‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 10 sur 105 · SIXIÈME FAIT · texte numérisé non relu

SIXIÈME FAIT

A la fin du mois de mai 1826 , je fus consulté par madame S. . . de P , âgée de cin¬

quante-sept ans , présentant les attributs d’un

tempérament lymphatique sanguin. Née de pa« rens trcs-sains, elle a perdu une sœur et une tante maternelle par des maladies du sein survenues à la suite de couches, et regardées comme cancéreuses.

Cette personne ne présenta rien de remarquable dans sa santé pendant son enfance , si ce n’est jusque vers treize ans quelques esquinancies ' qui cédaient aux adoucissans , et ne se montrèrent plus depuis la première apparition des règles, laquelle eut lieu vers cet âge, avec la circonstance que les époques des règles ont été fréquemment annoncées par des migraines et des palpitations , qui dans la suite ont reparu aussi lors de quelque émotion morale un peu vive. Vers vingt-deux ans, elle eut une petitevérole grave suivie d’une disposition à des couperoses boutonnées , qui n’ont pas encore entièrement cessé, malgré un régime doux et régulier.

Mariée à l’âge de quarante-quatre ans , madame S. . . . n’a point eu d’enfans , et a cessé d’être réglée vers quarante-neuf ans sans aucun dérangement manifeste dans sa santé. A l’âge de cinquante-trois ans, elle remarqua dans son sein gauche un engorgement qui a toujours fait des progrès depuis lors. Lorsque je vis , pour la première fois ^ cette dame dont les seins sont

iiaturellement volumineux, le gauche avait acquis un volume double de celui du droit. Toute la glande mammaire était tuméfiée, dure, bosselée, mobile, et donnait lieu à des élancemens qui se dirigeaient vers Faisselle^ sans engorgement sur leur trajet, quoique la malade se plaignît de soufifrir dans la région de Fépaule gauche ; l’appétit était bon , mais il y avait un sentiment de lassitude générale, et le soir de l’enflure aux jambes.

Cette tumeur considérable me rappela madame Li...y. Je conseillai l’extrait de ciguë avec un régime sévère et l’emploi d’un bandage compressif, qui fut exécuté de la manière suivante : le sein étant recouvert d’un disque d’agaric , le chef de la bande pendant sur le devant du thorax, le globe fut conduit sur l’épaule droite, et ensuite obliquement de droite à gauche pour venir passer sous . le sein gauche et remonter sur Fépaule droite, afin de former une écharpe qui soutînt le poids de la tumeur. D’autres tours de bande obliques , semblables aux premiers , mais disposés en doloire , en remontant sur le sein , recouvrirent toute la moitié inférieure de la tumeur ^ arrivés là, ' les jets de la bande, au lieu d’être conduits sur l’épaule, le furent sous Faisselle, et devinrent des circulaires qui, eu re-

monlanl en doloue sur ie sein, recouvrirent ^ sa moitié supérieure comme ils avaient recouvert rinférieure. La tumeur ainsi emboîtée d’une manière égale, le dernier jet de bande qui la recouvrait vers la clavicule fut porté de Faisselle gauclie , par le dos , sur l’épaule droite , et ramené sous le sein gauebe, le long de sa partie externe, d’oii il fut conduit sur la clavicule gauclie en l’arrêtant sur le côté externe du sein avec des épingles. De l’épaule gauclie, le globe de la bande fut dirigé obliquement par le dos vers Faisselle droite, d’où U fut ramené en avant au-dessous de la tumeur^ de là il fut conduit par derrière sous Faisselle droite, remonté sur l’épaule droite comme dans le huit de chiffre , ramené sous Faisselle gauche par le des , passé au-dessus du sein de gauche à droite, descendu le long de sa partie interne en le fixant avec des épingles, puis reporté en arrière par-dessous le sein, et le bandage fut terminé par des circulaires et des tours obliques , entre lesquels on intercala des disques d’agaric en assez grand nombre pour concentrer sur la tumeur tout le poids d’une compression uniforme.

On voit dans ce bandage la tumeur soutenue et comprimée inférieurement par les tours de bnude en écharpe, pressée supérieurement par

îcs circulaires, cmboîtce en haut et en bas, en dehors et en dedans, par une espèce de huit de chiffre pour lequel elle représentait un moignon d’épaule , et enfin on la voit pressée en tous sens par les derniers circulaires qui l’affaissent entre les circonvolutions combinées des huit de chiffre, et lui font éprouver une compression égale et aussi forte que la malade pouvait la supporter.

Madame S.... de retour dans sa province, y a suivi exactement mes conseils sans obtenir de insultats favorables. Lorsqu’elle est revenue à Paris, à la fin du mois de mai dernier, j’ai constaté que le sein gauche , diminué de volume par amaigrissement, conserve toujours le noyau de la tumeur, qui a cinq pouces dans ses dia-^ mètres vertical et transversal, et environ deux pouces et demi d’épaisseur, il est survenu dans le fond de l’aisselle du meme coté un engorgement du volume d’un œuf, qui s’avance jusque sous le grand pectoral. La partie interne et supérieure du sein n’est pas sans infiltration. Ce traitement a été suivi par M. le docteur Guignard de Poitiers.

J®. Ce cas tend à confirmer que l’excès de volume et de dureté est un obstacle insurmontable au succès de la compression simple , à laquelle il

faut alors une préparation dont je traiterai dans les dixième, onzième, vingt-deuxième et vingtsixième faits.

2®. On trouve dans la famille une sorte d’hérédité dans une sœur et une tante maternelle.

11 y a au moins là une analogie fâcheuse d’organisation.

Page 1