DU JUGEMENT
i chaque instant de la journée, ce ne sont pas seulement de simples faits de mémoire mis préalablement en réserve, qui sont évoqués pour servira établir un jugement entre deux idées simples; ce sont des idées déjà complexes par elles-mêmes, qui appellent a leur aide des conceptions antérieures faites à Tavance, groupées en jugements isolés dans la mémoire (à l'état latent en quelque sorte) et n'attendant, pour être utilisées, qu'une occasion favorable qui leur serve en quelque sorte d*appel.
Quese passe-t-il, eç effet, dans mon esprit, quand, par exemple, un malade étant donné, atteint d'une affection aiguë de poitrine, je formule mon jugement diagnostique, en disant qu'il aune pneumonie au deuxième degré?
Le bruit de souffle que je perçois à ce moment par l'auscultation met immédiatement en éveil dans mon cerveau une série de souvenirs accumulés par Texpérience : ceux qui émanent de la tradition orale, aussi bien que ceux qui proviennent de la tradition écrite, se déroulent à la suite de l'appel qui leur est fait, par le signe stéthoscopique perçu. Je songe en même temps à ce que Texpérience personnelle m'a appris, en des circonstances semblables; ma mémoire me rappelle, la coloration, l'induration, l'augmentation de poids du tissu pulmonaire envahi, etc., et voilà, qu'à propos d'une simple perception sensorielle acoustique, toutes les cellules de mon cerveau sont mises incontinent en activité, depuis la région où reposent à l'état de souvenir les impressions acoustiques homologues, jusqu'à celles oii sont déposées les impressions antérieures, optiques, tactiles, afférentes à l'objet qui nous occupe ! toutes ces impressions revivifiées , comparées avec celles qui surgissent à propos du cas particulier, me font voir les points par lesquels elles se ressemblent, et ceux par lesquels elles se rapprochent^ j'établis un rapport entre le bruit de souffle que je perçois, et le souvenir acquis antérieurement de l'induration du tissu pulmonaire, j'associe dès lors ces deux conceptions déjà complexes, et je les fixe à Taide d'une expression synthétique qui, dans le langage nosologique actuel, représente leurs connexions réciproques.
11. C'est ainsi que Taction de juger se trouve devenir en quelque sorte l'opération cérébrale par excellence, Topcration
S76 THÉORIK DKS FONCTIONS DU CBRVKAU.
écarts. Il croit voir les choses telles qu'il se les imagine, n'absorbe plus d'impressions nouvelles, et vit ainsi dans un délire chronique, réfractaire à tout raisonnement, de môme qu'à toute incitation dérivative, capable de le faire sortir de la mauvaise route où il est engagé. Ses jugements, qui ne sont qu'une agglomération d'idées erronées, reflètent l'incohérence des éléments qui les constituent; ils ne sont plus d'accord avec les choses de la réalité, ils ne s^nt plus consonnants avec les idées d'autrui, et les manifestations persistantes de la déraison attestent la dissociation progressive des appareils cérébraux à l'aide desquels s'effectuent les opérations de son entendement égaré du droit sens.
Chose bien digne de remarque! cette faculté générale du jugement peut s'éteindre dans le cerveau de certains aliénés, et, l'entendement cependant accomplir encore|des opérations enchaînées, et manifester son activité à l'aide de réactions parfaitement logiques et strictement systématisées.
Il semble que dans ces cas, par suite du collapsus ou de la destruction de certaines zones de la substance corticale, les éléments cérébraux persistants, incapables de réagir devant l'impression sensorielle qui les provoque et de discerner comme avant si elle est juste ou fausse, se mettent automatiquement en mouvement, et entraînent à leur suite ceux qui sont habituellement associés a leurs manifestations fonctionnelles. Il semble que dans ces exemples si étranges de monomanies raisonnantes^ l'appareil cérébral découronnéy et privé de ses attributs les plus caractéristiques, le jugement et la ré flexion y soit descendu au niveau d'un appareil purement spinal, et apte tout au plus à recevoir inconsciemment les impressions périphériques, pour les repercuter sans aucune réaction spontanée, sous forme de manifestations automatiques douées de caractères réflexes.
PBiNOHtNBS DE l'aCTIYITÉ CiRÂBRALB, Blf RAPPORT AVEC LBt MARirBSTATIOlll DE LA MOTRICITÉ VOLOIfTAlRB.
Dans Texamen que nous avons fait jusqu'ici des principales fonctions du cerveau, nous avons examiné successivement les diverses impressions sensorielles qui en constituent le fond corn-