SEPTIÈME FAIT
A latin d’octobre 1826, je fus consulté par ^ madame D...d , âgée de quarante-six ans, d’un tempérament nerveux et lymphatique. Née â St.-Domingue , elle y eut la petite-vérole , qui se termina avec facilité , mais laissa après elle à la peau un prurit qui ne cessa qu’à la puberté. Venue en France à l’âge de sept ans , elle fut réglée à quatorze, peu abondamment, mais régulièrement. Etant retournée aux colonies après la puberté , elle y éprouva une maladie grave à travers beaucoup d’impressions morales fâcheuses; cependant elle se rétablit et sa constitution se fortifia.
Mariée à dix-sept ans , madame B... eut un fiux leueorrhoïque , et resta veuve sans enfant peu de temps après. Mariée en secondes noces vers l’âge de vingt-deux ans , elle n’a point eu d’enfans. Très-irritable, elle était sujette en ce temps-lâ
à des accès liystèriques dans lesquels elle perdait même connaissance pendant quelques instans. Vers trente-un ans , après une de ces attaques nerveuses , il se développa à la partie supérieure du sein droit un engorgement prurigineux et mobile , du volume d’un œuf de pigeon , ressortant au-dessus du mamelon. Cette petite tumeur diminua après quelques bains, et resta stationnaire pendant neuf ans. Depuis six ans elle a successivement augmenté de volume , sans, douleurs. Au commencement d’août 1826 , après une peine morale , il survint de la fièvre , le sein se tuméfia, l’engorgement devint le siège d’élancemens douloureux , et s’avança jusque vers la clavicule *, en même temps il se développa dans l’aisselle du même côté un nouvel engorgement qui parut se dissiper après une saignée de bras, moyen d’ailleurs usité par la malade (ainsi que les sangsues) pour suppléer à l’exiguité de ses règles. Depuis lors la malade n’a plus souffert que la veille et le premier jour de l’apparition du flux menstruel.
M. le docteur Lafond, chirurgien adjoint à rHôtel-Dieu de Nantes, ayant reconnu un engorgement dans le fond de l’aisselle du même coté , refusa d’extirper la tumeur , et envoya madame D... à Paris , ou elle consulta M. le prO“
iesscur Mai joliii, qui me 1 adressa. \ olci i’eLat dans ie([ucl je la trouvai : replète , avec tous les attributs de la santé , cette dame présentait un développement considérable du sein droit, qui offrait transversalement dans sa moitié supérieure un noyau d’engorgement de plus de sept pouces de long et de quatre pouees de large, avec un relief proportionné. Tout le reste du sein était augmenté de volume et de densité, sa masse totale avait au moins vingt-deux pouces de circonférenee à sa ]>ase. On sentait un engorgement distinet dans le fond de l’aissellc
droite.
Ce cas me rappelait encore celui de ma» dame Li...y*, je conseillai le traitement suivant :
I®. Un bandage compressif renouvelé tous les jours et fait avec des bandes et des disques d’agai-ic (i).
n®. L’extrait de ciguë préparé à la vapeur,
3". La solution d’hydriodate de potasse à Finlérieur.
4“. Des bains domestiques.
5”. Des douches conditionnelles.
6^". La solution de sulfate de fer pour étiivei le sein à chaque renouvellement du ]>andage.
(i) Voyez celui qui csl déciit ci-dessus au sixième fait , pag. o\ Cl 'h'ii
Lii lia il elle sue la peau.
8^ Un appartement au midi.
9“. L’exercice au grand air.
Le bandage seul fut mis en usage à Paris durant quelques semaines que la compagne de la malade employa à se mettre au fait dé l’execiiter.
Pendant le séjour à Paris de madame D... l’époque de ses régies arriva , des congestions céphaliques se firent sentir , il y eut même un peu de fièvre ; une saignée fut pratiquée, quelques bains employés , et tout rentra dans l’ordre. Ce» pendant la densité et le volume du sein diminuaient et laissaient distinguer plus nettement le noyau d’engorgement qui occupait sa moitié supérieure. J’avais dû mettre de la mesure dans le degré de compression et faire élever le haut du corps par des oreillers pendant le temps du sommeil.
Madame D.... ayant appris que sa mère était tombée malade dans son pays , son moral commença à s’affecter , selon son usage, et je dus la renvoyer à M. le docteur Lafond, avant d’avoir pu vérifier par moi-même tout le parti qu’on pouvait, dans ce cas, retirer de la compression. Ce n’est que depuis lors que j’ai déterminé une meilleure manière d’atteindre les engorgemens axillaires.
i“. Ce fait m’apprit à mesurer plus exactement la compression dans ses degrés ; je dois , d’après ce que j’ai vu depuis, lui attribuer en partie la fièvre qu’elle éprouva.
Il me fit sentir l’importance de surveiller la manière de se coucher des malades soumis à la compression.
3“. L’engorgement de l’aisselle comprimé directerrient s’enfoncait sous l’omoplate et échappait à l’action du bandage ; depuis lors je me sers d’une pyramide obtuse d’agaric, avec laquelle ije rem plisl’ aisselle au-dessus de l’engorgement qui , ne pouvant s’y loger, est atteint par cette espèce de pelote, et se résout comme les autres.
Depuis cette époque , madame D... étant revenue à Paris, j’ai reconnu le ii mai dernier que le sein droit était diminué de volume , mais que le noyau de l’en gor gemment subsistait toujours*, d’autre part, le sein gauche est deyenu tout aussi dense et tuméfié que le droit , et il existe un engorgement des ganglions sus-claviculaires , axillaires et jugulaires des deux côtés , avec infiltration de ces memes régions , et de la partie antérieure et supérieure de la poitrine , quoique la malade ne présente aucun aspect cachectique. Elle était sans appétit, avec des symptômes saburraux , offrant sur la peau quelques
vibices , ce qui a conduit à la purger avec l’huile douce de ricin , et à conseiller le suc d’oseille , les bains acétiques , les olranges et un régime analogue, dont les effets me sont encore inconnus, parce que madame D... est retournée chez elle.
Ce cas fait voir, comme le sixième, qu’un volume et une densité considérables sont un obstacle au succès , et qu’ils peuvent annoncer , lorsqu’ils ne sont pas circonscrits , une disposition fâcheuse commune à plusieurs organes, qui ne permet pas d’agir , comme dans les troisième , dixième , onzième, douzième, vingt- quatrième, vingtcinquième, vingt-sixième faits, etc.