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I. Les cellules de la substance cérébrale, non*seulement absorbent et retiennent les impressions sensorielles qui viennent les ébranler, mais encore elles les travaillent isolément, les amplifient d'une manière toute spéciale, et les font apparaître sous des formes plus vives et des colorations plus brillantes. L'impression sensorielle grandie et colorée, une fois qu'elle a snbi Finfluence du travail métabolique de la cellule cérébrale qui l'a reçue, comme une image physique qui, en passant à travers une série de verres grossissants, se perfectionne et s'amplifie, devient par cela même dans Tesprit la représentation imagée de l'objet qui lui a donné naissance : elle s'y peint en caractères plus éclatants, s'y imprime d'une façon plus accentuée et devient bientôt^ asso* dée à toutes ses congénères, la représentation interne du monde extérieur que nous portons en nous, et en quelque sorte la reproduction virtuelle des objets ambiants d'où elle tire son origine.
Cette modalité nouvelle des impressions sensorielles, ainsi conservées et vivifiées par Tactivité propre des cellules cérébrales, constitue dans son ensemble les phénomènes de l'imagination.
Riche ou pauvre, féconde ou stérile, réglée ou impétueuse, l'imagination peut donc être considérée comme étant la plus haute expression i laquelle puisse atteindre l'impression sensorielle transformée et épurée par son passage à travers les éléments de la substance corticale.
U. Toutes les impressions sensorielles, quelles que soient leurs provenances, arrivent comme un dernier écho dans ces hautes sphères de Tactivité cérébrale; elles s'y peignent les unes après les autres comme sur la surface d'un écran, se combinent entre elles, et provoquent à leur suite une série d'idées d'un ordre |)lus relevé, i mesure qu'elles rencontrent des réseaux nerveux do plus en plus multipliés.
Les impressions optiques qui ont une part si prépondérante dans la provocation de tous les actes de Teniendement et de la vie automatique, jouent pareillement un grand rôle dans les phénomènes qui se passent dans la sphère de l'imagination. Ce sont elles, en effet, qui font que nous donnons aux choses
inimatérielles des dcnominalions empruntées au monde physique; que nous disons de tel ou tef, par exemple, que son esprit a de Véclat^ qu'il est lucide^ qu*il offre des aperçus lumineux^ etc. Les impressions acoustiques fournissent également à l'esprit un conlingent d'appréciations figurées : les mots mélodie^ harmonie sont souvent déviés de leur acception propre et transportés à des objets conventionnels. De même, les impressions gustatives deviennent, par dérivation, le goût qui se prononce sur les oeuvres d'art et les apprécie ; elles se trahissent encore au figuré sous la dénomination à! amertume et d^ aigreur* Les impressions du toucher aussi se transforment en tact moral, et peut-être les fibres dolorifères sont-elles les éléments spécifiques qui se coq» vertissent en sensibilité morale (1) ?
C'est ainsi que les impressions sensorielles, épurées et quin^ tessenciées par ce mode spécial de l'activité cérébrale, reflètent sous ces formes nouvelles l'image embellie et amplifiée da monde extérieur. Et, chose bien digne d'attention au milieu de ces merveilleuses opérations de l'entendement que nous passons ainsi en revue I non<seulement cette élaboration si remarquable des cellules cérébrales s'accomplit à l'aide de matériaux de date récente qui leur arrivent à tout instant, mais encore elle s'effectue en mettant en œuvre les matériaux dès longtemps accumulés dans le passé de notre esprit, lesquels» ensevelis à Tétat de souvenirs, deviennent un appoint nouveau destiné à mulliplier leurs effets, et à enrichir leurs manifestationi.
C*est ainsi que, grâce aux trésors accumulés que lui fournit la mémoire, grâce a l'intervention vivifiante de l'imagination qui les perfectionne et les amplifie, l'entendement humain trouve en lui-même ses inépuisables ressources, et conçoit cette puissance créatrice infinie, cette ardeur progressive, qui enfantent les o&uvrss
(1) Peut-être se peut-il faire que les impressions përiphcriques émanées de la sphère de la vie végétative éprouvent une semblable transformation, et masquent ainsi^ sous la dénomination anoblie de passions, ce qu'elles ont d*obscur et de bai dans leur généalogie. Peut-être faudrait-il encore rechercher^ dans les démonstrations passionnelles les plus exaltées^ une impression irradiée de la périphérie viscérale comme premier mobile (plus ou moins purifiée, il est ?rai^ par l'activiU des régions cérébrales où siège Timagination), et voir ainsi^ dans la prédominance de tel ou tel plexus viscéral périphérique, le secret de la tournure générale des idées d'imagination et du cachet qui les caractérise.
DU JUGBMBlfT. S7I
d*art dans le cerveau des artistes; qui donnent Tinspiration an poêle» Tenlhousiasme ci Tamour de la gloire au soldat, et le feu satré à tous ceux qu'anime une sincère ardeur pour la science honnête et désintéressée !
III. Troubles fonctionnels. — Cette remarquable propriété physiologique que possède notre cerveau de pouvoir conserver, comme un miroir les images amplifiées et embellies du monde de la réalité peut, dans certaines circonstances (comme, du reste, toutes les autres manifestations de Vactivité cérébrale), parle fait même d'un certain état passager A^éréthisme du stibstratum organique, à Taide duquel elle se décèle, concourir à Texplosion de certaines formes de conceptions délirantes.
Les idées d'imagination qui dans l'état physiologique du fonc* tionnement cérébral, créent en dedans de nous-mêmes la rcpré-senlalion imagée des choses de la réalité, plongent (par cela même qu'elles arrivent à se déceler avec un certain degré de superactivité morbide) l'individu chez lequel elle apparaissent, dans une sphère toute nouvelle de faits imaginaires. Elles le transportent ainsi dans un monde idéal, qu'il colore de nuances fallacieuses, et que son imagination surexcitée lui déroule incessamment en tableaux mensongers : elles l'isolent peu à peu des notions de la réalité présente, lui font voir les choses comme i travers un prisme, et avec un tout autre aspect que celui sous lequel elles sont perçues par les autres hommes; s'imposent à son jugement et en définitive, à force de l'abstraire dans la contemplation de rêveries, le constituent à l'état d'étranger, iïaliéné^ au milieu de son entourage : dès lors, c'est la folle qui s'empare du hgis et la raison qui s'en va.
I. La substance cérébrale, dans Tétat de veille, une fois en possession des idées de toute espèce en lesquelles elle a transformé les impressions sensorielles, se trouve dans un perpétuel état d*ébranlement et d'agitation. A chaque instant, à chaque seconde, [9 cerveau de rborome présente le saisissant spectacle d'un inces* sant travail de formation, de conception d'idées nouvelles, de
combinaison d'idées dissemblables, de comparaison etdejuxla* position d'idées similaires -, les idées nouvelles s'associent aux idées anciennes, les idées les plus éloignées et les plus disparates se conjuguent et s'anastomosent; elles se groupent deux à deux, trois à trois, etc., sous mille formes variées, s'appellent les unes les autres, en raison de certaines lois A' affinité mystérieuse, et présentent ainsi l'image d'une fluctuation continue et d'un véritable mouvement perpétuel. Tant il est vrai que l'incessante acti* vite des cellules cérébrales est la condition indispensable qui préside aux manifestations de la pensée humaine I
L'opération accomplie par Tintellect, consécutivement à l'arrivée d'une impression sensorielle perçue^ et qui implique par cela même une certaine participation active de sa part, constitue un phénomène du jugement.
Cette action toute spontanée de l'entendement, reste souvent cantonnée dans une sphère de minime étendue; dans d'autres circonstances, elle entraîne à sa suite, l'activité de régions différentes de la périphérie corticale, lesquelles se trouvent ainsi sollicitées médiatement, et associées dans une action générale et commune.
Quand j'entends deux sons doués de caractères différents, je compare ces deux impressions, et je juge qu'ils sont dissemblables ; l'opération intellectuelle de jugement est réduite ici à sa plus minime expression.
Mais, quand j'entends un son, que je note qu'il se renforce, et que j'en conclus que la source sonore se rapproche de moi, il y a déjà là une intervention plus compliquée de l'entendement; mon esprit, automatiquement fait appel alors à un souvenir antérieur, à une impression passée, entre cette impression passée, acquise par Texpérience, et Timpression présente, il établit uo trait d'union, un rapport^ et de là résulte, à proprement parler, un* jugement (1).
Dans d'autres circonstances qui se présentent en nombre infini
(1) Voir les rcmaniues que nous avons faites à propos des réactions diTerses dt Tentendenient, consécutives à la perception des impressions tactiles, page 319, optiques, page 325, acoustiques, page 333, etc.