‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 38 sur 105 · TRENTE-HUITIÈME FAIT · texte numérisé non relu

TRENTE-HUITIÈME FAIT

Madame U .... , âgée de cinquante ans , née de parens sains et douée d’une bonne constitution , fut réglée àtreize ans, mariée à vingt-neuf, et eut un seul enfant qu’elle allaita. Vers le commencement de l’année 1826, époque de la cessation de ses menstrues , jusque-là très-régulières,, il lui survint, sans cause connue, un engorgement dans le côté externe du sein droit. Cette tumeur, qui , selon la malade , était assez distincte du reste de la glande mammaire , acquit, en moins d’un an, la grosseur du poing d’un adulte , et fut enlevée au mois de décembre par M. le docteur Simonin de Nancy. La plaie n’était pas encore cicatrisée, lorsqu’il se développa un nouvel engorgement dans la portion du sein qu’on avait épargnée. La cicatrisation de la plaie s’acheva cependant après qu’on eut

établi un vésicatoire au bras droit. La nouvelle tuméfaction s’accrut avec tant de promptitude qu’elle dépassa bientôt le volume de la tumeur qu’on avait extirpée , et ^ presqu’aussitôt , les ganglions lymphatiques de l’aisselle droite et du cou furent compromis. La malade se rendit à Paris dans le mois de mai. Le sein droit formait alors une tumeur de six pouces dans son diamètre transversal , et de quatre dans le vertical , sur deux et demi d’épaisseur : elle était dense et déprimée en dehors et au centre, où l’on voyait la cicatrice dure qui résultait de l’opération. La peau qui recouvrait son voisinage était très-tendue , d’un rouge livide , soulevée par des veines variqueuses , et parsemée de petits tubercules prêts à s’ulcérer. Cette masse , dont la mobilité était assez grande de haut en bas et très-bornée de dedans en dehors, adhérait au muscle grand pectoral, ce qui gênait les mouvemens du bras. Il existait dans le creux de Faisselle une masse dure et engorgée, qui communiquait avec la tumeur du sein par une chaîne de ganglions lymphatiques tuméfiés. Enfin , on rencontrait plusieurs autres petits noyaux d’engorgement en arrière et au-dessus de la clavicule *, toutes les parties malades étaient peu douloureuses, et l’état général de ma-

dame ü . . . . avait d’ailleurs toutes les apparences de la santé. Cette malade était sans ressource , mais elle souffrait , et l’espoir de diminuer ses douleurs et d’enrayer un peu les progrès de la maladie me fit conseiller un appareil compressif approprié à la circonstance. On établit la compression au moyen d’une pyramide d’agaric , dont la base fut disposée d’après la forme de la tumeur *, on appliqua en même temps des tampons de forme convenable dans Faisselle et au-dessus de la clavicule. Les engorgemens qui s’y trouvaient diminuèrent de volume , et les progrès de la tumeur , sans être entièremsnt suspendus^ furent ralentis. Pour obvier aux in convéniens des chaleurs de l’été, je fis appliquer sur Fappareil un vase de forme convenable , rempli de glace , ce qui produisait , à travers l’agaric et les bandes, une fraîcheur agréable, dont les bons effets se firent particulièrement observer sur les veines variqueuses. Cependant la malade prenait intérieurement la poudre d’éponge torréfiée et l’extrait d’aconit préparé à la vapeur. Dans le mois de juillet , les ganglions de Faisselle gauche se tuméfièrent, ce qui obligea de placer en cet endroit une nouvelle pelote. La compression ne pouvait être suspendue pendant quelques minutes sans que la malade ne souffrît

davantage, et sans que la tumeur n’augmentât d’une manière sensible. D’après cette circonstance , on augmenta la compression , que la malade supportait à un degré très-considérable. Soit par cette cause , soit en partie par le temps orageux du moment , la tumeur du sein devint douloureuse : des sangsues furent appliquées sur sa circonférence , mais il en résulta peu de soulagement , et leurs piqûres- devinrent pour la plupart des tubercules cancéreux. Cependant on revint à une compression modérée , ce qui soulagea de nouveau la malade , qui ressentait dans l’aisselle droite de vives douleurs que ce moyen seul diminuait.

Dans les premiers jours du mois d’août, madame U .... , sous le prétexte d’un voyage indispensable , cessa de suivre mes conseils pour se livrer aux soins d’un charlatan, qui lui avait promis* de la guérir dans l’espace d’un mois , après lequel , au commencement de septembre , madame U.... , voyant son état empirer, me fit rappeler dans un nouveau logement , comme si elle arrivait du voyage qu’elle avait annoncé. Je trouvai alors toute la partie supérieure de la tumeur ulcérée, avec un accroissement considérable de la maladie , sous tous les rapports.

L’engorgement du sein droit couvrait tout

ce côté de la poitrine. Le sein gauche et le bras droit étaient infiltrés , on continua sur le sein droit l’usage des cataplasmes de ciguë ^ de séneçon et de mauve, dont je n’attendais rien, mais auxquels tenait la malade, que les douleurs avaient forcée de maintenir la compression dans l’aisselle droite; elle la continuait aussi sur les ganglions sus-claviculaires et axillaires gauches, qui n’étaient pas manifestement augmentés, et surtout en proportion du sein droit. Une fièvre continue motivait l’amaigrissement de la malade, qui était très-débili tée , et depuis quelques jours tellement oppressée, qu’elle ne pouvait plus descendre son escalier.

Pendant la première période du traitement de madame U.... , à Paris, M. le docteur Cabanes a coopéré à son soulagement par l’adresse avec laquelle il a reproduit un appareil compliqué et difficile à appliquer avec justesse : depuis quelle a réclamé de nouveau mes soins , M. le docteur Berthelota contribué à adoucir sa situation , par la patience inaltérable avec laquelle il prenait part à des pansemens bien pénibles , puisqu’ils ne pouvaient avoir d’autre résultat que le soulagement du moment. Madame U,... est morte le 5 octobre 1827.

i". Voici un cancer spontané, avec une marche d’une étrange rapidité.

La récidive a lieu avant même la cicatrisation 5 et la maladie s’étend promptement , nonseulement aux ganglions axillaires correspon-^ dants 5 mais encore à ceux du cou et de l’aisselle opposée.

3". L’affection des ganglions a eu lieu avant l’existence d’un foyer évident de résorption.

4”. Les ganglions lymphatiques du côté malade n’ont pas été les seuls affectés , puisque ceux des deux aisselles ont été compromis.

5". Comme moyen palliatif, la compression a enrayé la marche de la maladie, et a suspendu les douleurs du sein , et surtout celles de l’aisselle droite.

6°. L’irritation survenue dans le temps oîi l’on avait augmenté l’intensité de la compression , doit faire étudier avec soin le degré de constriction convenable à chaque personne , afin de ne jamais dépasser celui qui peut être employé avec le plus d’avantage dans ces sortes de traitemens. 11 ne faut pas déférer aux désirs des malades qui, comme celle-ci , demandent toujours que la compression soit augmentée.

7^ La dégénérescence cancéreuse des piqûres

des sangsues est un phénomène fréquent dans l’emploi de ce moyen sur les tumeurs de ce genre, ou meme seulement dans leur voisinage, et surtout lorsqu’elles sont les produits d’une récidive. J’ai cédé dans ce cas aux indications fournies par l’état inflammatoire.

8“. La compression n’a pu empêcher la dégénérescence cancéreuse des engorgemens qu’avaient produits les piqûres des sangsues.

9”. Les tubercules cancéreux développés sur les piqûres des sangsues sont devenus les causes déterminantes des ulcérations qui existaient sur toute la partie supérieure de la tumeur.

10°. Le sous-carbonate de fer, joint à la ciguë, n’a pas diminué les accidens de la cachexie cancéreuse , comme je l’ai observé dans le vingt^cinquième fait et autres , quoique j’aie oublié de le noter.

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