‹ Recherches sur le traitement du cancer, par la compression méthodique simple ou combinée, et sur l'histoire générale de la même maladie, suivies de notes 1.̊ sur les forces et la dynamétrie vitales; 2.̊ sur l'inflammation et l'état fébrile (volume 2)Chapitre 46 sur 105 · QUARANTE-SIXIÈME FAIT · texte numérisé non relu

QUARANTE-SIXIÈME FAIT

Madame C — , âgée de cinquante-six ans, d’une constitution délicate , est issue de parens dont la santé ne présente aucune circonstance particulière. Depuis sa jeunesse, cette personne est en proie à une affection arthritique, qui a amené la déformation des mains «t déterminé des exostoses jusque sur le sternum et les cotes. Mariée à dix-huit ans , elle a eu , deux ans après , au sein gauche , à la suite d’une couche, un abcès qui se fit jour par sept ouvertures différentes. Depuis lors elle a nourri cinq autres enfans , et ses règles ont continué exactement jusqu’à cinquante-deux ans , époque de leur cessation.

Vers cinquante- trois ans, madame C re¬

connut dans son sein gauche un très-petit engorgement, qui en trois ans acquit sans causer de douleur le volume du poing d’un adulte , devint ensuite le siège de douleurs lancinantes, et s’ouvrit dans le mois -de mai i82'ÿ.

Le i/f juillet suivant, ‘la malade étant entrée à riIôtel-Dieu , je trouvai la tumeur sans adhérence au thorax , et présentant à sa partie antérieure et inférieure un ulcère extrêmement fétide , arrondi , creux , et de plus de deux pouces

cl’oiiverlurc. Depuis l’uîceralion , les douleurs goutteuses avaient eessé , et il était survenu de i’engoi gement dans quelques ganglions lymphatiques de Faisselle gauche. La malade était sans lièvre, et ses fonctions en bon état, quoique son teint fût blafard et sa peau terreuse.

Le îî5 juillet, l’ulcère relevé de manière à diriger son ouverture en haut, on plaça dans sa cavité deux gros de potasse caustique qui fut renouvelée de manière à désorganiser en quelques heures toute la partie dégénérée de l’engorgement.

La chute des escarres ayant changé Fulcère sordide en une ])elle plaie de plus de trois pouces et demi de diamètre , aussitôt , par le proeédé ordinaire , je lis commencer la compression , sous laquelle disparurent en peu de temps les restes de l’engorgement.

La plaie pansée avec la poudre de quinquina et de eamphre marchait vers la cicatrisation , lorsque j’y reconnus un point de nature suspecte par sa couleur blafarde et sa densité. La potasse fut appliquée de nouveau, et aujourd’hui la plaie, de quelques lignes seulement d’étendue, touche à sa fin. 11 ne reste aucune trace d’engorgement dans le sein, ni du côté de Faisselle *, le teint de la malade est meilleur qu à son entree , et toutes

les fonctions sont en bon état. On a établi un cautère au bras gauche.

1®. Il ne s’agit plus ici d’un engorgement à la suite d’une violence locale. Les rèales cessent à cinquante-deux ans ; une année après , dans le sein gauche, qui avait été trente -deux ans auparavant le siège d’un grand abcès pendant un allaitement, on reconnaît une tumeur du volume d’une noisette , et cette tumeur en trois ans prend le volume du poing et donne lieu à un ulcère cancéreux des plus fétides.

2”. On cautérise avec la potasse l’ulcère, qu’on relève de manière à en former un infundibulum pour retenir le caustique qu’on y met à plusieurs reprises*, les escarres font place à une très-belle plaie; les restes de l’engorgement du sein et des ganglions axillaires se dissipent par la compression , et, deux mois et demi après , la malade , en bon état sous tous les rapports , est entièrement guérie de l’affreuse maladie qu’elle portait au sein.

3°. Pouvais-je abandonner cette malheureuse à sa maladie avec quelque espérance? pouvaisje attendre quelque chose d’une simple ablation dans un cas semblable ?

4®. Les douleurs arthritiques n’ont plus reparu depuis la guérison de l’ulcère, qui a sem-

bîe en tenir lieu. Si on voit le cancer remplacer ainsi d’autres maladies , n’est-il pas necessaire d’examiner, lorsqu’on a pu le guérir, s’il ne peut pas être lui-méme remplacé par des alFections moins fâcheuses ? On trouvera dans ces réflexions les raisons pour lesquelles un cautère et des évacuations périodiques ont été prescrits.

5°. 11 faut comparer la situation de la personne dont il s’agit avec celle des n®' ii et 4* surtout, d’après lesquels j’avais des chances en faveur de la malade , en agissant comme je l’ai fait.

6®. Je crois utile de rappeler les résultats des n®*" 12, i4, ^4:, 25 et 28, où la cautérisation n’a pas été suffisante en débutant *, qu’on prenne meme en considération le bon état actuel du n® 22, malgré les douleurs de la dernière cautérisation*, qu’on parcoure plusieurs cas de la deuxième partie, et qu’on prononce ensuite si la cautérisation est un auxiliaire peu important de la compression.

'7®. La compression sera continuée, des purgatifs et des fumigations des pieds seront réitérés, pendant Ion g- temps.

M. C est maintenant sous les yeux de M, le

docteur Colson, de Beauvais.

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