquaient à leur suite, pour saisir le mécanisme de la production de ces variétés de délires à proprement dits synh paihiques (1). Ce sont là des phénomènes morbides logiques, qui ne sont que des déviations des actes physiologiques, et qui nous montrent, par la dissociation artificielle des divers temps de la fonction, les connexions qui les unissent entre eux à l'état normal, et en môme temps les rapports de solidarité intime qui relient les plexus nerveux de la périphérie à ceux des régions centrales. Ils nous font encore voir comment tout conspire et tout concoure dans cesadmirables systèmes organiques, puisque rébranlemement subi par Tun des premiers chaînons se propage de proche en proche, et se fait sentir jusque dans les derniers qui sont ainsi sympathiquemcnt ébranlés.

§ 5. — Théorie phyAtoloftlqne de« halloeliialioiui.

Des données précédentes à la théorie physiologique du mécanisme du mode de production des hallucinations, il n'y a qu'un pas.

Les cellules cérébrales, avons-nous dit, dans les conditions physiologiques dufonciionnement intellectuel, reçoivent leurs stimulations habituelles des centres de la couche optique, qui sont comme autant de foyers isolés, entretenant, pendant Tétat de veille, leur incessante activité; ces ce?it7*es à leur tour sont ébranlés par les impressions du dehors, de sorte que les cellules de la substance cérébrale uf", perçoiveîU que médiatement et par rintermédiaire des cellules des centres des couches optiques le contre-coup des incitations extérieures. Or, il peut arriver que ces mêmes cellules des centres se mettent spontanément (soit sous Tinlluence de i)erturbalions circulatoires locales, soit sous Tiniluence d'une simple exaltation fonctionnelle passagère) dans le môme état d'activité où elles sont, lors(|u'une impression sensorielle réelle vient normalement à les ébranler. Que résulte-l-il

(1) Voy. Loiscau, Delà folie sympathique y 1857 (thèses de Paris).

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