‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 43 sur 105 · QUARANTE-TROISIÈME FAIT · texte numérisé non relu

QUARANTE-TROISIÈME FAIT

Je tiens de M. le docteur Gallot, de Provins , l’observation suivante. Je me borne à transcrire ici la lettre de ce médecin distingué.

Monsieur ,

« J’ai l’honneur de vous envoyer l’observation » d’une tumeur squirrheuse au sein. La malade » qui en fait le sujet est madame F..., de Provins, » âgée de quarante-un ans , d’un tempérament » lymphatico-sanguin , d’une forte constitution. » Elle n’a jamais été malade : à treize ans, elle » eut un écoulement puriforme aux deux seins , » lequel dura jusqu’à quatorze ans , époque de la » première menstruation. Les règles, qui reve- » naient exactement tous les mois et duraient

autre chose que cette même altération avec ses phénomènes dans les appareils et les fluides généraux. Je discuterai ces faits dans le Traité de pathologie qui m’occupe depuis plus de vingt-cinq ans.

» huit jours , étaient très-abondantes les quatre 0 ou cinq premiers jours.

» Elle accoucha heureusement à vingt- neuf » et à trente -trois ans. Elle allaitait son der- » nier enfant , alors âgé de six mois , lorsqu’elle » reçut dans le sein droit, et par inadvertance, » un coup de coude violent de la part de son » mari. On ne fit aucun traitement : peu de » temps après cet accident l’enfant mourut. Ce » fut au bout de six mois qu’elle commença à » ressentir de la douleur dans le lieu meme de la » percussion ^ l’ayant examiné , elle y aperçut une » grosseur qui se développa peu-â-peu. A qua- » rante-un ans, la tumeur avait acquis le volume ») d’un œuf de poule *, elle n’étaitpoint adhérente *, » sa forme était aplatie et un peu irrégulière *, elle avait deux pouces et demi environ dans son » plus grand diamètre. On sentait plusieurs bos- » selures dans son étendue ; elle occupait presque » toute la partie supérieure du sein droit.

î) La malade éprouvait très-souvent des dou- )) leurs lancinantes quelle exprimait en disant » çiie c était comme si on lui lardait le sein ^ )) elles étaient beaucoup plus violentes avant et » après l’apparition des règles. C’est au mois de » septembre 1826 que je fus appelé pour la » première fois par madame F. . . pour lui donner

)) des soins. Je reconnus à l’examen une tumeur » du volume et de l’étendue indiqués ci-dessus.

» J’arrivais de Paris, oii j’avais vu, àl’Hotel- )) Dieu, dans vos salles, deux malades affectées )) de tumeurs cancéreuses au sein, bien caracté- )) risées. L’une était convalescente , et l’autre » marchait veis la guérison. Vous ne vous bor- » nâtes pas seulement à nous les faire examiner,

» vous les pansâtes vous-méme devant nous ; car » étaient présens M. Baud, professeur à l’uni- » versité de Louvain, etM. Mabitte, médecin de » Bordeaux. Nous pûmes ^ à l’aise ^ voir la ma- » nière d’appliquer le bandage.

» Avant de commencer la compression , je » crus devoir faire faire une saignée générale, et à ^ deux jours d’intervalle, trois applications succcs- » sives de douze sangsues sur la partie malade , » que je faisais recouvrir ensuite d’un cataplasme » émollient. Deux jours après la dernière appli- » cation de sangsues , je mis en usage la com- » pression^ pour laquelle j’employai du linge fin , » de l’amadou et une bande de toile de cinq ou » six aunes de long sur trois doigts de large. Le » pansement avait lieu tous les matins; les dou- )) leurs qui , dans le commencement , étaient » très-vives, le devinrent moins à mesure que )) la tumeur diminua.

)) Le i5 avrils après sept mois de traite- » ment, la tumeur avait complètement disparu,

» Si vous pensez , monsieur , que cette obser- » vation soit digne d’ctre ajoutée au grand » nombre de celles que vous avez recueillies , je » vous prie d’en faire tel usage que vous ju- » gerez bon, etc. n

Gallot , D. M. P.

i®. C’est encore ici une nourrice qui reçoit au sein un coup suivi d’iin engorgement qui s’accroît avec lenteur pendant huit années environ , après lesquelles la malade est soumise à un traitement.

2®. M. Gallot, d’après l’aspect et Page delà malade, a cru devoir préluder à l’emploi de la compression par la saignée générale et locale. Un état pléthorique , l’époque de la cessation des règles et une inflammation locale peuvent conduire à suivre la meme marche dans des cas analogues.

3®. Après sept mois de traitement,, la tumeur avait disparu le i5 avril 1827, et le 4 juin suivant , M. Gallot m’écrivit pour me faire connaître le résultat que je publie aujourd’hui.

4®. Que serait-il arrivé si on se fût eon tenté d’emporter la tumeur par l’instrument tran-

chant? Qu’on réfléchisse à la fréquence et à la promptitude des récidives après les ablations de ce genre , et qu’on considère que la tumeur a entièrement disparu depuis sept mois.

5®. On se demande si c’est ici le cas d’établir un exutoire , après la résolution de la maladie locale. 11 peut y avoir des circonstances oîi il soit utile de remplacer des maladies terminées par d’autres dont on soit le maître , et qui fournissent à l’activité morbide des organes une sorte de travail dérivatif, qui les empêche de tourner leur action contre eux-mêmes. Le cas présent me paraît être de ce nombre.

6”. M. Gallot ne s’est pas contenté, comme d’autres , de faire renouveler le bandage tous les trois ou quatre jours , ou même tous les huit ou dix jours , il a eu la patience de le refaire avec soin toutes les vingt-quatre heures , et il a réussi.

y®. La peau du sein n’était pas malade .j ce qui explique pourquoi le succès a été si parfait : l’état morbide de la peau est une circonstance tout- à-fait désavantageuse, non-seulement pour la compression , mais encore pour l’ablation , à quelque distance qu’on opère de la partie malade. ( Vojez le fait de madame L , cité dans

l’introduction , ainsi que le troisième et le huitième de la deuxième partie.)

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