‹ Recherches sur le système nerveux cérébro-spinal; sa structure, ses fonctions, et ses maladies (volume 3)Chapitre 127 sur 133 · AVEC LES PHÉNOMÈNES DE LA SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

AVEC LES PHÉNOMÈNES DE LA SENSIBILITÉ

Les perturbations fonciionnelles des régions qui sonten rapport avec la sensibilité générale, se traduisent le plus souvent^ soit par une exaltation, soit par une abolition des actes physiologiques: c'est ainsi qu'elles se présentent indifféremment, soit sous la forme d'kyperesthésies, soit sous celle (ïanesthésies.

Il ne nous parait guère possible, dans l'état actuel de nos connaissances physiologiques, de nous prononcer avec certitude sur Vensemble des conditions qui président à ces différentes modalités de la sensibilité : néanmoins il nous semble acceptable, que si les phénomènes hyperesthésiques sont quelquefois déterminés par une cause d'irritation locale, portant directement sur la continuité des fibres sensilives (1), ils peuvent également être provoqués par une accélération plus rapide des courants sanguins au milieu de leurs fascicules, et par une sorte d'érélhisme arlificiel, produit ainsi par cette fluxion passagère.

Relativement au mécanisme de la production des phénomènes anesthésiques, s'il est d'observation que l'interruption des conducteurs delà sensibilité et la destruction locale des régions affectées à la réception des impressions sensitives sont accompagnées égalelement de symptômes anesthésiques (2) ; il n'est pas moins acceptable que ces mêmes régions du système nerveux peuvent cesser d'être également dans leurs conditions de conductibilité et de réceptivité habituelles, par suite d*une sorte de stupeur locale,

espèces de solidifications arborescentes da contenu des vaisseaux, que nous n'avons pas rencontrées d'une façon concomitante dans les réseaux capillaires de la substance cérébrale (voy. page â62).

Nous sommes donc porté, eu égard à l'ancienneté relative des désordres anatomiques constatés dans le cerveau et le cervelet d'une façou parallèle, à dire que les lésions du cervelet paraissent en général être les premières en date.

Calmeil a été frappé aussi de faits analogues : aussi trouvc-t-on que, dans la plupart des observations de périménlngo-encépbalite qu'il cite, le cervelet est noté comme étant ramolli^ violacé et gorgé de sang à différents degrés. {Loc. ci7.)

(1) Voy. page 524.

(2) Voy. page 532.

produite eile-méme par un temps d'arrêt des phénomènes circulatoires.

C'est ainsi que, faisant à ce propos Tapplication des faits que nous avons précédemment relatés au sujet du mode de production de certaines paralysies de la motricité dites réflexes, nous arrivons à dire que (les mêmes causes produisant les mêmes effets) il nous parait parfaitement légitime d'admettre qu'il existe parallèlement toute une classe d anesthésies passagères, qui n'ont leur raison d'être que dans une interruption locale des courants sanguins, et qui ne sont vraisemblablement imputables qu'a une perturbation primitive de Tinnervalion vaso-motrice amenant à sa suite une véritable anémie locale.

Ainsi donc, nous admettrions volontiers que la plupart des hyperesthésies et des anesthésies dynamiques, que l'on observe si fréquemment chez les sujets névropalhiques, ne doivent être considérées, le plus souvent, que comme l'expression d'un état d'éréthisme ou de stupeur des éléments nerveux, et que ce sont là des phénomènes secondaires, provoqués eux-mêmes, soit par une accélération, soit par un ralentissement des courants sanguins au milieu de la trame des régions sensitives.

PHÊNOMÈICES BY8TÉBIQUB8 (4).

On comprend, d'après ce que nous venons d'exposer, comment lorsque c'est le sensorium lui-même qui est intéressé (la couche optique), on peut voir apparaître une série de perturbations aussi imprévues que bizarres des phénomènes sensitifs dont les modalités variées constituent ordinairement le tableau de Thystérie vaporeuse.

C'est dans ces circonstances que se révèlent ces troubles variés des fonctions sensitives, qui tantôt sont isolément exaltées, et tantôt simultanément anéanties, suivant que les différents centres de la couche optique sont tour à tour, ou bien simultanément, ou isolément intéressées; ces amauroses, ces surdités, ces analgésies accidentelles qui surviennent d'une façon si inattendue chez les sujets hystériques, et tous ces troubles divers de la sensibilité, si

(1) Voy. page 609 et SUIT.

PHÉNOMÈNES DE l'hystérie VAPOREUSE. 629

curieux à éludier sous leurs diflerenls aspects, alors que Tétat morbide, isolant avec une exquise finesse d'analyse les éléments multiples dont se compose la sensibilité, nous fait voir Tindépendance des différents facteurs qui concourent normalement à ses diverses manifestations (voy. page 321) . C'est ainsi que l'envahissement isolé des différentes régions de la couche optique, qui sont en rapport avec les impressions de la sensibilité proprement dite, nous montre que les fibres dolorifères ont une distribution centrale isolée ; que les fibres tactiles sont aussi indépendantes, et qu'il en est de même de celles qui apportent au sensorium la notion de l'état d'activité des différents arcs spinaux diastaltiques (fibres des faisceaux postérieurs).

C'est ainsi que l'on voit des sujets qui, suivant que ces divers éléments de la sensibilité viennent isolément à faire défaut, sont frappés d'analgésie , d'anesthésie, d'ataxie ou de catalepsie (1). De là, enfin, l'apparition successive et irrégulière de toute cette série de perturbations des phénomènes sensitifs, qui, mettant à la fois en jeu le sensorium afiecté à la réception des impressions de la vie animale, et le sensorium où se concentrent les impressions de la vie végétative, constituent dans leur ensemble la symptomatologie si mobile et si complexe de l'hystérie vaporeuse.

Les phénomènes de l'hystérie vaporeuse, caractérisés par ces ' troubles divers des fonctions nerveuses, ne sont considérés à ce point de vue que comme l'expression symptomatique d'un état de stupeur ou d'exaltation des propriétés dynamiques des différents centres de la couche optique. C'est donc là, à notre avis, dans ce double sensorium qui reçoit à la fois et les ébranlements qui lui arrivent du monde extérieur, et ceux qui lui sont apportés par les divers états des plexus viscéraux périphériques, qu'il convient enfin de placer le point de départ de toute cette série de manifesta-

(1) L'état cataleptique n*est donc proToqué^ au point de vue de la localisation des régions nerveuses intéressées^ que par Tabolition des aptitudes physiologiques de ce point limité de la couche optique qui reçoit la terminaison centrale des faisceaux spinaux postérieurs^ et qui transmet de là à l'intellect la notion des divers états de la tension des fibres musculaires en activité (pi. III, fig. 1 [9] [25]^ et pi. XII, fij. 2 et 3). Voyei, à ce propos, l'article remarquable de Lasègue, De Vanesthésie et d^ Vataxie hystériques (Archives de tnédecinê, iS6à, t. 1, p. 385).

6S0 TROUBLES DTNAMIQUB8.

tioDs maladives dont les apparences capricieuses et les allures vagabondes ont jusqu'ici échappé à une délimitation anatomique précise (1).

Cette localisation des phénomènes propres de l'hystérie vaporeuse dans les différentes régions du sensorium (de la couche optique) nous permet de nous rendre rationnellement compte d'une certaine catégorie de phénomènes observés.

C*est ainsi qu'il est permis de comprendre comment les incitations parties des diverses expansions viscérales périphériques, et propagées à travers les réseaux de la région sympathiqtte^ peuvent se faire jour jusqu'au sensorium de la vie animale et de la vie organique (pi. X, fig. 3, [lA]), et amener, par leurs sollicitations importunes, des troubles fonctionnels de voisinage, tels que des hyperesthésies.^ des anesthésies sensorielles, des symptômes d'anxiété, des attaques de syncope, d'extase, de catalepsie, etc. ; et comment elles peuvent, en rayonnant de là vers les différents déparlements de la substance corticale, provoquer à leur suite l'explosion de ces accès de nianie hystérique, qui reflètent dans leurs modalités variées, sous une forme plus ou moins erotique, le cachet originel des incitations spécifiques qui les ont provoqués.

Comment l'abolition de la sensibilité cutanée, lorsqu'elle se présente avec la forme hémiplégique, est si fréquemment complète,

(1) Il est curieux de rapprocher Topinion que nous émettons au siy'et dn siéfre anatomique de Thystéric^ des conclusions que Briquet a déjà indiquées. Ce consciencieux observateur semble avoir pressenti le rôle qui serait attribué un jour à la couche optique dans cette série de manifestations morbides, et formulé par avancr nos propres assertions. C'est ainsi qu'il s'exprime en effet : « Comme Vanatomie pathologique n'a encore constate l'existence d'aucune trace matérielle de soufTrancc de l'encéphale^ on peut dire que l'hystérie est une maladie consistant dans une névrose de la portion de l'encéphale destinée à recevoir les impressions affectives et les sensations, etc. »

Il n'est guère possible, comme on le voit^ de définir à priori avec plus de précision la participation active du sensorium (de la couche optique) aux phénomènes bystériqueS; et de rencontrer, dans l'étude des perturbations fonctionnelles du système nerveux^ une concordance aussi complète entre les données fournies par l'anatomic et celles qui sont révélées par l'observation clinique. ( Briquet, Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie^ 4859, p, 001.)

PHÉNOMÈNES DE l/OYSTÉRIE VAPOREUSE. 631

et s'observe aussi bien à la face, sur la conjonctive, sur la pîtuitaire, que sur la peau des extrémités, puisque dans ces cas le point central, le centre spécial de la couche optique dans lequel viennent converger les impressions sensitives delà périphérie cutanée, est, dans toute sa masse, frappé d'anesthésie (voy. page 207).

Comment il se fait que les hallucinations apparaissent si fré* quemment dans Ip cours de rhyslérie, puisque nous avons vu précédemment que Texallation fonctionnelle de certains centres de la couche optique était la condition nécessaire à leur manifestation ; comment enfin les phénomènes de l'extase et de la cata* lepsie se montrent particulièrement dans ces circonstances (1).

Cette théorie toute physiologique des phénomènes propres de l'hystérie vaporeuse nous permet encore de saisir Tenchaînemcnt de certains symptômes secondaires qui peuvent se révéler, ou indifféremment faire défaut parmi toute cette série de manifestations morbides.

C'est ainsi qu'il est possible de comprendre comment le jt>rocessiis morbide qui porte tout d'abord son action sur le sensorium^ peut, en étendant la sphère de son activité à d'autres départements du système nerveux, frapper tour à tour, soit sur les régions conviilsivantes de Taxe spinal, et déterminer ainsi une série d'explosions convulsives concomitantes; soit sur la substance grise du corps strié qui, réagissant à sa manière, donnera l'essor à une série de manifestations anomales sui generis.

C'est ainsi que l'on voit apparaître dans le cours de l'hystérie, ces modifications si bizarres du caractère, qui semblent se révéler d'une façon identique, toutes les fois que les éléments du corps strié sont en émoi : tantôt elles prennent en cfTet, comme nous l'avons déjà indiqué, la forme d'accès de fureur, d'accès de colère imprévus, ou d'impulsions irrésistibles, et tantôt, se voilant sous les apparences d'une dépression profonde, elles se résument en abattement mélancolique avec tendances hypochondriaques(voy. pages 437 et 608).

(1) 11 ne nous est arrive <le rencontrer qne deux fois, parmi toutes les observations que nous avons dépouillées jusqu*ici^ le symptôme catalepsie. Dans ces deux fois, la texture des couches optiques était désorganisée (tov. pages 5A2 et 543).

DES TUMBDiS INTBA- EKێPHALIQDES.

On sait que les tumeurs contenues dons l'encéphale sont sou« vent méconnues pendant la vie, grâce à Tindolence et à Tabsence de réaction des régions qu elles intéressent, et que, d'une autre part, elles se révèlent fréquemment par une série de phénomènes convulsifsà formes variées, tels que des accès épileptiformes, des contractures permanentes, etc.

Ces particularités symptomatologiques tiennent, suivant nous, à leurs diverses localisations dans la masse encéphalique, et aux connexions indirectes qu'elles aiïectent avec les régions de la base de Vencéphale où se trouvent concentrés les foyers de Tinnerva* lion convulsivante.

Pour peu que Ton veuille en effet se reporler aux détails que nous avons relatés à propos des expansions terminales des pédoncules cérébelleux, on doit se rappeler que nous avons particulièrement insisté sur le fait de leur constitution en réseaux continus, depuis la région bulbaire jusqu^au niveau du noyau jaune du corps slrié (pi. II et III, flg. 2), et indiqué qu'ils constituaient ainsi par eux-mêmes une sphère d'activité nerveuse dans un perpétuel état de tension. Ces régions, qui occupent les parties antérieures et inférieures de toute la masse de Taxe spinal, et qui reposent directement sur un plan résistant représenté par la paroi antérieure du canal rachidien évasé, sont les seuls départements excitables de tout l'encéphale, ainsi que les expériences des physiologistes l'ont démontré, lorsqu'une cause d'irritation directe ou indirecte vient à mettre en jeu leurs propriétés dynamiques. Qu'il s'agisse d'un corps étranger ou d'une tumeur encéphalique dont la pression anomale vienne à retentir jusqu'à elles, immédiatement elles réagissent, et, par les manifestations convulsives qui éclatent alors, impliquent, ipso facto^ qu'elles ont été plus ou moins directement provoquées.

D'un autre côté, il est d'observation que ces tumeurs, en raison de la disposition même des parties, n'exercent pas directement leur action sur le point précis de la masse encéphalique où elles portent, et qu'au contraire elles transmettent leur pression dans une direction diamétralement opposée, et précisément suivant Taxe de leur point d'application.

DES TITMEURS mTRA-ENCÉPIIALlQVES. 638

C'est ainsi qu'une tumeur siégeant à la partie convexe des lobes cérébraux transmettra sa pression à la base de l'encéphale (1); qu'une pression traumalique appliquée au niveau des bosses occipitales se propagera suivant Taxe anléro-postérieur du crâne, et portera principalement sur les lobes antérieurs (2); qu'une pression produite par une tumeur à la région temporale sera transmise suivant Taxe transversal, dans les points homologues du côté opposé ; qu'une tumeur siégeant au niveau de bec du calamus amènera des manifestations choréiformes, [non pas en raison de son implantation dans les régions postérieures de Taxe spinal (pi. VI, fig. 2 et 2)], mais bien par le fait de la compression médiate qu'elle exercera sur les réseaux ambiants où se dissémine l'innervation cérébelleuse périphérique (3); qu'enfin, en vertu du même mécanisme de propagation médiate, une tumeur, un kyste hydatique par exemple, siégeant au niveau de la région dorsale d'une couche optique pourra provoquer des phénomènes convulsifs variés, par suite d'une compression directe transmise aux régions sousjacentes, qui sont précisément aptes à engendrer des manifestations convulsives(pl. XIII, fig. 1).

C'est ainsi, à notre avis, qu'il convient d'interpréter la symplomatologie variée qu'offrent ordinairement les tumeurs intracncéphaliques. L'inconstance et la variété des signes a l'aide desquels elles révèlent leur présence, tiennent donc, d'une part, a la facilité avec laquelle les régions convulsivanies de l'axe spinal entrent en jeu, lorsqu'une pression quelconque, directe ou indirecte, vient à porter sur un point de leur continuité; et, d'une autre part, à ce que, en vertu de la disposition môme de la boite crânienne, elles transmettent dans une direction diamé-

(1) Chassai^ac a présenté ù la Société anatomique Tencéphale d'un homme qui^ ayant reçu un coup de pioche à la région sincipitale, compliqué de contusion locale du cerveau, avait en 'même temps une lésion par contre-coup de la partie supérieure d'un hémisphère cérébelleux. {Bulletins de la Société anatomique, mai 1864.)

(2) Peter cite, à ce propos, robservntion d'un militaire qui, en tombant de cheval, •'était heurté la réfcion occipitale contre le pavé ; il présentait une attrition concomitante des lobes cérébraux antérieurs sans lésions locales des réf^ons postérieures de l'encéphale. (Gazette hebdomadaire^ 1864, p. 433.)

(3) Voy. page 586, obs. LVII.

634 VALEUR SÉMIOLOGIQUE.

traleroenl opposée à leur point d'application, la compression qu'elles déterminent (1).

QUATRIÈME SECTION

VALEUR SÉMIOLOGIQUE ET RÉSUMÉ DES MANIFESTATIONS MORBIDES DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL.

Le diagnostic clinique des maladies du système nerveux central se réduit aux déterminations suivantes :

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