‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 42 sur 105 · QUARANTE-DEUXIÈME FAIT · texte numérisé non relu

QUARANTE-DEUXIÈME FAIT

Au commencement du mois de mai 1827, M. le Docteur Nauche m’adressa à l’Hôtel-Dieu madame G..., jeune encore et atteinte d’une maladie cancéreuse très-3tendue. Sans un érysipèle qui survint à cette malade^ d’ailleurs incurable, je me proposais d’autant moins de prolonger son séjour à l’Hôtel-Dieu , que le spectacle d’un état aussi fâcheux que le sien décourageait les autres personnes de la salle affectées de cancer. Son désespoir m’ayant par suite déterminé à tenter de la soulager par la compression, je fus secondé par MM. Berthelot et Béseau , qui furent chargés d’appliquer les bandages , et , par leur patience et leur adresse, me donnèrent lieu d’observer l’action de ce moyen jusque sur les ganglions cervicaux.

^ oici le rapport de M. Briançon, qui a suivi la malade :

)) Madame G , marchande, âgée de vingt-huit

ans , d’un tempérament sanguin et d’une constitution robuste, est née d’une mère qui a succombé, il y a quelques années, aux suites d’un énorme cancer occupant i’une des mamelles. Pvé-

glée â treize ans , madame G avait toujours

joui d’une santé parfaite lorsqu’on juillet 1823

elle reçut , pendant l’époque de sa première lactation, un coup de poing sur le sein gauche, dans lequel, deux mois après, il se développa une petite tumeur dure et roulante sous la peau. Cet engorgement resta stationnaire et indolent jusqu’au temps d’un seeond allaitement : ce fut alors qu’il s’accrut rapidement , que la mamelle se prit en entier et devint le siège de douleurs lancinantes extrêmement vives. M. le docteur Nauche, médecin ordinaire de la malade , apaisait ses souffrances par les antiphlogistiques et les caïmans . ,

Cependant le mal étendait de plus en plus ses ravages, lorsque madame G.... se détermina, le Il mai 1827, à entrer à l’Hôtel-Dieu, salle Saint-Lazare, 11®. 37. Tel était alors son état : le sein gauche était très-développé , dur, inégal , pesant , et son mamelon déprimé *, les veines voisines étaient variqueuses et se dirigeaient vers un ulcère fétide, de plus de deux pouces de diamètre , qui occupait la partie supérieure de la mamelle. Cette masse informe, siège de douleurs lancinantes très-vives, adhérait au muscle grand pectoral et à la peau, qui était violacée. Dans l’aisselle correspondante, sur le côté droit et au bas du cou^ ainsi que sur la partie supérieure du sternum , on distinguait des ganglions engorgés ,

atlherens de toute part et d’une dureté remarquable ; le bras et la main gauches étaient fortement œdématiés et recouverts de poils nombreux, ce qu’on ne voyait pas du côté opposé. Le sein droit était volumineux , souple et très-sain j l’appétit nul, les digestions difficiles,, la fièvre continue avec des exaspérations suivies de sueurs tous les soirs. Depuis un an les menstrues avaient fait place à une leucorrhée habituelle ; le teint était d’un jaune paille, le moral abattu, le sommeil rare , pénible et interrompu par la violence des douleurs lancinantes du sein ; cependant l’embonpoint n’était pas sensiblement diminué. La malade fut soumise à un traitement tout-à-fait adoucissant et calmant.

Trois jours après son entrée , il se déclara à la surface du sein , du cou et du bras gauche , un érysipèle léger , qui nécessita l’usage de quelques doses de tartre stibié plusieurs fois répétées. Pendant ce mode de traitement , le volume des ganglions cervicaux et axillaires , la violence des douleurs du sein , et l’engorgement du bras diminuèrent très-sensiblement ^ l’érysipèle disparut six ou sept jours après son invasion , l’appétit et le sommeil revinrent , et la malade commença à reprendre courage.

Plus tard ( le 28 mai ) , l’état orageux de

Fatmosplicre augmenta considérablement les soulFrances ; l’insomnie devint complète , l’appétit disparut de nouveau, et la malade désespérée , demandait sans cesse qu’on eût recours à la compression du sein , moyen que M* Piécamier avait legardé comme inutile dans un cas aussi grave.

Cependant le 29 juin , l’ulcère fut pansé avec la poudre de quinquina et de camphre*, les deux seins, mais principalement le gauche, furent comprimés avec des disques d’agaric successivement décroissans et intercalés dans les tours d’une très-longue bande. Les ganglions sus-claviculaires et axillaires tuméfiés furent mollement

pressés par des pelotes convenables, et le bras œdémateux fut comprimé par un bandage roulé modérément serré ; on donna du petit-lait à la malade et on réitéra le pansement toutes les vingtquatre heures.

Les jours suivans, les douleurs du sein et la tuméfaction du bras, qui étaient sensiblement diminuées depuis l’établissement de la compression, reparaissaient si promptement lorsqu’on enlevait le bandage pour le refaire , que la malade le réclamait aussitôt avec les plus grandes instances. Vers la mi-juillet, époque oii l’on fut obligé de renoncer à la compression et au pan-

sement avec la poudre de quinquina et de camphre, à cause d’un second érysipèle qui se déclara sur la partie malade, les douleurs lancinantes reparurent bientôt, les ganglions voisins prirent un nouvel accroissement, en même-temps qu il se manifesta des symptômes d’épanchement dans le côté gauche du thorax : la percussion en effet donnait un son mat en arrière et à gauche de la poitrine, oii l’on entendait une respiration très-faible et une égophonie bien sensible *, rien de semblable n’existait à droite *, la fièvre était continue avec des exacerbations tous les soirs ; enfin , le 1 9 juillet , il survint du délire , de l’oppression , un affaissement très-considérable , la figure se décomposa , et la malade mourut dans la nuit.

L’autopsie fut faite vingt-huit heures après la mort.

Le cadavre n’était pas très-amaigri.

Les ganglions cervicaux et axillaires, dont j’ai parlé , la mamelle gauche, dans sa totalité et le tissu cellulaire circon voisin , étaient profondément dégénérés en plusieurs masses encéphaloïdes, denses et d’un blanc mat dans certains points, mais rouges, très-vasculaires et ramollies dans d’autres. La glande mammaire droite était saine et contenait encore du lait.

Les ventricules cérébraux renfermaient un peu (le sérosité transparente. La substance cérébrale, malgré l’état de souffrance dans lequel avait vécu la malade pendant si long-temps, avait la consistance ordinaire et ne présentait aucune altération sensible.

Le péricarde était sain , et contenait quelcpies cuillerées de sérosité citrine.

Le tissu du cœur était flasque et pâle. Les ventricules et les oreillettes renfermaient du sang liquide et exhalant une odeur fétide , leurs parois étaient d’un rouge-brun.

Il y avait dans la cavité gauche de la poitrine une pinte environ de sérosité sanguinolente*, le poumon correspondant, refoulé vers ses racines, était sain , ainsi que celui du côté droit.

Le médiastin antérieur était rempli de masses tuberculeuses et encéphaloïdes.

Les voies gastro-intestinales n’offraient aucune altération sensible.

Le foie, de volume ordinaire, était un peu mollasse ^ sa vésicule renfermait quelques calculs biliaires.

La rate était peu consistante.

L’intérieur du col de l’utérus était rougeâtre et contenait un liquide sanguinolent.

Les voies urinaires étaient saines.

Les muscles étaient pales et fiasques.

Les côtes se fracturaient très -facilement. »

i". Ce fait doit faire examiner si les coups aux seins sont plus dangereux pendant la lactation que dans le temps oii les glandes mammaires sont en repos.

2°. Un coup au sein gauche détermine chez une jeune nourrice un engorgement qui reste stationnaire jusqu’à un autre allaitement pendant lequel la diathèse (i) cancéreuse s’éveille avec rapidité , non-seulement dans tout le sein frappé, et dans les ganglions axillaires et cervicaux, du côté correspondant au sein malade, mais encore dans ceux du côté opposé et dans le médiastin, tandis qu’elle n’entre pas en action dans le sein droit.

3®. Un second allaitement, au lieu de dégager le sein compromis, comme je Fai vu dans d’autres cas , a développé la disposition et la cachexie cancéreuses (2).

4“. La maladie dont il s’agit n’était suscep-

(1) Je désigne par les mots de diathèse locale la disposition ou la susceptibilité particulière et prédominante d’un organe à une maladie quelconque ; si la disposition à un état morbide est commune à plusieurs organes, ou même à tous, alors je me sers des expressions de diathèse commune ou générale.

(2) J’entends par cachexie locale l’altération durable d’un tissu quelconque par un vice de nutrition : les cachexies générales ne sont

tible d’aucun traitement curatif; mais la marche qu’elle a suivie peut donner lieu à des réflexions, sur lesquelles nous reviendrons dans la troisième partie de ce travail.

Page 1